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 Herman Bang [Danemark]

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kenavo
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MessageSujet: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 18:34



Herman Joachim Bang (né le 20 avril 1857 à Als, Jutland - mort le 29 janvier 1912 à Ogden City, Utah) était un écrivain et journaliste danois.

Fils de pasteur presbytérien, Herman Bang fut très tôt orphelin de sa mère. Toute sa vie, il en ressentit une certaine frustration qui transparaîtra dans son oeuvre et notamment dans son premier roman Haabløse slægter (Familles sans espoir) écrit en 1880.

Herman Bang fut également journaliste littéraire dont les articles paraîtront dans divers recueils, les premiers parus alors qu'il avait à peine 20 ans.

La deuxième moitié des années 1880 le vit séjourner à l'étranger (Berlin, Vienne, Prague) d'où il écrivit de nombreux articles pour la presse danoise. Ces années furent les plus prolifiques d'Herman Bang.

Influencé dans ses premiers romans par le naturalisme français, il évoluera ensuite vers l'impressionnisme. Ses oeuvres décrivent des existences manquées ou malheureuses. Homosexuel, refoulé par les codes moraux de l'époque, ses sentiments transparaîssent dans les relations hétérosexuelles de ses personnages. Il est considéré comme l'un des maîtres de la littérature danoise en ce qui concerne les descriptions de portraits psychologiques féminins.

Il fut plusieurs fois adapté au cinéma. Il est mort aux États-Unis où il s'était rendu pour une tournée de conférences.
source: wikipedia

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans et nouvelles
chronologie des dates selon la parution française

1902 Au bord de la route, Porté à l'écran par Max von Sydow en 1988 sous le titre Katinka, Page 1
1904 Mikaël, Page 2
1930 Tine, Page 4
1945 Maison Blanche, Maison grise, Page 1
1998 Plaisirs d’été, Pages 2, 3
2005 Les corbeaux, Page 3
2006 Franz Pander
2012 Les quatre diables, Page 1
2013 Ida Brandt, Pages 2, 3

Citation :
mise à jour le 04/05/2015, page 4

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kenavo
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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 18:34


Maison blanche / Maison grise
Citation :
Editeur
Avec Maison blanche (1898) et Maison grise (1901). Herman Bang se tourne vers la pureté de l'enfance, et se livre à une sorte de "Recherche du temps perdu" intimiste et sensible, rythmée par le miracle des saisons, dominée par la figure d'une mère lumineuse bien-aimée et de personnages attachées déjà croisés dans Tine, roman admirable où il saisit la vie dans ses aspects les plus fugitifs et les plus significatifs.

Pas pour rien que je pense au peintre Vilhelm Hammershoi ici quand je pense à Herman Bang - ses livres ont été édité en allemand avec pour la pluspart des cas une image de Hammershoi en couverture Wink

Dans ces deux romans - qu'on peut lire indépendamment - il s'agit de l'enfance et de la jeunesse de Herman Bang.
À chaque fois les maisons d'éditions ont quand même décidé de les réunir dans un livre. Pour cause. On devient ainsi témoin du changement du monde de l’enfant vers l’adolescence.
Dans la maison blanche toute est paix, harmonie, joie. Il adore sa mère, elle est au centre de ce récit, de la famille, des enfants.. elle rayonne sur tout.
Il y a la description des us et coutumes lors de fêtes, p.ex. Noël, des moments partagés avec des gens du village.

Tandis tout change avec le déménagement dans la maison grise. La mère n’est guère plus présente, on ressent qu’entre elle et le père il y a une mésentente.. et ainsi la jeunesse se termine. Il doit faire face de grandir, de se faire des soucis pour les études, l’argent…

La première partie est pour moi un peu trop mielleux (cet angle de vue des hommes pour leurs mères qui les transforment si facilement en Saintes est parfois étrange) – mais c’est tout à fait son style, j’adore l’écriture, c’est lumineux, clair, jolie..
La deuxième partie m’a un peu troublé parce que c’est assez souvent pas évident de savoir qui est en train de parler – les personnes n’ont plus de noms, mais des ‘titres’ : et s’est souvent pas facile de se retrouver entre ‘il – excellence’ et ‘il – autre chose’ et encore un autre ‘il – je ne sais plus qui’

Mais néanmoins ce livre m’a donné envie de vous ouvrir un fil – et j’en ai aussi trouvé un commentaire qui en dit que du bien, je vais le poster après.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 18:35

Ecrits et chuchotements

Grisolia Michel

Maison blanche, Maison grise: dans ce diptyque d'une saisissante beauté, le Danois Herman Bang (disparu en 1912) part à la recherche du temps perdu. Beau comme du Bergman

Au royaume de Danemark, la madeleine de Proust se sert avec des fruits rouges. Sous la lampe à huile de la mélancolie, comment se souvenir mieux de son enfance au presbytère que le visage tout barbouillé de jus de mûre, de la même manière que l'on faisait la nique à un père pasteur luthérien maniaque de la propreté, à une mère généreuse, sublime, un peu folle, qui déguisait ses servantes et prenait les poupées pour des êtres humains?

Avec une infinie douceur, que son nom n'annonce pas, Herman Bang (1857-1912) consacre à la recherche du temps perdu et, surtout, de cette mère que la tuberculose lui enleva quand il avait 14 ans, un diptyque d'une beauté saisissante. Baigné par ces lumières du Nord qui ont ici la transparence du cristal, Maison blanche, le premier volet (1898), égrène en flocons d'allégresse, parfois de tristesse, l'éphéméride d'une vie à la ferme, au tournant du siècle, pendant ces hivers qui durent des années. Ce sont des fragments de mémoire impressionnistes, des confidences suspendues au bord de l'inavouable, des tableautins discrètement musicaux, ineffaçables: voici un sapin de Noël qui s'embrase, des perce-neige sur le chapeau du palefrenier, un air de clavecin, la marmaille du forgeron, monsieur le Maire et madame, la fille du maître d'école, les ragots qui entrent par la porte de la buanderie ou la chanson qu'on voudrait entendre à l'instant de mourir, dans un dernier rougeoiement de braises. Sans oublier tous les fantômes qui glissent entre les pages, souriant aux enfants de la cave au grenier. Fanny et Alexandre, le chef-d'oeuvre tardif de Bergman, n'est pas loin, avec le rigorisme et la magie, les rires, l'angoisse profonde et la douleur; on ne s'étonnera pas que Max von Sydow, le grand acteur bergmanien, ait choisi pour son premier essai de réalisateur un autre admirable récit de Bang, Katinka. Au bord de la route (Calmann-Lévy).

Daté de 1901, le second volet, Maison grise, durcit le ton autour de la figure du grand-père, dont le coeur serait moins amer si ses écrits avaient su émouvoir un éditeur. On y retrouve la mère souveraine et d'autre personnages croisés précédemment dans Tine (Stock), histoire d'une jeune femme sacrifiée. Ainsi que la fascination de l'auteur pour les destins solitaires, l'inéluctable déclin, le froid de la terre et de l'homme.

Herman Bang eut beau écrire Existences tranquilles, la sienne ne le fut pas. Son premier roman, Familles sans espoir - tout un programme! - fit scandale: dans cette Phèdre à Copenhague, Hippolyte soupire non pas pour Aricie mais pour des éphèbes. Bang vivra sa différence en voyageant. Metteur en scène, comédien, il monte Ibsen au théâtre de l'?uvre, à Paris, Strindberg à la Renaissance, avec Réjane. Son anxiété chronique frappe Lou Andreas-Salomé. Thomas Mann, Musil le lisent et s'enthousiasment. Dans Le Tournant, Klaus Mann loue les vieillards pétrifiés de Maison grise. Claude Monet, que Bang campera dans Mikaël, le fête comme un égal pour sa manière sensible, discontinue, qui montre plus qu'elle ne raconte. Au nombre des admirateurs on compte aussi Dreyer et Murnau; l'un et l'autre adapteront Bang à l'écran. Peu avant de mourir, dans l'Utah, lors d'une tournée de conférences, Herman l'errant refusa le Nobel, pour le bonheur de Maeterlinck. Rien de plus naturel, au fond, que ce dédain des ors et des honneurs chez un écrivain des ténèbres qui sut si bien ramener parmi nous ses chers revenants, un peu à la façon des Gens de Dublin tels que les filma Huston, dans leur écrin de désolation, de silence et de neige, juste avant la nuit.



source

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 18:37

message de Burlybunch, pris du fil 'vos lectures du mois'


Burlybunch a écrit:
kenavo a écrit:
Burlybunch a écrit:
autrement, je termine Katinka d'Herman Bang,
et?? Basketball
Eh bien c'est assez curieux,
il ne livre rien de ses personnages/leur interiorité explicitement, mais laisse au lecteur le soin d'en saisir un portrait par touches disséminées ci et là (Monet lui aurait d'ailleurs dit, dixit la préface du livre: "Vous êtes le premier écrivain impressioniste!"), à travers un geste/une parole etc. apparement insiginifiants et en se permettant parfois de glisser lui-même une allusion/un jugement en insistant légèrement sur un mot, par la construction ou le passage à l'italique. L'écriture est dans ce sens vraiment très scénique et subtile, et pas toujours évidente à suivre. Plutôt qu'une action propre/dynamique, on passe généralement par une série de plans figés extrêmements riches, et j'ai pour ma part souvent du mal à ordonner ce qu'il s'y trouve.
Sans ça, ça me plaît beaucoup. C'est une façon de faire très intéressante, bien que Bang est assez fataliste dans ses études, celles-ci semblant toutes devoir mener à la souffrance.
C'est un auteur que j'approfondirai!

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 19:15

kenavo a écrit:

Maison blanche / Maison grise
Citation :
La première partie est pour moi un peu trop mielleux (cet angle de vue des hommes pour leurs mères qui les transforment si facilement en Saintes est parfois étrange) – mais c’est tout à fait son style, j’adore l’écriture, c’est lumineux, clair, jolie...

Voilà un univers qui me tente beaucoup plus que celui d'Herta Müller (un peu assez des livres à teneur politique).

Je pense qu'il y a des mères qui sont des Saintes, si si! Et il faut leur rendre hommage. Je lirai ces deux maisons.

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Jeu 8 Oct 2009 - 19:20

Marko a écrit:
Voilà un univers qui me tente beaucoup plus que celui d'Herta Müller (un peu assez des livres à teneur politique).
on va reparler de cet aspect après ma relecture de certains de ses livres Wink

Marko a écrit:
Je pense qu'il y a des mères qui sont des Saintes, si si! Et il faut leur rendre hommage. Je lirai ces deux maisons.
bien sûr qu'il faut écrire du bien sur les mères - il le fait d'ailleurs très bien ici.. Very Happy

j'espère que tu vas aimer cet auteur (même si le livre que tu t'as maintenant choisi n'est à mon avis pas son meilleur - mais qui sait Wink )

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Ven 15 Jan 2010 - 0:49

Quelques mots encore:
Bang est le grand représentant scandinave du naturalisme, qui a d'une part engagé la littérature danoise dans une direction inattendue, et d'autre part porté les principes naturalistes jusqu'à un aboutissement rare qui motivera Monet à voir en lui le premier « écrivain impressionniste ». Le premier souci de l'écrivain semble être de dire les choses avec la vérité la plus totale, ce qui se manifeste ici à travers une écriture d'une très grande force picturale:
de même que dans un tableau, ses descriptions sont des instantanés de la réalité à un temps donné qu'il dépeint avec une rare exhaustivité, de façon à ce que la multiplication des points de vue offerts dessinent leur propre réalité, qu'il appartient ensuite au lecteur d'interpréter. Bang laisse parler les choses, les gestes, les personnages sans qu'il se produise aucun jugement de sa part ou minime, dès lors que les éléments « parlent mal », que les personnages, par intérêt, occultent la vérité etc. ce qui se traduit littérairement par de légers réajustements, suggestions parfois ironiques de l'écrivain glissées ça et là, d'autant plus incisives qu'elles tendent à souligner en chacun de ses personnages deux réalités: ce qu'ils sont véritablement et ce qu'ils voudraient être et laissent paraître devant la petitesse de leur situation, constat souvent mêlé de résignation.

Les personnages de Katinka (Ved Vejen) sont par exemple les habitants d'une petite bourgade éloignée de la ville, et où chacun semble s'ennuyer, presque "condamné" à cette existence. Le lieu central du village est une gare, où tous s'arrêtent à un moment ou un autre de la journée au cours d'une promenade. Cette gare est en quelque sorte un lieu d'évasion et de fourmillement, le seul lien que ces gens entretiennent avec la ville, la "réalité" - et ce n'est sans doute pas innocement que Bang a choisi comme personnages principaux le couple formé par le chef de gare et sa femme, Katinka.
Bang pose un regard assez triste sur cette communauté, leurs relations hypocrites et les airs qu'ils se donnent, le peu de substance de leurs vie et leur désespoir... Aucun jugement explicite pourtant de sa part, mais un véritable art de la suggestion.
Quelques personnages plus "colorés" se distinguent bien heureusement, d'abord l'héroïne Katinka, puis la fille du pasteur, Agnès, et enfin Huus, le régisseur nouvellement entré en fonction. Trois personnages en quelque sorte inadaptés à cette vie provinciale, constamment observés et jugés, où leur sensibilité n'a pas lieu d'être. Tous finiront d'une façon ou d'une autre par quitter cet endroit douloureux.
Katinka n'est pas tout à fait le récit d'une histoire d'amour, mais davantage celui de la renonciation à cet amour, d'un sacrifice résigné au nom de la convenance. Tout l'oeuvre de Bang semble d'ailleurs obéir à cette loi: chacun ici-bas est voué à souffrir, autant qu'à faire souffrir... Le bonheur semble ne pas avoir de place; l'issue est nécessaire, et déterminée par avant.
Oui, Bang est pessimiste, mais un portraitiste au regard si précis et à l'art singulier.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Ven 15 Jan 2010 - 8:05

Merci pour ton message Burly
Un auteur qui vaut le détour Very Happy

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 13:02

Les Quatre Diables (1890)


Ce court roman de 100 pages qui vient d'être réédité chez Phebus/Libretto m'a permis d'entrer dans l'univers de Herman Bang avant de lire prochainement Mikaël.

Un texte à lire d'une seule traite si possible tellement le rythme de l'écriture adopte à la perfection le sujet qu'il circonscrit. 4 acrobates de cirque, 2 hommes et 2 femmes, s'exposent aux yeux du public après des années d'apprentissage douloureux. Aimée sent que Fritz lui échappe depuis qu'il a croisé le regard d'une femme dans l'assistance. Femme qu'il approche peu à peu tel un animal en chasse. Une passion qui risque de compromettre sa détermination, son énergie vitale, sa rigueur dans son art. Une menace de perte de la maîtrise, d'un appel à ses pulsions, d'une castration symbolique. Le style épouse ces mouvements acrobatiques, ces tensions horizontales et verticales, la circularité du rituel et d'une chanson d'amour récurrente, l'imminence de la chute, l'éclatement presque futuriste des motifs visuels et des perceptions sensorielles. La foule, les autres artistes du cirque semblent former une ronde autour de ces 4 diables qui ont la perfection des corps mais qui sont menacés par le déséquilibre introduit par le désir de l'un d'entre eux.

Je suis étonné qu'on considère le style de Bang comme proche du naturalisme et de l'impressionnisme (on dit que Monet le considérait comme le premier écrivain impressionniste) alors que le climat de ce roman me semble anticiper bien davantage l'expressionnisme et même le futurisme par son recours à des motifs qui diffractent le temps, l'espace, les couleurs, les états d'âme en créant une mosaïque très dynamique. C'est une formidable expérience de lecture dont j'ai pour l'instant peu trouvé d'équivalent (chez Döblin seulement). Les passions animales sont extrêmement érotiques et brutales, le désir et l'amour côtoient la violence latente et la haine, l'envie de meurtre. Les personnages sont en lutte pour préserver leur stabilité psychique. La sublimation qu'implique l'art étant constamment mise en péril par l'émergence des désirs archaïques. Freud nous dirait qu'entre un ça insatiable et un surmoi exigeant le moi se retrouve en suspens au-dessus du vide comme sur un trapèze. On tient bon ou on chute.

Un roman pas comme les autres et qui vaut le détour.



Extraits:

Le soir suivant, Fritz ne fit pas le service de maître de manège. Il s'était dit qu'il voulait l'éviter. Il avait en lui toute la crainte accumulée de l'artiste pour les femmes comme si elles étaient la corruption incarnée. Il les considérait comme de mystérieuses ennemies, à l'affût, créées pour s'emparer de ses forces, et les rares fois où il cédait à la poussée de l'instinct, c'était dans une sorte d'élan désespéré, en proie à une haine vengeresse à l'égard de la femme qui lui dérobait une partie de son corps, la somme de ses forces, son bien le plus précieux, son moyen d'existence même.

Dans son cerveau fruste couvaient toutes sortes d'idées sur le pouvoir de possession illimité de l'homme sur les femmes qu'il ne comble qu'en les fécondant, lui, l'énergique, qui dans la fureur d'une jouissance dévorante, peut les broyer sous les muscles puissants de ses reins.

Fritz ne cessait de regarder ces couples qui passaient en roucoulant, et une haine sourde et mordante contre ces gens aux pieds légers, ces faiseurs d'oeillades, ces hypocrites, le submergeait: "Des bêtes, tous des bêtes, qui veulent s'assouvir! Ce sont des sots, pensa-t-il, nous sommes tous des sots. Nous nous dorlotons, nous nous soignons, nous nous donnons mille sortes de peine. Nous dépensons des jours, des années, notre jeunesse, nos forces, l'activité de notre esprit - et, un jour, la bête se lève en nous, la bête que nous sommes.


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Dernière édition par Marko le Lun 20 Fév 2012 - 17:52, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 14:14

Je viens de lire la préface et Elena Balzamo parle remarquablement bien de cette dimension de "castration" et d'opposition corps/esprit qui domine tout le roman:

Citation :
Le récit fourmille de toutes sortes d'être châtrés qui jouissent de la quiétude - mais qui ne sont pas plus heureux pour autant. Du reste, leur présence fait naître un soupçon: l'art lui- même n'est-il pas, pour l'écrivain, une forme de castration? Une sublimation des pulsions répréhensibles si efficace que l'artiste finit par se réduire à sa fonctionnalité, par cesser d'être un homme?
Ce raisonnement épouse, lui aussi, la courbe sinusoïdale d'un trapèze se balançant sous le chapiteau d'un cirque. Les personnages, quatre acrobates qui, grâce à un travail acharné, ont réussi à se hisser sur l'échelle sociale, sont des artistes dans l'acception particulière, "bangienne": déshumanisés, réduits à leur art, asexués, fermés à la vie (jusqu'à l'instant fatidique où tout bascule), bref, des castrats.
(...)
Et c'est exactement sous la forme qu'il a élaborée que cette problématique sera reprise par Thomas Mann, lui aussi tourmenté par le probème de la place de l'artiste dans la société bourgeoise: aussi bien Tonio Kröger que Cipolla le Magicien sont, chacun à sa façon, des descendants des Quatre Diables.
(...)
En mettant en scène Les Quatre Diables, Herman Bang combattait avant tout ses propres démons. Il en résultat un véritable joyau de la prose danoise du XIXe siècle.


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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 16:18

Il faut lire Bang. On reproche aux médias de "découvrir" un auteur qui était déjà un grand auteur. Mais meme s' il s' agit d' opportunisme (je crois qu' en fait il y a quand meme des critiques qui aiment les livres), je préfère m' en réjouir, je me dis que peut etre des auteurs oubliés, sous estimés ou encore non traduits paraitront en français un jour !

Ah, si j' avais été éditeur !
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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 16:41

bix229 a écrit:
Il faut lire Bang. On reproche aux médias de "découvrir" un auteur qui était déjà un grand auteur. Mais meme s' il s' agit d' opportunisme (je crois qu' en fait il y a quand meme des critiques qui aiment les livres), je préfère m' en réjouir, je me dis que peut etre des auteurs oubliés, sous estimés ou encore non traduits paraitront en français un jour !

Je ne sais pas quels souvenirs tu en as mais je suis frappé par la "modernité" de ce texte qui ne correspond pas beaucoup à son époque. On pourrait le croire contemporain. Il est en avance, visionnaire, anticipe certains mouvements artistiques ultérieurs. Peu de psychologie, c'est à la fois primitif et futuriste, minimaliste, graphique, sensoriel. Très étonnant.

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 18:12

Contente que cet auteur a trouvé un nouveau lecteur, je l'adore depuis si longtemps et suis très enthousiaste que les éditions Phébus aident à le faire connaître plus Very Happy


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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 18:19

kenavo a écrit:
Contente que cet auteur a trouvé un nouveau lecteur, je l'adore depuis si longtemps et suis très enthousiaste que les éditions Phébus aident à le faire connaître plus Very Happy

Je vais lire Mikaël et ensuite je suis tenté par celui dont tu as parlé plus haut "Maison blanche Maison grise"

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MessageSujet: Re: Herman Bang [Danemark]   Lun 20 Fév 2012 - 18:29

Marko a écrit:
bix229 a écrit:
Il faut lire Bang. On reproche aux médias de "découvrir" un auteur qui était déjà un grand auteur. Mais meme s' il s' agit d' opportunisme (je crois qu' en fait il y a quand meme des critiques qui aiment les livres), je préfère m' en réjouir, je me dis que peut etre des auteurs oubliés, sous estimés ou encore non traduits paraitront en français un jour !

Je ne sais pas quels souvenirs tu en as mais je suis frappé par la "modernité" de ce texte qui ne correspond pas beaucoup à son époque. On pourrait le croire contemporain. Il est en avance, visionnaire, anticipe certains mouvements artistiques ultérieurs. Pas de psychologie, c'est à la fois primitif et futuriste, minimaliste, graphique, sensoriel. Très étonnant.

Les souvenirs, il va falloir que je les rafraichisse ! Mais j' y pense... Ce que tu écris reflète les prpopos de Lucien Maury, introducteur en France des littératures scandinaves. Un grand monsieur celui-là. Un peu comme Régis Boyer, spécialiste du Danemark et des Sagas, traducteur de ces sagas et de Knut Hamsun et autres écrivains norvégiens.

Dabns la préface de La Maison blanche, Maury parle des influences de jeunesse de Bang, notamment Darwin, mais aussi Shopenhauer dont la pensée l' influencera toute sa vie. De la lecture des écrivains français, Balzac, Flaubert, Dumas, Zola, les Goncourt, Tourgueniev, Dickens...Jonas Lie. "Il s' éloigne des systèmes et des vues théoriques et de la littérature à "problèmes", comme Ibsen et Bjornson. Il ne recherche que des images aussi fidèles que possible de la vie sans surcharge idéologique. Le public lui sait gré de cette simplicité et de cette sincérité, ce retour à une littérature rafraichissante, où en effet, triomphe une subtile atmosphère d' émotion et de vérité..."

"Le romancier des vies simples est aussi l' esthète séduit par la dégénérescence et les phosphorécences morbides : la saine fantaisie d' Andersen, dont il est l' héritier le plus direct..., mais aussi Baudelaire et Poe.

Romancier, le roman est son refuge et son alibi... Sa devise : "ne pas raconter, montrer"... Le meilleur de Bang est là, dans ces récits qui sont à peine des narrations, mais de mobiles schémas de décors, des esquisses de dialogues, la vie saisie dans ses aspects les plus fugitifs et les plus significatifs, la vie extérieure et profonde, l' ame d' une scène, d' un paysage, d' une passion, essence capricieuse et changeante dont il épie avec une fougueuse patience l' incessante métamorphose... Par là, Bang rejioint nos impressionistes.."

Je me rends compte que j' ai été trop long, mais il me semble que Maury a parfaitement saisi le talent de Bang et ce qui constitue encore aujourd' hui sa modernité.
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Herman Bang [Danemark]
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