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 Paul Léautaud

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Hank
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MessageSujet: Paul Léautaud   Dim 8 Nov 2009 - 20:18

Je profite d'avoir trouvé une petite biographie bien écrite pour ouvrir un fil sur ce grand écrivain français étonnamment absent du forum jusqu'à présent.



Paul Léautaud
(1872-1956)

Le texte suivant provient de ce lien.



Citation :
On se souvient peut-être des dernières années de celui qui fut, des décennies durant, le Secrétaire du Mercure de France et, sous le nom de Maurice Boissard un critique de théâtre impitoyable. On conserve de cet homme l'image d'un vieil ermite rabougri et édenté au regard perçant et malicieux, le chapeau déformé, les habits en haillons et le chiffon autour d'un cou décharné. Clochard littéraire, on se remémore Paul Léautaud déambulant avec ses sacs remplis de nourriture pour ses bêtes dans les rues de Paris. On se souvient aussi de lui comme un être hargneux méprisant tellement les humains qu'il s'exila et transforma son pavillon de Fontenay-aux-Roses en refuge pour animaux abandonnés.


Dans l'introduction de sa correspondance avec Léautaud, Marie Dormoy raconte sa première visite à Fontenay où l'odeur acide de l'urine de chat prend à la gorge, étouffe et paralyse, elle doit sortir, respirer, se remettre du choc et c'est peu à peu avec doigté qu'elle apprivoisera quelque peu le " détestable " personnage qu'elle admire profondément. Il disait préférer largement la compagnie des chiens et des chats à tous les bipèdes de la terre, qu'ils soient masculins ou féminins n'avait aucune espèce d'importance. Vers la fin de sa vie, il fait le décompte des bêtes mortes et vivantes qu'il avait arraché à l'errance. Un décompte impressionnant, une sorte de liste naïve de ses conquêtes amoureuses. Il tient à jour un plan de son jardin où sont inhumés ses êtres chers et se remémore occasionnellement le caractère de chacun d'entre eux.

À première vue, Léautaud n'aura laissé que ces quelques images amusantes et sympathiques de son amour envers les animaux et de son aspect physique non conventionnel. Il est toujours surprenant de constater comment on peut réduire la vie d'un homme à quelques photographies parues un jour dans " Paris-Match ". Léautaud est resté un être marginalisé dont l'image qu'il donnait est plus importante que la richesse de sa personnalité et de son écriture.

Il n'existe pas de différences et de frontières entre l'écrivain et l'individu, Léautaud a réussi parfaitement la symbiose entre l'écriture et l'homme qui l'habite au quotidien. Nous sommes en présence d'un être unidimensionnel absolument concentré sur lui-même où le processus qui engendre l'écriture, ce qu'il appelle la rêverie, est plus important que l'acte d'écrire. L'ensemble de ses textes nous conduit dans les tourments de son vécu, ses déceptions, ses douleurs, ses échecs et sa souffrance d'être un rejeté. Émotionnellement impudique et solitaire, il illustre, au travers sa modeste vie, la réalité secrète de chaque être. Léautaud est en quelque sorte un anarchiste de l'écriture où sa liberté d'homme et de penseur est son unique bouée et prime sur l'accessoire : publication, reconnaissance et argent.

C'est donc son quotidien qu'il exprime ainsi sans réserve, son enfance, son travail au Mercure, ses bêtes, ses relations avec " le Fléau ", sa maîtresse, les écrivains qu'il fréquente et la bêtise ordinaire des gens qui l'entourent. Il ressasse, mélange décortique et interprète inlassablement ces ingrédients dans ses " voyageries " imaginaires pour ensuite les transposer sur le papier. Il assimile parfaitement son environnement ce qui lui permet de comprendre la réalité qu'il doit affronter au jour le jour. Léautaud aime s'attarder dans un décor recréé qu'il peut modeler et interpréter à sa guise et selon l'intensité de ses émotions. Tout au long de sa vie, il aspirera à cet état second, à la paresse et aux souvenirs des plaisirs de la chair et c'est cette vision qu'il désire par-dessus tout nous transmettre, comme un idéal de liberté.

Il n'est donc pas surprenant de l'entendre affirmer et répéter inlassablement à qui veut l'entendre, qu'il écrit strictement pour son plaisir. C'est-à-dire pour lui-même et sans se soucier des éditeurs, des critiques et des lecteurs. Léautaud déteste les histoires de fiction. Il préfère la vie : en direct et sans artifices. Du même souffle et pour mieux justifier ce choix face aux autres, il jure ne posséder aucune imagination et encore moins l'intelligence nécessaire pour écrire autrement que sur lui-même.

Ainsi, publié au début du siècle précédent, " Le petit ami " le plus roman de ses écrits aura un certain retentissement dans le milieu littéraire de l'époque, le livre explique sans fards les retrouvailles de Léautaud avec une mère qu'il n'a jamais connu et nous plonge dans des relations difficiles aux parfums d'inceste non consommés. Pourtant, malgré un succès certain auprès de ses pairs et l'insistance des éditeurs, Léautaud n'acceptera jamais une nouvelle publication du " Petit ami ".

Insatisfait, il allègue vouloir en reprendre l'écriture, y ajouter un chapitre ou deux et retrancher tout ce qui n'est pas essentiel à la compréhension du texte. L'écriture se doit être dépouillée, limpide et se limiter uniquement à l'idée que l'on désire exprimer. Malgré ses promesses et quelques tentatives infructueuses, il ne refera jamais " Le petit ami " même si plusieurs lui prédisent le goncourt pour un ouvrage un peu plus volumineux. Il aurait certes apprécié l'argent accompagnant le titre pour le sortir de la pauvreté mais, intransigeant, Léautaud crie que celui qui accepte un prix littéraire, commet un acte de prostitution inqualifiable et troque son indépendance et sa liberté.

Autre récit, " In memoriam " raconte rudement et cyniquement l'agonie et la mort d'un père qu'il n'a jamais aimé, son style direct et apparemment sans émotions lui fut alors reproché. Léautaud déteste ce qu'il nomme dédaigneusement les " faiseurs de phrases ", pour lui l'écriture se doit d'être sans concessions, la mort ne mérite pas de dentelles ni de pleurs inutiles, c'est la vie qui compte. Le meilleur des textes est celui du premier jet, sans ratures et sans rafistolage. Il se vante d'avoir écrit ses " Propos d'un jour " en une matinée en nourrissant ses chats.

Il n'y a pas lieu de s'étonner que la rédaction de son oeuvre majeure, le " Journal littéraire " devienne aux cours des années sa principale activité d'écrivain. Il s'agit en fait de l'encadrement qui répond le mieux à ses besoins d'écriture. Négligeant les premières années, il en vint rapidement à y consacrer la totalité de son énergie littéraire. Sur plus de 50 ans, Léautaud y transcrit avec la franchise de ses convictions, son style direct et souvent acerbe, ses impressions et opinions ainsi qu'un portrait passionnant de ses rencontres avec les écrivains de l'époque.

Au-delà de sa nature indépendante et du plaisir égoïste à tenir son journal, Léautaud est un témoin exceptionnel de son temps et du monde littéraire qu'il côtoie et critique sans jamais vraiment le fréquenter. En effet, la plupart des écrivains tenant un journal ont en tête la postérité et écrivent en fonction des lecteurs et des critiques, comme pour préserver la perfection de leur image jusque dans leur intimité. Léautaud n'a pas cette prétention et ne ressent pas le besoin de justifier ce qu'il est. Son écriture reflète la pensée d'un homme au-dessus de ses semblables, des critiques et du paraître. Il déteste toutes les formes de compromis.

Le rituel autour de l'écriture est aussi très important, le silence, la plume d'oie et la lueur de la chandelle constitue l'environnement qu'il défend avec acharnement. Il refuse systématiquement l'envahissement de la modernité du xxe siècle et l'installation du téléphone est l'unique concession qu'il fait à Marie Dormoy. Ainsi, dans son pavillon de Fontenay au centre d'un jardin à l'abandon, seul avec ses bêtes et sa rêverie, années après années, les pages du journal s'accumulent pêle-mêle dans un coin d'une pièce à la merci de la première catastrophe venue.

Bien sûr, il désire secrètement que son journal soit un jour publié, il en offre parfois quelques extraits à des revues, mais l'énergie et la discipline de s'occuper de sa publication lui manque. L'accumulation de cinquante années de pages volantes non-classées, difficilement déchiffrable et ponctués de collages et d'ajouts représentent un défi considérable. C'est à l'acharnement de Marie Dormoy qu'il doit la parution des premiers volumes de son journal tout juste avant sa mort.

Lire les milliers de pages du " Journal Littéraire " de Paul Léautaud, c'est accompagner intimement la pensée entièrement indépendante de cet homme. Il critique, France, Gide, Duhamel, Valery et les autres sans retenues, des pages superbes sur son antimilitarisme et d'autres morbides sur sa passion de la mort et des funérailles. Les pages sur l'occupation et particulièrement la description des jours précédant et suivant l'entrée des Allemands dans un Paris déserté par sa population sont superbes de dénuement et d'intelligence. Parfois il choque par son intolérance envers les enfants et sa tendresse maladive envers les animaux ou c'est l'amusement envers sa naïveté devant ses relations absolument tordues avec le Fléau. Il gêne lorsqu'il écrit sur sa mère, la saga de la dernière lettre qu'il n'a jamais osé décacheter de crainte d'y lire la fin d'un amour.

Lire " Le Journal littéraire " c'est vivre avec Léautaud dans son pavillon insalubre et en ruines avec l'odeur des animaux. C'est le voir vieillir très lentement dans un dénuement inquiétant; c'est d'être chassé du Mercure après tant d'années de loyaux services, souffrir de la faim et du froid après la Libération et se demander s'il a suffisamment de bougies et de papier pour écrire et de combustible pour passer l'hiver. C'est ressentir amèrement la jalousie du Fléau et jouir avec lui des maigres plaisirs qu'il parvient à lui arracher. C'est le suivre pas à pas dans les rues de Paris chez les libraires, les marchands, au théâtre, le voir s'acharner à écrire malgré tous ceux qui meurent autour de lui en songeant à sa propre fin.

La dernière page, les dernières lignes, quelques jours avant sa mort, c'est décliner en sa compagnie et mourir avec lui en pensant qu'il s'agit de notre propre vie qui s'enfuit après tout ce temps passé en secret avec ses souvenirs. Après, lorsque tout est terminé, le pavillon vidé et les bêtes dispersés, il ne reste qu'un immense vide et une peine lourde qui s'incruste telle une blessure. Un deuil! Aucun livre, aucune saga littéraire ne touche autant par sa simplicité et sa véracité que la vie de cet homme uniquement au service de l'écriture et de l'indépendance de l'esprit.


Pierre Lalanne

Je reviendrai un peu plus tard pour un commentaire sur quelques uns de ses livres, et quelques citations également, car Léautaud avait un sens de la formule qui vaut mieux que n'importe quel discours.
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Hank
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 11 Sep 2010 - 22:14

Le conseil des Hauts de Seine a fait éditer une série de documentaires en dvd sur les écrivains illustres ayant marqué l'Histoire du département, dont un sur Léautaud, très bien fait :

Cliquer pour visionner la vidéo en ligne

Le dvd est vendu dans 3 musées du département. + d'infos ICI

A noter qu'un autre dvd de la série rend hommage à Céline. Je vais mettre un lien dans le fil ad hoc.
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Hank
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Dim 19 Sep 2010 - 12:00

Quelques citations pour finir, avec pour thème l'amour dont il avait un point de vue assez hétérodoxe (comme dans bien des domaines), et je ne vous embêterai plus avec Léautaud.


"Chacun a son adorée, chacun la trouve la plus belle, chacun débite sa romance, chacun est persuadé d'avoir en elle un objet sans pareil pour le plaisir, chacun voit l'éternité dans son amour. Le sage, lui, se dit qu'il est certes agréable d'aimer, également d'être aimé ou de croire l'être, mais que si ce n'eût été celle-ci et par celle-ci, c'eût été celle-là et par celle-là, qu'il n'y a donc pas lieu de s'échauffer, d'attester les cieux et les enfers, d'exagérer son bonheur ou son malheur, mais de jouir de la musique tant qu'elle joue et tant qu'on peut jouer."

"La plupart des liaisons sont faites de "laissés pour comptes" qui se rencontrent et trompent ensemble leurs regrets."

"Pour être aimé, il faut ne pas aimer ou savoir cacher son amour. C'est une vérité qui n'a pas fini d'être vraie."

"On aime moins quand on se sait aimé, comme on se prend à aimer davantage quand on découvre qu'on l'est moins qu'on s'imaginait."

"L'amour est souvent une partie où chacun des deux joueurs, tour à tour, croit qu'il va perdre et se hâte de corriger son jeu."

"On n'est jamais si amoureux qu'on croit l'être."

"L'amour, sans la jalousie, n'est pas l'amour."

"Il y a une jouissance dans les ruptures, si on ne se laisse pas prendre par la pitié."

"La jalousie est le signe du manque de fatuité, du sens critique, de l'intelligence en amour. Un sot vaniteux n'est jamais jaloux."

"Les femmes n'attachent aucun prix à l'homme fidèle. Elles n'ont pour lui, dans leur for intérieur, que pitié et raillerie. C'est l'homme qui les trompe (donc homme à succès), qui les intéresse et auquel elles tiennent."

"L'amour lui-même est une forme de l'intérêt. La Rochefoucauld l'a oublié. Nous n'aimons que pour les agréments que nous trouvons dans notre amour. Si on nous quitte et que nous souffrons, ce n'est que pour la privation de ces agréments. Voyez les résultat de la cessation de tous rapports sexuels entre conjoints ou amants continuant à vivre ensemble : indifférence complète. La jalousie également n'a pas d'autre objet que de voir un autre jouir des agréments auxquels nous tenions. On ne penserait pas à être jaloux d'une maîtresse qui nous quitterait pour entrer au couvent. Tout ce qu'on dit d'autre sur ce sujet est phrases pour les niais."

"Cette immense saloperie morale et physique qui s'appelle l'amour... Elle a bien des charmes !"



Ces aphorismes et réflexions sont tirés de Propos d'un jour (éditions Mercure de France).

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Hank
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 9 Oct 2010 - 10:48

Hank a écrit:
Quelques citations pour finir, avec pour thème l'amour dont il avait un point de vue assez hétérodoxe (comme dans bien des domaines), et je ne vous embêterai plus avec Léautaud.

J'ai menti.


Le petit ami



Paul Léautaud n'a pas encore trente ans lorsqu'il commence à rédiger son premier roman. A cette époque, l'écrivain vient tout juste de publier une anthologie de poésie contemporaine avec son ami Van Bever, un ouvrage et surtout un sujet qu'il finira par en grande partie renier. Léautaud n'est encore à cette époque qu'un homme de lettres qui se cherche, il s'est essayé à la poésie en s'appuyant sur ses goûts de l'époque, notamment pour Mallarmé, et puis il a débuté l'oeuvre de sa vie, le Journal Littéraire, en toute discrétion, depuis une petite dizaine d'années. L'écrivain se cherche donc, mais se trouve rapidement en rédigeant ce texte qu'il intitule Souvenirs légers (il déplorera ensuite le changement de titre souhaité par Vallette, le directeur du Mercure) et qui expose d'une manière lumineuse ce qui deviendra son style : une prose simple, un sens de la formule aiguisé, direct, un rejet absolu du maniérisme et une recherche permanente de concordance entre sa pensée et ses mots, bref : de la sincérité qui confine souvent à l'impudeur voire à la désobligeance.

Dans Le petit ami, il est question de la vie affective de l'écrivain. Il y expose pour commencer ses relations avec les prostituées, avec lesquelles il développe des liens amicaux inattendus puisqu'avec Léautaud, il n'est pas question de parler de sentiments amoureux. Le récit est en grande partie autobiographique, l'écrivain avouera dans ses entretiens avec Robert Mallet s'être parfois arrangé avec la vérité (la mort de Perruche par exemple, qui est pure invention), et c'est avant tout dans cette première partie qu'il se permet quelques libertés.

La partie concernant sa mère, en revanche, apparaît comme la plus authentique du récit. Et c'est aussi la plus intéressante, car jamais probablement un écrivain n'aura abordé le sujet maternel sous cet angle, avec une telle impudeur, une telle sincérité. Pour parler de cette partie du livre, il faut d'abord évoquer l'histoire de Léautaud. Abandonné par sa mère quelques jours après sa naissance, la figure maternelle reste toute sa vie pour l'écrivain la figure d'une étrangère, ou plutôt d'une créature perturbante, dont le peu d'entrevues qu'elle lui accordera sèmeront le trouble dans l'esprit de Léautaud. On le comprend facilement à la lecture du Petit ami, Léautaud a pour sa mère des sentiments bien différents de ceux qu'un fils peut avoir ordinairement pour sa mère. Il éprouve pour cette femme - selon ses dires très belle et bien conservée - une attirance plus charnelle que filiale. Et l'écrivain n'est pas paralysé par la honte, le carcan de la moralité n'a pas de prise sur lui, il ne se cache de rien, et jusqu'aux dernières années de sa vie, il ne cachera pas cette ambiguïté, et restera convaincu (et la manière dont il expose les choses, ainsi que sa correspondance avec sa mère tendent à le confirmer) que sa mère, elle aussi, le considérait comme un homme plus que comme un fils.

Derrière ce rapport décomplexé à l'inceste, il y a surtout la liberté de ton d'un écrivain. Et cette liberté d'aborder tous les sujets de manière directe et débarrassée de tout moralisme se vérifiera dans chacun de ses ouvrages. Une oeuvre exemplaire, mais peu suivie par le commun des littérateurs, des phraseurs comme il les nommait souvent avec dégoût.
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 9 Oct 2010 - 15:26

Hank a écrit:
J'ai menti.
j'aime ce genre de mensonges Wink
et rien que pour ton enthousiasme, j'ai noté cet auteur!

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 9 Oct 2010 - 17:05

Je ne connaissais pas ce nom jusqu'à récemment. En parcourant le Journal très intéressant du Père Alexandre Schmemann, grand bonhomme de l'Orthodoxie, venant de Russie, ayant passé par la France et atterrissant aux E-U., on rencontre invariablement Paul Léautaud comme un de ces auteurs préférés. Ces genres de références, de récommandations me rendent attentif à voir d'un coup ici ce nom et tes commentaires, Hank. Merci!
Donc: à découvrir!
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Hank
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 9 Oct 2010 - 19:43

Et moi ça m'amène à m'intéresser au journal de ce monsieur, dont je n'ai jamais entendu parler. Mais d'après les infos que je viens de lire, cet homme d'église était loin de se cantonner à sa religion. Comme tu l'évoques, il semblait beaucoup parler de littérature dans son journal, et pas de mauvaise si je me base sur les noms que je viens de lire hormis Léautaud.

Quant à la vision qu'il avait de Léautaud, je la trouve extrêmement juste :

"Dans cette liste qui pourrait être longue des écrivains lus par Schmemann, on trouvera le nom de Paul Léautaud, qui fut un des auteurs préférés du prêtre. Pourquoi Léautaud ? Schmemann s'en explique : sans doute trouvait-il chez cet homme atypique, athée, une sincérité et une fraîcheur dans l'ironie qui, pour le prêtre, révélait un homme foncièrement sain, un homme sans ruses, qui ne jouait pas la comédie. " (source : http://nunzio-casalaspro.over-blog.com)

Encore des sous à sortir, merci tom leo.
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MessageSujet: Re: Paul Léautaud   Sam 9 Oct 2010 - 22:18

Oui, le Père Schmemann pourrait surprendre plus qu'un! Il est d'une vivacité, d'une culture vaste et d'un certain distance envers ses propres racines. C'est un bonheur pur de le lire. Et cela n'a pas besoin de dizaine de pages. Je propose d'ouvrir le livre n'importe où et de lire deux, trois paragraphes. On sera étonné par sa franchise, son honnêteté. Cela fut pour moi une grande découverte cette année!
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MessageSujet: Le petit ami   Sam 11 Juin 2011 - 22:19

C’est donc grâce au Père Schmemann et aussi à Hank et ce fil, que j’ai cherché et trouvé un livre de Léautaud, ce même « Le petit ami ».

Le narrateur, qu’on peut alors rapprocher à l’écrivain, à la personne même de Léautaud, se rappelle dans l’an 1902 en huit chapitres (titré par des citations) de quelques épisodes de sa vie, qui, malgré leur distance dans le temps me semble étroitement liées. Il grandissait dans ce quartier proche du Sacre Cœur, le Boulevard Clichy, la rue Rouchechouart, et dès son petite enfance le contact quasi quotidien avec les filles du plus ancien métier du monde faisait partie de sa vie. Même si comme enfant pour un temps il ne pouvait pas comprendre ce qui se cachait derrière certaines tractations…
Sa mère va le quitter tôt après la naissance, et dans les premières années de sa vie il va la revoir seulement deux, trois fois, brièvement. Jamais il a pu développer une relation fils-mère normale, donc ce que Hank écrit et décrit si bien de la relation plus qu’ambigue dans une rencontre avec sa mère à un âge plus avancé, me semble presque compréhensible : comment considérer le lien de sang, si la vie a pratiquement rendu impossible d’en faire l’expérience? Comment aussi "éviter" de créer tout un mythe, tout des désirs autour d’un amour pas récu ?

Ce qui m’a touché aussi c’est que le souvenir de l’enfance ET AUSSI de sa mère est en partie vécu à travers les relations avec ses « amies charmantes », voir les prostituées. C’est comme si sa mère est associée à ce terrain, et la tendresse récue par ces femmes, une image, un signe de la tendresse tant désirée. Il trouve des phrases simples et magnifiques pour exprimer ce simple désir d’amour : il y a en lui « un désir d’un amour sans calcul », même s’il le cherche d’une façon, disons, un peu inconventionnelle…

Aussi note-t-il qu’au fond il reste si infiniment proche du garçon qu’il était. « Au fond de moi j’ai changé si peu… » Ces pensées et remarques étaient pour moi très poignantes.

Dans toutes les données chaotiques de sa vie (donc abandon plus ou moins par sa mère, aussi par son père), Léautaud demande jamais la pitié, au contraire. Il prétend, désire avoir écrit pour notre plaisir. Il montre qu’on n’a pas besoin de s’arrêter dans un apitoiement sur soi. Au contraire…

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