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 Marie NDiaye

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Charlie
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Fév 2010 - 14:14

J'ai fini Mon coeur à l'étroit et...j'ai pas aimé jypeurien C'est grave docteur ? Suspect

Je reconnais que cette auteure a un style superbe bonjour
Dès le départ, j’ai été intriguée et choquée par cette antipathie brutale envers ce couple d’instituteurs : mais qu’est ce qu’ils ont pu faire ces deux là pour attirer soudainement autant de haine ?
J’ai suivi avec intérêt et curiosité les changements de perception de ce rejet chez Nadia (incompréhension, colère, acceptation…), mais la fin pour moi est …..imbuvable !!!!
Dès le moment où elle prend le train pour retrouver son fils, où elle sombre dans la folie, j’ai complètement décroché…. hs

Je me doute que l’on peut trouver plein de symboles, d’interprétations…mais je n’aime pas ce genre de bouquins, voilà ! bailler
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Jeu 4 Fév 2010 - 8:56

Charlie a écrit:
J'ai fini Mon coeur à l'étroit et...j'ai pas aimé C'est grave docteur ?
Non ce n'est pas grave et c'est très sain de penser différemment, heureusement! Dommage Charlie, tu avais l'air de bien apprécier au début...

Charlie a écrit:
Dès le moment où elle prend le train pour retrouver son fils, où elle sombre dans la folie, j’ai complètement décroché….
On peut ne pas rentrer dans cette folie, trouver cela glauque, trop pesant, et finir par étouffer ou simplement décrocher comme toi Charlie. Ca ne marche pas à tous les coups, et c'est d'ailleurs un livre que je ne pourrais conseiller à tout le monde...
Moi c'est presque là où je ne l'ai plus lâché. C'est moi qui suis pas claire?
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Charlie
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Jeu 4 Fév 2010 - 9:29

aériale a écrit:
Dommage Charlie, tu avais l'air de bien apprécier au début...
Oui, j'ai vraiment accroché au début, le style, l'histoire....c'est vraiment dommage mais c'était peut-être pas le moment de cette rencontre non plus...ce sont des choses qui arrivent Wink

aériale a écrit:

On peut ne pas rentrer dans cette folie, trouver cela glauque, trop pesant, et finir par étouffer ou simplement décrocher comme toi Charlie. Ca ne marche pas à tous les coups, et c'est d'ailleurs un livre que je ne pourrais conseiller à tout le monde...
Moi c'est presque là où je ne l'ai plus lâché. C'est moi qui suis pas claire?

Laughing Pas d'inquiétude Aériale Wink
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coline
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 15:57

TROIS FEMMES PUISSANTES

Impressions fluctuantes à la lecture de ce roman, qui serait plutôt une suite de trois récits juxtaposés, présentant des liens ténus, et pourtant unis par un même thème (force intérieure de la femme qui, seule, lutte pour sa dignité ou sa survie), et à un même pays, le Sénégal.
Impressions fluctuantes parce que j’ai été happée par le premier récit et que je l’ai trouvé trop court…Le second, par contre, qui me touchait moins, m’a paru interminable. Et j’ai fini, en beauté, sur le troisième qui a eu de loin ma préférence…

Au cœur de ces récits trois femmes :

- Norah, l’avocate parisienne, qui à l’appel de son père arrive au Sénégal. Marie Ndiaye décrit et donne à ressentir le malaise de la jeune femme avant les retrouvailles avec son père contre lequel elle a tant de griefs. Celui-ci fut jadis un tyran orgueilleux et riche, et les abandonna, sa mère, sa sœur et elle, en France, emmenant seulement avec lui leur frère en Afrique.
Ce qu’elle découvre en arrivant la remplit de honte et de culpabilité : déchéance absolue de son père. Et incarcération de son frère. Puis les causes d’une telle situation…

- Dans le second récit, Fanta n’apparaît qu'au second plan, mais tout au long du récit…Au premier plan, le malaise, la culpabilité et l’introspection de son mari, Rudy Descas. J’avoue que Rudy m’a lassée… Je n’ai pas eu envie de plaindre ses lamentations d’homme lâche qui, après avoir promis à sa femme une vie honorable en France (s’ils y rentraient pour fuir ses problèmes à lui) ne lui a donné à partager que sa médiocrité et son amertume.…

- Ma préférée…Khady Demba !...L’héroïne du troisième récit… Khady Demba est une jeune veuve africaine rejetée par sa belle-famille. Comme elle n’a pas d’argent. Khady Demba va tenter de rejoindre une lointaine cousine, Fanta, qui vit en France. Elle va tout subir : la solitude, la pauvreté, l'humiliation, la violence, la cupidité, la trahison …Elle gardera la tête haute en répétant sans cesse son nom : Je suis Khady Demba !
Les pages où elle tente de franchir la frontière avec d’autres sans papiers m’ont rappelé avec beaucoup d’émotion, la fin d’ Eldorado de Laurent Gaudé.

On ne peut dire le contraire, Marie Ndiaye fait partie des grands auteurs francophones actuels et restera sans aucun doute dans l’histoire de la Littérature. Je mets volontairement un L majuscule…
Ses "phrases fleuves" qui demandent quelquefois une certaine concentration ne « coulent » pas aussi aisément que celles de Proust ou de Jean Paul Goux (pour ne citer qu’eux) mais elles sont remarquables.
Son style est élégant.
Son univers, à la fois réaliste et teinté de surnaturel, est riche du métissage des cultures d’où il provient.
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darkanny
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 16:52

coline a écrit:
TROIS FEMMES PUISSANTES

On ne peut dire le contraire, Marie Ndiaye fait partie des grands auteurs francophones actuels et restera sans aucun doute dans l’histoire de la Littérature. Je mets volontairement un L majuscule…

Ouais , j'aime quand on parle comme ça

Et lisant "Rosie Carpe " en ce moment , elle confirme la diablesse !
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coline
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 19:00

darkanny a écrit:
coline a écrit:
TROIS FEMMES PUISSANTES

On ne peut dire le contraire, Marie Ndiaye fait partie des grands auteurs francophones actuels et restera sans aucun doute dans l’histoire de la Littérature. Je mets volontairement un L majuscule…

Ouais , j'aime quand on parle comme ça

Et lisant "Rosie Carpe " en ce moment , elle confirme la diablesse !

J'ai noté dans mon calepin Rosie Carpe et Mon coeur à l'étroit... Wink
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darkanny
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 19:26

Ah tu me fais plaisir là , et je pense que Marko va être ravi aussi et Aériale certainement , le club s'aggrandit , yes .
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 20:01

Oh que oui je suis ravie cheers
Mon prochain sera donc Rosie Carpe (vu l'enthousiasme que cache mal Darkanny!)
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Lara
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 20:17

aériale a écrit:
Oh que oui je suis ravie ;cheers:
Mon prochain sera donc Rosie Carpe (vu l'enthousiasme que cache mal Darkanny!)

Je n'ai pas été emballée par Trois femmes puissantes.
Je réitérerai avec Rosie Carpe ou Mon coeur à l'étroit.
Ce n'est pas une bonne chose de rester sur une seule impression.
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Marko
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 21:55

darkanny a écrit:
Ah tu me fais plaisir là , et je pense que Marko va être ravi aussi et Aériale certainement , le club s'aggrandit , yes .

Y a intérêt!! cyclops

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 3 Mar 2010 - 22:08

Lara a écrit:
Je n'ai pas été emballée par Trois femmes puissantes.
Je réitérerai avec Rosie Carpe ou Mon coeur à l'étroit.
Ce n'est pas une bonne chose de rester sur une seule impression.

Lara, je ne suis pas du tout sûre de son dernier, mais re-essaye, je t'assure tu risques d'être surprise.

Mes deux lectures marquantes ce mois-ci ont été deux auteurs (Ndiaye et Reinhardt) sur lesquels je n'aurais pas parié un kopek. Et le troisième Mauvignier...qui m'a tant fait souffrir la 1ere fois.

Tu vois bien...Jamais dire plus jamais! Very Happy
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darkanny
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Jeu 4 Mar 2010 - 21:42



je cite un journaliste Jean-Baptiste Harang (Libération ) qui a fait un beau papier sur ce roman

La vie de Rosie Carpe commence à Brive-la-Gaillarde, entre son frère Lazare et ses deux parents Carpe qui sont encore, alors, dépourvus de toute espèce de fantaisie vénéneuse. Rosie conservera de Brive un souvenir confus et voilé de jaune, tandis que, pour son frère Lazare, le bonheur à Brive-la-Gaillarde gardera les couleurs d’un magnolia dont il est le seul à se rappeler la splendeur.
Ensuite, à Antony, Rosie Carpe est adulte. Elle met au monde Titi, travaille, et doucement chavire.
Quand Rosie Carpe débarque en Guadeloupe, elle a perdu depuis longtemps la maîtrise de ce qu’elle fait. Et tout ce qui lui arrive, enfant ou désastres, concerne tout aussi bien quelqu’un qui n’est peut-être pas elle.

Le septième roman de Marie NDiaye ne commence pas par le début, non, les premières pages racontent l’arrivée de Rosie Carpe à la Guadeloupe où elle vient rejoindre son frère Lazare qui ne l’attend pas, elle est enceinte, enceinte de personne, sans le sou, malheureuse, malheureuse et lavée d’avoir laissé le malheur passé sur la rive ancienne de l’Atlantique. C’est déjà le commencement de la fin. Lazare n’est pas là, il est ailleurs, dans de mauvais coups, défait, il a envoyé Lagrand les chercher à l’aéroport. Lagrand est peut-être le premier personnage noir de Marie NDiaye, tous livres confondus. Il est également le seul personnage clair de ce livre, le seul innocent, donc le seul impardonnable. L’histoire commence plus tard, vers la page 50, à Brive-la-Gaillarde, une ville jaune avec un magnolia inoubliable dans la cour, le seul souvenir commun de Rosie et Lazare Carpe. Là-bas, ils avaient des parents et un avenir. Les parents et l’avenir ont fini par se désintéresser d’eux. Rosie travaille dans un hôtel, s’y fait engrosser, endure, espère et désespère, boit. Part. Arrive. Rosie vit à côté de son nom.
En Guadeloupe, la vie empire, on laisse mourir, on tue, on s’accouple et on se désaccouple au partage des générations, on salit, on se salit, on a peur, on a peur de sa peur, on transgresse d’aveugles et invisibles tabous. On respire trop fort ou trop faible, on transpire. Le livre ne tient pas dans ses rebondissements, même s’il y tient. Le livre existe parce que Marie NDiaye l’a écrit, parce qu’elle y réussit à l’extrême ce qu’elle conduit depuis toujours : écrire dangereusement, écrire au comble de la modestie et de l’exigence, écrire au risque de soi-même.
Le septième roman de Marie NDiaye ne finit pas avec sa fin, il dure longtemps après qu’on l’a refermé, on se cherche à tâtons comme si le peu de lumière qu’on a restait à l’intérieur, notre propre nom ne nous dit plus rien, nous sommes de cette espèce-là, l’humaine, triste chair.


C'est le plus sombre , le plus implacable livre de Marie Ndiaye que j'aie lu jusqu'à présent.
Il est question donc d'un destin , celui de Rosie Carpe (carpe , non choisie par hasard ) et de ses proches , frère , parents , enfants et.....ami ?
Le concept d'amour semble ici totalement absent , les personnages errent , nouent des relations frôlant le sordide.

Comme toujours l'auteur passe au cribble tous ces personnages en accentuant les détails physiques avec une telle ampleur , faisant ressortir volontairement les défauts , l'aspect grotesque d'un tel ou d'un tel , pas besoin de psychologie , tout s'explique par la manière d'être , un rire , un regard , un vêtement , une allure et on a alors les plus belles figures de clochard , de pauvresse , de bourgeois étriqués , de mac véreux , c'est une galerie de portraits plus laids les uns que les autres .

La peur est omni présente chez tous , peur paralysante , défigurante .
Et les lieux , que vous soyez à Brive La Gaillarde (d'un ennui sidéral) Antony (Hotel de banlieue , appartement rez de chaussée bordant la nationale) ou en Guadeloupe (maisons moches de tôle ondulée , rats qui courent sous les gommiers, terrain de tennis défoncé, cris incessants des boeufs) c'est toujours déprimant , triste , plombant.

Ecriture éblouissante comme toujours , il fallait ça pour que ce roman ne se noie pas dans une abime de noirceur.
Je l'ai adoré , mais attention , ça poisse bien , pas une once de lumière ou si peu....
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shanidar
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 14 Avr 2010 - 10:28



Autoportrait en vert (Mercure de France-collection Traits et portraits)

Une femme, une mère, emmène tous les matins ses enfants à l'école et passe donc quatre fois par jour devant la même maison qui semble abandonnée. Mais chaque jour, sous le bananier, dans le jardin elle croit voir une femme en vert. Un matin elle stoppe la voiture et demande à ses enfants s'il voient quelqu'un sous le grand arbre. Et les enfants, insouciants, disent qu'il n'y a rien, sous l'arbre...
Marie N'Diaye est une des maitresses dans l'art de l'étrange, du décalé, de ces petites intuitions qui vous font deviner à l'avance quand le téléphone va sonner.
Autoportrait en vert est un texte court et délicieux, qui se lit comme un rêve, étrange, dérangeant, troublant... Car la narratrice prend conscience que sa vie est jalonnée de Femmes en vert, des femmes qui sont comme des fantômes (la voisine), des ogresses (l'institutrice de son enfance), des voleuses de bonheur (cette amie intime qui est devenue sa belle-mère en épousant son père...). En faisant le portrait de toutes ces femmes en vert, Marie N'Diaye crée un autoportrait intime et irréel. C'est dans ce léger interstice entre vérité et fiction que s'échappe l'imaginaire, un imaginaire riche et envahissant, dans un texte très rapide à lire et délicieusement écrit.
Sans doute, dans ce livre qui flotte entre autobiographie et imaginaire, l'art de Marie N'Diaye prend toute sa puissance. Ici, pas de phrases trop 'lourdes', pas d'exercice de style, pas de littérature mais un portrait en creux de la narratrice. Un portrait entre rêve et réalité qui se déguste comme un bonbon acidulé, qui se lit d'une traite, comme un texte onirique (on pense à l'Aurélia de Nerval, comme ça en passant), un livre qui oscille entre peur et plaisir et c'est comme si on retrouvait les impressions de l'enfance, lorsqu'on se cachait sous les draps pour finir le roman d'aventures à la lumière d'une lampe électrique.
A tous ceux qui ont du mal avec le style N'Diaye, je recommande ce très joli portrait de femme, de mère, de silencieuse, de perméable à l'étrangeté du monde.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Mer 14 Avr 2010 - 10:53



La sorcière

Pauvre, pauvre sorcière dont les pouvoirs étrécis n'ont que peu de répercution sur son existence. La narratrice est une femme malheureuse, silencieuse, abattue, apprenant à ses deux filles, des jumelles très douées, les rudiments de la sorcellerie. Ces pouvoirs consistent essentiellement à voir l'avenir et la mère a bien du mal à combattre sa propre cécité, car il faut bien l'avouer, elle n'est pas douée, la sorcière.
Et douée pour rien, son mari, ingrat vendeur de rêve la méprise et la quitte, ses filles exraordinairement 'sorcières' ne l'écoutent jamais et s'envolent pour d'autres destinées, la voisine odieuse et sans gêne finit par l'embaucher lorsqu'elle se retrouve démunie. Bref, une vie de misère pour une sorcière bien peu aidée par ces maigres pouvoirs.

Le livre est très bien écrit, trop bien écrit peut-être, l'onirisme appuyé accolé à une réalité sociale désespérante, n'a pas fonctionné chez moi. Ce livre a été une torture (agréable car vraiment écrit, mais une torture dans la mesure où il est 'trop' écrit). Je crois ne pas avoir accroché à ce roman parce qu'il est à la fois trop irréel et trop réaliste, trop fantastique et trop misérabiliste. J'aurais aimé que N'Diaye choisisse son camp, qu'elle soit onirique comme dans Autoportait en vert ou réaliste comme pourrait l'être un Tanguy Viel, mais pas les deux ensemble dans un mélange qui ne tient pas la route. Le lecteur a envie de secouer cette femme, cette épouse, cette mère qui se laisse sans cesse mener par les autres et dont la seule obsession est de raccommoder ses parents séparés...
Bon, tout n'est pas à jeter malgré tout. Le portrait social et psychologique de la sorcière est une belle réussite, l'intervention réccurente de la voisine donne vraiment envie de lui dire son fait ou de s'enfuir, chaque détail est parfaitement travailler, mis en valeur, l'écriture est tout de même très littéraire, très léchée, très personnelle, fouillée. Dans ce roman, Marie N'Diaye manque juste peut-être d'un peu de tripes... d'une envolée, d'une poésie, d'une ouverture vers le surnaturel...
Pour finir, j'ajouterai qu'il est troublant de voir comment une oeuvre se construit, se répond, car j'ai retrouvé dans La Sorcière deséléments de l' Autoportrait en vert et cette correspondance, ces échos d'un livre à l'autre sont la marque d'une oeuvre, une grande, malgré toutes les réticences dont nous pouvons parler.
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Lun 5 Juil 2010 - 11:03

-Rosie Carpe-


Sacré roman, inclassable par son style, son histoire, vraiment à part. Très difficile à conseiller certainement, sauf si on est prêt à frôler l'abîme, prendre des risques, se retouver en équilibre entre deux mondes, le tangible et un autre infiniment plus étrange, souvent glauque et menaçant, qui peut nous prendre dans ses filets malgré nous et dont on retiendra une jouissance égale au malaise qu'il procure.

Citation :
Les Carpe n'ouvraient jamais leur maison. Personne d'autre qu'eux n'en passait jamais le seuil et ni Rosie ni Lazare n'aurait osé, n'aurait eu seulement l'idée d'inviter quelque camarade que ce fût. Il ne pouvait être mis en doute par aucun d'entre eux que la paix à Brive, que la lente et honnête prospérité à Brive, se gagnaient au prix, d'ailleurs peu élevé, d'un tranquille isolement à quatre, les quatre Carpe un peu sauvages, un eu taiseux, excessivement pudiques et contraints.

Les Carpe sont comme ces poissons sans relief, froids et neutres, qui tourneraient l'oeil vide dans un univers restreint. On n'a pas envie de les approcher, d'ailleurs ils ne cherchent pas. A force de tourner sur eux mêmes ils peuvent s'entre déchirer, devenir fous et sombrer. C'est un peu ce qui arrive à cette famille bizarre qui n'a connu qu'une béance morale et affective énorme, qui n'a pas de buts ni même le moindre désir. Ils n'ont pas développé de tissus affectifs, ils se contentent d'être, sans conscience réelle de ce qu'ils représentent.

Les personnages avancent alors à tâtons, comme le lecteur, perdus dans une sorte de labyrinthe, tout est incertain, sans repères, brumeux. A chaque étape on s'enfonce un peu plus dans le sordide, c'est quasi physique comme le dit Darkanny. Et pourtant on s'accroche au texte parce que l'écriture sublime de Marie N'Diaye nous tient jusqu'à la fin même si on ne comprend pas tout. Il y a des interférences forcément, en rapport à la Bible (avec Abel entre autre, sa trahison) au Bien et au Mal, des métaphores sur les couleurs (Lagrand la seule âme pure de l'histoire s'habille et vit dans le blanc. Le jaune délavé est pour les Carpe mais le Magnolia irradie un souffle de lumière dans leurs souvenirs) sur l'apparence des personnages qui change suivant leur mental. Bref, il y a des tas de ponts à chercher et on pourrait y passer du temps, c'est bien d'ailleurs car l'interprétation reste ouverte...

Mais le principal vient de la force de la narration, cette balade en enfer a des allures de chemin de croix, traverser le sordide avant d'approcher un peu de l'espoir. C'est obscur, poisseux et gluant. Pas d'humanité ou si peu (Titi le sacrifié et Lagrand qui finit par libérer Rosie l'intouchable) Mais quel talent pour faire passer l'ensemble!

J'ai tout de même préféré Mon coeur à l'étroit car par moment on fleure le dérapage, vers la fin surtout l'auteure en rajoute un peu trop (la fille de Diane et de Floret en offrande par exemple) mais indéniablement un roman qui frappe par sa construction et qui déroute constamment. Parfois ça fait du bien!
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MessageSujet: Re: Marie NDiaye   Aujourd'hui à 2:53

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Marie NDiaye
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