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 Charles Juliet

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coline
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MessageSujet: Charles Juliet   Ven 20 Avr 2007 - 21:28


L'opulence de la nuit

Peut-être faut-il avoir lu Lambeaux et en savoir ainsi un peu sur le parcours de Charles Juliet pour vraiment apprécier la poésie de cet auteur, intimement liée à son autobiographie, à son chemin.
Elle est d'une si grande simplicité qu'on pourrait ne pas la remarquer...pourtant de grands poètes s'y sont intéressés...

Voici le dernier poème de L'opulence de la nuit...il reprend tout...

"Un jour
ma barque s'est détachée
s'est éloignée du port
et sans que je m'en sois
rendu compte
poussé par le vent
j'ai dérivé
longuement dérivé

A me découvrir seul
loin de mes semblables
j'étais dévoré d'angoisse
Mon unique désir
était de revenir parmi eux
là où était ma place
D'autant que mon embarcation
prenait l'eau

ou bien était-ce moi
qui déjà me fissurais
me délabrais
Je n'avais plus la force de ramer
de diriger ma barque
N'allais-je pas sombrer

Je ne me sentais pas de taille
à affronter les tempêtes
que j'aurais à essuyer
Je me rebellais...voulais retrouver
la quiétude de ma vie d'avant
mais il ne m'était pas possible
de maîtriser ma dérive
et j'ai dû abandonner

A plusieurs reprises
ma frêle embarcation
a chaviré
Tout ce qu'elle contenait
livres
savoir
possessions diverses
tout est passé par le fond

Je ne pouvais intervenir
ne pouvais que me laisser
emporter par cette navigation
aveugle

Je suis parfois resté encalminé
mais le plus souvent j'ai été
pris dans d'âpres bourrasques

Un jour
mon esquif s'est disloqué
et force m'a été
de lâcher prise
de consentir à disparaître

Alors des courants
m'ont poussé porté
puis déposé sur une plage

Une lumièred'aurore
inondait l'oasis
où j'allais maintenant
vivre
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coline
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Ven 18 Mai 2007 - 17:36

Jean Pierre Siméon a publié, aux Editions Jean Michel Place Poésie, "La conquête dans l'obscur", une analyse de la poésie de Charles Juliet.

Il dit avoir employé la méthode lacunaire, qui procède par approches successives, qui ne cherche surtout pas à combler mais s'en tient à ce qui pourrait être les traits essentiels, comme faisait, paraît-il Giacometti dessinant, traçant, par réitérations et retouches, les lignes de gravité d'un visage. Cela peut-être: après un affût qu'on voudrait intense et intègre, dessiner le visage de l'oeuvre." (Jean Pierre Siméon)

Jean Pierre Siméon, poète, romancier et auteur de théâtre est le Président de l'Association du Printemps des Poètes.

"Je ne connaîs pas d'oeuvre plus univoque que celle de Charles Juliet. Elle n'a qu'un objet: l'élucidation de soi, la mise à nu et à jour d'une vérité intérieure, lointaine, enfouie, perdue. Elle n'a qu'un moyen: éliminer le moi, ses leurres dérisoires, sa vanité et son anecdote, par l'écriture aiguisée comme un scalpel, justement incisive. Elle n'a qu'une visée: trouver la source, la paix des origines-qui est lumière, "tiédeur des eaux", réconciliation."
(Jean Pierre Siméon)
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mer 20 Juin 2007 - 16:04

La mère dans les poèmes de Charles Juliet.

"Au commencement est la perte, violente, irréparable. Pour tous: cet arrachement à l'eden de la vie intra-utérine. Tiédeur des eaux, oui, rondeur, chaux murmure de la voix qu'on aime. Mais on sait que pour Juliet cette douleur primordiale est doublée d'une seconde, plus irrévocable encore: à trois mois, il est dépossédé de sa mère, dépressive, internée dans un hôpital psychiatrique où elle mourra bientôt.[...] De cette coupure, cette béance, il portera désormais la souffrance.[...] Un "sac de larmes". Le voilà sevré de la fusion extrême, du lait des origines, en "terre froide". Et pour toujours hanté d'une soif inextinguible.[...]Rares sont les poèmes qui ne font pas entendre l'écho de cette famine au désert."
(Jean Pierre Siméon. Charles Juliet, la conquête dans l'obscur)

La tiédeur des eaux

les coups sourds d'un coeur qui bat

le murmure discontinu et étouffé
d'une voix qui rompt le silence
se mêle aux bruits comme lointains
d'une machinerie travaillant à maintenir
les conditions nécessaires de la vie

perfection
jouissance
extase sensorielle

tout besoin satisfait
avant même d'avoir été éprouvé

puis un jour
compression
souffrances
et parfois
souffrances aggravées
par les métalliques mâchoires
des tenailles
c'est la fracture
l'expulsion

aux quiètes moiteurs nocturnes
succèdent en coups de fouet
le froid non-humide la pesanteur
le déchaînement des voix
des bruits de la lumière

chassé du dedans
nu
nu
à jamais
nu
le voici désormais voué
au dehors
à l'exil

et le temps déjà en marche
poursuit sa lente et sournoise
corrosion
creuse déjà le chemin
qui conduit inexorablement
à la fosse

ainsi sommes-nous façonnés
par l'initiale perfection
par cet état de prodigieux bien-être
qui pendant quelques mois
a imprégné le non-encore-né
en chacune de ses fibres

ainsi est-il probable que subsiste
en notre part la plus enfouie
l'obscur souvenir de cet état

(un souvenir parfaitement insaisissable
qui ne renvoie à aucun vécu particulier
à aucune circonstance précise
à rien qui puisse être remémoré
mais qui n'en continue pas moins
d'entretenir en nous la brûlure
d'un manque
la lancinante sensation
que noussommes jetés
dans un monde et une vie
qui ne nous conviennent pas
que nous sommesdéfinitivement
maintenus au dehors
à jamais coupés de ce dedans
vers lequel nous ne pouvons pas
ne pas tenter de revenir)

combler ce manque
retrouver la jouissance première

d'où cette inlassable et avide et aveugle
recherche du plaisir

de tout ce qui va permettre
de réinsérer l'être
dans la joie
accord
apaisement
abandon
de tout ce qui va lui donner
l'illusion
qu'il se trouve à nouveau
porté baigné bercé
réchauffé et nourri
par les riches eaux
de l'origine

rongeante nostalgie

impérieux fantasme
du retour

et chacun se prend
à implorer

guide-moi, ô mère, sous ta sombre voûte utérine

Charles Juliet
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mer 20 Juin 2007 - 16:11

les errances de l'enfant muet
les forêts pétrifiées par l'hiver
et les jours naissent
d'une aube déchirée

quand vient le soir
les villages dorment
dans la nuit
des murailles

depuis longtemps
la honte a brisé le cri
et au long des heures
hébétées
les terres brûlent
de part et d'autre
du chemin

un jour
ne plus être l'enfant
maudit
ne plus avoir
à traquer la mère

sang et deuil
exil et misère

ses joues saignent
coupées
par ses larmes
de pierre

Charles Juliet
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mar 5 Fév 2008 - 14:37

Charles Juliet...tout ce qu'il nous reste à découvrir...


Des entretiens avec Charles Juliet et des articles consacrés à ses ouvrages sont parus dans les journaux nationaux : Le Monde, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, L'Express, Le Point, L'Evénement du Jeudi, La Croix.., ainsi que dans des revues et des magazines.

Des extraits de ses ouvrages figurent dans des manuels scolaires.

Charles Juliet a réalisé plusieurs séries d'émissions à France-Culture.
Deux pièces radiophoniques ont été diffusées sur les antennes de cette station.

Un lourd destin, pièce de théâtre, a été créée par Roger Planchon en janvier 2002, au T.N.P. de Villeurbanne.
Flerence Marguier a interprété en janvier
2002 Dans la lumière des saisons au Théâtre des Marronniers à Lyon.

Film documentaire de Rodolphe Barry consacré à Charles Juliet : Libre le chemin, durée 52', production Abacaris Films (15, Passage de la Main d'or, 75011 Paris).




quelques parutions :

Une joie secrète
L'opulence de la nuit
D'une rive à l'autre
L'incessant (CD)
Les Autoportraits de Jean-Michel Marchetti
Au pays du long nuage blanc
Pouvoirs du poème
L'incessant
Une joie secrète




Bibliographie



Chez P.O.L

· L'Autre Faim (2003)

· L'Incessant (2002)

· Un lourd destin (2000)

· Ténèbres en terre froide Journal 1. (1957-1964) (2000)

· Ecarte la nuit (1999)

· Rencontres avec Samuel Beckett (1999)

· Attente en automne (1999)

· Fouilles (1998)

· Rencontres avec Bram van Velde (1998)

· A voix basse (1997)

· Lueur après labour, Journal 3 (1968-1981) (1997)

· Traversée de nuit, Journal 2 (1965-1968) (1997)

· Giacometti (1995)

· Lambeaux (1995)

· Carnets de Saorge (1994)

· Accueils, Journal 4 (1982-1988) (1994)

· Ce pays du silence (1992)

· L'Inattendu (1992)

· Dans la lumière des saisons (1991)

· Affûts (1990)

· L'Année de l'éveil (1989)



· Bram Van Velde, collection « Carnets de voyages » ,Editions Maeght

· Bram Van Velde, monographie (avec Jacques Putman)

Editions L'Echoppe


· Accords, 1987

· Entretien avec Pierre Soulages, 1987

· Jean Reverzy, 1992

· Entretien avec Raoul Ubac, 1994

· Chez François Dilasser, 1999

Editions Arfuyen


· Bribes pour un double, 1992, 2001

· L'Autre Chemin, poèmes, 1998

Editions La Passe du Vent


· Trouver la source, suivi de Echanges, 1992, 2000

Editions Flohic


· Un grand vivant: Cézanne, 1997

· Charles Juliet en son parcours, 2001

Editions Jacques Brémond


· Failles, 1995

Editions Arléa


· Mes Chemins, entretien, 1995

Editions Bayard


· Ce long périple, 2001

Ouvrages à tirage limité :


· Au long de la spirale, lithographies de Bram Van Velde, Maeght, 1975 Charles Juliet Vidéolectures

· Pages de pierre, gravures de Marc Pessin, Ed. le Verbe et l'Empreinte, 1977

· La Plus Fragile, collages de Raquel, Orange Export Ltd, 1977

· Croissances, lithographies de Michel Carrade, Thierry Bouchard, 1978

· Pages de journal, frontispice de Maxime Descombin, Le Dé Bleu, 1978

· Vers la rencontre, frontispice de Maurice Rey, Les Cahiers des Brisants, 1980

· Trop ardente, lithographie de Bram Van Velde, 1981

· Reviens à ta solitude, cinq poèmes, Editions Unes, 1983

· Convergence, aquarelles de Michel Duport, Terriers, 1984

· La Lente Montée, traces de Ghislaine Amon, Editions Unes, 1984

· Lettre suit, interventions de Anick Vinay, Atelier des Grames, 1985

· Ecarte la nuit, illustrations de Maurice Rey, Maison du livre de Pérouges, 1986

· La Soif, gravures de Jean-Claude Le Floch, Brandes, 1987

· Tes yeux blessés, huit pointes sèches de Michel Steiner, La Sétérée, 1987

· Pour Michel Leiris, pochoir original de Michel Carrade, Fourbis, 1988

· La vie affleure, oeuvres originales de B. Dorny, Editions Dorny, 1989

· Tant de chemins, oeuvres de B. Dorny, Editions Biren, 1989

· L'Incessant, Editions Fourbis, 1989

· Le Don de présence, gouaches originales de Moris Gontard, La Chouette Diurne, 1992

· Tu avives, lithographie de Jean-Yves Saunier, Editions Nicole Dortindeguey, 1993

· Telluriennes, 12 gravures originales de Fabrice Rebeyrolle, Editions Isabelle Jonquière, Forcalquier, 1993

· Cette flamme claire, dessins de Jean-Michel Marchetti,
Editions AEncrages & Co, 1994


· Note de journal, interventions de B. Dorny, Editions Dorny, 1994

· Ce chemin, gravures de Denise Emery, Editions Raymond Meyer, Genève, 1994

· Ce foyer secret, frontispice de Anick Vinay, Atelier des Grames, 1995

· En amont, gravures de Christiane Vielle, 1995

· Cette flamme claire, 33 exemplaires avec une encre originale de Jean-Michel Marchetti

· Creuser, 15 exemplaires avec interventions de B. Dorny, Editions Dorny, 1998

· La Mue, 15 exemplaires avec interventions de B. Dorny, Editions Dorny, 1998

· Ferveur, 120 exemplaires avec 4 lithographies originales de Oh Su-Fan, Editions Maeght, 1998

· La Traversée, Atelier des Grames, 1999

· Une joie secrète, avec 30 lavis de Bang Hai Ja, Editions Voix d'encre, 2002

· Invite le vent, Frontispice de Pierre Buraglio, Editions Galerie des Sept Collines, 2002

Revues ayant consacré un dossier ou un numéro à Charles Juliet :

Entailles, n°17, Printemps 1984
Faire part, n°8-9, Automne 1986
Aube magazine, 4e trimestre 1989
Le croquant, n°6, Hiver 1989-90
Jungle, n°13, Le poète débâillonné, mai 1990
L'Ecole des lettres, n°9, avril 1992
Revue de la poésie internationale (Bruxelles)
Friches, n°60, Automne 1997
L'Oeil de boeuf, n°13, novembre 1997
Le Croquant, n°26 - Automne 1999
Autre Sud - juin 2001

Ouvrages consacrés à Charles Juliet :


· Rodolphe Barry, Rencontres avec Charles Juliet, La Passe du vent

· Christian Lux, Lettres à Charles Juliet, Calligrammes
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mar 5 Fév 2008 - 14:38

Retour de l'automne

retour de l’automne
et de la solitude

les longues et moroses
journées de pluie

l’ennui
alourdit le silence
fige les heures
te livre
aux vieux démons

trop de mauvais souvenirs
encombrent ta mémoire
te reconduisent aux jours anciens
te maintiennent prisonnier
de ce qui n’est plus

nausée
du ressassement
de l’ennui
de la torpeur
des heures grises

sache une bonne fois
leur dire non

et reviens à la vie sors
va marcher sur les collines

et laisse le vent
te traverser la tête
laisse le vent
emporter tes feuilles mortes

(Poème publié dans l'anthologie Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004)



Ton regard. Ta voix




Ton regard. Ta voix

tu parais

ton regard s’empare du mien
m’enveloppe de silence de tendresse

ta voix garde l’empreinte
de ce qui t’a meurtrie
et pourquoi naguère n’ai-je pas été là
pour empêcher que survienne
l’épreuve qui t’a laissé cette fêlure

tu parais

mes cinq sens se mettent à l’affût
se tendent avidement vers ta bouche
tes seins tes flancs
vers tes mains prometteuses

c’est toi qui donnes sens et saveur
à ma vie
et pourtant tu es ma blessure
c’est toi qui me fais grandir

Charles Juliet
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