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 David Foenkinos

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colimasson
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Dim 31 Juil - 7:43

Aériale m'a fait découvrir le Lennon de Foenkinos...

Je l'ai lu il y a un petit moment déjà mais j'avais envie de le laisser reposer un peu avant de revenir dessus... Razz


Avant de lire ce livre, Les Beatles m’étaient plutôt étrangers… Certaines de leurs chansons me plaisent mais sont loin de déclencher ma passion. Quant aux autres, je les ai déjà oubliées. Pour ce qui est de John Lennon, le mystère est encore plus grand… Encore plus inconnu pour moi que le groupe auquel il a largement contribué.

Heureusement, avec Foenkinos, les lacunes sur le sujet ne sont pas un problème insurmontable à la lecture. On peut ouvrir Lennon sans rien connaître du personnage, et on peut même se permettre l’hérésie de se lancer dans cette lecture sans jamais avoir écouté une des chansons du groupe (même si c’est toujours un avantage pour comprendre les quelques paragraphes dans lesquels Lennon règle son compte à certaines chansons qui ont fait le succès du groupe –et je pense tout particulièrement à Yesterday) :

« Il y avait toujours un con pour me dire qu’il adorait plus que tout Yesterday. Je ne disais rien, mais bon, j’en ai rien à foutre de cette chanson. Elle est de Paul. Elle est complètement Paul. J’ai dîné tellement de fois ans des restaurants où les musiciens du coin se mettaient à jouer Yesterday pour me faire plaisir. Faut être vraiment con pour croire que ça pourrait me mettre en joie. »

Ici, il est question de musique, bien sûr, mais celle-ci ne se résume pas simplement à la création d’une harmonie de notes et de sons visant uniquement à l’élaboration d’une chanson. Avec toute l’honnêteté que l’on est en droit d’exiger lorsqu’on lit les confessions d’un homme à son psychiatre, on comprend rapidement que la création musicale n’est qu’un moyen pour combler le déficit sentimental accumulé par John depuis son enfance. Le succès, l’admiration, le sentiment d’appartenance à un groupe… quoi de mieux en effet pour pallier momentanément à un sentiment de solitude et d’abandon ?

« Je me sens seul, et c’est de cette solitude-là que tout a découlé. C’est pour ça que les Beatles ont marché. Le socle du groupe, c’est ma solitude. Ma nécessité de vivre avec eux pour survivre. »

Pour autant, Foenkinos ne donne pas à Lennon le ton apitoyé d’un homme qui cherche à régler ses comptes avec son passé en désignant des coupables. On a plutôt l’impression de l’entendre raconter simplement sa vie, uniquement pour lui permettre de réaliser le chemin parcouru depuis son enfance solitaire.
Les anecdotes s’enchaînent les unes après les autres, chaque séance chez le psychiatre s’attardant plus particulièrement sur un évènement bouleversant de son existence : l’enfance chez Mimi, puis le bref retour chez sa mère, l’ennui, la formation du premier groupe, les premiers concerts, la première copine, la folie des Beatles, le coup de foudre avec Yoko Ono, la séparation. La fin, bien sûr, Lennon ne la connaît pas encore, et elle fera simplement l’objet d’un épilogue.
Faut-il croire ou non à toutes les élucubrations de Foenkinos au sujet de la vie de Lennon ? Ou est la part de vérité, ou est la part de digression littéraire ? Même si Foenkinos semble vouer beaucoup d’admiration à Lennon, il ne perd jamais son regard critique et permet au lecteur de réfléchir en même temps que lui. Cette biographie romancée, véritable plaisir de lecture, ne pouvait aller plus directement au cœur de son sujet qu’en plaçant le lecteur dans la peau de son psychiatre. Et le résultat me paraît très réussi.

(Après ça, j’ai essayé de réécouter des albums des Beatles mais la magie n’a malheureusement pas opéré… Je resterai toujours réfractaire il me semble !)

« On était quatre garçons dans le vent, mais c'était un vent glacial. Je criais au secours, et les gens applaudissaient. J'étais une bête apeurée. Je me sentais si fragile, j'avais l'impression que tout le monde allait me fuir. J'avais des visions de gens prenant des trains et des avions pour aller le plus loin possible de moi. J'ai toujours ressenti ça. J'ai chanté si souvent que je ne voulais pas qu'on me laisse tomber. Et même avec vous, je vais essayer d'être drôle, de vous séduire un peu, de faire en sorte que vous m'aimiez pour ne pas foutre le camp. Je sais c'est facile, c'est lié à mes parents. Ils se sont barrés quand j'étais petit. Pas besoin d'une longue séance pour comprendre ma vie, c'est une tentative incessante de prouver au monde que je vaux quelque chose. Mais bon...si mes parents étaient restés, que se serait-il passé? J'aurais peut-être été heureux. Et je serais devenu dentiste. »

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Aeriale
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mar 2 Aoû - 12:50

Ah, justement je me demandais si tu l'avais vraiment apprécié...

Merci Coli pour cette superbe critique, tu as bien percé le sens du roman et j'en suis ravie! On te pardonne même de ne pas aimer les Beatles plus que ça rire Moi non plus je n'ai jamais déliré sur leur musique, mais ils ont tout de même révolutionné le monde à leur façon!
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colimasson
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mar 2 Aoû - 19:53

Oui, j'ai été un peu longue avec les commentaires... innocent Mais j'aime bien prendre mon temps ! Wink

En tout cas, ça fait plaisir de lire une bonne biographie comme ça ! Ca me donnerait presque envie de lire un peu plus de bouquins de ce genres. Qui sait, Aériale, tu m'as peut-être convertie, sans le vouloir, à ce qui sera bientôt mon nouveau dada ? (t'as pas honte ?!)

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Aeriale
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mer 3 Aoû - 16:55

colimasson a écrit:
En tout cas, ça fait plaisir de lire une bonne biographie comme ça ! Ca me donnerait presque envie de lire un peu plus de bouquins de ce genres. Qui sait, Aériale, tu m'as peut-être convertie, sans le vouloir, à ce qui sera bientôt mon nouveau dada ? (t'as pas honte ?!)

Very Happy
Tu m'en vois ravie! Pour le prochain je te conseille le livre sur Bono par Michka Assayas, pas mal du tout (mais peut-être faut il avant tout aimer le bonhomme pour celui-ci jemetate )

Sinon j'avais adoré Gainsbourg sans filtre de Marie-Dominique Lelièvre. Excellent (faudrait que j'en parle tiens...)
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colimasson
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mer 3 Aoû - 20:48

Bono, connaît pas trop non plus... (décidément !) En plus j'aime pas U2 (décidément bis !)
Par contre sur Gainsbourg pourquoi pas... après le film de Sfar... Si tu fais un commentaire je suis liseuse ! Very Happy

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swallow
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MessageSujet: Foenkinos et Cortázar   Mar 9 Aoû - 16:35

Je ne voudrais pas interrompre la conversation sur LENNON, mais pour en revenir à "La délicatesse", qui est le seul Foenkinos que je connaisse pour l´instant, ce roman a peut-être des apparences de légèreté, comme vous le remarquiez un peu plus haut, mais il y a la petite phrase du roman " Rayuela" (Marelle") citée à la fin du livre et qui renvoie tout droit à Julio Cortázar et dont je crois que les idées se croisent, et se fortifient, d´un auteur à l´autre.
« Marelle », c´est le roman que lit Nathalie au début de « la Délicatesse », et Foenkinos reviendra une dernière fois à Cortázar peut-être pour ne pas terminer son roman, sans aider le lecteur, et faire lumière sur les raisons des difficultés endurées par ses personnages- incompris la plupart du temps par les autres,-quand pour eux « tout coule de source ».
C´est juste le paragraphe qui précède l´extrait de « Marelle » que proposait MARKO sur le fil de Cortázar " Tu me regardes..."
Et il a son importance, surtout pour éclairer le lecteur sur le rôle de la subjectivité et du jeu qu´elle entraîne quand il s´agit de personnages à imagination exubérante ( comme Nathalie et Markus :parce que solitaires ?).

Je touche tes lèvres, je touche d'un doigt le bord de tes lèvres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s'entrouvrait pour la première fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer, je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu'elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine. CORTÁZAR. Rayuela.
http://www.limbos.org/traverses/etc-42.htm

Déjà, chez CORTÁZAR, le subjectif précède l´objectif, reléguant t ce-dernier au second plan.
On imagine d´abord, ensuite on est tout ébloui quand de surcroit le rêve ou ce que l´on a imaginé colle parfaitement à la réalité, coïncidant merveilleusement avec elle, comme une image dans un miroir.
Dès le début de son roman, Foenkinos nous met au courant de ce petit jeu présent chez les personnages de Cortázar.
Nathalie et François, les héros de Foenkinos viennent de se rencontrer, ils iront prendre quelque chose dans un bar.

François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. le jus d'abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

François imagine ce qu´elle va prendre : café, thé, alcool, coca, etc ?
Quand elle dit au serveur « Jus d´abricot ». Il y a bingo, coïncidence, évidence. Il y a effraction de la réalité comme le dit Foenkinos.
Du coup Nathalie et François ( et Markus plus tard) ne roulent plus sur n´importe quels rails, ( et encore moins sur ceux préfabriqués par la société ou par les autres). Ils sont sur les leurs, avec leur liberté et leurs propres codes, leur éthique et leur esthétique.

Ils ont l´impression de se connaître depuis longtemps, tout remonte à une origine très lointaine : .passé et présent se superposent et s´allient.
Parler, questionner ou se justifier devient inutile, car finalement être bien ensemble ( plaisir physique) c´est ce qui importe.
Et puis c´est comme la marelle, pour atteindre le ciel, on peut même y aller à cloche-pied et en faisant plein de figures.

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traversay
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mer 21 Sep - 13:37

Les souvenirs. Extrait :

Citation :
Mes grands-parents se sont rencontrés dans un bal. A l'époque, c'était commun. Il y avait des carnets de bal, et celui de ma grand-mère était bien rempli. Mon grand-père l'avait repérée, ils avaient dansé, et tout le monde avait pu constater une harmonie entre leurs genoux. Ensemble, ils étaient comme une rhapsodie des rotules. Leur évidence se transforma en mariage. Dans mon imaginaire, c'est un mariage figé, car il n'existe de ce jour qu'une seule photo. Une image en forme de preuve et qui, avec le temps, fixe d'une manière hégémonique tous les souvenirs d'une époque. Il y eut quelques balades romantiques, un enfant, puis un deuxième, et un enfant mort-né. Comment imaginer la violence du passé, celle d'un temps où l'on perdait un enfant comme on rate une marche. On avait diagnostiqué la mort de l'enfant au sixième mois de grossesse. Ma grand-mère avait bien senti qu'il ne bougeait plus, mais elle n'avait rien dit, refusant de mettre des mots sur son angoisse, pour se persuader aussi que rien n'arrivait vraiment. Que les bébés avaient le droit de se reposer comme les adultes. Epuisés de tourner en rond dans l'utérus. Et puis, elle avait dû admettre l'atroce réalité : une absence s'était installée dans son ventre. Elle avait ainsi passé trois mois à attendre que la mort sorte d'elle. Le jour de l'accouchement, ce fut une procédure classique. L'enfant fut expulsé, en silence. Au lieu d'une couverture chaude, on le mit dans un linceul. L'enfant sans vie fut prénommé Michel. Ma grand-mère n'eut pas le temps de déprimer. Il fallait travailler, s'occuper des autres enfants, et puis elle tomba à nouveau enceinte ; j'ai toujours trouvé cela étrange, mais ils appelèrent ce petit garçon Michel. Mon père est ainsi le second Michel, et il s'est construit sur le fantôme de ce prédécesseur mort-né. Il n'était pas rare à l'époque que l'on donne ainsi le nom d'un mort à un enfant. J'ai souvent cherché à me rapprocher de mon père, avant d'abandonner toute tentative. J'ai mis sa fuite incessante sur le compte du fantôme avec qui il cohabitait. On cherche toujours des raisons à l'étroitesse affective de nos parents. On cherche toujours des raisons au manque d'amour qui nous ronge. Parfois, il n'y a simplement rien à dire.
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mer 21 Sep - 14:48

Je reconnais bien son style:
Citation :
Comment imaginer la violence du passé, celle d'un temps où l'on perdait un enfant comme on rate une marche.

Bien choisi ce passage, Traversay!
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topocl
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mer 21 Sep - 16:04

swallow a écrit:
:
Citation :
Comment imaginer la violence du passé, celle d'un temps où l'on perdait un enfant comme on rate une marche.

Bien choisi ce passage, Traversay!

Rien que cette phrase me convainct de le mettre dans ma PAL
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Jeu 22 Sep - 8:30

Citation :
On cherche toujours des raisons à l'étroitesse affective de nos parents. On cherche toujours des raisons au manque d'amour qui nous ronge. Parfois, il n'y a simplement rien à dire.

Et moi, c'est cette phrase qui m'interpelle...

Mais j'avais déjà noté ce titre, j'avais apprécié La délicatesse....
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Jeu 22 Sep - 9:00

"La délicatesse" ou la beauté du hasard, si l´on veut bien s´y précipiter...
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Jeu 22 Sep - 10:12



Les souvenirs
Citation :
« Je voulais dire à mon grand-père que je l’aimais, mais je n’y suis pas parvenu. J’ai si souvent été en retard sur les mots que j’aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l’écrit, maintenant. Je peux le lui dire, là. »
David Foenkinos nous offre ici une méditation sensible sur la vieillesse et les maisons de retraite, la difficulté de comprendre ses parents, l’amour conjugal, le désir de créer et la beauté du hasard, au fil d’une histoire simple racontée avec délicatesse, humour, et un art maîtrisé des formules singulières ou poétiques.

Autant La délicatesse était d'une légèreté joyeuse, autant Les souvenirs fait montre d'une grave mélancolie autour de la mémoire, l'oubli et les espoirs qui ne se concrétisent pas. Mais que l'on se rassure, la "patte" de David Foenkinos est bien présente dans ce nouveau roman, son auto-dérision et son sens des formules, également. Vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs capables de faire rire avec des scènes supposées être tristes ? C'est tout le talent de Foenkinos qui raconte dans ce livre la solitude d'un jeune homme qui a du mal à se trouver parce qu'il ne sait pas chercher. Les souvenirs s'égrènent : un grand-père qui meurt, une grand-mère qui s'enfuit de sa maison de retraite, une mère qui se réfugie dans la dépression. Le narrateur, veilleur de nuit provisoire et écrivain potentiel, se désole, d'autant que sa vie sexuelle "ressemble à un film suédois. Parfois même sans les sous-titres." Au fond, David Foenkinos ne fait que retranscrire des existences et des sentiments d'une relative banalité. Mais il le fait avec une élégance assez désespérée et finalement drolatique, par la grâce d'un style ciselé, absolument irrésistible. Il y a dans Les souvenirs des moments inoubliables, des situations cocasses et absurdes qui s'opposent avec bonheur à la grisaille du quotidien et aux actes manqués pour cause de lâcheté et/ou de faiblesse. Les chapitres du livre sont encadrés par de courtes vignettes qui s'attachent à un souvenir particulier d'un artiste célèbre : Gaudi, Modiano, Fitzgerald, ou d'un simple quidam qui croise la route du narrateur. De petits instants suspendus dans le temps, de petits riens qui contribuent au charme entêtant de ce joli roman.
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Jeu 22 Sep - 12:49

L'adaptation au cinéma de La délicatesse par l'auteur lui-même et son frère, Stéphane Foenkinos. Sortie le 21 décembre.

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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mar 3 Jan - 13:03

Les souvenirs



Une ode à la vie, aux réminiscences qui font un présent ; une lente méditation qui esquisse avec dignité la mort, la vieillesse, les regrets et les silences.
Les souvenirs font une vie, celle-ci cesse lorsque ceux-là ne sont plus, pourtant certains manquent et entrainent un poids, celui de tout ce qu’on n’a jamais su dire.
Victor Hugo disait « Comme le souvenir est voisin du remords »

Foenkinos évoque cette existence, la nôtre, photographiant l’éclat d’une jeunesse qui ternit avec le temps, se faisant miroir de la destinée.
Il considère les âmes vieilles à leurs heures de gloire lointaine et s’interroge sur notre société apte à la souffrance face au déclin tout en étant parallèlement si éloignée d’elles à la seconde où elles deviennent une charge trop lourde.

Désorienté entre la fuite pour un oubli et une présence pour ne pas oublier, ce livre est une douce mélancolie du souvenir menant parfois à la nostalgie, un genre de blues qui finit par s’effacer face à la beauté des ressentis, des lignes pudiques de Foenkinos .


Extraits

« La plupart de ceux que j'ai croisés dans la maison de retraite voulaient mourir. Ils ne disent pas mourir d'ailleurs, ils disent « partir ». Et aussi : « en finir », pour souligner davantage le calvaire. Car la vie ne finit parfois jamais, c'est le sentiment qu'ils ont. On parle souvent de la peur de la mort, et c'est étrange comme j'ai vu autre chose. Je n'ai vu que l'attente de la mort. J'ai vu la peur qu'elle ne vienne pas. »

« Mon grand-père m'a dit avant de mourir : « Reste encore un peu. » Il était mourant, il n’y avait plus de discussion à avoir, et pourtant il a exprimé le désir de ma présence. Alors pourquoi étais-je en train d'abandonner ma grand-mère ? Plus tard cela deviendrai une obsession. Cette question de la grande vieillesse. Que veulent les vieux ? Ils s'isolent lentement, sur ce chemin qui les conduits à la blancheur. Tout ce qui fait matière des conversations disparaît. Et on est là, comme des veilleurs de chagrin. »
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Mar 3 Jan - 16:31

@ Ouliposuccion, j'ai vraiment hâte de partager cette lecture avec toi. sourire
La biblio était fermée hier en raison du temps des fêtes. Et le livre est disponible dans une autre bibliothèque, mais avec"" le réseau Biblio"" , ce ne sera qu'une question de jours pour qu'il arrive à ma bilbiothèque et que je j'aie ce livre entre les mains et dire mes commentaires sur ce dernier. Je crois que je vais m'y concentrer de nombeuses heures , j'ai comme un goût de lecture prononcé avec cette nouvelle année qui commence. Wink
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MessageSujet: Re: David Foenkinos   Aujourd'hui à 1:50

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