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 Louis-René des Forêts

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animal
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MessageSujet: Louis-René des Forêts   Dim 15 Nov 2009 - 16:35



Louis-René des Forêts est un écrivain français, né à Paris en 1918, mort le 30 décembre 2000. Il est l'auteur d'une œuvre peu abondante, d'une grande intensité littéraire, largement commentée par la critique.

Après une scolarité secondaire à Bourges, il suit des études de droit et de sciences politiques et commence à faire paraître des chroniques musicales et littéraires. C'est à la fin des années trente qu'il fait la connaissance de Jean de Frotté, qui le met en relation avec Patrice de La Tour du Pin, Michel du Boisberranger et Jean Chauvel. Mobilisé en 1939, de retour chez lui (dans le Berry) en 1940, il s'engagera dans la Résistance. Ses débuts littéraires datent de l'Occupation : entre 1941 et 1943, il écrit Les Mendiants, publié par Gallimard, qui sera suivi en 1946 du Bavard, presque ignoré du public.

Il se lie d'amitié avec Raymond Queneau et André Frénaud. Après une année de travail avec le jeune éditeur Robert Laffont, il se retire en province. Il publie dans quelques revues : L'Arbalète, Les Lettres nouvelles, La Nouvelle Revue française. En 1953, il revient à Paris et participe chez Gallimard (dont il sera membre du comité de lecture de 1966 à 1983) à la conception de « L'Encyclopédie de la Pléiade », avec R. Queneau. Il se lie alors d'amitié avec Michel Gallimard, Robert Antelme, Georges Bataille et Maurice Blanchot.

Il fonde en 1954 le Comité contre la guerre d'Algérie, avec Dionys Mascolo, Edgar Morin et Robert Antelme.

En 1960, il publie La Chambre des enfants, prix des Critiques.

En 1967, il fonde la revue L'Éphémère, avec Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Paul Celan, Jacques Dupin, Michel Leiris et Gaétan Picon ; il fait également paraître au Mercure de France Les Mégères de la mer. Chez le même éditeur paraîtra en 1997 son dernier ouvrage, Ostinato, autobiographie fragmentée dont la rédaction avait été entreprise dès 1975 et dont la NRF, L'Ire des vents, Art Press, La Quinzaine littéraire et Le Cahier du refuge avaient donné successivement, entre 1984 et 1994, des extraits et ébauches. Plusieurs prix lui seront remis dans les années 1980 : prix Maeterlinck à Bruxelles (1988), Grand Prix national des lettres pour l'ensemble de son œuvre (1991).

source : wikipedia.org


Le Bavard

Quatrième de couverture a écrit:
Publié en 1946, remanié lors d'une nouvelle édition en 1963, Le Bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d'exemples à l'ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l'auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. Il ramasse de la façon la plus éprouvante et la plus sarcastique la destruction, le saccage, le désir de silence autant que l'envie de perdre et de mourir. Il rappelle à la mémoire les interminables et prodigieux jeux vains, obligatoirement perdants, du désaveu, auxquels la langue dans laquelle il s'enferme oblige parfois, en le terrorisant, un enfant qui fait vœu de se taire. Enfin il révèle un désir plus général et plus obscur : désir d'une médiation pour elle-même, dénuée de toute fin.
Véhicule qui ne véhicule plus rien, que rien ne subordonne que lui-même, qui se consomme totalement en soi autant qu'il consume avec intensité les forces qui le sous-tendent. Telle une offrande. Le caractère exemplaire, presque " catégorique ", qu'un tel écrit présente est renforcé par la violence, qu'on peut dire désastreuse, qui le porte. Au sein de ce récit qui reproduit et détruit en effet intensément des textes célèbres de H. von Kleist et de F. Dostoïevski, c'est la langue même qui se résout en retournant ses armes contre elle-même, qui se porte en avant et s'expose dans le dessein insensé de perdre définitivement la bataille. Qui s'escrime à défaire, à détruire les fonctions dont les sociétés et les cultures la prétendent porteuse. Défi et carnage.

Pascal Quignard

Le bavard ou l'impossible nécessité de raconter une non histoire en tournant autour du pot tout en donnant juste ce qu'il faut comme os à ronger pour aller un peu plus loin, et trouver, peut-être de petits morceaux d'intérêt. Petits morceaux qui sont de petites vérités sur chacun de nous en demies railleries demis désespoirs. Ne connaissant pas les références célèbres je ne vous en dirait pas grand chose. Pour le reste il y a bien une forme de sens et de sens de la forme... forme qui prend le lecteur à rebrousse poil et malheureusement c'est plus réellement pénible qu'amusant ou drôle. ça laisse perplexe parce que ça doit se situer quelque part plus enflammé, plus enlevé... que... il y aurait eu le double de pages j'aurais jeté l'éponge. La non révélation fait partie du jeu de ce livre mais.... est-ce qu'on en a encore quelque chose à faire ? On peut se raccrocher aux miettes de tranquille perversité qui sont données, tournant autour de l'auto destruction.

ça a bien un sens de pousser à la saturation le lecteur tout en donnant quand même quelque chose (il y a d'autres super auteurs qui sont ch... à mourir avec rien derrière, beau souvenir de Black Wind de Clive Cussler, ce qui n'a strictement rien à voir), mais c'est une lecture lourdingue pour peu de choses. Une question de contexte peut-être pour apprécier un exercice de style ?

je prendrai la précaution de feuilleter avant une hypothétique nouvelle tentative avec cet écrivain.

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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Dim 8 Jan 2012 - 19:42

Un malade en forêt

Considéré a priori comme différent du reste de ses écrits, il y a de quoi se donner envie de revenir à l'auteur autrement et après d'autres lectures des deux grosses années passées depuis ma lecture du Bavard. Ici c'est un très court récit fortement autobiographique semble-t-il lié à l'activité de l'auteur dans la résistance. Un récit au passé dans lequel il raconte dans un camp dans la forêt la maladie d'un soldat anglais et sud-africain, et noir de peau et l'aventure pour tenter de le sauver. Le récit commence par une description d'une certaine tranquillité, la recherche d'un calme particulier, allongé dans cette forêt au milieu de la guerre. Cette sérénité mal définie et peut-être incertaine est le lien qui lie Louis, le narrateur/auteur à Rudy ce soldat noir toujours calme et égal. La description de la situation du camp et du contexte, du ravitaillement et d'un parachutage raté puis de la rencontre avec le médecin jugé peu sûr restent emprunts de cet objet. Ce médecin et la présence plus tangible du danger et la maladie, une crise d'appendicite, qui altèrent l'infaillible calme de Rudy ne sont pas non plus séparés de cet objet en contrepoint. Et se développe aussi un regard sur l'engagement, quelque chose de très ténu dans l'interrogation sur le comportement du médecin qui finalement aide mais a peur, une interrogation sur les motivations, sans jugement tout fait et qui à la lueur de ce calme prend une tonalité très singulière.

Un beau récit écrit très simplement, très marquant. Je pense que je reviendrai à l'auteur, autrement.

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Constance
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Mer 18 Jan 2012 - 17:18

Merci Animal, car, pour le moment, hors Ostinato, je ne connais rien de l'oeuvre de cet auteur.
"Les mégères de la mer" attendent encore sur ma PAL, mais je devrais bientôt l'atteindre. content







Citation :
L'ostinato est un procédé de composition musicale consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents éléments thématiques durant tout le morceau.(Wikipedia)




Ostinato s'offre telle l'histoire décousue d'une longue existence fragmentée par des bribes de souvenirs, de sensations : bouffées d'enfance, images de guerre, d'amour, deuils. Eléments restitués par la mémoire kaléïdoscopique du narrateur, parfois interrompus par ses propres réflexions; réflexions mises à distance de ses questionnements et de sa douleur par l'emploi pudique du mode impersonnel ainsi, si l'on ne connaissait sa biographie, devinerait-on qu'il évoque le décès, et le deuil impossible de sa fille dans les extraits des pages 149 et 156 ?


Ostinato ou le lent effacement poétique d'un vieil homme en dérive, au crépuscule de son existence, qui se refuse à admettre la béance existentielle de l'inachevé.

Faut-il chercher et trouver du sens à l'indicible ? Meurt-on lentement de son enfance ? Meurt-on de l'absence des êtres aimés ?
Quelle obscure nécessité le pousse encore à lutter obstinément contre l'inéluctable engloutissement définitif dans le Néant avec, pour seule arme, l'impuissance des mots à traduire ses cris de naufragé de la vie ?


A la lecture de cet ouvrage, on songe à cette phrase de Michel Butor : "Chaque mot écrit est une victoire contre la mort".

Parfois, on a le sentiment que le cours fragile de l'évocation de ses souvenirs peut s'interrompre à tout instant, cependant l'auteur donne l'impression de se ressaisir, de se faire violence pour persister à interpréter son Ostinato.

Ostinato peut ne pas se lire dans la continuité, quelle que soit la page à laquelle on l'ouvre, on trouvera toujours sujet à méditation, dans le constant émerveillement d'une écriture fluide, légère, limpide, touchant juste au coeur, et d'une somptueuse poésie.




Citation :
Avertissement de l'éditeur :

La plupart des fragments recueillis ici ont déjà paru en diverses revues.
l'auteur y a joint quelques inédits sans se soucier toutefois d'assurer un équilibre à cet ensemble dont la publication n'a pour objet que de rendre accessibles les éléments épars d'un ouvrage en cours, son état provisoire excluant toute possibilité d'organisation et sa nature même la perspective d'un aboutissement.



Quatrième de couverture :


Citation :
Ce ne sont ici que figures de hasard, manières de traces, fuyantes lignes de vie, faux reflets et signes douteux que la langue en quête d'un foyer a inscrits comme par fraude et du dehors sans en faire la preuve ni en creuser le fond, taillant dans le corps obscurci de la mémoire la part la plus élémentaire - couleurs, odeurs, rumeurs -, tout ce qui respire à ciel ouvert dans la vérité d'une fable et redoute les profondeurs.


Exergue :

Citation :
... comme une langue en peine de parole jeta le bruit de sa voix au-dehors.
Dante
(Enfer, chant XXVI)



Incipit :

Citation :

Le gris argent du matin, l'architecture des arbres perdus dans l'essaim de leurs feuilles.
Le parcours du soleil, son apogée, son déclin triomphant.
La colère des tempêtes, la pluie chaude qui saute de pierre en pierre et parfume les prairies.
Le rire des enfants déboulant sur la meule ou jouant le soir autour d'une bougie à garder leur paume ouverte le plus longtemps sur la flamme.
Les craquements nocturnes de la peur.
Le goût des mûres cueillies au fourré où l'on se cache et qui fondent en eaux noires aux deux coins de la bouche. [...]



Citation :
Loin des autres qui jouent dans la nuit, mêlant leurs rires à la fièvre de l'après-dîner, accroupi dans la chaleur secrète des bois, à écouter le discours d'un oiseau au plumage d'argent, son vif message chiffré, son appel étrange vers les fonds sans écho. (p.20)



Citation :
Roi des prairies en col marin et sandales, à califourchon sur la crête du mur potager, les bras en corbeille autour du livre ouvert entre les cuisses, à rêver de féroces histoires, de larges exploits et d'aventures dans la pampa, si retiré dans sa lecture et dominé par elle qu'il sent le vent d'ouest lui traverser la bouche et ses reins se soulever comme d'une monture au galop. (p.32)


Citation :
Gisant à plat sur le dos la tête pendante au bord de la falaise, les nuages d'arrière-garde qu'il voit entre ses genoux ouverts se démembrer, s'amenuiser dans l'air bleu comme absorbés à la façon des oiseaux par la pureté de l'espace. (p.36-37)



Citation :
Précarité de la pulsion répétitive comparable au rythme de la vie plus qu'à celui de la nature - non pas l'avancée et le retrait ininterrompus des eaux sur la grève, mais le souffle inspirant, expirant jusqu'à l'expiration dernière qui marquera pour le dernier homme la fin des temps, tandis que la mer poursuivra son va-et-vient infatigable à travers un temps de nouveau sans histoire. (p.56)



Citation :
Jeunes peuples des casernes si longtemps tenu en laisse et manié comme de la canaille par les gâteux galonnés qu'il se déploie gaiement à travers bois et champs où furent conduits pour vaincre d'autres ouvriers, d'autres paysans, tous les morts obscurs d'autrefois. (p.77)



Citation :
Des enfants dansent sur un lit de fer abandonné dans les coquelicots, leur animalité joyeuse s'oppose à celle du troupeau hagard qu'ils voient d'un oeil absent se bousculer et clopiner le long de la route, leurs ébats insouciants à l'horreur comique de ce défilé de petits vieillards chargés de ballots, enfarinés de poussière, cramponnés à des landaus, épuisant leurs forces à marcher sans répit et sans but, la tête aussi vide que le ventre, pris au filet d'une immense migration qui s'ordonne comme un cauchemar sous la cruelle gaieté du ciel. (p.85)



Citation :

Poignantes retrouvailles au seuil de la demeure de lierre où pâlit sur la sombre toison des murs le visage ravagé du père qui l'aura vu grandir et reconnu si peu.

Une feuille parmi d'autres jette son dernier feu en planant à rebours sur le ciel d'octobre avec la nonchalance majestueuse d'un fil de la vierge, longue chute aérienne qui diffère l'inertie finale, le fatal pourrissement au sol. (p.90)



Citation :

Un mot de trop met tout en péril. (p.93)



Citation :

Souffrant de ses propres limites, perdu dans sa contemplation, l'esprit projette son rêve d'infini sur toutes choses dont la durée excède, en deçà et au-delà, le temps historique, lequel n'a par rapport à celui de le vie individuelle qu'une durée relative, oubliant ou voulant oublier que ces forces élémentaires comme indifférentes aux destinées du monde et dont la permanence le rassure sont vouées aussi à disparaître un jour [...] (p.106)



Citation :
Les havresacs dénoués pour s'assoupir au tintement des clarines qui vibrent tout autour de leurs deux corps enlacés dans la tendre chaleur de l'alpage comme chante au creux des roches le bleu glacé de la source.
La neige est venue poser sur les bois son fardeau floconneux, tailler le long des branches de fines sculptures qu'au retour de l'école les enfants font craquer comme du sucre sous leurs doigts gantés de laine. Plus légers que des anges, le visage transparent de plaisir, ils s'en vont galoper sur la prairie cristalline pour y tracer d'un index virtuose des cubes, des cercles, leurs noms de baptême qu'on pourra voir quelques jours s'étaler fièrement au soleil, si la fonte qui déjà menace ne met pas fin plus tôt que prévu à cette exposition d'art hivernal. (p117-118)



Citation :
Vivre en bonne intelligence avec le doute, mais combattre aves les armes de l'espoir. (p.124)



Citation :
Errant en somnambule d’un vestige à l’autre sans s’y attarder, non par impatience d’arriver à destination, mais désir de se perdre dans l’idée que moins il s’y retrouvera plus il a de chances de rester fidèle à la vérité d’une vie qui présente au regard rétrospectif tous les signes de l’égarement. (p.126)



Citation :
Enfouir le visage dans ses mains et se désintéresser du monde tout en le surveillant du coin de l'oeil pour se prémunir contre ses mauvais coups, d'ailleurs bien en vain, c'est toujours lui avec son poids dévorant qui aura le dernier mot. (p.134)



Citation :
Toi qui ne sais rien de l'aventure de ta mort que seul vaincus par elle nous avons à vivre sans toi côte à côte comme déjà couchés nous-mêmes dans la tombe. (p.149)



Citation :

Pourquoi interpeller qui ne peut plus entendre et n'a plus de voix pour répondre, pourquoi défier très naïvement l'énorme silence des morts que nul vivant n'a jamais eu la force de rompre. (p.150)



Citation :

Qui appelle ? Personne. Qui appelle encore ? Sa propre voix qu'il ne reconnaît pas et confond avec celle qui s'est tue. (p.153)



Citation :
Mais taire le malheur serait manquer plus gravement encore à ce qu'il eut d'indicible, et qui ne peut s'effacer. Il faut en passer par la misère des mots, quitte à trahir ce qui, leur échappant de toutes parts, se réduit à la nudité d'un cri, au sourd gémissement d'une bête prise le pied dans un piège - pas même : à la perte de souffle, à un atterrement sans fin. (p.156)



Citation :

Celui qui accomplit ce tour de force de se nourrir d'espérances tout en les sachant chimériques, de quoi n'est-il pas capable ? (p.179)



Citation :

Que jamais la voix de l'enfant en lui ne se taise, qu'elle tombe comme un don du ciel offrant aux mots desséchés l'éclat de son rire, le sel de ses larmes, sa toute-puissante sauvagerie. (p.191)



Citation :
En deçà des provinces de l'enfance, il n'a plus d'entente avec celui qu'il fut. Faire désormais retour au passé est comme arpenter un souterrain aveugle, aller où vont les hommes, à leur tombe. (p.194)



Citation :

Faire en sorte que la voix sonne gaiement, le discours tenu serait-il le lamento d'un vieillard sentencieux s'acheminant vers sa fin. (p.201)



Citation :

Attendre de la mort seule qu'elle vienne mettre fin à l'hémorragie verbale qui la précède de peu est par quelque côté se la rendre désirable, surmonter l'aversion qu'elle inspire, à défaut d'en alléger l'épreuve ou d'en retarder l'échéance. (p.214)



Citation :
Le temps passé n'est source de vie que pour qui le revit au présent en un jaillissement lumineux, une fulgurante épiphanie, sinon qu'un tas d'ordures à jeter dans la fosse de l'oubli. (p.216)



Citation :

Foudroyé au coeur ou mourir par la cime à petit feu, hors de toute vie consciente en une lente et insensible consomption où se dissout jusqu'à l'événèment même de la mort qu'une demi-mort aura trop longtemps différé. (p.230)


Excipit :

Citation :
Que s'apaise ce tumulte dévastateur, comme se retire d'un pays mis à sac une horde en déroute. (p.232)
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Sam 21 Jan 2012 - 22:20

On fait bien, surtout quand on ne sait ni ne comprend rien, de revenir à un auteur comme lui. Avec la Chambre des enfants il y a un rapport au dire et à la langue qui travestissent ce qu'il faudrait dire. c'est à la fois simplificateur et partiellement faux puisque, les textes. et puis ça ferait la part intellectuelle, peut-être ce qui rend la lecture difficile ou déroutante, tout au moins la part déconnecté d'une littérature d'un autre monde. Il y a aussi avec et derrière et en même temps, avec cette nouvelle de La Chambre des enfants que je suis en train de lire un rapport silencieux et sauvage (la tournure est faite pour plaire) à la norme, pire ( ?) encore au besoin de norme et d'identité à l'autre, à son comportement de chacun.

Je suis, à cette lecture qui à la fois travaille et dédaigne (presque ? ou suis je influencé par la présentation ?) l'écriture, piqué au vif. c'est très troublant.

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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Mar 24 Jan 2012 - 22:54

La Chambre des enfants

Recueil de nouvelles (globalement autobiographiques semble-t-il) auxquelles fut rattaché un temps Un malade en forêt. Effectivement c'est une autre chose que cette chambre des enfants et que ces enfants.

On commence d'ailleurs avec des adultes avec Les grands moments d'un chanteur on passe du portrait d'une sorte de parfaite imposture de coutume à un échec révélation choisie, bien que l'on doute fortement à travers le regard de l'observateur et narrateur à la fois fasciné, méfiant et ennuyé mais orgueilleux et qui cherche à savoir... pourquoi comment, mais est-ce possible ? un texte assez subjuguant et qui joue de passages avec une sorte de mépris royal époustouflant.

La chambre des enfants confronte l'adulte aux enfants et à lui même. Les jeux sont une spirale inquiétante de la pensée et les rôles sont mal définis, on ne sait plus qui est qui et parle et cherche à faire parler, mais qui et pourquoi. Le motif du livre est clairement défini cette fois avec mutisme et confrontation dans un bain d'habitude et de convenances qui s'imposent d'elles-mêmes provoquant peut-être le mensonge. Le rapport aux règles est appuyé mais est un mélange obscur de souvenir, d'autobiographie et d'allégorie.

Une mémoire démentielle enfonce le clou. Mutisme encore et existence phantasmée, réécrite, fausse et vraie à la fois. comme si un des enfants, le même s'aventurait à une éventuelle autobiographie. Mais là encore la dé-dramatisation du trouble le plus profond est transparente et nous revoilà égaré entre réalité et mensonge, silence et trahison de la parole.

Dans un miroir revient aux adultes par une porte entrebâillée, avec tout de même un doute qui subsiste dans les personnages de l'enfant et du cousin qui se tait. Mutisme, spirale infernale des pensées, orgueil et confrontation. Le lecteur s'évapore dans l'alambic avant de retomber aussi bêtement qu'une goutte, il y a comme un malin plaisir à trop dire à expliciter et casser, tout en révélant l'objet, le sens de la lecture. A la fois fascinant et subtilement indigeste, comme une montée d'alcool un peu trop rapide et un peu louche.

C'est à la fois captivant et un peu masochiste comme résultat, avec l'air de rien des ambiances et des mouvements assez subtils mais avec une tendance au conflit de l'écriture avec elle-même. Non sans une complaisance assez aimable en fin de compte. Et un effet de redondance un peu difficile dans l'enchainement. Entre le limpide et l'écœurant. Mais écœurant à dessein.

Lecture tordue mais dans un référentiel plus classique que Maurice Blanchot par exemple, définitivement plus en conflit ouvert avec le sens mais pas sans humour ?

A vous de voir. A lire aussi probablement pour les adeptes de Quignard qui ont là une version hardcore du trouble de l'expression. Mais il y a sans doute quelques lecteurs assidus (ou pas d'ailleurs) par ici ?

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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Dim 29 Jan 2012 - 21:30

un court extrait de Une mémoire démentielle :
Citation :
Ici se situe la huitième séquence qui précède l'avant-dernière où un passé fictif va se substituer au passé réel dont il a tout oublié, sinon qu'il est plus plausible, moins significatif et probablement sans rapport avec le thème obsessionnel : cette interpolation abusive se justifie par le fait qu'elle contribue à l'harmonieuse symétrie de l'ensemble, car la rigueur, l'exactitude ne sont que des moyens pour fixer le souvenir, mais cessent d'être efficaces là où c'est le mouvement qu'il importe de retrouver et de conduire jusqu'à son terme qui devra être sanglant. S'il voit aujourd'hui comme s'il y était ce qu'il ne vit jamais qu'en rêve, c'est qu'il est la proie envoutée et docile d'un train d'images irrécusables, c'est aussi qu'il tient pour non avenus les accidents fortuits qui, en empêchant une action extrême de s'accomplir, ont faussé le sens d'une expérience intimement liée à la mort et imprimé à la trajectoire de son destin une irréparable déviation.
La huitième séquence, comme la sixième et pour des causes identiques, se déroule dans un temps hypothétique, mais cette fois en des lieux différents.

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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Mar 31 Jan 2012 - 12:38

Je lis tes commentaires, Animal, mais je ne sais comment y répondre car René Louis des Forets appartient à ces rares auteurs qui, malgré ma piètre tentative de chroniquer "Ostinato", me paralysent, et m'imposent silence, par la hauteur de leurs écrits.
Alors, je fais mienne la dernière phrase de cet extrait tiré de "Traversée des ombres" de J.B Pontalis.



Citation :
"Rendre compte intégralement de son expérience à l'exlusion de toute réminiscence parasitaire, redonner aux images fugitives du passé une nouvelle réalité en usant d'une technique évocatoire qui n'a d'efficacité durable que dans le domaine de ce qui appartient strictement aux mots, épuiser toutes les ressources du langage, non seulement à reproduire aussi concrètement que possible les faits au fur et à mesure de leur progression, mais encore à entretenir le lecteur éventuel dans l'illusion d'une improvisation spontanée et comme d'une participation active au travail proprement démentiel de la mémoire, telles étaient quelques-unes des obligations que lui imposait la bonne exécution de son projet ambitieux. Il ne put en satisfaire aucune."
Ces lignes datent de 1957. Elles sont extraites d'une nouvelle intitulée "Une mémoire démentielle". Le programme qu'elles définissent, Ostinato, trente, quarante ans plus tard, l'accomplit. Que Louis-René Des Forêts considère que son entreprise "démentielle" a échoué ne m'importe guère, car ce qui signe toute grande oeuvre est la conscience de son échec.
[...]
Comment dire ? Louis-René et moi, nous nous parlons, en silence, un silence dont l'autre nom pourrait bien être l'espoir. (p.198-199)

(J.B Pontalis, extrait de Traversée des ombres)
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Mar 31 Jan 2012 - 22:28

je ne comprends pas.

de même que les deux dernières phrases ne me parlent pas vraiment. Bien que je fasse des suppositions pour la première elle ne me satisfont pas, je trouverai même ça réducteur en regard de ce que j'ai lu dans La chambre des enfants. Et la seconde mériterait de s'entendre sur le silence, surtout celui de Louis-René.

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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Mer 1 Fév 2012 - 19:37

Alors, je vais tenter de m'expliquer. scratch

L'écriture de des Forêts, hors de toute analyse passant par le raisonnement, me place dans l'impossibilité de traduire en mots ce qui relève du domaine du perceptionnisme, sinon à demeurer à la surface de mon ressenti.
D'ailleurs, en ce moment, je lis "Les Mégères de la mer" suivi de "Poèmes de Samuel Wood", et je me trouve dans la même situation.


Quant au silence, il est justement ce lieu où il aurait souhaité refuge après le décès de sa fille, cependant il n'a jamais pu abandonner les mots, dont pourtant il se méfiait car les estimant dérisoires à traduire son mal.
J.B Pontalis ayant connu des Forêts, il fait référence à ce silence.
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Lun 6 Fév 2012 - 22:23

Un malade en forêt. Editions fata morgana. 106 pages. Initialement, ce texte faisait partie du recueil La Chambre des enfants.

Citation :
"Généralement, ce que je préférais entre deux missions, c'était m'allonger sur une pente moussue, les mains croisées derrière la nuque à regarder entre les feuillages mobiles les petits nuages replets courir dans le ciel."

C'est ainsi que commence le livre, dans un cadre bucolique. Nous sommes pendant la Seconde Guerre Mondiale, la France est occupée, des résistants ont installé un camp dans une forêt, avec quelques Français et beaucoup d'anglo-saxons qui n'ont pas encore pu être exfiltrés.

Le narrateur, Louis, aime être tranquille pour méditer quand il le peut, et faire un somme réparateur (c'est rudement agréable, les sommes réparateurs).
Citation :
"Les rayons du soleil à travers les feuilles posaient des taches claires sur la mousse très verte et très fraîche où je m'étendais de tout mon long, après avoir enlevé mon blouson dont je faisais un tas que je glissais sous ma tête.
Généralement, je m'endormais car j'étais presque toujours fatigué par mes randonnées et j'avais souvent très sommeil." (page 10).
Mais, souvent, il sent que quelqu'un est là, tout près.
Citation :
"[...] en général, je n'avais même pas besoin de me retourner pour deviner la présence de Rudy : il était adossé contre un arbre dans une attitude nonchalante à m'observer sans mot dire, avec quelque chose de lointain et d'impénétrable dans le regard, et sur le visage une expression de torpeur profonde et pathétique. C'était un indigène d'Afrique du Sud d'une vingtaine d'années. [...] recruté dans son pays d'origine, il avait participé à la guerre de Libye jusqu'à ce que les Allemands l'eussent fait prisonnier et expédié dans un camp de Silésie. Incommodé par le climat trop rigoureux, nous n'avons jamais su par quel tour de force il parvint à s'évader et à traverser toute l'Allemagne sans se faire arrêter malgré la teinte suspecte de sa peau." (page 12).

Il y a toujours une certaine tension, bien sûr. Certains résistants se sont fait arrêter, comme Jean, un ami de Louis, avec qui il discutait ainsi :
Citation :
"Jouir de la vie consiste à lui faire rendre tout ce qu'elle peut donner, disait-il, et quand tu renonces à quelque chose par lâcheté, tu ne reçois jamais rien en échange. » - « Oui, disais-je, mais il y a toujours un moment où l'on te présente la note. » - « En effet, la note vient toujours, répondait-il, mais elle n'est jamais trop élevée : on paie toujours d'une façon ou d'une autre, pour toutes les bonnes choses. Il ne faut pas être près de ses sous. » Il avait bien reçu sa note, mais prématurément, et je trouvais qu'elle était trop salée." (pages 20-21).

Mais le personnage principal, celui dont on saura le plus de choses mais qui, paradoxalement, restera le plus mystérieux, c'est bien Rudy, le Noir Sud-Africain.

Un excellent livre, très bien écrit (et qui montre une fois de plus qu'un belle écriture ne passe pas forcément par des mots compliqués ou des tournures alambiquées), qui abonde en personnages intéressants, plongés dans une époque pas facile, la fin de la Seconde Guerre. De la vraie littérature. Et, pour une fois, une Résistance qui "sonne" vrai.

Il donne bien sûr envie de lire La Chambre des enfants.

(merci Animal, bonjour )
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Lun 9 Avr 2012 - 14:58

J'avais noté cet auteur dans un coin après les posts d'Animal. J'ai commandé Les mendiants que le cinéaste Benoît Jacquot a adapté en 1988 (introuvable en DVD). Roman puzzle raconté de différents points de vue. Je vous en dirai plus après lecture.



Citation :
Les mendiants

Avec : Dominique Sanda (Hélène), Jean-Philippe Écoffey (Fred), Anne Roussel (Annabelle), Hassane Fall (Grégoire). 1h30.

La confrontation tragique de trois bandes, trois mondes antagonistes mais complémentaires : une troupe de comédiens jouant Othello, dont font partie Hélène et Grégoire ; un groupe de trafiquants ayant à sa tête Fred et son père infirme ; une bande d’enfants dirigée par Sani et à laquelle appartient Guillaume, le petit frère de Fred.

Adaptation du roman de Louis-René des Forêts, Les mendiants met en présence des enfants, des comédiens et des contrebandiers, et confronte leurs univers antagonistes et cependant complémentaires. Le film revêt les apparences d'un puzzle qui exige du spectateur une participation aussi intellectuelle qu'émotionnelle.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Louis-René des Forêts   Dim 7 Juil 2013 - 20:18


Louis-René des Forêts, huile (oui, oui) de Balthus.
Qui d'autre que le secret "Roi des chats", le peintre qui souhaitait que "de [lui] on ne sache rien" aurait pu choisir Louis-René des Forêts comme sujet et modèle ?
Entres autres affinités, comment ne pas noter ce goût de travailler des années durant un ouvrage, jusqu'à ne pas le dater, et de laisser une oeuvre, au final, somme toute assez parcimonieuse ?

Louis-René des Forêts est né à Paris en janvier 1918 et décédé dans la même ville le 31 décembre 2000.
Vers l'âge de treize ans, il est placé dans un collège Catholique en Bretagne.
Scolarité secondaire à Bourges, puis Droit et Sciences-Po à Paris. Quelques chroniques musicales et littéraires.

Fin des années 1930, il fait la connaissance de Jean de Frotté, qui le met en relation avec Patrice de La Tour du Pin, Michel du Boisberranger et Jean Chauvel. Mais la guerre viendra interrompre ses prémisses d'une carrière littéraire naissante sous des auspices pourtant favorables.
Mobilisé en 1939, et retour dans le Berry en 1940. Engagement dans la Résistance.
Mort de son frère lors de la prise de Belfort en 1944. Et d'un très proche en amitié littéraire, Jean de Frotté, fusillé par l'occupant nazi.

Puis il se lie avec un jeune éditeur, Robert Laffont, pour qui il travaille une année, et se retire dans son Berry.
Après son mariage avec Janine Carré et une longue période de retrait, au cours de laquelle il travaille à un roman qu'il laissera inachevé (Le Voyage d'hiver), il collabore à diverses revues, L'Arbalète, Les Lettres nouvelles, La Nouvelle Revue française. En 1953, il revient à Paris. Il fréquente alors Michel Gallimard, Robert Antelme, Georges Bataille et Maurice Blanchot.
Il participe à la conception de l'Encyclopédie de la Pléiade que dirige son ami Raymond Queneau.

La période qui suit est marquée par le débat politique sur la guerre d'Algérie et le retour au pouvoir de De Gaulle : des Forêts s'engage dans le comité contre la guerre d'Algérie, et signe, en 1960, le Manifeste des 121. En 1965, sa fille Elisabeth meurt dans un accident. Commence alors un silence de vingt ans, à peine rompu par la parution d'un poème, Les Mégères de la mer (1967), et par la traduction de lettres de G. M. Hopkins. Il participe à la fondation de la revue L'Éphémère (1967-1973) et se consacre à la peinture. À partir de 1975, il commence à travailler à une autobiographie, Ostinato, dont de nombreux fragments seront publiés en revue. Sous le même titre, un livre reprendra et redéploiera ce travail en 1997.

Ci-dessous un lien émouvant vers un article publié à l'occasion de sa nécro, paru dans l'Humanité.:
http://www.humanite.fr/node/407993

Bibliographie (de ses romans principalement, épars, il y a des articles, assez nombreux, tant rédigés par lui-même que publié à propos de des Forêts, des correspondances, quelques poèmes, témoignages, etc...):

   Les Mendiants, roman, Gallimard, 1943 ; édition définitive, 1986.
   Le Bavard, récit, Gallimard, 1946.
  La Chambre des enfants, récits, Gallimard, 1960.
   Les Mégères de la mer, poème, Mercure de France, 1967.
   Voies et détours de la fiction, essai, Fata Morgana, 1985.
   Un malade en forêt, Fata Morgana, 1985.
  Le Malheur au Lido, récit, Fata Morgana, 1987.
   Poèmes de Samuel Wood, poèmes, Fata Morgana, 1986.
   Face à l'immémorable, fragments, Fata Morgana, 1993.
   Ostinato, fragments autobiographiques, Mercure de France, 1997.
   Pas à pas jusqu'au dernier, récit, Mercure de France, 2001.

C'est en voyant ce nom adossé à celui de Patrice de la Tour du Pin (un auteur certes oublié et peu en vogue, mais dont les vers "me parlent" particulièrement, à bientôt pour en reparler ensemble) que j'ai, pour la première fois, ouï dire de Louis-René des Forêts.
Puis je l'ai retrouvé accolé à ceux de Queneau, plus tard d'Yves Bonnefoy. Enfin je suis tombé sur un petit opuscule dédié à des Forêts chez un éditeur qui me tient tout particulièrement à coeur (j'expliquerai pourquoi à l'occasion d'un autre fil, sans doute prochain), les éditions William Blake & Co.
C'en était trop, je suis allé voir de quoi il retourne. Des Forêts, sans doute un auteur "qu'il faut aller chercher".
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Dim 7 Juil 2013 - 21:08


Les Mendiants, Louis-René des Forêts, écrit entre 1941 et 1943, édition définitive en 1986.

J'ai l'édition "définitive" nrf-Gallimard, sèche, de 1986 (photo). Peut-être collector ou appelée à le devenir, si des Forêts est mis au goût d'un éventuel jour. Ni pré ni postface, pas de présentation, aucune note en bas de page, que ce soit de l'auteur ou de l'éditeur. Pas non plus de quatrième de couverture.
Comme un signe, d'emblée, dès le bouquin pris entre les mains. Impossible de savoir ce qui différencie cette édition "définitive" des précédentes. Tout au plus ai-je noté sofa orthographié "sopha", forme probablement vieillie et passée, mais ce mot est écrit "sofa" à deux reprises dans les pages qui suivent immédiatement !

Il s'agit d'un roman, divisé en trois parties et trente-cinq monologues. Ces trente-cinq monologues émanent d'une douzaine environ de personnages. Certains monologuent à plusieurs reprises, d'autres non, et quelques personnages traversent le roman sans monologuer du tout, et pourtant ils sont des caractères d'importance (deux au moins, le grand-père Ansel et Catherine). Avoir Othello, de Shakespeare, à peu près bien en tête au moment d'entreprendre ce roman est un mieux-lisant, pas obligatoire toutefois je pense (enfin, je me suis replongé dans quelques extraits au passage, tout de même !).    

Le procédé narratif mérite qu'on s'y arrête. Chacun monologuant au "je", la même scène peut parfois être vue, et donc narrée et lue, de façon sensiblement distincte. Et l'enchaînement des monologues ne pas produire l'histoire dans une linéarité coulée. Tout l'art de des Forêts est de conserver un rythme alerte à l'ensemble, d'utiliser comme ligne de force les inévitables redites, si l'on s'en tient au seul aspect "script".
Rien que pour cette singularité technique, l'ouvrage mérite lecture.

L'action se déroule dans un port de commerce à l'embouchure d'un fleuve limoneux, des petits indices laissés de ça de là par des Forêts je le situe sur la côte Atlantique, mettons entre le nord de la Normandie et l'embouchure de la Loire. Infime détail, des Forêts dans ce roman est un peintre absolument talentueux, exquis, de la mer. Et des chevaux. Et de la nuit. Entre autres !
 
Il y a une violence sourde dans ces pages, plutôt nihilisantes.
Il est édifiant que ceux qui donnent la mort (Hélène, l'Etranger) le font hors notions de culpabilité.

L'humanité selon des Forêts, en tous cas ici (se référer aux dates d'écriture première, ceci explique peut-être en partie cela), dans la misère ou l'aliénation des aspirations qui font chacun des personnages, est juste privée de toute espérance. La morale, à tout le moins une éthique ? Pas convoquées... pas un personnage-référent. Roman de noirceur, alors ? Vous n'y êtes pas. De bien subtils grisés, comme dans le portrait de des Forêts par Balthus, de la fort belle ouvrage qu'il faudrait ne pas laisser dans l'ombre complaisante.
Au fait, y'a-t'il un héros ? Non plus. Des figures significatives, marquées, comme dans un jeu de cartes retourné.

L'extrême qualité de la plume de des Forêts, alliée à la peinture "de l'intérieur", favorisée par le procédé narratif, des âmes des personnages, font que je n'hésite pas à vous présenter ce roman comme hautement recommandable.
Dévoiler l'histoire proprement dite serait dommageable. Ce livre, recevez-le brut et sec !
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Dim 7 Juil 2013 - 21:17

Je le note pour faire suite au prochain mis de côté (Le jeune homme qu'on surnommait Bengali).

(et Blanchot ?)

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Louis-René des Forêts   Dim 7 Juil 2013 - 21:35

Alors espérons Animal que tu seras aussi porté que j'ai pu l'être par cette plume arrachée à quelque oiseau de haut vol, dans ce monde interlope et portuaire pour lequel mon imagination n'a eu aucun mal à "revoir".

Revoir ?
De vieux quais inégalement pavés et humides, des docks sombres, des cargos rouillés, des remorqueurs sinistres, d'antiques et énormes grues etc... tout un Bordeaux (mais aussi un Pauillac, un Verdon sur Mer, etc...) de mon adolescence, aujourd'hui trop ripoliné, dérouillé, mis au rencard ou gratté et réhabilité, ainsi que des chevaux dans des marais adossés à quelque forêt non entretenue, des garçons à l'adolescence parvenue et en mal de sensations, des adultes anti-référents...  De plus connaisseurs que moi glaneraient aussi quelques images du côté du cinéma français de l'entre-deux guerres (remorques ?).
Les chansons et l'univers musical cités, me sont en revanche assez étranger.



Et Blanchot, hein ?







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