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 Victor Hugo

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 18 Avr 2016 - 19:36

Tout comme Marko. Attiré je ne sais pourquoi par ce titre, je l'ai acquis il y a peu. Merci pour ton commentaire, qui donne envie de s'y plonger, hardkey. sourire

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 18 Avr 2016 - 21:45

Content que mon avis vous ait inspiré, Marko et ArturoBandini.

Aujourd'hui, lecture de Bug-Jargal, conte transformé en roman, le conte étant le premier texte publié d'Hugo et le roman son deuxième roman (après Han d'Islande).

Pour évacuer rapidement le sujet, il faut clairement préférer le roman au conte, tant la réécriture apporte de la profondeur au récit, aux personnage, à presque tout en fait.

Le roman donc : Bug-Jargal est le récit d'un capitaine d'armée française sur ce qui se passa dans sa jeunesse en 1791 lors de la révolte des esclaves dans les Caraïbes et notamment sa rencontre avec Pierrot dit Bug-Jargal, un esclave noir très particulier.

Bon, ce court roman ne peut pas développer tant que ça les personnages, mais j'ai trouvé la voix et la personnalité du narrateur bien gérée, bien amenée. On sent tous les regrets et toutes les douleurs qui parsèment son histoire, et Hugo profite même des interludes au présent dans lesquels le capitaine s'interrompt dans son récit ou est interrompu pour peindre avec subtilité le caractère des quelques personnages principaux.
Concernant le traitement de la révolte et des noirs en général, j'ai beau avoir lu le contraire autre part, je ne peux m’empêcher de voir dans ce récit un Hugo qui montre que les noirs sont aussi humains que les blancs : il y a des personnages noirs terribles de perversité, de violence et de cruauté, ce qui fait partie intégrante de l'âme humaine pour Hugo, et aussi des noirs bons et presque divins, supérieurs. Les deux personnages principaux, Bug-Jargal noir et le narrateur blanc, partagent aussi cet état de presque indépendance avec leur camp, qui les fait participer aux batailles sans vraiment le vouloir, poussés plus par la nécessité, les terreurs et les douleurs.
A cela se mêle une histoire d'amour quelque peu tragique où le jeune Victor part moins en envolées lyriques que dans Han d'Islande, des récits de combats sanglants et pourtant personnels, ainsi qu'une belle raillerie de la Terreur à la fin.

En clair, une courte lecture qui pour moi montre que Hugo progresse dans sa plume. Il n'a pas l'ampleur suffisante pour être un chef d’œuvre, mais je sens définitivement la puissance d'écriture qui monte, qui monte et qui monte. Jusqu'à où? Je ne sais pas. Et je suis impatient de le savoir. Very Happy
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shanidar
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMar 19 Avr 2016 - 9:38

hardkey a écrit:
Aujourd'hui, lecture de Bug-Jargal, conte transformé en roman, le conte étant le premier texte publié d'Hugo et le roman son deuxième roman (après Han d'Islande).

Pour évacuer rapidement le sujet, il faut clairement préférer le roman au conte, tant la réécriture apporte de la profondeur au récit, aux personnage, à presque tout en fait.

C'est intéressant cette précision puisque l'on trouve normalement Bug-Jargal publié en 1818 et Han d'Islande en 1823, alors que d'après ce que tu dis la version de 18 serait le conte et que le roman serait donc publié après 23...

Tu vas enchaîné avec le très court et intéressant : Dernier jour d'un condamné, hardkey ?? En tout cas tu donnes envie de replonger dans Hugo...

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMar 19 Avr 2016 - 9:50

Tout à fait : la notice que j'ai dans l'édition des Œuvres Complètes que je lis indique que le conte a été vraisemblablement écrit entre 1818 et 1819 pour une publication en cinq fois dans Le Conservateur Littéraire. Et puis après avoir fini Han d'Islande (en 1823) et voyant une situation qui rendait d'actualité son conte, Hugo l'a remanié pour le publier en roman en 1826.

Sinon, je vais effectivement passer au Dernier Jour d'un Condamné, que je devrais avoir fini ce soir vu que j'ai toute l'après midi pour flâner, écrire et lire. ^^

Et content de donner envie. Wink
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMer 20 Avr 2016 - 18:17

Finalement, j'ai lu Le dernier jour d'un condamné tout à l'heure, presque en un coup (des courses à faire au milieu en fait).

Pour commencer, j'aimerai dire que je ne supporte pas en général les textes à thèse. Parce que je trouve que toute la puissance de la littérature est d'ouvrir les questions et de proposer différentes réponses, le roman à thèse ou le conte philosophique me frustre dans sa fermeture totale. Et aussi, je n'aime pas que l'on me prêche quelque chose.

Du coup, dans cette catégorie, le seul autre texte que j'ai aimé dans ce genre est peut-être Candide de Voltaire, plus pour la plume que pour la thèse d'ailleurs.

Tout cela fait que je suis rentré dans ce roman légèrement hésitant. En lisant mes deux premiers commentaires, vous voyez bien que j'apprécie le style de Hugo, sa progression, sa puissance littéraire. Mais j'ai eu peur que la cause qu'il défende, aussi juste soit-elle, ne rende le tout redondant et lourd.

Déjà, Hugo évite l'écueil de l'explication en écrivant son récit à la première personne : il s'agit donc d'un condamné à mort qui raconte quelques détails de son verdict, de sa condamnation, de plusieurs événements dont il est témoin dans la prison, et enfin de son dernier jour, celui de son exécution. Du coup, toutes les réflexions, les cris du cœurs, les obsessions perpétuelles pour la question deviennent justifiées parce que le narrateur est confronté physiquement à la peine de mort.
Une autre idée brillante, que Hugo explique dans la préface et qui est très bien mise en place concerne les particularités du narrateur. En effet, celui-ci n'est pas nommé (on sait juste au détour d'une réflexion que son nom compte 7 lettres) ; on ne connaît ni son crime ni les raisons derrières ; on sait qu'il a une famille, une mère, une femme et une petite fille, cette dernière seule jouant un rôle dans l'intrigue et un rôle très succinct, presque de fantasme de vie ; on sait qu'il est éduqué, lettré et probablement riche vu ses vêtements et ses manières. En clair, le personnage n'a rien de vraiment particulier, aucun détail sur son passé qui nous permettent de le fixer réellement. Et par conséquent, il représente tous les condamnés à mort.
Plus impressionnant encore, malgré cette non caractérisation, on s'attache très vite au personnage, justement parce qu'il partage ses pensées, ses réflexions, ses peurs, ses angoisses, ses moments de courage et de sagesse ainsi que ses accès de lâcheté et désespoir.

Mais après avoir écrit tout ça, je n'ai toujours pas dit ce que je pensais de ce roman, en réalité. Je me suis contenté d'exprimer un avis presque "technique" sur le texte, relevant la brillance d'écriture plus que le sentiment.

La vérité c'est que j'ai passé toute ma lecture dans le même état que le condamné à mort, certain de sa fin prochaine et pourtant, espérant malgré tout avec l'énergie du désespoir une grâce. Je suis rentré dans les horreurs psychologies de cet homme, je l'ai suivi de sa cellule à la bâtisse proche de la Place de Grève où les huissiers lui laissent une dernière minute seul avec deux gendarmes. Une fois ma lecture terminée, je n'ai pas parlé, pas écouté de musique, pas lu autre chose, pas regardé mon portable pendant de nombreuses minutes. Je me suis contenté de regarder le paysage défiler de ma fenêtre de RER.
Parce que j'entendais encore le crissement de la guillotine.
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMer 20 Avr 2016 - 18:33

A la lecture de ton commentaire, on l'entend presque cette guillotine ! On sent en toi l'implication vibrante d'un Badinter... et quand on lit que le nombre de condamnés à mort exécutés a augmenté dans le monde cette année (alors que les chiffres de la Chine restent secrets), on ne peut qu'encourager les lecteurs à lire ce court roman.

Il faut que tu enchaînes avec Claude Gueux, maintenant...

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeJeu 21 Avr 2016 - 5:04

Merci pour cette belle appréciation du roman, Hardkey. Ça m'incitera peut-être à le lire un jour... :)

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 25 Avr 2016 - 18:28

J'ai terminé ma lecture de Notre-Dame de Paris et je reviens donc écrire un nouveau commentaire.

Pour une fois, commençons par mon avis plutôt que mon analyse : j'ai vraiment adoré ce bouquin. Malgré tout ce qui pouvait faire que ce ne soit pas le cas, comme ma connaissance des personnages par les adaptations, ma connaissance d'un morceau de la fin par un pote et mon peu d'intérêt pour les pavé descriptifs.
J'ai beaucoup aimé donc, et c'est là pour moi le roman où Hugo devient un "grand" de la littérature. Han d'Islande posait quelques bases de style et d'idées, Bug-jargal jouait avec les figures mythiques, Le dernier jour d'un condamné était un roman coup de poing pour une cause fondamentale. Mais Notre-Dame de Paris est un roman architectural, un roman sur l'architecture par l'architecture, un roman de maître.

Déjà, l'architecture en elle-même joue un rôle principal dans l'intrigue. La cathédrale de Notre-Dame bien sûr, cadre d'un bon morceau de l'histoire. Le Paris du Quinzième aussi, qui est invoqué en une description de dizaines de pages réussissant le miracle d'éviter l'ennui et de conjurer véritablement l'image de la ville vue du ciel pour nous. Encore plus, l'architecture est au centre d'un des meilleurs chapitres du bouquin : Ceci Tuera Cela. Chapitre qui commence par une réflexion fascinante sur l'architecture comme livre de l'humanité.

Victor Hugo a écrit:
Si l'on résume ce que nous avons indiqué jusqu'ici très sommairement en négligeant mille preuves et aussi mille objections de détail, on est amené à ceci: que l'architecture a été jusqu'au quinzième siècle le registre principal de l'humanité, que dans cet intervalle il n'est pas apparu dans le monde une pensée un peu compliquée qui ne se soit faite édifice, que toute idée populaire comme toute loi religieuse a eu ses monuments; que le genre humain enfin n'a rien pensé d'important qu'il ne l'ait écrit en pierre. Et pourquoi? C'est que toute pensée, soit religieuse, soit philosophique, est intéressée à se perpétuer, c'est que l'idée qui a remué une génération veut en remuer d'autres, et laisser trace. Or quelle immortalité précaire que celle du manuscrit! Qu'un édifice est un livre bien autrement solide, durable, et résistant! Pour détruire la parole écrite il suffit d'une torche et d'un turc. Pour démolir la parole construite, il faut une révolution sociale, une révolution terrestre. Les barbares ont passé sur le Colisée, le déluge peut-être sur les Pyramides.

On peut même trouver là la vocation de Hugo, qui reste fasciné, à l'instar de Gringoire, par cet art des pierres, mais qui lui préfère la puissance absolue de l'imprimé.

Victor Hugo a écrit:
L'invention de l'imprimerie est le plus grand événement de l'histoire. C'est la révolution mère. C'est le mode d'expression de l'humanité qui se renouvelle totalement, c'est la pensée humaine qui dépouille une forme et en revêt une autre, c'est le complet et définitif changement de peau de ce serpent symbolique qui, depuis Adam, représente l'intelligence.
Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais; elle est volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l'air. Du temps de l'architecture, elle se faisait montagne et s'emparait puissamment d'un siècle et d'un lieu. Maintenant elle se fait troupe d'oiseaux, s'éparpille aux quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l'air et de l'espace.
Nous le répétons, qui ne voit que de cette façon elle est bien plus indélébile? De solide qu'elle était elle devient vivace. Elle passe de la durée à l'immortalité. On peut démolir une masse, comment extirper l'ubiquité? Vienne un déluge, la montagne aura disparu depuis longtemps sous les flots que les oiseaux voleront encore; et, qu'une seule arche flotte à la surface du cataclysme, ils s'y poseront, surnageront avec elle, assisteront avec elle à la décrue des eaux, et le nouveau monde qui sortira de ce chaos verra en s'éveillant planer au-dessus de lui, ailée et vivante, la pensée du monde englouti.

Notre-Dame de Paris est donc un roman qui parle de l'architecture. Mais, comme je l'ai déjà mentionné, aussi un roman construit comme un édifice. Car les intrigues, les vies des personnages s’entremêlent tant et si bien qu'elles se retrouvent soudées ensembles comme les pierres de cette histoire. La fatalité qui traverse le roman est en fait la fatalité de la construction : certaines pierres sont faites pour être proches, d'autres éloignées, certaines doivent être de forme étrange et d'autres parfaitement coupées. Il y a dans cette construction au premier abord évidente quelque chose qui transcende la somme des parties : chaque chapitre, en plus de faire avancer l'histoire, ajoute un morceau à l'édifice d'Hugo. A défaut de devenir architecte, il écrit comme cela.

Il y a aussi dans ce roman l'émergence d'un vrai style, déjà un peu visible dans Han d'Islande. Là, il prend ses aises, se déploie comme les ailes d'un immense oiseau de proie. Hugo écrit un narrateur omniscient, mais un narrateur humain. Il se place de son propre point de vue, jugeant ses personnages comme nous pourrions le faire : la folie passionnée de Frollo, la méchanceté de Quasimodo, la naïveté d'Esmeralda, l'hypocrisie de Phoebus. En clair, la narration est surtout omnisciente de par les siècles qui séparent le narrateur de l'histoire : il sait tout grâce à la puissance de l'Histoire. Ce style permet de donner une vraie personnalité au récit et surtout aux descriptions qu'Hugo ne se lasse pas d'ajouter. Justement, elles ne lassent pas le lecteur pris dans l'histoire parce qu'elles ne sont pas simplement des descriptions de photographies de l'époque, comme cela est souvent le cas, mais l'interprétation par un esprit incroyablement puissant de ces images qui frappent l'esprit et le coeur.

Enfin, peut-être, les personnages. Oui, je suppose que d'une manière ou d'une autre, tout le monde connaît ces personnages. Personnellement, j'ai découvert Gringoire, que j'aime beaucoup, et le petit frère de Frollo, que j'ai envie de baffer, mais moins que Phoebus tout de même. Ce qui me fascine en fait dans ces personnages, c'est qu'ils se séparent en plusieurs groupes qui me semblent clairement délimités.
Il y a ceux qui font partie de l'histoire sans compter vraiment, qui jouent un rôle sans être vraiment si important que cela à l'édifice. Je les ai déjà cité : Phoebus et le petit frère de Frollo.
Il y a les figures mythiques, ces personnages qui, quoiqu'humains par bien des côtés, jouent dans l'histoire un rôle presque divin. On voit dans cette catégorie Esmeralda et Quasimodo. D'ailleurs, en parlant du sonneur de cloches, je vais citer le passage où pour moi Hugo l'élève au-dessus de tous les autres hommes.

Victor Hugo a écrit:
La présence de cet être extraordinaire faisait circuler dans toute la cathédrale je ne sais quel souffle de vie. Il semblait qu'il s'échappât de lui, du moins au dire des superstitions grossissantes de la foule, une émanation mystérieuse qui animait toutes les pierres de Notre-Dame et faisait palpiter les profondes entrailles de la vieille église. Il suffisait qu'on le sût là pour que l'on crût voir vivre et remuer les mille statues des galeries et des portails. Et de fait, la cathédrale semblait une créature docile et obéissante sous sa main; elle attendait sa volonté pour élever sa grosse voix; elle était possédée et remplie de Quasimodo comme d'un génie familier. On eût dit qu'il faisait respirer l'immense édifice. Il y était partout en effet, il se multipliait sur tous les points du monument. Tantôt on apercevait avec effroi au plus haut d'une des tours un nain bizarre qui grimpait, serpentait, rampait à quatre pattes, descendait en dehors sur l'abîme, sautelait de saillie en saillie, et allait fouiller dans le ventre de quelque gorgone sculptée; c'était Quasimodo dénichant des corbeaux. Tantôt on se heurtait dans un coin obscur de l'église à une sorte de chimère vivante, accroupie et renfrognée; c'était Quasimodo pensant. Tantôt on avisait sous un clocher une tête énorme et un paquet de membres désordonnés se balançant avec fureur au bout d'une corde; c'était Quasimodo sonnant les vêpres ou l'angélus. Souvent, la nuit, on voyait errer une forme hideuse sur la frêle balustrade découpée en dentelle qui couronne les tours et borde le pourtour de l'abside; c'était encore le bossu de Notre-Dame. Alors, disaient les voisines, toute l'église prenait quelque chose de fantastique, de surnaturel, d'horrible; des yeux et des bouches s'y ouvraient çà et là; on entendait aboyer les chiens, les guivres, les tarasques de pierre qui veillent jour et nuit, le cou tendu et la gueule ouverte, autour de la monstrueuse cathédrale; et si c'était une nuit de Noël, tandis que la grosse cloche qui semblait râler appelait les fidèles à la messe ardente de minuit, il y avait un tel air répandu sur la sombre façade qu'on eût dit que le grand portail dévorait la foule et que la rosace la regardait. Et tout cela venait de Quasimodo. L'Égypte l'eût pris pour le dieu de ce temple; le moyen âge l'en croyait le démon; il en était l'âme.
À tel point que pour ceux qui savent que Quasimodo a existé, Notre-Dame est aujourd'hui déserte, inanimée, morte. On sent qu'il y a quelque chose de disparu. Ce corps immense est vide; c'est un squelette; l'esprit l'a quitté, on en voit la place, et voilà tout. C'est comme un crâne où il y a encore des trous pour les yeux, mais plus de regard.

Et enfin, il y a les avatars de l'auteur : Gringoire et Frollo. Là, je ne sais pas si tout le monde sera d'accord, mais ce que j'ai lu sur Hugo et ma lecture du roman me font définitivement penser ça. Gringoire est le poète et le philosophe, le réfléchi fasciné par la beauté qui avance sur son bout de chemin, avec du génie parfois, mais sans excès. La tendresse avec laquelle le narrateur décrit Gringoire, et surtout le lien entre les réflexions de ce dernier et les remarques de la narration me font définitivement pencher pour un avatar de l'auteur en Gringoire. Ou plutôt, un avatar de ce que voudrait être l'auteur. Pour montrer mon point, je prends un exemple où Quasimodo est mis au pilori à l'endroit même où il était acclamé Pape des fous la veille.

Victor Hugo a écrit:
On avait reconnu Quasimodo.
C'était lui en effet. Le retour était étrange. Pilorié sur cette même place où la veille il avait été salué, acclamé et conclamé pape et prince des fous, en cortège du duc d'Égypte, du roi de Thunes et de l'empereur de Galilée. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y avait pas un esprit dans la foule, pas même lui, tour à tour le triomphant et le patient, qui dégageât nettement ce rapprochement dans sa pensée. Gringoire et sa philosophie manquaient à ce spectacle.

Frollo ensuite. Quiconque connaît le penchant de l'ami Victor pour les femmes, toutes les femmes, voit à quel point Frollo peut lui ressembler. L'archidiacre se mure dans la science, la littérature et la religion, mais la force de ses passions le perd. Là, je sens presque une sublimation d'Hugo qui donne forme à la puissance de ses désirs, une sorte de Catharsis de son besoin si fou d'aimer et d'être aimé. Alors que d'autres auraient fait de Frollo le méchant de l'histoire (ce qu'il est un peu malgré tout), le narrateur le condamne tout en le présentant comme ayant essayé de toutes ses forces de résister, tout en admirant presque la volonté de cet esprit qui a su quasiment résister à la volupté.

Et pour dernier élément de cette théorie, Frollo et Gringoire sont les deux seuls personnages qui discutent sans que cela fasse beaucoup avancer l'intrigue. Ils me font l'effet de deux génies sur les épaules d'Hugo, le philosophe et le passionné. Et il devait bien s'en apercevoir lui-même, pour avoir écrit :

Victor Hugo a écrit:
Il [Gringoire] y avait longtemps qu'il n'avait vu l'archidiacre, et dom Claude était un de ces hommes solennels et passionnés dont la rencontre dérange toujours l'équilibre d'un philosophe sceptique.


Pour conclure, j'ajouterai que ce qui rend ce roman si génial à mes yeux, c'est qu'au milieu de cette passion, de cette fougue, de ce drame, il y ait de la joie et des rires, des scènes cocasses (surtout par Gringoire en fait). Comme l'échange entre le philosophe et Esmeralda dans la Cour des miracles, ou le fait que ce sacré Gringoire soit plus fou de Djila la chèvre que de sa maîtresse Esmeralda, contrairement à tous autres personnages masculins. ^^

Voilà donc tout pour ce chef-d’œuvre.

Je compte me faire Claude Gueux d'ici demain soir et, après une petite pause sur un autre auteur (probablement Steinbeck), me plonger dans le maquis touffu de Les Misérables
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 25 Avr 2016 - 18:57

Merci pour ton commentaire sur "le dernier jour d'un condamné"

Ton ressenti me convainc de cette lecture.

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 25 Avr 2016 - 19:33

Et merci pour celui sur Notre-Dame de Paris , que j'ai lu il y a une paire d'années maintenant et que j'vais tellement aimé que j'avais passé un temps infini à recopier des passages que j'avais collé un peu partout dans ma chambre de 'sage' jeune fille. En particulier le passage absolument sidérant durant lequel Frollo se mutile sous sa soutane. Intenable et spectaculairement passionné ! Je ne sais pas si cet extrait me ferait aujourd'hui le même effet d'emportement mais je chéris ce souvenir comme l'un des plus intense de ma vie de lectrice (et je ne suis pas fétichiste, pourtant !).


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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeLun 25 Avr 2016 - 23:00

Oui, cette scène est envoûtante!

En fait, toutes les scènes avec Frollo comme personnage central. C'est d'ailleurs le seul avec Gringoire qui puisse tenir sans que le narrateur soit obligé d'intervenir. Sans les remarques d'Hugo, Esmeralda perd la moitié de son charme, Quasimodo est bien moins impressionnant, Phoebus est un gros lourd (ce qu'il est de toute façon pour moi :p).
Ca se voit bien, Gringoire et Frollo sont les seul à pouvoir partir en monologues incroyables.
L'unique raison qui fait que l'archidiacre a plus de prestance que le philosophe, c'est qu'Hugo aime tellement ce dernier qu'il ne peut s’empêcher de commenter ses actions, alors qu'il se contente presque de retranscrire le comportement de feu de Frollo.

(Sinon, c'est bien le fétichisme. :p)
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMar 26 Avr 2016 - 14:18

Je viens de lire Claude Gueux d'une traite. Si j'ai apprécié ce court récit pamphlétaire, il m'a tout de même bien moins convaincu que Le dernier jour d'un condamné en tant que défense de la vie contre la peine de mort.

Le souci pour moi vient du fait que Claude Gueux n'est pas tant un roman qu'un essai romancé, où l'histoire de ce Claude Gueux est presque érigée en fable. Oui, je trouve l'histoire racontée par Hugo touchante. Même s'il a, d'après la notice, modifié quelques points (ce qui ne m'étonne pas), ça ne me pose pas de problème. Mais la nature même du texte fait que Victor doit venir, à la fin, donner son avis. Et là, ce n'est même plus le Narrateur de Notre-Dame de Paris, si proche d'Hugo mais bien personnage à part ; c'est l'auteur lui même qui intervient.
Et malgré ses saillies sur le gouvernement de l'époque, malgré ce qui me semble une moquerie de l'utilisation de l’Église pour museler le peuple, malgré la validité de son opinion, il n'en reste pas moins qu'il l'exprime brute, sans vraiment de subtilité. Ce qui perd pour moi le but recherché. Car comme le disait Dany Laferrière, on lit les essais avec lesquels on sait qu'on sera d'accord.

Du coup, le problème n'est pas tant dans le texte en lui même (quoique celui-ci n'ait rien de génial non plus) que dans mon avis très personnel que la littérature est bien plus adaptée à la tâche que s'est imposé Hugo que l'essai, aussi déguisé soit-il. Parce que ce dernier force les gens à réfléchir d'une façon, tandis que le roman les fait réfléchir sans qu'ils s'en aperçoivent, puis continuer leur course tous seuls.
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMar 26 Avr 2016 - 17:58

Ah c'est très intéressant ce que tu dis de la littérature comme discours sublimé ; mais comme pour les essais ne lit-on pas les livres dont les sujets, les auteurs, les époques nous intéressent plus particulièrement ?

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeMar 26 Avr 2016 - 18:06

Bien sûr, il y a toujours des préférences, même en littérature.
La différence principale tient au fait que tu vas lire un roman parce que l'idée, le concept, le genre te plait. Et que tu peux en ressortir avec des réflexions imprévues : c'est même la marque des grands romans. Pour prendre un exemple et rester dans le sujet de ce bon vieux Hugo Han d'Islande comme Notre-Dame de Paris ont des scènes terribles contre la peine de mort, des scènes qui choquent et qui forcent à se poser la question soulevée. Et pourtant, au départ, le lecteur sera attiré par un roman d'aventure un peu gore d'un côté et un drame sur la fatalité, la force de la passion et la violence qu'elle engendre de l'autre.

Après, quand on se place dans le cadre du roman à thèse, la différence avec l'essai est bien faible : j'ai beau dire que Le dernier jour d'un condamné est bien plus puissant et fort à mes yeux que Claude Gueux, quelqu'un qui serait pour la peine de mort va les éviter tous les deux, parce qu'il sent un texte contraire à ses idées.
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Victor Hugo - Page 7 Icon_minitimeSam 7 Mai 2016 - 16:33

Petit commentaire rapide d'une biographie d'Hugo par Sandrine Fillipetti : c'est honnête.

En gros, l'auteure fait le boulot, nous raconte la vie de Victor Hugo en parsemant sa narration d'extraits de l’œuvre du grand homme, et ça fonctionne. Seulement, il n'y a rien de plus dans ce livre. Pas de touche personnelle : on lit uniquement pour les événements de la vie d'Hugo, pas du tout pour la réflexion sur celle-ci, l'organisation du texte ou la plume. Je sais que c'est ce que l'on peut attendre d'une biographie mais j'avoue que ça me laisse sur ma fin après le flamboyant Balzac, le roman de sa vie de Zweig...

Sinon, Hugo était définitivement une force de la nature, tellement que ça lui a coûté une fin de vie très difficile (avec tous ses gamins, ses amis, sa femme et son amante d'un demi-siècle morts avant lui, la joie totale).

Au final, je retiens la puissance de création et la volonté de fer du bonhomme, et mon respect n'en est que plus accru pour lui. (Bon, par contre, niveau coucheries et adultères... Victor Hugo - Page 7 162492 )
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