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 Gilles Rapaport

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Steven
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MessageSujet: Gilles Rapaport   Gilles Rapaport Icon_minitimeJeu 17 Déc 2009 - 21:29

Gilles Rapaport Rapapo10

Gilles Rapaport est né à Paris en 1965. Il a suivi les cours de l'Union Centrale des Arts Décoratifs. Il travaille comme illustrateur dans la presse et la communication. Il a illustré d'un trait rond, malicieux et tendre, en jouant avec des aplats de couleurs pastels, une quinzaine d'albums destinés aux enfants de 4 à 8 ans, la plupart en collaboration avec l'auteur Didier Levy, Mais il est également l'auteur et l'illustrateur d'un album incontournable Grand-père chez Circonflexe, qui tranche complètement avec le reste de sa production.

C'est avant tout un illustrateur, mais je viens de lire son album (pour la jeunesse ?) Grand-père. Un album où la dureté du thème, la shoa, rejoint la dureté des images simples, violemment cernés de noir et le dépouillement du texte.

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MessageSujet: Re: Gilles Rapaport   Gilles Rapaport Icon_minitimeJeu 17 Déc 2009 - 21:56

Grand-Père
Gilles Rapaport Grandp10

Citation :
Ce livre sans doute autobiographique, c'est d'abord une silhouette sur la couverture, celle d'un homme au crâne rasé, qui se découpe sur un fond rouge violent ; une marque noire barre son visage et sur sa chemise rayée de noir jetée sur un torse sans bras, une étoile jaune est plaquée. Il vient de mourir ce grand-père, ce matricule n° 46 690, et cette mort est la dernière occasion pour la famille de se transmettre son histoire... Le texte dépouillé et percutant de Gilles Rapaport, ses dessins à l'encre, blancs, gris, bleus, noirs, violemment cernés, servent au maximum le travail de mémoire, réinscrivent la tragédie de l'Holocauste non seulement dans un destin singulier, dans un passé historique, mais dans le devenir de l'Humanité. Dans la même veine d'illustration, en rouge et noir, il a publié un album sous forme de comptine sur l'absurdité de la guerre "Dix petits soldats".

Avec cet album, que j'ai beaucoup aimé, je me suis longtemps posé la question de la place de certains thèmes dans la litérature pour la jeunesse. Ici, le massacre des juifs et la mémoire est abordé par l'auteur à travers le souvenir de son Grand-père, de sa vie et de la transmission ; la transmission d'un lourd fardeau, où les phrases cinglent violemment, en vis à vis avec des illustrations percutantes et violentes, qui crient presqu'autant que les mots. C'est dur, dépouillé, et réaliste.

L'album commence à la fin de la guerre mondiale, la première.

Citation :
Grand-père rêve de partir, pour aller là où il sera un homme libre. Il rêve, ils rêvent car ils sont deux maintenant, d'un monde meilleur.
Ils rêvent de liberté, d'égalité, de fraternité.
Paris, meurtri par quatre années de folies humaines, ouvre ses bras. Pas grands, bien sûr, mais juste assez pour y laisser passer deux corps fatigués et un maigre bagage.

Assez pour rêver à un foyer, un simple foyer [...]

Il ne voit pas les ténèbres s'avancer.

Cet homme, qui recherche la liberté se retrouve engagé dans une guerre.

Citation :
Mais qui est l'ennemi ?

Ce soldat vainqueur, ou ce camarade qui le pointe du doigt, et d'un geste l'envoie vers les ténèbres.

Qu'est-ce qu'un wagon à bestiaux, si ce n'est un wagon à bestiaux...
On nourrit les bêtes qu'on y fait voyager, on les fait boire, on les soignes, on s'occupe d'elles pendant de longs trajets.

Pas les hommes. [...]

..le convoi arrive à destination. Ils savent qu'ils sont arrivés ; ils n'ont jamais eu aussi froid. Les survivants sont jetés hors du wagon, puis les morts sortent, portés par les vivants.

Un homme est-il toujours un homme ?
Dix morts ?
Dix hommes morts ?
Un homme portant une casquette à tête de mort est-il encore un homme ?

Grand-père n'a pas le temps de se poser la question, les coups lui cassent le dos. [...]

Il ne sait plus qui crie, qui aboie, les chiens, les hommes ?

Grand-père a presque disparu, ce n'est plus un homme mais 46690, un numéro ; la mort rôde, il voit les autres partir... par la cheminée. Mais..

Citation :
Dans les ténèbres, il y a toujours des lumières.
Grand-père sera l'une d'elles, ainsi en a décidé un homme.

Il survivra et sa vie durant, Grand-père ne cessera de se poser des questions.

C'est noir mais ça dépasse la mémoire d'un passé noir. L'auteur sert l'avenir en ne laissant pas tomber dans l'oubli ce morceau de l'histoire.

Citation :
Notes personnelles de l'auteur sur son projet : La déportation, la Shoa, les camps ; sont au cœur de notre histoire récente. Personne ne peut, ne doit ignorer, cet épisode unique dans l'histoire humaine. Mais, le temps passant ; le souvenir s'éloigne, et la mémoire s'étiole. Les témoins directs disparaissent, et les néo-nazis de tous bords refont surface. L'Histoire ne suffit plus à préserver des communautés de massacres raciaux, comme en Bosnie, ou au Ruanda. La Bosnie... Ce conflit a été l'un des déclencheurs de mon envie d'écrire "Grand-Père", car c'était le premier conflit racial ; Européen, depuis la seconde Guerre Mondiale. Les Musulmans étaient assassinés en masse du simple fait d'être né Musulman. Comme les juifs pendant la dernière guerre. En France, le Front National était une force politique très agressive, et ouvertement raciste, pétainiste et antisémite. Comme les Vichystes pendant la dernière guerre. Malgré la connaissance ultime de la Haine de l'autre ; les Camps et leurs chambres à gaz ; il y avait en 1996, encore beaucoup d'hommes en Europe, en France, à désirer la disparition d'autres communautés. Au nom du sang. La meilleure réponse à l'intolérance, à la haine, est l'éducation. Aussi ai-je décidé de raconter, le pire de l'Homme; la Déportation, afin que les enfants aient une idée, aussi petite soit-elle, de ce que la haine de l'autre peut être. Chez moi, la Déportation n'était pas cachée ; je savais ce qui était arrivé à ma famille. Je savais que je faisais partie de l'une des rares familles juive française à n'avoir perdu personne pendant la Guerre. Mon Grand-Père, prisonnier de guerre avait réussi à cacher sa judéité aux Allemands, et surtout à ses compagnons d'internement. Il n'a, heureusement pas connu les Camps. Ma Grand-Mère, cachée à Paris, a été prise à la fin de la Guerre, internée à Drancy, elle a échappé aux derniers convois, et à la mort. Mais ce court séjour dans l'antichambre de la Mort l'a suffisamment marquée, affaiblie, pour qu'elle meure trop vite, malade et à demi-folle; à peine soixante-cinq ans. Mon Père, son frère, leur cousin, ont été cachés dans une ferme, dans la Sarthe. Ils ont survécu, mais ont perdu leur enfance, et vécus sans parent pendant cinq années. Les frères de ma Grand-mère sont revenus des Camps. De tous ceux qui étaient restés en Pologne ; il ne subsiste rien. Que ce que mon Grand-Père, il s'appelait Maurice, a pu me raconter. C'est-à-dire, peu de choses. Ainsi, la Guerre n'a pas été dans ma famille, un Tabou, un Deuil insurmontable ; la Mémoire existait, elle était transmise. J'ai donc pu, sans grande difficulté, moi aussi reprendre cette transmission, et raconter "Grand-père". Je ne souhaitais évidemment pas raconter l'Histoire de ma famille, mais celle d'un déporté ; juif, résistant, politique, tsigane, homosexuel... Une histoire suffisamment exemplaire pour qu'on comprenne ce qui était arrivé à ces millions d'hommes et de femmes, déportés. Une histoire assez simple pour être lu, à des enfants de plus de huit ans. J'ai donc écrit Grand-Père en ayant sans cesse à l'esprit cette clarté, cette simplicité. En m'appuyant sur l'histoire de ma famille, qui malgré tout, a été très proche de celle de milliers d'autres familles françaises. Et sur les nombreux textes que j'avais lus. La difficulté est arrivée quand il a fallu illustrer le texte. Représenter la Shoa est bien plus dur que de la raconter. L'image donne immédiatement un sens, surtout quand elle s'adresse à un public jeune. Elle doit être en parfaite adéquation avec le texte. Et il faut représenter la mort, l'anéantissement, sans être mièvre, ou "enfantin". J'ai donc choisi ce traité, dur, noir ;, mais qui ne peut pas trahir l'esprit de ce qu'a été la vie dans les camps. Ce sont des illustrations qui finalement, disent sans détour ce que le texte ne fait qu'évoquer, sous-entendre... J'avais fait ce livre pour que les parents puissent aborder la Déportation avec leurs enfants ; ce sont les enseignants qui la racontent à leurs élèves avec "Grand-Père". J'en suis très heureux.

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