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 Alexandre Vialatte

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bix229
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MessageSujet: Alexandre Vialatte   Dim 20 Sep 2009 - 18:42



Les premiers marrons d' Inde tombent le long du trottoir.
Tombent comme des plombs, roulent comme des billes. Autrefois c'était la rentrée.

On les chassait à coups de souliers. Ils avaient une couleur brulée, brune et brillante.
On discernait dans le brouillard gris la silhouette du kiosque à musique vide comme l' épave d' un bateau naufragé, comme une salle après le bal, comme un lendemain de fete.
Les grands marronniers étaient roux et le sol couvert de coques vertes.
On récitait Rosa la rose...


L' automne arrive et l' automne convient à Alexandre Vialatte et ses latences mélancoliques.
En effet, Vialatte, 1901-1971, mena une vie en apparence sans histoire, mais mélancolique non sans raisons.
L' enfance et l' adolescence le poursuivirent toute sa vie et elles sont présentes dans son oeuvre.
En 1940, il est fait prisonnier par les Allemands et on l' envoie à l' hopital
soigner ses hallucinations.
Le traumatisme fut grave et il en parle dans Le Fidèle berger.
Pour le reste, il vécut en Auvergne, traduisant Kafka, Hoffmansthal,
Nietzsche, Thomas Mann...
Il fut l' ami de Henri Pourrat, amoureux de cette région et qui lui dédia des
recueils de contes.
Et aussi du peintre Dubuffet avec qui il avait des échanges passionnés

et pleins d' humour.
L' humour de Vialatte est présente dans les merveilleuse Chroniques qu' il
écrivit pour le journal La Montagne et qui furent publiées après sa mort,
comme la plupart de ses livres.

Un exemple ?

J' ai appris à sept ans que j' étais un mamifère, autour de huit ans que
j' étais un auvergnat... Jusqu' à ce moment décisif, j' avais toujours pensé
que l' Auvergne était un pays fabuleux inventé par ma tante Lucie pour y loger plus aisément quelques vieilles histoires de famille...
J' ai connu depuis une Auvergne plus vraie.
J' ai connu l' Auvergne absolue, dans sa haute mélancolie.

Ou encore :

Qui a dit : " La plupart des hommes meurent de chagrin." ?
Buffon, ce chantre du tatou, ce narrateur du tamanoir, ce portraitiste

indifférent de la sauterelle !
C' est Buffon, ce compteur de fourmis. Remarquons d' ailleurs que si l' homme meurt de chagrin, c' est ce qui lui permet de rire de tout.
Quand rirait-on sinon quand on est triste.
Le bonheur ne sait qu' etre béat.


Vialatte, c' est un bonheur de le lire !

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans & nouvelles
Battling le ténébreux ou la Mue périlleuse, Gallimard, 1928. Réédition en coll. L'Imaginaire, 1982.
Badonce et les Créatures, La Cigale, 1937. Réédition : Julliard, 2003.
Le Fidèle Berger, Gallimard 1942. Réédition en coll. L'Imaginaire, 2000. Pages 2
Le Roman des douze, Julliard, 1957 (Collectif - 1 chapitre d'A.V.)
Les Fruits du Congo, Gallimard, 1951. Prix Charles Veillon. Réédition en coll. L'Imaginaire, 1994. Pages 1
L'Auberge de Jérusalem, Le Dilettante, 1986
La Maison du joueur de flûte, Arléa, 1986
La Dame du Job, Arléa, 1987
La Maison de M. Inhaber, Le serpent à plumes, 1989
Le Fluide rouge, Le Dilettante, 1990 Pages 1
Salomé, Les Belles Lettres, 1992
Camille et les grands hommes, Les Belles Lettres, 1994
La complainte des enfants frivoles, Le Dilettante, 1999 Pages 1
Les Amants de Mata Hari, Le Dilettante, 2005
Fred et Bérénice, Le Rocher, 2007
Le cri du canard bleu, Le Dilettante, 2012

Poêmes
La paix des jardins, La Différence, 1990

Varia
La Basse Auvergne, J. de Gigord, Collection Gens et pays de chez nous, 1936
L'Auvergne absolue, Julliard, 1983
Jean Dubuffet et le grand magma, (avec Jean Dubuffet), Arléa, 1989
Légendes vertigineuses du Dauphiné, Bartillat, 1995
Correspondance avec Jean Paulhan (1921-1968), Julliard, 1997
Correspondance avec Ferny Besson (1949-1971), Plon, 1999
Correspondance avec Henri Pourrat, Université de Clermont-Ferrand (en cours, 6 volumes parus depuis 2001)
Alexandre Vialatte et les Cahiers du Sud, Au Signe de La Licorne, 2012

Chroniques
Dernières nouvelles de l'homme, Julliard, 1978. Pages 1
Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Julliard, 1979. Pages 1
L'éléphant est irréfutable, Julliard, 1980.
Almanach des quatre saisons, Julliard, 1981.
Antiquité du grand chosier, Julliard, 1984.
Bananes de Königsberg, Julliard, 1985.
La porte de bath-Rabbim, Julliard, 1986.
Eloge du homard et autres insectes utiles, Julliard, 1987.
Les champignons du détroit de Behring, Julliard, 1988.
Chronique des grands Micmacs, Julliard, 1989.
Profitons de l'ornythorinque, Julliard, 1991
Chronique des immenses possibilités, Julliard, 1993
Pas de H pour Natalie, Julliard, 1995
Dires étonnants des astrologues, Le Dilettante, 1993
L'oiseau du mois, Le Dilettante, 1993
Les proverbes Bantous, avec Michel Perrin, Au Signe de la Licorne, 1998
Kafka ou l'Innocence diabolique, Les Belles Lettres, 1998 repris et augmenté : "Mon Kafka" en 2001
Chroniques de La Montagne, Robert Laffont, 2000 Coll. Bouquins 2 vol.
Chroniques des Arts Ménagers, Au Signe de la Licorne, 2001
Chroniques de Flammes et Fumées, Au Signe de la Licorne, 2001
Mon Kafka, 10/18, 2001 (reprend et augmente "Kafka ou l'innocence diabolique", 1998)
Au coin du désert, Le Dilettante, 2002
1968 Chroniques, Julliard, 2008 (origines diverses ; préface de Philippe Meyer)
Lettres à Maricou, Au Signe de la Licorne, 2009
Critique littéraire, Arléa, 2010

Citation :
Mise à jour le 31/01/2012, page 2


Dernière édition par bix229 le Jeu 24 Sep 2009 - 17:25, édité 1 fois
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bix229
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 28 Sep 2009 - 20:23

LES FRUITS DU CONGO

C' est un livre tendre et mélancolique.
Tendre parce que Vialatte s' attarde volontiers sur une période
de la vie qui lui tient à coeur, l' adolescence...
Comme s' il revivait lui-meme des souvenirs obsédants et qu' il
les fixait par l' écriture avant qu' ils ne s' effacent...
Mélancolique, parceque les adolescents sont pleins de reves fous,
d' amours et d' amitiés et d' aventures imaginaires.
Et qui parfois finissent mal.
Quand la réalité les plombe...
La réalité ou Monsieur Panado...

Mais chut !

L' atmosphère de ce livre oscille entre le réél et et l' maginaire.
La fantaisie, l' extravagance et le drame.
Et il y a ces adultes qui s' ennuient dans leur vie trop étriquée
et dans leur défroque d' enfants vieillis et qui sombrent en songeant
à ce qu' ils n' ont pas fait, à ce qu' ils auraient du faire...
La vie est un reve éphèmère et qui finit mal.
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bix229
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mar 29 Sep 2009 - 19:39

Dora, je revois ta robe verte au bal du Labyrinthe, et ta ceinture
d' argent qui accrochait des lumières.
Mais tu ne reviendras jamais.

Jamais je n' accepterai ta mort. Jamais je n' accepterai cette mort inhabitable.

Je ne veux pas que tu sois morte ainsi, que ton fantome traine
dans ce grenier, ou sous les orties d' un tombeau.
Je t' ai choisi une mort habitable, je te l' ai choisie comme pour moi.
C' est dans un vieux village, un vieux village de montagne, couleur
de bure et de fumée, sur un horizon de meme couleur.
Il n' accueille que des morts paisibles.
Les enfants de la mort violente n' ont pas le droit d' entrer ici, mais
je te passerai en contrebande pendant la nuit sur la barque de Pied-volage.....

Nous ferons venir Fred ici. Nous nous referons une existence au petit hotel du Labyrinthe, qui a une enseigne d' or ternie, au dessus d' une salle basse aux poutres apparentes.
Il y fait sombre, autour d' une petite lampe jaune.
Nous y vivrons comme au moulin à vent.
Ton marin reviendra, nous ne serons pas jaloux, il sortira de son sac vert des choses brillantes.
Et nous vivrons au fil de l' heure une vie de fantomes sans professsion.
Tu nous chanteras les chansons tristes qui faisaient plaisir à ton marin, et Fred nous dira les histoires qu' on racontait à la Sardine
bleue.

Les Fruits du Congo. P. 427-428

Le roman touche à sa fin, et le narrateur évoque les amis morts
et ses accents douloureux ont quelque chose qui me rappelle les
chansons de Jacques Brel.... Ne me quitte pas ou Ces gens-là...
Les accents d' un enfant seul et inconsolable.
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moinonplus
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mar 29 Sep 2009 - 19:46

Je ne le connaissais pas cet auteur ! Il m’est tout a fait nouveau. Mais c’était intéressant de voir sa biographie. Voici un texte d’Universalis sur sa vie.


Vialatte Alexandre. Article écrit par Christophe Mercier
« Né dans un village de la Haute-Loire et chroniqueur à La Montagne, quotidien local auvergnat, Vialatte a longtemps été considéré, au mieux comme un journaliste doué, au pire comme un écrivain régionaliste, dans tous les cas comme un dilettante de la littérature. Ceux qui le connaissent mieux savent que c'est à lui que revient le mérite d'avoir introduit Kafka en France en traduisant Le Procès (1933), Le Château (1938), L'Amérique (1946), ainsi que les nouvelles qui composent La Métamorphose (1938), La Colonie pénitentiaire (1948) et La Muraille de Chine (1950). Vialatte a traduit aussi Thomas Mann, Nietzsche et d'autres auteurs allemands. Cette activité au service d'autres écrivains a parfois fait oublier ses grandes qualités de romancier.
Battling le Ténébreux (1928) est, dans la lignée d'Alain-Fournier, un des grands romans sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Son sous-titre, La Mue périlleuse, en résume le thème : l'adolescence y est montrée comme un âge à la fois merveilleux — celui du rêve — et terrifiant ; les héros du roman, tous fragiles, quels que soient les masques dont ils s'affublent, se heurtent douloureusement et ne parviennent pas indemnes à l'âge d'homme. Magnifique hymne à l'amitié, écrit dans une langue dense et souple, Battling est un poème noir sur lequel plane l'ombre de la mort et du vieillissement. Le Fidèle Berger (1942) est un roman moins personnel. Vialatte y parle de son expérience de combattant en 1940. C'est avec Les Fruits du Congo (1951) que Vialatte atteindra une sorte de célébrité. Ce gros roman reprend, avec plus d'ampleur, les thèmes de Battling. La jeunesse y est l'âge durant lequel la réalité apparaît travestie par les délires de l'imaginaire. Vialatte y donne libre cours à son imagination, à son humour, souvent noir, et à une ironie qui n'est pas sans évoquer les romans de Maurice Fourré et les œuvres surréalistes. Ce nouvel hymne à l'adolescence est encore un livre sur la mort, profondément pessimiste. Les derniers chapitres rappellent L'Éducation sentimentale : on y ressent la même impression poignante de vieillissement et de solitude, mais ici la plainte est constamment déguisée en jeu, ce qui a fait dire de Vialatte, romancier de la mort et de la désillusion, qu'il était un romancier rose !
Vialatte a écrit plus d'un millier de chroniques (publiées dans La Montagne, Le Spectacle du monde, etc.) réunies depuis dans Dernières Nouvelles de l'homme (1978), Et c'est ainsi qu'Allah est grand (1979), L'éléphant est irréfutable (1980), Almanach des quatre saisons (1981). Toujours à la recherche du mot précis et de la pointe, le style est proche de celui de Giraudoux et de Morand. L'œuvre de Vialatte a fait l'admiration de Nimier et de Blondin : c'est dire dans quelle famille littéraire elle se situe. »
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Constance
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Sam 15 Jan 2011 - 11:38

J'ai achevé la lecture de "Le fluide rouge" et "Le fidèle berger", et j'ai quasiment terminé "La complainte des enfants frivoles" ... j'adhère totalement aux commentaires de Bix 229. Alexandre Vialatte est l'écrivain de l'adolescence perdue, du temps de l'insouciance où le demain n'a pas d'importance, mais l'avenir se rêve dans les contrées lointaines de l'époque colonialiste ... je vais tenter de rassembler mes idées, puis de proposer mes commentaires.
Sinon, j'ai commandé la bio écrite par son amie Ferny Besson, afin de faire mieux connaissance avec l'homme qui me semble fragile et tendre ...
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mer 9 Fév 2011 - 12:52





Vialatte
a écrit ce premier roman vers 1925, alors qu'il vivait en Allemagne où il occupait le poste de rédacteur à "La revue rhénane". Plusieurs années après la mort de Vialatte, son manuscrit fut découvert par son fils Pierre qui le fit publier en plaçant en préambule cet avertissement :

"Il n'est pas douteux qu'Alexandre Vialatte eût, sur épreuves, fait disparaître de son livre quelques répétitions et des inadvertances. Elles n'échapperont pas au lecteur. Nous ne nous sommes pas permis d'intervenir et le texte que l'on trouvera ici est scrupuleusement conforme au manuscrit"

Lorsque l'on sait que Vialatte écrivait d'un sel jet, sans râtures, et qu'il ne procédait quasiment jamais à quelque correction (cf la bio écrite par Ferny Besson), on ne peut qu'être qu'impressionné par le talent de cet écrivain au style baroque porté par une surabondance d'adjectifs, de comparaisons et de métaphores; surabondance qui, pourtant, aboutit à une écriture fluide et claire, et qui en fait un roman d'une infinie poésie.


Vialatte affirmait que toute son oeuvre pourrait s'intituler "La complainte des enfants frivoles". D'ailleurs, on retrouve les personnages et les lieux où se situe ce premier roman, dans ses oeuvres suivantes.
"Les enfants frivoles" de Vialatte ne sont pas futiles. Adolescents, ils refusent d'accepter le sérieux et le rationnel du monde adulte, de tuer en eux l'enfant-poète qui se nourrit de chimères.


"La complainte des enfants frivoles" est narrée par un homme qui revient en Auvergne, sur les lieux de son adolescence, dans une paisible sous-préfecture , qui fut autrefois troublée par l'arrivée d'un professeur de philosophie et de sa compagne, et qui se remémore son amitié avec deux amis dont le destin basculera dans le tragique sous l'influence de ce couple qui abreuvera leurs esprits rêveurs de mythologie allemande, pour la femme, et de nouvelles philosophies orientalistes (Schopenhauer), pour l'homme.

Cependant, ce couple ne sera que le catalyseur de leurs profond désir d'aller vers l'inconnu :


Citation :
Du haut du tertre où est bâti le vieux collège, les champs dévalaient dans la nuit, vers les campagnes des vacances; c'est de là que partaient les routes que nous avons tous prises un soir, avec leurs tournants, leurs lacets, leurs espoirs, leurs carrefours ...; les routes tournent autour de la terre, comme une corde sur une toupie, tendues comme l'espoir des hommes; et maintenant nous savons ce qu'il y derrière ces brumes, sur les pitons bleus : pour quoi faire ? (p 34)



Citation :

A l'horizon le brouillard fait et défait les montagnes, un long rayon tombé du ciel promène son doigt pédagogique sur la page, et s'arrête sur le mont de l'Estelle qui, dans le brouillard, n'existait pas tout à l'heure.
Où est la réalité de ce monde ? Un signe s'est fait dans le ciel et les montagnes poussent comme en rêve.
Telle est la leçon des sommets. Si quelque jour le petit garçon descend de sa montagne merveilleuse pour aller rencontrer la vie dans les plaines, la vie, ce souvenir d'enfance mal mis au point, il trouvera les plaines privées de prodiges et il ne comprendra plus. Vivre ? Qui lui donnera la recette ? C'est un professeur de miracles qui a fait son éducation. (p 36)




En toile de fond, à travers les discours du professeur qui oppose les Latins, qu'il considère comme des occidentaux décadents, aux Orientalistes, Vialatte prophétise les horreurs de la seconde guerre mondiale :


Citation :
Cet homme qui n'imaginait la terre que comme une boîte à cadavres, avec des étages, des rayons, des tiroirs pleins de morts, un champ à gratter, à fouiller, à creuser avec une bêche pour y poser les morts comme dans un écrin, tasser la terre, creuser le trou pour le voisin, empiler les cadavres, aligner les membres, transporter les tas de squelettes, enfourner les os, préparer les fournées [...] (p.129)



Citation :

L'Allemagne nous apparut brusquement comme le pays de la Mort, pour laquelle toute âme germanique éprouve une sympathie secrète, une passion congénitale, un goût profond. Elle s'étala sous nos yeux pleine de lacs et d'eaux perfides, d'étangs dangereux d'où montent des voix désolantes et splendides. L'ange du Suicide et de la Folie la couvrait de ses ailes noires comme Méphisto, dans le film de Faust, couvre la ville décimée par la peste. Et nous entrevoyions dans le discours de Quiquandon des générations aux yeux bleus s'engloutir au pas de parade dans la mort libre comme une armée dans un marais bourbeux, cependant que, sur les plus belles eaux du monde, des nymphes joufflues faisaient de la réclame aux pilules orientales. (p.145)
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bix229
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mer 9 Fév 2011 - 15:08

Vialatte a toujours eu l' enfance au coeur. Il faut lire Les Fruits du Congo. Je pense qu' il y a pas mal de
souvenirs autobiographiques dedans. Mais l' enfance est présente dans toute son oeuvre.

Heureusement qu' il avait l' écriture Vialatte, sinon la mélancolie aurait fini par l' emporter....
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Constance
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mer 9 Fév 2011 - 17:43

bix229 a écrit:
Vialatte a toujours eu l' enfance au coeur. Il faut lire Les Fruits du Congo. Je pense qu' il y a pas mal de
souvenirs autobiographiques dedans. Mais l' enfance est présente dans toute son oeuvre.

Heureusement qu' il avait l' écriture Vialatte, sinon la mélancolie aurait fini par l' emporter....



Je n'aurais pas la vanité de prétendre que j'ai une connaissance parfaite de l'oeuvre de Vialatte, cependant je pense être allée assez loin dans mes lectures, pour pouvoir passer à d'autres auteurs (en ce moment, j'aborde l'oeuvre de Paul Gadenne). sourire
D'autant que "La dame de Job" et 'L'auberge de Jérusalem" , ne sont justement que des chapitres extraits de "La complainte des enfants frivoles", et que le héros de "Les fruits du congo" n'est autre que le même Frédéric Lamourette éprouvant "Les souffrances du jeune Werther" dans "La complainte" , de même que Panado, représentant le Destin, apparaît sous les traits du prof d'allemand ...


Sinon, ayant remarqué l'importance de l'iconographie populaire dans l'oeuvre de Vialatte, j'ai fait des recherches, et voici un lien qui éclaire un aspect majeur de son inspiration :

Mythologie publicitaire


Il faudra que je parle de "Le fidèle berger" et de "Le fluide rouge", mais le temps me manque ... :3
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 20 Juin 2011 - 22:18

Pour les admirateurs de l'oeuvre de Vialatte (au moins ou au plus deux "parfumés" Very Happy ), je viens de découvrir qu'il était mis à l'honneur en cette année 2011, et que le prix du livre Inter décerné à Olivia Rosenthal, lui avait également été décerné par le prix Vialatte; prix nouvellement créé cette année.


Pour les "parfumés" qui seraient intéressés par l'oeuvre de Vialatte, et cette année qui lui est dédiée :

http://www.alexandre-vialatte.com/annee_vialatte/





Spoiler:
 
jypeurien


Citation :
Juin


Juin a trente jours, c'est le sixième mois de l'année. Elle entre dans l'été. Le soleil mûrit les blés ; ensuite, les jours déclinent. L'orgueilleuse Junon présidait ces splendeurs. Au moment des jours les plus longs qu'on appelle le solstice d'été, à la Saint-Jean, on allume des feux sur la montagne. La caille carcaille toute la nuit. Le moissonneur ahane. Le vent moire la surface des seigles. Le merle et le loriot chantent le temps des cerises. Les reposoirs sentent la rose fanée. Le 14, le cuisinier de Bonaparte, manquant de beurre, invente le poulet Marengo. Le 18, le général de Gaulle appelle la France à la bataille. Le 21, le soleil se reflète au fond du puits de l'Aga Khan, en Haute Egypte.

Alexandre Vialatte / in L'almanach des quatre saisons
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bix229
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 20 Juin 2011 - 22:56

Merci pour le lien, Constance !
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Constance
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Dim 28 Aoû 2011 - 15:17

Pour demeurer dans l'actualité ... sourire












Complainte des vacances terminées



Un petit faune en terre cuite,
Dans un rayon doré,
Reste seul témoin de la fuite
D'un monde évaporé


Sur la roseraie léthargique,
Où les enfants rêveurs
Gaspillaient en jeux chimériques
L'été de leurs ferveurs.


Toutes choses sont passagères;
Le sage a dit souvent
Qu'autant en garde la poussière,
Autant en prend le vent.


Que dirons-nous, hommes superbes,
D'un sort si déchirant ?
Nous étant comparés à l'herbe
Qui sèche dans les champs,
Nous en parlerons par proverbes
A nos petits enfants.


Et que feront ces têtes folles
De si hautes leçons ?
Ils répéteront nos paroles
A leurs petits garçons.


En attendant, gens de Saint-Charles
Et des rues d'à côté,
Nous passerons, moi qui vous parle,
Et vous qui m'écoutez.



(Extrait de "La paix des jardins/ Poèmes"/ Ed. de La Différence)

A gauche, sur la photo, Alexandre Vialatte en 1910
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Baklava
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 19 Sep 2011 - 21:16

J'avais adoré "Les dernières nouvelles de l'homme" et "C'est ainsi qu'Allah est grand".

N'est-ce pas lui qui a donné cette définition ? :
Homme : Animal portant un chapeau qui attend le bus N° 15.
(cité de mémoire)


Un peu onirique, léger, original !
Si j'osais un comparatif avec un musicien, je dirais : Eric Satie

Mais en profondeur, on ressent l'amour de sa terre et des saisons. Il aime son auvergne comme chacun aime son pays d'enfance.

Et un conteur en plus !
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bix229
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 19 Sep 2011 - 22:00

Baklava a écrit:
J'avais adoré "Les dernières nouvelles de l'homme" et "C'est ainsi qu'Allah est grand".

N'est-ce pas lui qui a donné cette définition ? :
Homme : Animal portant un chapeau qui attend le bus N° 15.
(cité de mémoire)


Un peu onirique, léger, original !
Si j'osais un comparatif avec un musicien, je dirais : Eric Satie

Mais en profondeur, on ressent l'amour de sa terre et des saisons. Il aime son auvergne comme chacun aime son pays d'enfance.
Et un conteur en plus !

Merci à toi Baklava !
On va se sentir moins seuls, Constance et moi !
J' ai commencé comme toi à apprécier Vialatte à partie de ces deeux premiers recueils de chroniques, toutes publiées en livres après sa mort et choisies pas ses amis de longue date.

C' est vrai qu' il est original, Vialatte, ou plutot son humour et sa sensibilité d' écorché qui font de son style un écrivain unique.
Son style est très classique et de ce fait, indémodable, meme si la réalité dont il parle est datée.
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Steven
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 19 Sep 2011 - 22:18

Un coup d'oeil sur ma pile de livres... Et Battling le ténébreux arrive pour ces prochains jours. Bixx, bientôt avec vous !

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Lun 19 Sep 2011 - 23:16

Bienvenue Steven !
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MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   

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Alexandre Vialatte
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