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 Roberto Juarroz

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Constance
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mer 4 Mai 2011 - 10:53

swallow a écrit:

J´essaierai de voir aussi, s´il n´y aurait pas un thème plus général, ou tout au moins une idée commune pour chaque tome de Poésies verticales et qui expliquerait le découpage ou la classification en 15 groupes différents.



Citation :
[...] Dans l'épreuve soutenue de l'enigme d'en bas, les formes d'en haut, connues, familières, usées par le regard de l'habitude, lentement, mais sûrement se défont. [...] Le réel, un bref instant, est atteint dans son vertige, mais attention, dans ce vertige qui le tient droit, vertical, alors qu'il n'était jusqu'ici qu'érigé, dans le déni le plus fragile -ou l'illusion. (Roger Munier)



L'oeuvre "verticale" de Juarroz se présente sous une quête perpétuelle du maintien de son centre de "gravité" (double sens), exprimée dans la recherche d'équilibre qui émane de toute son oeuvre ...













1



Des filets de fatigue qui viennent du dehors
s'ajoutent parfois
aux sauvages échecs du corps
et aux prudentes déroutes de la pensée
et cette complicité inattendue
nous fait chanceler péniblement
au voisinage de l'abîme.


Mais si alors nous ne tombons pas,
le vent qui vient de l'abîme nous sauve :
il déchire les filets,
efface les ténébreuses complicités.


Seule la constante imminence de la chute
aide à coloniser prosivoirement la chute.







1




Redes de cansancios que vienen de afuera
se suman a veces
a los cerriles fracasos del cuerpo
y a las cautas derrotas del pensamiento
y esa inesperada complicidad
no hace trastabillar penosamente
en las vecindades del abismo.


Pero si entonces no caemos,
el viento que viene del abismo nos salva :
desbarata las redes
y borra las tenebrosas complicidades.


Solo la contante imminencia de la caida
permite colonizar provisoriamente la caida.




(Quinzième poésie verticale / traduction Jacques Ancet / Ed. Ibériques/ José Corti)

Illustration : Hubertus von der Gotz
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mer 25 Mai 2011 - 16:03








2



Chaque texte, chaque mot change
selon les heures et les angles du jour et de la
nuit,
selon la transparence des yeux qui les lisent
ou le niveau des marées de la mort.


Ton nom n'est pas le même,
ma parole n'est pas la même
avant et après la rencontre
avant et après avoir repensé
que demain nous ne serons plus.



Toute chose est différente
regardée de jour ou de nuit,
mais ils deviennent plus différents encore
les mots qu'écrivent les hommes
et les mots que n'écrivent pas les dieux.


Et il n'y a aucune heure,
ni la plus prometteuse, la plus lucide, la plus
impartiale,
ni même l'heure sans quartiers de la mort,
qui puisse équilibrer les reflets,
ajuster les distances
et faire dire aux mêmes mots les mêmes choses.


Chaque texte, chaque forme, qu'on le veuille
ou non,
est le miroir changeant, chatoyant,
de la furtive ambiguïté de la vie.
Rien n'a une seule forme pour toujours.


Même l'éternité n'est pas pour toujours.








2




Todo texto, toda palabra cambia
segun las horas y los angulos del dia o de la
noche,
segun las transparencia de los ojos que los leen
o el nivel de las mareas de la muerte.



Tu nombre no es el mismo,
mi palabra no es la misma
antes y después del encuentro,
antes y después de volver a pensar
que manana no estaremos.



Cualquier cosa es distinta
si se mira de dia o de noche,
pero se vuelven aun mas distintas
las palabras que escriben los hombres
y las palabras que no escriben los dioses.



Y no hay ninguna hora,
ni la mas promisoria o lucida o ecuanime,
ni siquiera la hora sin carteles de la muerte,
que oueda equiparar los reflejos,
ajustar las distancias
y hacer que las mismas palabras
digan las mismas cosas.


Todo texto, toda forma, se quiera o no se
quiera,
es un mudable, tornasolado espejo
de la furtiva ambigüedad de la vida.
Nada tiene una sola gorma para siempre.


Ni siquiera la eternidad es para siempre.




(Quinzième poésie verticale/ Ed bilingue / trad. Jacques Ancet/ Ibériques chez José Corti)


Illustration : "Rencontre" d'Hubertus von der Goltz
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Lun 27 Juin 2011 - 20:45

Il dessinait partout des fenetres,
sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l' air et jusque sur les plafonds.
Il dessinait des fenetres comme s' il dessinait des oiseaux,
sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.

Il dessinait des fenetres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.

Il voulait seulement voir : voir.
Il dessinait des fenetres.

Poésie verticale

Traduction : Roger Munier Points/Seuil

Je n' ai pas le texte original


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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mar 28 Juin 2011 - 10:13








3


Les noms qui peuplent notre vie,
nous consolent peut-être de ce qui manque
au centre sans nom de toute chose.
Les noms qui peuplent notre vie
comme de petits démons
ou de minuscules fantômes
nous protègent pourtant du plus grand accident :
la chute du néant dans le néant.
N'est-ce pas que les noms
qui peuplent notre vie
désignent, par-delà les choses qu'ils nomment
le lieu d'un autre centre ?





3


Los nombres que no pueblan la vida,
nos consuelan tal vez de algo que falta
en el centro sin nombre de todo,
los nombres que no pueblan la vida
como pequenos duendes
o minimos fantasmas
No guardan sin embargo del mayor accidente :
la caida de la nada en la nada.
No sera que los nombres
que nos pueblan la vida
senalan, por encima de las cosas que nombran,
el lugar de otro centro ?



(Quinzième poésie verticale : Ed bilingue / trad. Jacques Ancet/ Ibériques chez José Corti)

Illustration : "Sur le passage" d'Hubertus von der Goltz
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Sam 27 Aoû 2011 - 11:49










4



Eteindre la lumière, chaque nuit,
est comme un rite d'initiation :
s'ouvrir au corps de l'ombre,
revenir au cycle d'un apprentissage toujours
remis :
se rappeler que toute lumière
est une enclave transitoire.


Dans l'ombre, par exemple,
les noms qui nous servent dans la lumière
n'ont plus cours.
Il faut les remplacer un à un.
Et plus tard effacer tous les noms.
Et même finir par finir par changer tout le langage
et articuler le langage de l'ombre.


Eteindre la lumière, chaque nuit,
rend notre identité honteuse,
broie son grain de moutarde
dans l'implacable mortier de l'ombre.
Comment éteindre chaque chose ?
Comment éteindre chaque homme ?
Comment éteindre ?


Eteindre la lumière, chaque nuit,
nous fait palper les parois de toutes les tombes.
Notre main ne réussit alors
qu'à s'agripper à une autre main.
Ou, si elle est seule,
elle revient au geste implorant
de raviver l'aumône de la lumière.



(Extrait de Quinzième poésie verticale/ Edition bilingue/ traduction Jacques Ancet/ Ibériques José corti)

Illustration : Paysage Noir (1926) de Yves Tanguy
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Ven 20 Jan 2012 - 15:48






5


A partir d'un certain instant
seul reste le temps de l'abîme.
avec les roses ou sans les roses,
avec les môles ou bien sans eux,
avec d'autres visages ou sans personne.


Qu'importe où nous regarderons,
parlerons, nous tairons.
Le temps de l'abîme teindra
chaque moment et chaque chose,
comme un colorant omniprésent
qui n'exclut même pas l'absence.


Le temps de l'abîme
paraît plus ferme et assuré
que l'incertaine éternité.





5


A partir de cierto instante
sólo queda el tiempo del abismo.
Con rosas o sin rosas,
con muelles o sin ellos,
con otros rostros o sin nadie.


No importa hacia dónde miremos
o hablemos o callemos.
El tiempo del abismo teñirá
cada momento y cada cosa,
como un obicuo colorante
que no excluye ni siquiera la ausencia.


El tiempo del abismo
parece más firme y seguro
que la no confirmada eternidad.



(Extrait de Quinzième poésie verticale/ Edition bilingue/ traduction Jacques Ancet/ Ibériques José corti)

Illustration : "Passage" (1963) de Ralf Winkler sous le pseudo de A.R Penck
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mer 14 Mar 2012 - 10:00







6



Mutilées ou abattues
ou décimées par les barbares,
les forêts disparaissent peu à peu
comme feuilles de la pensée.
Et voilà que quelque chose nous expulse du peu
qui reste
comme d'indésirables créatures
qui seraient devenues incapables
d'y dresser leur tente.



Nous avons perdu la demeure la plus propice
de toutes les maisons de la pensée,
la demeure qui entre autres choses
nous conservait
deux fondements assurés :
la non pensée qui pense,
la pensée qui ne pense pas.



Nous avons perdu les marées du silence,
le tamis de silence des feuilles,
la forme matérielle du silence,
la teinte de la pensée du silence,
et même la pensée silence.



Il ne nous reste plus qu'à dresser notre propre
forêt,
avec à la place des troncs,
des branches et des feuilles,
ce feuillage entre-tissé
de paroles et de silence,
cette forêt pleine aussi de musiques secrètes,
cette forêt que nous sommes
et où, parfois, chante un oiseau.



Il ne nous reste plus qu'à dresser notre propre forêt
pour accomplir l'indispensable rite
qui complète la vie :
se retirer dans la forêt
et retrouver la solitude.


Et reprendre ainsi le long voyage.




6





Mutilados o abatidos
o diezmados por los bárbaros,
los bosques van desapareciendo
como hojas del pensamiento.
Y algo nos expulsa ya de los pocos
que quedan
como a indeseables criaturas
que se volvieron incapaces
de armar en ellos su tienda.



Hemos perdido la morada más propicia
entre todas las casas del pensar,
la morada que entre otras cosas
nos guardaba
dos fundamentos ciertos:
el no pensar que piensa
y el pensar que no piensa.



Hemos perdido las mareas del silencio,
el tamiz de silencio de las hojas,
la forma material del silencio,
el tinte del pensar del silencio
y hasta el pensar del silencio.



Sólo nos queda alzar el propio
bosque,
poniendo en lugar de los troncos,
las ramas y las hojas,
este follaje entreverado
de palabras y silencio,
este bosque que también guarda músicas secretas,
este bosque que somos
y donde también a veces canta un pájaro.



Sólo nos queda alzar el propio bosque
para cumplir el rito imprescindible
que completa la vida:
retirase al bosque
y recuperar la soledad.


Y tambien retomar así el largo viaje.


(Extrait de "Quinzième poésie verticale", édition bilingue, traduction de Jacques Ancet/ Ibériques / José Corti)

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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mar 19 Mar 2013 - 12:49





7



Il y a aussi un apprentissage du non-être
opposé à tous les autres,
différent de tous comme simulacres du savoir.



Il ne s'agit pas de désapprendre ceci ou cela
mais du travail qui laisse de côté
certaines choses du dehors et du dedans
ou les change, les conduit vers un autre cap, un
autre rang,
sépare les âges et les regards
telles des boutures de différentes récoltes
et trace un chemin
là où il n'y a pas de bords pour marquer un
chemin.



L'apprentissage de l'oubli
est d'abord lié au service de la vie,
mais aussi à celui de la mort.



Mais les deux services
finissent parfois par se confondre en un seul
et unique :
l'art de ne pas créer des distinctions
entre un chemin et un non chemin
entre un sentier dans l'eau
et un autre dans l'air.






7



Hay también un aprendizaje del no ser
opuesto a todos los demás,
diferente a todos en simulacros del saber.


No se trata de desaprender esto o aquello
sino del trabajo de dejar de lado
ciertas cosas de afuera y adentro
o cambiarlas o trasladarlas a otra rumbo o
rango,
separar las edades y las miradas
como esquejes de distintas cosechas
y trazar un camino
allí donde no hay bordes para marcar un
camino.


El aprendizaje del olvido
está primero ligado al servicio de la vida,
pero también al de la muerte.


Pero ambos servicios
terminan a veces fundiéndose en uno solo y
único :
el arte de no crear distinciones
entre un camino y un no camino
entre una senda en el agua
y otra senda en el aire.





(Extrait de "Quinzième poésie verticale", édition bilingue, traduction de Jacques Ancet/ Ibériques / José Corti)
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Jeu 6 Juin 2013 - 13:09




8



Le jour où sans le savoir
nous faisons une chose pour la dernière fois
- regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu'un,
écouter une voix -
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n'allons la refaire,
la vie probablement s'arrêterait
comme un pantin sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage,
nous appeler par notre propre nom,
achever d'user une chaussure,
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau
où figureraient toutes les entrées et les sorties,
où, jour après jour, serait clairement annoncé
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu'à quand on doit faire chaque chose,
jusqu'à quand on doit vivre
et jusqu'à quand mourir.




8




El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
-mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz-
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.

Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
-mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor-
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.



Nos harías falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.



(Extrait de "Quinzième poésie verticale", édition bilingue, traduction de Jacques Ancet/ Ibériques / José Corti)
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Dim 30 Juin 2013 - 12:49

Tabarouette que la démarche de Constance est systématique... :)

Sitôt ouvert Poésie verticale que je tombe sur ceci :

Roberto Juarroz, Poésie verticale, 2006, Poésie/Points, p. 70. a écrit:
90

Je joue parfois à m'atteindre.
Je fais avec celui que je fus
et avec celui que je serai
la course de celui que je suis.

Parfois je joue à me dépasser.
Je fais alors peut-être
la course de celui que je ne suis pas.

Mais il est une autre course
où je jouerai à me faire dépasser.
Celle-là sera la véritable course.
(III, 34 a)

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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swallow
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MessageSujet: Cipreses.   Dim 21 Juil 2013 - 10:52

Les cyprès sont des index dressés,
bien qu’ils ne soient pas pointés vers le haut :
ils ne font que hisser quelque matière extrême
pour la soumettre à l’ouvert.  
 
Les cyprès ne signalent rien.
Ou peut-être rien qu’eux-mêmes
comme des lieux ou des stations privilégiées
où se posent les oiseaux,
ou parfois un mot abandonné,
qui n’est rien d’autre qu’un oiseau de plus.  
 
Mais les cyprès ne sont pas que des index dressés qui ne signalent rien,
mais aussi des offertoires comme des  lances,
des messes qui ne célèbrent ni ne concilient personne,
sauf peut-être leur propre geste,
que ni les hommes ni les dieux ne comprennent.  
 
Des index libérés
de la soumission abusive
de ne signaler rien d’autre qu’une seule chose,  
la même chose que le poème,  
la même chose que tes yeux, comme devraient l’être tous les index,
les signaux, les signes :  
des conclusions étendues,
des prolongations de l’être
qui signalent toutes les choses à la fois.  
 
 
Los cipreses son índices erguidos,
pero no apuntan hacia arriba:
sólo levantan cierta materia extrema
para someterla a lo abierto.  
 
Los cipreses no señalan nada.
O tal vez sólo a sí mismos
como lugares o estaciones predilectas
para detenerse los pájaros
o a veces una palabra abandonada,
que no es más que otro pájaro.
 
Pero los cipreses non son únicamente índices erguidos
que no señalan nada,
sino también ofertorios como lanzas,
misas que tampoco celebran ni propician a nadie,
salvo tal vez su propio gesto,
que ni los hombres ni los dioses comprenden.  
 
Índices liberados
del abusivo sometimiento
de señalar nada más que una cosa,  
lo mismo que el poema,
lo mismo que tus ojos,  
como debieran ser todos los índices,
las señales, los signos :
celebraciones extendidas,
prolongaciones del ser
que señalan a la vez todas las cosas  

Robert Juarroz, dixième poésie verticale, édition bilingüe, traudcion de François-Michel Durazzo, coll. Ibériques, Éditions Corti, 2012, pp. 140 à 143.
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Jeu 17 Oct 2013 - 14:15


.


9



Au jour le plus beau
il manque quelque chose :
son côté obscur.
Il n’y a qu’un dieu myope
qui pourrait trouver belle
la seule lumière.

En même temps que tout Que la lumière soit!
il aurait fallu prononcer
le Que l’ombre soit!

La nuit nécessaire, on ne l’atteint pas
par la seule omission.



9


Al día más hermoso
le falta algo :
su costado oscuro.
Únicamente a un dios miope
podría parecerle bella
sólo la luz.

Junto a cualquier ¡ Hágase la luz !
debió pronunciarse
el ¡ Hágase la sombra !

A la noche necesaria no se llega
sólo por omisión



(Extrait de Quinzième poésie verticale / traduction Jacques Ancet / Ed. Ibériques/ José Corti)
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Mer 5 Fév 2014 - 12:11

.


10



Le suprême égarement
de parler quand tout se tait
ou de se taire quand tout parle
se dissimule dans la manoeuvre
de parler pour se taire
ou de se taire pour parler.


La réalité est une toile criblée
de gouttes de paroles et de gouttes de silence.
Et les gouttes se mélangent
dans un délire sans axiomes
au point d'imprégner parfois toute la toile.


Pourra-t-on un jour sécher la toile
pour pouvoir ainsi nous envelopper ?




10




El sumo desvarío
del hablar cuando todo calla
o callar cuando todo habla
se disimula con la maniobra
de hablar para callar
o callar para hablar.


La realidad es un lienzo salpicado
por gotas de palabras y gotas de silencio.
Y las gotas se mezclan
en un delirio sin axiomas
hasta empapar a veces todo el lienzo.


¿Se podrá secar el lienzo alguna vez
para poder así envolvernos ?



(Extrait de "Quinzième poésie verticale", édition bilingue, traduction de Jacques Ancet/ Ibériques / José Corti)
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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Dim 20 Juil 2014 - 18:17

- Le je est toujours un verre brisé. Y-a-t-il un verre entier capable de nous contenir ?


- Il y a des mots qui tombent vers le dedans et se retrouvent convertis en dialogues.


- Lorsque quelqu' un meurt, il reste un espace viant depuis lequel nous parvient le regard depuis
son absence. L' absence est un regard : l' autre regard.


- Parfois la pensée m' empeche de lire.


- La parole aussi est douée d' un regard.


Roberto Juarroz : Fragments verticaux. - Corti



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MessageSujet: Re: Roberto Juarroz   Sam 2 Aoû 2014 - 22:02

L' impression que Juarroz est aussi grand poète que Pessoa. Et ce n' est pas rien !

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