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 Marie NDiaye

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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Lun 11 Jan 2010 - 0:30

En mars sort White Material , le nouveau film de Claire Denis avec isabelle Huppert. Marie N'Diaye a écrit le scénario:

Citation :
Dans un pays d'Afrique, pendant une période troublée par une rébellion. Dans une province agricole dont un des chefs rebelles est issu, Maria, une femme blanche, farouche et brave, refuse de renoncer à sa récolte de café, refuse de voir le danger qu'elle fait courir à sa famille. Pour elle, baisser les bras c'est faire preuve de mollesse, de lâcheté. Dans cette plantation qui a déjà fait vivre trois générations de Blancs, André, son ex-mari, et le père de leur grand ado de fils, redoute l'aveuglement, l'entêtement et l'orgueil de Maria. Il décide d'organiser sans qu'elle le sache la fuite de la famille, le rapatriement de tous vers la France. André ne croit plus à la valeur du café. Il s'est remarié avec une jeune femme africaine, ils ont eu un fils et pour eux, il est prêt à tout...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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Marie
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Dim 17 Jan 2010 - 1:23

J’ai lu toutes vos excellentes remarques sur ce livre de Marie Ndiaye, que j’ai terminé il y a quelques jours, et d’abord je voudrais dire qu’un livre qui alimente autant de réflexions sur le style, les points communs entre les trois récits ,la construction , est pour le moins un livre qui questionne, et c’est un des intérêts de la littérature, il me semble. Même si ce livre divise, et que certains n’ont pas aimé, surtout à cause du style, si j’ai bien compris, style qui m’a déroutée également au tout début, puis plus du tout au fur et à mesure que je m’enfonçais dans l’histoire de ces trois femmes puissantes  c’est-à-dire possédant toutes, même au fin fond du gouffre, un noyau dur qui les fait avancer.

Je n’ai guère plus de choses à rajouter aux points communs évoqués qui font de ces trois chapitres une sorte de tryptique avec ,au centre, et cela est volontaire, la figure centrale d’un homme dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a rien de puissant.Du moins au départ.

On peut voir d’autres rapports entre les textes, Maryvonne évoque la famille, oui, cela m’a frappée, le père bien sûr et les drames des fils dans les deux premiers récits,le père de Norah, perché dans un flamboyant, comme un gros vautour "
Citation :
aux ailes repliées sous sa chemise,
le père qui n'aime pas les filles, ni les noirs...:

Citation :
Sony était donc le seul fils de cet homme qui n'aimait ni n'estimait guère les femmes. Accablé, submergé d'inutiles et mortifiantes femelles pas même jolies, se disait tranquillement en pensant à elle-même et à sa soeur qui avaient toujours eu, pour leur père, le défaut rédhibitoire d'être trop typées, c'est-à-dire de lui ressembler davantage qu'à leur mère, témoignant ainsi fâcheusement de l'inanité de son mariage avec une Française - car, cette histoire, qu'aurait-elle pu lui apporter de bon sinon des enfants presque blancs et des fils de bonne facture ? Or cela avait échoué.

Le père de Rudy - c’est d’ailleurs en commençant à prendre conscience de quelque chose de fondamental que celui-ci se donne les moyens d’évoluer:
Citation :
Pourquoi lui faudrait-il, jusque dans le pire, ressembler à son père?..Qui attendait cela de lui..Qui avait jamais attend de lui qu’il fût aussi violent et abject que son père, et qu’avait-il à voir, lui, avec Abel Descas?

Et peut être l’absence de père pour la dernière, élevée par une femme, sa grand-mère, à l’origine de sa force identitaire ??? Je ne sais pas...

Et les enfants bien sûr, le désir d’enfant non réalisé pour Khady, le jeune garçon très émouvant dans les dernières pages du récit de Rudy. Et le parallèle entre les deux filles de Norah, et les deux petits filles sauvages de son frère.

Et c’est pour cela que je ne suis pas vraiment d’accord qu’écrit Kashima,même si je comprends très bien ce qu’elle veut exprimer:
Citation :
l'agencement des trois vies manque et, par son brio, il aurait fait mériter à ce livre le Prix Goncourt... Il manque, à ce roman, cette puissance-là.

Ce n’est qu’après relecture de certaines pages que j’ai trouvé qu’en fait peu importait le manque d’évidence de rapports réels entre ces trois vies ( il y en a, Marko en a cité,il y a en plus, mais c’est très esquissé, un rapport entre le drame vécu par le père de Rudy et les circonstances de la fortune de celui de Norah , mais que surtout surnageait en moi le don de Marie Ndiaye pour exprimer des choses difficiles à exprimer, la violence énoncée avec un grand calme, la complexité de tout , alors que l'écriture coule, l'absence totale de jugement et même la compassion pour tous les personnages, puissants ou non.

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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Dim 17 Jan 2010 - 9:59

Tu montres bien, Marie, ce qui est au fond de sa démarche littéraire, à savoir cette quête des origines et de la mythologie familiale, ses illusions surtout. Certains critiques la comparent à Faulkner et il y a un peu de ça effectivement.

J'ai trouvé une interview de 2001 où elle parle de l'évolution de son style et des ses goûts littéraires. Elle adore Joyce Carol Oates! Very Happy

Citation :
Quel regard portez-vous sur votre travail?

M.N. Mon premier livre a paru lorsque j'avais dix-sept ans et tous ceux qui précèdent mes vingt-trois, vingt-quatre ans me semblent, sans que je les renie, très, très éloignés. Je les vois comme des livres de jeunesse que je ne ferais plus aujourd'hui. J'ai conscience de l'évolution de mon travail de livre en livre et, depuis En famille, j'en suis satisfaite.

Vous ne recommencerez donc plus l'exploit de votre deuxième livre: écrire une histoire en une seule phrase?

M.N. Non, je n'ai plus envie de jouer avec la grammaire ou la syntaxe de façon oulipienne.

Avec quoi avez-vous envie de jouer?

M.N. Avec la cruauté. J'aime bien, dans les histoires, essayer d'aller jusqu'à ce que je conçois comme les limites du supportable. Tout en restant plausible. A peu près.

Pourquoi plausible?

M.N. Tout ce que j'écris, c'est une espèce d'exagération des histoires que l'on trouve dans toutes les familles. J'aime énormément les écrivains américains comme Russell Banks, Philip Roth ou Joyce Carol Oates, leur manière d'être réalistes sans jamais craindre de l'être trop, leur façon de s'emparer de ce genre littéraire avec une sorte de courage. Leur souffle romanesque aussi. Le premier roman qui m'ait bouleversée, c'est un roman de Oates, Eux. Je l'ai lu quand j'avais treize ans, je crois, puis j'en ai lu d'autres, aujourd'hui épuisés, Faites de moi ce que vous voulez, Le pays des merveilles. Ce qui frappe chez cet auteur, ce n'est pas l'écriture, mais l'univers et son génie pour se mettre dans la peau des enfants qu'elle décrit.

Et, parmi les romanciers français, quels sont ceux que vous aimez?

M.N. Régis Jauffret, Caroline Lamarche, Jean-Luc Lagarce, Yves Ravey, Ghassam Fawaz.

Le reste de l'interview sur le site de l'Express.

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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Dim 17 Jan 2010 - 10:18

Et à propos de son style:

Commentaire de l'écrivain Alain Mabanckou dans Transfuge.

Citation :
"Le cas N'Diaye" interpelle, en ce sens qu'il pose avec acuité la question de la littérature, de sa forme et du fossé qui existe entre le regard des critiques et celui du grand public.

Or Trois femmes puissantes est un roman qui tient justement sur la circonvolution stylistique et, pourtant, c'est elle qui est au coeur d'un certain "désamour". Faut-il rappeler qu'il est trop tard de feindre la surprise et l'étonnement à ce sujet? Nous ne découvrons pas en effet ces "phrases à rallonge " chez Maire N'Diaye. Il suffit de relire ses précédents livres pour se rafraîchir la mémoire. Comédie classique est écrit d'une seule phrase d'une centaine de pages. La prouesse fut ovationnée, et N'Diaye entrait désormais de façon durable dns l'arène de la littérature française.

Cette inclination à la circonvolution sied à son projet esthétique. Qui a dit que la littérature devait suivre la mode, changer d'accoutrement à chaque collection? N'Diaye n'est pas un écrivain de saison. En hiver, elle habille ses phrases en tenue d'été, et en été, elle leur fait porter des manteaux et des gants. C'est cette touche qui, de manière subreptice, bouscule les codes de la narration tout en rendant hommage au roman du XIXe siècle. Alors ces phrases kilométriques, ces subjonctifs imparfaits, ces mots recherchés et cet univers à la fois vertigineux, frénétique et épileptique, deviennent une sorte de mélange de Proust et de Faulkner.

Assurément, N'Diaye est l'un des plus grands écrivains français de ce temps. Une candidate de premier plan si l'Académie du prix Nobel songeait à couronner un auteur d'expression française dans la décennie à venir. Lui manquerait-il une dimension "politique" pour arriver jusqu'à cette apothéose? Sa posture "d'exilée en Allemagne", renforcée par une polémique oiseuse alimentée par un député français, la conduit peu à peu du statut d'écrivain "silencieux" à celui d'auteur engagé; j'allais dire "engageant", celui qui ne se contente pas d'écrire mais qui trace une vision du monde à la fois dans ses livres et dans sa vie quotidienne. Une posture qui me fait presque penser à celle de son mentor J.M.G. Le Clézio, prix Nobel 2008.




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tom léo
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Ven 22 Jan 2010 - 23:26

Je suis admiratif devant vos commentaires divers... et différentes, du début du fil jusqu'à maintenant. Et je me retrouve un peu dans presque toutes ces opinions pourtant apparement contradictoires.

J'étais admiratif devant le style de Ndiaye, oui, et au même moment un peu en doute sur une certaine lourdeur. Cela peut, chez moi germanophone, évidemment tenir à la langue, qui n'est pas ma langue maternelle. Certaines phrases sont extrêmement bien fisselées, construites, mais me paraissent, des fois, un peu lourdes. Il me SEMBLE qu'il y ait certaines phrases qui "tournent" comme dans une spirale.

Mais parlons d'un autre aspect: je trouvais que madame Ndiaye a un très grand don de "portraitiste", aussi psychologique, des sinuosités de l'âme, et là je parle - quant à moi - surtout du deuxième récit. C'est à mon gôut remarquable comment elle nous rend le dialogue, les réflexions intérieures de cet homme. Euh, malgré le titre évoquant les femmes, je dois alors avouer que c'est CETTE description d'un homme qui m'a le plus parlé.

Je dois avouer que la lecture me demandait une assez grande concentration et attention. Je ne suis pas sûr d'avoir été à la hauteur d'une écrivaine de grande capacité, mais qui, pour mon opinion personnelle, pourrait encore avancer vers une plus grande "transparence et limpidité".
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Sam 30 Jan 2010 - 8:40

Mon coeur à l'étroit-



Je vais avoir du mal à résumer ce roman étrange et terriblement envoûtant sans briser le mystère. Je ne peux que vous inciter sérieusement à le lire, moi qui avait pourtant pas mal de réticences à aborder Marie NDiaye...
Mon coeur à l'étroit (quel joli titre déjà) pourrait se lire comme un conte, troublant et même angoissant, où l'on se baladerait constamment entre réel et fantastique, guidé par l'écriture fine et précise de l'auteure, qui exploite à fond notre ignorance en ne nous dévoilant que très peu et très tard le noeud de l'énigme.

Au départ il s'agit d'un couple d'instituteurs, Nadia et Ange, dévoués corps et âme à leur métier, quasi irréprochables. Lui est un homme exigeant, limite rigide, elle une femme vertueuse qui tend à la perfection, tous deux forment un couple à proiori sans histoire, se suffisent à eux-mêmes, et jugent d'un mauvais oeil la médiocrité ambiante. Ainsi ce voisin insipide qui sans cesse leur sourit benoitement lorsqu'ils rentrent. Mais depuis un certain temps ils perçoivent comme une mise à l'écart, les enfants sont apeurés devant eux, les parents et professeurs méfiants, on les évite. Peu à peu cette méfiance se transforme en hostilité affichée. Mais pourquoi?

A partir de là s'installe un climat opaque où le malaise s'insinue lentement jusqu'à l'effroi et finit par imprégner tout le récit. L'auteure ne nous révèle que par a-coups les possibles défaillances de Nadia, on remonte à tâtons son parcours, son premier mariage, on croise ce fils qu'elle n'a peut-être pas su aimer, et on la suit tout au long de son chemin de croix, de plus en plus dérouté, quasi hypnotisé, cherchant toujours à rassembler les indices afin d'élaborer une possible réponse car rien n'est jamais précisemment dit.

Un roman qui m'a fascinée de bout en bout et qui renferme énormément de choses sur la conscience de soi, sur les certitudes que l'on se forge et les vérités que l'on ne veut pas voir, sur les manques que l'on étouffe et les compromissions que l'on ignore jusqu'à ce qu'elles nous rattrapent. C'est violent, puissant, superbe en un mot. Et quelle belle analyse de l'âme ...
Pour l'instant la découverte la plus marquante de ces derniers mois: tout simplement inoubliable. Merci à Steven!
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kenavo
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Sam 30 Jan 2010 - 9:13

aériale a écrit:
Mon coeur à l'étroit-
comme je l'ai dit au début de ce fil, ce livre m'a été conseillé par mon libraire.. et il se trouve (en grand format Cool ) toujours dans ma PAL.. ton beau commentaire devrait me donner la dernière poussée pour le sortir et le lire!!

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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 11:15

Aeriale, je lirais ton commentaire dès que je l'ai fini drunken et j'ajouterai mon grain de sel Wink
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darkanny
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 11:59

Mon coeur à l'étroit

Quand je pense que j'ai failli abandonner ce livre après une trentaine de pages....

C'est un cauchemar que Marie Ndiaye nous livre ici , ou plus précisément son cauchemar , aucune rationnalité ou si peu dans ce récit où tout semble baigné d'illogisme , d'absurde , de grotesque , de terreur et d'épouvante.

Bien sûr il s'agit d'inconscient qui tout d'un coup saute à la figure de Nadia qui voit voler en quelques jours toutes ses certitudes si finement ancrées , la plongée dans l'abyme , aucun retour posssible , juste avancer péniblement dans ce dédale de peur et d'angoisse .

Par moments je me serais crue dans la Métamorphose de Kafka , j'ai pensé à Poe ou à Lovecraft et même à Lynch , attention hein ? je n'ai pas dit qu'elle les copiait , juste que c'est aussi fort que ces auteurs , aussi terrifiant et angoissant.

Comme dans "Trois femmes puissantes ", le délabrement physique et les diverses atteintes corporelles servent juste à traduire des troubles psychologiques et surtout évoquent avec une force de description peu commune les états d'une âme en déroute.
L'auteur va très très loin dans les descriptions des malaises physiques , c'est presque insoutenable par moments

Spoiler:
 

Bien sur tout n'est que métaphore , mais quelle puissance ! et finalement on arrive à comprendre comment ce cauchemar a surgi , il faut remonter très loin dans le temps pour que Nadia exorcise ses démons.

Pas pu aussi éviter de penser à Annie Ernaux quand elle évoque ses parents , les erreurs de Nadia sont également les nôtres , c'est pourquoi son récit est si fort.

Comme Aériale , je suis conquise , et j'ai envie de poursuivre avec Marie Ndiaye , je trouve qu'elle a un talent fou.

Tom léo a dit un peu plus haut qu'elle avait un talent de portraitiste hors pair , c'est vrai , c'est tout à fait ça.
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 13:19

Chouette ton com Darkanny, je trouve que tu retranscris bien la tension qui se dégage de ce roman si singulier.

darkanny a écrit:
Quand je pense que j'ai failli abandonner ce livre après une trentaine de pages....

Par contre j'ai eu du mal à m'en échapper. D'emblée Marie NDiaye m'a accrochée par son style unique et l'atmosphère pesante et extrêmement angoissante qu'elle laisse plâner. D'emblée j'ai été prise dans ce vertige hallucinatoire mais qui nous tient ferme grâce à son écriture précise, très fine des sentiments.
Elle dépeint chaque tourment de l'âme, chaque interrogation qu'est en droit de se poser Nadia (tout comme nous ) et c'est vrai qu'en celà c'est une analyste hors pair. C'est cet équilibre entre le ressenti et le surnaturel qui m'a le plus impressionnée.

Il y a des moments très crus
Spoiler:
 
mais l'horreur n'est jamais aussi puissante que lorsqu'elle flirte avec la beauté, ici des mots et des métaphores.

Un récit dont on se remet avec peine!
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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 13:31

aériale a écrit:
Un récit dont on se remet avec peine!

Autant dire que ce sera mon prochain Marie N'Diaye. Merci à toutes les deux de m'avoir mis l'eau à la bouche!

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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 13:34

aériale a écrit:
Il y a des moments très crus
Spoiler:
 
mais l'horreur n'est jamais aussi puissante que lorsqu'elle flirte avec la beauté, ici des mots et des métaphores.

Un récit dont on se remet avec peine!

ah oui celui-ci était particulièrement gratiné (le spoiler)

On est à la limite du fantastique , et comme tu dis il y a une navigation entre surnaturel (la ville fantôme qui l'égare , les rues qui ne sont plus à leur place) et le réel à travers le quotidien de chaque jour , c'est surprenant comme elle nous promène dans ces 2 mondes .
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 19:35

Et on a oublié la maîtresse (à prendre au sens premier d'ailleurs) de son fils, une carnassière qui se nourrit exclusivement de viande (de chair?) Crois-tu qu'il y ait un rapport direct avec l'histoire de Nadia ou est-ce juste pour ajouter une petite dose d'horreur?
Spoiler:
 

darkanny a écrit:
On est à la limite du fantastique , et comme tu dis il y a une navigation entre surnaturel (la ville fantôme qui l'égare , les rues qui ne sont plus à leur place) et le réel à travers le quotidien de chaque jour , c'est surprenant comme elle nous promène dans ces 2 mondes .
Complètement oui! L'idée de cette ville fantômatique qui se referme sur elle est carrément géniale. On suit les méandres de sa conscience comme ses errements dans ces rues qu'elle connait si bien pourtant. Le brouillard l'emprisonne, elle ne voit plus, un type la harcèle et la traite d'infidèle...c'est un vrai parcours du combattant avant d'arriver à cette porte entrouverte sur son passé qu'elle a renié, c'est comme une renaissance. Lynch en aurait fait quelque chose de grandiose, oui!

D'en parler me redonne envie de rechercher ces passages, mais il faudrait tout recopier! C'est très fort, en décrivant le sordide, d'atteindre la grâce.

Marko ce livre est pour toi, d'urgence! Tu vas te régaler. Et Kena dépèche toi d'écouter ton libraire et cours le chercher dans un de tes Billy!
Maline on attend ton avis


Dernière édition par aériale le Mar 2 Fév 2010 - 19:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mar 2 Fév 2010 - 19:50

Le vampirisme n'est pas loin quand elle évoque cette fameuse maîtresse et le terrible Noget...

Comme dans Lynch , on n'a pas toutes les clés et tant mieux , au lecteur de se faire sa propre idée , c'est la force de ce récit , une tuerie cette Marie Ndiaye .
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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Fév 2010 - 0:28

aériale a écrit:
Marko ce livre est pour toi, d'urgence! Tu vas te régaler.

Forcément! Dis comme ça rire

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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Aujourd'hui à 2:51

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Marie NDiaye
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