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 Thierry Jonquet

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Babelle
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MessageSujet: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 14:52



Bio, source Le Monde.
Citation :

Né en 1954 à Paris, Thierry Jonquet avait publié son premier roman, Mémoire en cage, en 1982 dans la collection Sanguine chez Albin Michel. Engagé politiquement à Lutte ouvrière puis à la Ligue communiste révolutionnaire, il travaille d'abord en milieu hospitalier, notamment en gériatrie et dans un établissement psychiatrique, où il est confronté à la mort et à la folie, qui deviendront les thèmes récurrents de ses romans.

Avec Mygale (1984), M. Jonquet rejoint la Série noire chez Gallimard, dont il devient rapidement l'un des auteurs phares. Il est alors l'une des figures du nouveau polar français, avec des romans très noirs, ancrés dans le réel, où se mêlent satire politique et critique sociale. Jonquet publie alors occasionnellement sous le pseudonyme de Ramon Mercader (l'assassin de Trotsky).

LES CODES DU "ROMAN NOIR" RÉVISÉS

"J'écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut", écrivait-il en 1998 dans Rouge c'est la vie, récit de son engagement militant. Il est notamment l'auteur de La Bête et la belle, paru en 1985 sous le numéro 2000 de la Série noire, de La Vie de ma mère (1994), dans lequel il évoque le parcours d'un élève en difficulté, des Orpailleurs (1993), de Moloch (1998) ou de Jours tranquilles à Belleville (2004).

Thierry Jonquet avait peu à peu brisé les codes du "roman noir" traditionnel pour décrire la détresse sociale, comme dans Ad vitam æternam (2002) ou Mon vieux (2004), destins croisés d'un écrivain et d'un SDF poussés au crime. Il est également l'auteur d'une dizaine de romans pour la jeunesse, publiés notamment dans des collections polars pour enfants, avec la série des Lapoigne (Nathan) ou Les Fantômes de Belleville. Son dernier livre, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, paru au Seuil en 2006, lui avait valu la médaille d'honneur de la Licra.

L'écrivain Thierry Jonquet, auteur d'une vingtaine de romans, notamment pour la Série noire, et de nombreuses nouvelles, est mort le 09 août 2009, à l'hôpital de La Salpêtrière à Paris à l'âge de 55 ans.

Thierry Jonquet, un auteur de polars qui ne fait pas dans la dentelle.

La vie de ma mère ! (sortira bientôt en poche).
Le petit dernier : Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte : roman noir (faut voir…).
Ad vitam aeternam (en poche).
Du papier faisons table rase / dessins Chauzy, scénario Jonquet (BD)
Comedia (poche).
Villes noires (Librio, 2 €).
La folle aventure des Bleus... (Folio, 2 €).
Mon vieux.
Jours tranquilles à Belleville (Poche).
Le bal des débris (Librio, 2 €).
Moloch (Poche)
Le secret du rabbin (connais pas).
Mémoire en cage (pas lu)
La Belle et la bête.
Le manoir des immortelles.
Mygale (grrrrr) > Coline nous a appris qu'Almodovar allait l'adapter au cinéma).

Les Orpailleurs (série noire).
Et même > Quelques dimanches en bord de Marne : de Charenton-le-Pont à Meaux (avec Patrick Bard, illustré)

Tous les titres ci-dessus cités sont disponibles, inutile de trucider vos voisins ou votre belle mère : vous pouvez les acquérir légalement chez votre libraire.


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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 15:43

En exergue sur le site de l’auteur, quelques mots de Tonino Benacquista imprimés en 1995 par Les Inrockuptibles :
Citation :
" Seuls les auteurs français de la Série noire qui se sont débarrassés de la bimbeloterie mythique américaine ont réussi à survivre, et parmi eux, Thierry Jonquet. Dans ses romans, il est impossible d’isoler la moindre molécule de cette sublime alchimie dont nous ne connaîtront jamais les secrets. De ce fait, quelque chose de pur se dégage de l’univers de Jonquet, quelque chose qui n’a jamais encombré d’afféterie et de décorum, et ce quelque chose, appelons ça, tout simplement, la fiction. Jonquet sculpte la fiction, c’est le matériau qu’il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d’Highsmith ou de Simenon, il est difficile d’en citer beaucoup d’autres."


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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 15:47

Lorsque je me suis plongée dans Moloch il y a quelques années, je ne pensais pas en venir à bout, tant les premières pages plongent leur lecteur dans une cruauté et un cauchemar dont même la presse la plus vulgaire n’oserait s’emparer.
Il est vrai que, la presse vulgaire, nous, on ne met jamais le nez dedans.

Toutefois l’auteur de Moloch s’était bien emparé d’un fait divers réel et contemporain, pour le mettre à la sauce du roman le plus noir : celui qui nous tient en alerte même abordé entre deux sièges indisponibles du métro bondé qui nous mène au bureau chaque matin.

Mais après tout, c’est peut-être ça qui nous plaît à nous, lecteurs : contourner nos limites, aller au bout du bout, « non je ne le lirai pas mais oui, finalement, je l’ai fait, c’est jubilatoirement ignomineux ».

Le roman a failli ne jamais sortir. La famille et les défenseurs de la Marianne de l’affaire Kazkaz – un énigmatique empoisonnement à l’insuline, relèvent trop d’emprunts dans ce récit à l’enquête qui devrait conduire alors la mère, atteinte du syndrome de Munchausen, à son procès (Le Figaro, 1998).
Alors s’engage le débat : où commence la fiction ?
Question d’éthique, question de droit, question cruciale chez certains auteurs en noir qui, sans exploiter les faits de société ou certaines pages d’histoire pour en faire un beurre facile, nous mettent des claques en situant leurs scénars dans le vrai des marigots de notre société, dans le véridique de l’Histoire que les tabous de nos manuels scolaires refusaient d’évoquer (je pense à Didier Daeninckx avec Meurtre pour mémoire, Cannibale et Le retour d’Ataï, Les figurants…).
Des titres qui seront, 20 ans après leur sortie, étudiés dans les classes de 3ème au collège.

Il faut toujours laisser du temps... au temps.
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 17:48

Je n'ai lu que "Mon vieux" mais j'ai beaucoup aimé l'ambiance, polar social.

Le nom de l'auteur me disait quelque chose et comme j'avais envie de lire un polar, il m'est tombé dans les mains à la bibliothèque.
Destins de héros qui semblent n'avoir aucun rapport entre eux mais qui aiguillonnent la curiosité du lecteur.
Au début, la lecture m'a un peu désarçonnée, j'étais perplexe car je ne voyais pas trop où l'auteur voulait en venir. Mon enthousiasme faillit s'enfuir. Mais, peu à peu, je me suis prise au jeu des aller-retours entre les personnages.

Puis j'ai compris ce qui, au départ, me freinait: la description sans concession de la misère, des misères de notre société. Je suis de plus en plus convaincue que le roman policier est une photographie très précise d'une société à un moment donné. Il nous renvoie des images que aimerions ne pas voir.
Quel peut être le point commun entre Daniel (le looser xénophobe, pensant que son malheur vient d'une Gauche lâche et des immigrés s'engraissant sur le dos des bons français), Alain (le scénariste en vogue, auteur d'un roman à succès qui lui permit de quitter l'Education Nationale), Bernard, dit Nanard (le roi des clodos, charismatique et étrange, régnant sur une bande de déchus), Jacques, dit Jaquot (standardiste dans un hôpital) et Mathieu, un vieil inconnu atteint d'Alzeimer)? A priori rien, sinon qu'à divers degrés la chance a réservé d'étranges surprises à ces êtres en souffrance. Parfois, cette chance fait une risette pour ensuite disparaître dans un rictus qui transforme la vie en véritable cauchemard.

Thierry Jonquet nous entraîne dans un dédale de misères sociale, affective ou psychologique. Avec en guise d'épices....la canicule de l'été 2003 qui pointa l'incurie des responsables politiques et mis sur le devant de la scène la gestion désastreuse des personnes âgées par notre société individualiste, ne jurant que par la productivité et la rentabilité.
"Mon vieux", un polar social qui fait grincer les dents, qui secoue nos consciences endormies par l'habitude de l'étalage de la misère.
Les invités surprises de l'intrigue: la canicule et la panique hospitalière qui rendront bien des services aux divers protagonistes de l'histoire.
Quand on sait, en plus, que Thierry Jonquet travailla quelques années dans un hôpital gériatrique, on savoure l'ironie mordante de nombreux passages.

Certes, il est peut-être morbide de s'auto-flageller avec son auto-critique mais cependant, lire ce roman noir permet de garder les yeux ouverts devant la réalité du quotidien...ce qui peut aider à ne pas écouter certaines sirènes.
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 17:55

Je suis donc plongée dans ce terrifiant et politiquement incorrect roman noir :
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

Moi dans ma cité du 9-4 ça ne se passe pas du tout comme ça :
Les dealers ne squattent plus la cage d’escalier depuis longtemps, les filles de mes voisines n'ont jamais tapiné. Notre commune ancrée sur les restes solides de l'Union de la gauche a fait ses preuves en matière de mixité sociale. Un conseiller général communiste s’est battu pour qu’on nous réhabe et des radiateurs neufs et plus performants nous tiennent mieux au chaud tandis que les gars du bâtiment ont rhabillé d’une blancheur immaculée nos façades.
Et si le crêpi d’origine n’a pas été conservé, et si de vieilles portes communes gondolées ont été seulement repeintes au lieu d’être changées, et si les portillons de bois des rez-de-jardin ont été rebondexrisées avec amour par les locataires chaque printemps pour être bientôt remplacés par les mini-portillons d’un plastique vert moins cher à l’entretien, et si on n’est pas certain que le loyer de base va rester ce qu’il est, je ne me plains pas : faut pas toujours râler, vu ce qui se passe dans les HLM de Certigny.

- A Certigny, 3 pôles. Les deux premiers sont chacun livré corps et âme à son gourou au pouvoir absolu.
L’un exposé aux drogues douces, sous la houlette de la famille Lakdaoui qui opére son blanchiement dans la pizzeria qu’elle fait semblant de tenir sur la place commune dite place publique.
L’autre, exposé au tapin, depuis le bois de Vincennes, grâce aux petites filles noires et pauvres passées clandestinement dans notre beau pays et que Boubakar rachète à un Camerounais.
Au 3ème pôle, un coin presque tranquille où fleurissent des maisons individuelles. Mais si les habitants y sont des privilégiés socio-économiques et culturels, les démons ne les épargneront guère :
Adrien, suite au divorce de ses parents, se déguise en punk avant de tomber dans une démence que refusait de prévenir son psy de service à Charcot. (ne me demandez pas la part d’inné-d’acquis de son pètage de plomb : lisez plutôt Jonquet).
Et puis, dans cette presqu'oasis, une part de population juive aussi, que les collégiens de Pierre-de-Ronsard (les enseignants dépassés sortis des IUFM n’ont pas pensé une seconde à les mettre sur les Odes : « Avant le temps tes temples fleuriront, bien que les champs, les fleuves et les lieux, bonjour mon coeur, bonjour ma douce vie, ce beau corail ce marbre qui soupire, Ah longues nuicts d'hyver de ma vie bourrelles »), prennent un malsain plaisir à nommer : les feujs.

C'est dans ce climat qu'Anna prend ses premières fonctions de professeur de français. Anna Doblinsky. Qui ne comprend pas très bien pourquoi les mômes, Radkar, Samir, Moussa, ainsi que ses collègues de la FSU, ne veulent pas croire qu'elle est athée...

Rapidement, tout lecteur aussi objectif que moi se retrouve plongé malgré lui dans le documentaire d’Envoyé spécial datant de 1995 et livrant les dessous des traffics dans certaines cités de nos banlieues.


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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 18:07

J'ai entendu parler de ce polar sur les blogs et je l'avais noté. Les extraits que tu as la gentillesse de nous faire partager, me donnent envie de prendre ce roman noir et de le lire.
Il est vrai que la situation est complètement surréaliste dans beaucoup de collèges voire d'école de la région parisienne ou lyonnaise ou marseillaise...le fossé entre la vraie vie et l'enseignement semble difficile à combler mais un espoir existe malgré tout.
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 18:21

Chatperlipopette a écrit:
J'ai entendu parler de ce polar sur les blogs et je l'avais noté. Les extraits que tu as la gentillesse de nous faire partager, me donnent envie de prendre ce roman noir et de le lire.
Je n'ai pas encore mis d'extrait, Chatperlipopette : tout ce qui précède est signé Babelle Very Happy Je démarre ma "chronique" avec mon expérience de vie et de travail dans ma banlieue rouge à moi Wink où jamais au grand jamais aucun habitant n'aurait pu vivre ou survivre à ce genre de chose... mais ce n'est pas pour autant qu'il faut ignorer ce qui se passe en d'autres lieux.

- Les extraits que je choisirai seront bien marqués dans le style "citation"...
Très heureuse de te voir sur ce fil! Un fil sur Jonquet, ça me tient à coeur depuis longtemps, et à cette occasion je découvre que chez nous, sur Parfum de livres... on a choisi de ne pas faire un fil à part pour le roman policier, ce que je trouve génial. C'est du bonheur, finalement, d'insérer le roman noir au reste de notre littérature!
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 18:50

Comme quoi, tu as l'envergure d'une écrivaine :)
Que veux-tu je suis une naïve, moi Razz et je suis excellent public aussi Razz .
Et comme je ne savais pas que tu vivais dans la région parisienne....ceci explique cela. Quelle Bécassine je fais, malez doué vat! Wink
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 18:52

Tu évoques le "polar social". J'irais même au-delà. Jonquet travaille sur des thèmes d'actualité mais je pense que Didier Daeninckx (je n'ai pas le temps de créer un fil sur cet auteur : help! avis aux amateurs) va au-delà, en entremêlant, lui, l'actualité, à certaines pages d'histoire. Lorsqu'il parvient par exemple, à relier un Papon ou un Bousquet, préfet de la Seine en 1962, aux recherches d'un historien assassiné qui travaillait sur le régime de Vichy.
- A propos des enseignants, je sais que tu y es sensible (tes 28 petits de mater font-ils le pont ce w-end? Very Happy ), je trouve que Jonquet dans ce roman dépasserait presque les bornes (mais je ne peux pas en juger) en évoquant l'idiotie des formateurs d'IUFM...
arrrr... Je ne vais pas pouvoir m'empêcher de chercher un extrait et je n'ai pas vraiment le temps...
Citation :
Duibour se piquait d'anthropologie. En conjuguant ses efforts avec Forney, ils étaient parvenus à former un duo redoutable. Il évoquait la relation dominant/dominé quant au choix topographique des apprenants face au pédagoque. Ces derniers se situaient-ils d'emblée : a/près du tableau? b/ loin du tableau? Cela n'avait rien d'anodin. Il fallait prêter la plus grande attention à tous ces signes aussi infimes qu'indéchiffrables et que des générations d'enseignants avaient négligés...
- Duibour appelait à la rescousse quantité d'études connues de lui seul mais qui établissaient la conclusion suivante : l'apprenant-dominant s'installait préférentiellement dans les premiers rangs, près du tableau, pour marquer par sa proximité une sorte de défi, de refus de toute soumission vis à vis du pédagogue, tandis que l'apprenant-dominé signifiait une distance de subordination immédiate en se réfugiant au fond de l'espace-classe.
Encore que... il fallait s'abstenir de généraliser : dans d'autres cas, l'apprenant-dominant préférait fuir au loin de l'espace-tableau, posture de méfiance qui ne demandait qu'à être corrigée par un effort relationnel adéquat de la part du pédagogue...
-Cela dit, "il faut savoir interpréter son dogmatisme", avait sagement conclu Dubour quelques secondes avant la fin du cours. (...)

Citation :
Forney tapait sur son tambourin avec force bâillements, tandis que les stagiaires effectuaient une danse initiatique autour de lui, ou rampaient sur la moquette afin de s'approprier l'espace-classe.
Une vingtaine de jeunes gens, filles et garçons, qui avaient trimé pour réussir le concours du CAPES, se retrouvaient dans une salle de l'IUFM, à demi nus devant ce quinquagénaire bedonnant qui s'affublait d'un nez de clown pour dynamiser le rapport d'autorité censé s'instaurer d'emblée entre lui et ses étudiants.
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 18:58

Je peux te dire qu'il ne dépasse pas les bornes au sujet de l'IUFM....hélas, mille fois hélas.
Pas de pont pour moi et les loupiots: semaine de 4 jours oblige Evil or Very Mad mais bon on ne peut pas tout avoir n'est-ce pas?
Je sens que je vais bien rire (jaune) à la lecture de ce roman de Jonquet!
Quant au polar social, il y a aussi une auteure que j'ai découvert grâce au Prix des Lecteurs du Télégramme: Dominique Manotti (j'ai ouvert un fil à son sujet). C'est décoiffant ce qu'elle décrit et je n'ai pas lu tous ses romans!
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 19:05

Alors je fais une pose pour te lire sur le fil consacré à Dominique Manotti, que je ne connais pas du tout.
Si c'est "décoiffant", je te fais confiance... Very Happy
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 19:08

"La vie de ma mère ! " Thierry Jonquet. Roman. Gallimard, 1994.




Thierry Jonquet, avec« La vie de ma mère! » a voulu faire un roman sur un gamin de banlieue, une de ces « racailles »( Nicolas Sarkozy) de la petite ceinture, un de ces « sauvageons » ( Jean-Pierre Chevenement) dont les médias et les politiques aiment à évoquer les errances et les débordements afin d'acquérir des parts d'Audimat ou des électeurs.

Que politiciens et journalistes s'adonnent à ces pratiques démagogiques il n'y a là rien de surprenant. Par contre, quand un écrivain s'essaie à évoquer le « problème des banlieues » on est en droit de se demander si lui aussi n'est pas en train de surfer sur la vague des sujets de société qui fâchent et qui n'apportent, en fin de compte, de bénéfices qu'aux susnommés qui exploitent faits divers et violence sociale dans le seul but d'en tirer des avantages personnels.

Avec « La vie de ma mère! » , Thierry Jonquet serait-il lui aussi tombé dans le piège de la démagogie et de la caricature en mettant en scène un jeune ado des faubourgs parisiens qui, en un monologue d'environ 140 pages, nous raconte sa vie et ses tribulations, ses démélés avec l'école et la police, les petits larcins et les incivilités ordinaires, la vie des cités avec ses lois et ses combines, les grand-frères qui tournent toxicomanes ou intégristes musulmans ?

En fait, et malgré les apparences, non, car ce livre, paru en 1994, a été écrit avant que les banlieues ne deviennent un enjeu politique et sociétal majeur.

Ce livre peut s'aborder de deux manières: la première consiste à lire « La vie de ma mère! » comme un roman qui témoignerait d'un fait de société devenu incontournable depuis les émeutes de l'automne 2005, du portrait d'une jeunesse en dérive et sans repères qui ne trouve d'exutoires que dans la violence et la consommation à outrance. Mais le hic, c'est que Thierry Jonquet en fait des caisses, et l'on croule rapidement sous une avalanche de clichés qui ont pour résultat de faire perdre toute crédibilité au récit.

La seconde manière d'appréhender ce roman, c'est de l'aborder comme une parodie humoristique du comportement des jeunes de banlieue. En cela je tire mon chapeau à Thierry Jonquet qui réussit avec brio à restituer le langage et les expressions usitées dans tous les halls d'immeubles de France et de Navarre.
J'émettrai cependant une réserve sur le terme « From » que Thierry Jonquet définit comme une abréviation de "fromage blanc", destinée à désigner tout individu à peau blanche. Si cette expression existe, elle ne doit être d'usage que dans les quartiers d'Auteuil, Neuilly et Passy où les jeunes « fils à papa » essaient de se la jouer « Caillera
Les termes « Cefrans », « Gaoulis » ou « Toubabs » sont, eux, beaucoup plus authentiques et Thierry Jonquet aurait pu éviter, avec « From » une erreur de terminologie « racaillesque. » Mais peut-être que ce roman, qui a maintenant treize ans d'existence a tout simplement vieilli.

En conclusion, pour ceux et celles qui voudraient lire un vrai roman sur la vie dans les banlieues, je conseillerai plutôt « Kiffe kiffe demain » de Faïza Guène qui décrit avec nuances et loin des clichés habituels la vie quotidienne des habitants des cités qui ne sont pas nécessairement les délinquants que l'on voudrait nous faire croire.

« La vie de ma mère! » mérite d'être lu, certes, mais au deuxième degré, comme une parodie, un exercice de style humoristique comme Goscinny le fit en son temps avec « Le petit Nicolas » ( qu'il ne faut pas confondre avec le démagogue au Karcher et aux talonnettes...)
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 20:08

Ok, n'ai pas lu Kiffe kiffe demain mais, à l'occasion, je le tire des rayons...
Comment je parle moi?
Je ne garde pas un souvenir palpitant de La vie de ma mère. Mais, 1994, c'est vrai, ça date et c chelou.
Citation :
citation de Bibliomane > "Que politiciens et journalistes s'adonnent à ces pratiques démagogiques il n'y a là rien de surprenant. Par contre, quand un écrivain s'essaie à évoquer le « problème des banlieues » on est en droit de se demander si lui aussi n'est pas en train de surfer sur la vague des sujets de société qui fâchent et qui n'apportent, en fin de compte, de bénéfices qu'aux susnommés qui exploitent faits divers et violence sociale dans le seul but d'en tirer des avantages personnels..."
Je rassure les futurs lecteurs de Jonquet.
A travers Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, si ma lecture est nouée pour l'instant (p. 211/340) par un dénouement et des épreuves qui ne sont encore que dans l'oeuf, je n'éprouve, comme Anna, que tendresse.
Tendresse pour Lakdar, qui risque pourtant de tomber entre les griffes d'un grand frère islamisant antisémite.
Tendresse pour Fatouma et Samira qui sont en total désaccord sur l'affaire Kate Moss pincée par des paparazzi en train de sniffer un rail de coke.
Tendresse pour Moussa qui fait ch... tout le monde et tabasse Djamel parce qu'il est faible tout simplement parce que jamais, lui, Moussa, personne ne l'a regardé avec cette tendresse.
Les seules atrocités qui m'apparaissent sont celles légitimement perpétrées par un interne hospitalier surbooké qui serre mal un plâtre au bras du gamin au-delà d'une garde de 24h successives (syndrome de Volkmann), celle de l'immam "un peu chaud" qui s'établit à proximité oublieux des difficultés de ses propres ouailles, celle de la lâcheté en cohalition avec le pouvoir local qui font mine d'ignorer les responsables des traffics tandis que les plus petits végètent dans les caves des cités, celle des pédagogistes bienpensants qui récusent le par coeur -quelle horreur!-, en comptant bien que les mômes construiront leur propre savoir sans contrainte... ben voyons
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Dim 29 Avr 2007 - 21:53

Comme tu le dis "ben voyons"! Le savoir ne se construit pas seul, l'autonomie et la mise en place du projet personnel de l'enfant est une vaste fumisterie de la grande fabrique du crétin qu'est devenue l'Education Nationale. Merci Mr Jonquet d'être subversif et politiquement incorrect: on devrait obliger ces cornichons des IUFM à vous lire!
(inutile de préciser que demain c'est lundi, donc journée d'école car pas de pont pour moi)
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Lun 30 Avr 2007 - 10:35

merci beaucoup pour cette discussion autour des oeuvres de Jonquet, je ne connais pas cet auteur, et je le note tout de suite pour une prochaine lecture (et oui, c'est vrai : c'est génial que pour une fois on ne catégorise pas les romans selon leur genre sur un forum !)
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MessageSujet: Re: Thierry Jonquet   Aujourd'hui à 2:54

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