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 Geneviève Brisac

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Marie
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MessageSujet: Geneviève Brisac   Jeu 4 Mar 2010 - 22:45



Citation :
Normalienne et agrégée de lettres, Geneviève Brisac a enseigné tout d'abord en Seine-Saint-Denis. Après trois livres publiés chez Gallimard, Elle rejoint les Editions de l'Olivier en I994, elle y publie un livre mince et violent, Petite. Parallèlement, elle devient éditrice pour les enfants et adolescents à l'Ecole des Loisirs, où elle découvre et publie de nombreuses jeunes romancières et romanciers. Le Prix Femina lui est attribué en 1996 pour Week-end de chasse à la mère.
Elle a écrit aussi des essais comme Loin du Paradis, La Marche du cavalier, et VW, sur Virginia Woolf. Et des recueils de nouvelles ou des contes : Pour qui vous prenez-vous et Les Sœurs Délicata. Son dernier roman, 52 ou la seconde vie, a paru en 2007. Elle vient de publier Le Grand livre d'Olga à l’Ecole des Loisirs en novembre 2008. Et elle est coscénariste de Christophe Honoré pour son nouveau film, Non ma fille, qui sera sur les écrans en 2009.

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Marie
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Jeu 4 Mar 2010 - 23:04

Week end de chasse à la mère



Citation :
Il y a Nouk, la mère.
Et Eugenio, le fils qu'elle élève seule, dans un minuscule appartement aux rideaux rouges. Elle s'inquiète. Peut-on survivre aux fêtes de fin d'année ? En attendant, il neige sur Paris, sur les clochards et les gens des beaux quartiers. Il neige sur les statues du jardin du Luxembourg. La mère et l'enfant se tiennent par la main, ils marchent dans les rues, tout au long de cette histoire magique, déchirante, follement drôle.
En chemin, ils rencontrent Adam et Ève, Anton Tchekhov, un fleuriste, un chauffeur de taxi, des tortues vieilles comme le monde. S'ils triomphent des obstacles semés sur leur route, il leur reste à affronter le pire : l'implacable bonté de ceux qui ont décidé de faire leur bonheur.

Nouk est le personnage du premier roman de Geneviève Brisac, Petite, qui parlait de l'anorexie. On la retrouve ici, mère d'un jeune garçon, Eugenio, l'espace d'un week end de Noël.
Le titre, beau et éloquent, sous-tend toute l'histoire.. Week end de chasse à la mère! La meute se forme, et à la fin, ce sera l'hallali.

Citation :
Eugenio ne pleure plus, il parle en baissant la voix,en baissant les yeux. «  Tu te trompes toujours, maman. C’est-ce que papa a dit au téléphone, que tu ne savais pas vivre avec moi normalement. Il a dit que tu étais devenue un peu folle, d’après les bruits qu’il avait recueillis qu’on était toujours tous seuls tous les deux, que c’était très dangereux tout ça, tous les spécialistes de l’enfant et de la famille le disent, il m’a dit: : «  Qu’est-ce que tu en penses, tu ne crois pas, mon chéri? » c’est-ce qu’il m’a dit, est-ce que c’est vrai, maman? Je les ai entendus en parler au téléphone avec Martha, ils disaient que tu étais tellement fragile, trop dangereuse, pour toi-même et sans doute pour un enfant, avec ce psychisme, cette hérédité, ce psychisme d’hérédité, ils ont dit «  un gène d’irréalité » et tous les mots sont entrés dans ma tête, on ne peut pas les effacer.

Même si le film de Christophe Honoré, dont Geneviève Brisac est coscénariste, est très, très librement adapté, c'est une évidence que le personnage féminin interprété par Chiara Mastroianni tient beaucoup de Nouk. Nouk qui veut tout simplement avec son fils transformer la réalité et l'embellir à tous moments. Mais cela, cela s'appelle de la folie pour le commun des mortels..

Tendre, drôle et déchirant, très joli roman.

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Marko
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Ven 5 Mar 2010 - 15:29

Marie a écrit:

Même si le film de Christophe Honoré, dont Geneviève Brisac est coscénariste, est très, très librement adapté, c'est une évidence que le personnage féminin interprété par Chiara Mastroianni tient beaucoup de Nouk. Nouk qui veut tout simplement avec son fils transformer la réalité et l'embellir à tous moments. Mais cela, cela s'appelle de la folie pour le commun des mortels..

Sauf que dans le film c'est l'enfant qui lit le conte breton et qui le raconte à sa mère pour l'associer à cet univers imaginaire presque légendaire. Chiara Mastroianni ne fait que se débattre avec la réalité qui l'agresse. Elle n'est pas du tout folle. Juste un peu trop sensible et idéaliste.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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tom léo
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Ven 5 Mar 2010 - 19:53

Loin du paradis, Flannery O'Connor - Généviève Brisac

Présentation de l'éditeur
Flannery O'Connor (1925-1964) est considérée comme le plus grand écrivain du Sud depuis Faulkner. Son œuvre brève et intense - cinq ouvrages de fiction, un recueil d'essais et un volume de correspondance - est pourtant méconnue en France. En mêlant sa propre voix à celle de Flannery O'Connor, Geneviève Brisac nous rend infiniment proche cette femme qui consacra sa vie à scruter le mystère de la Grâce et la folie des mœurs, sans jamais perdre son sens de l'humour.
Quatrième de couverture
Elle est là, à Milledgeville, les yeux grands ouverts, ne pouvant se rebeller ni contre son père qui se meurt, ni contre sa mère qui est parfaite, ni contre Dieu, bien qu’elle tente à plusieurs reprises de salir les ailes de son ange gardien, et de le boxer. Elle ne peut pas parce que, au milieu des sectes et des prophètes, elle sent qu’il faut être fidèle à quelque chose, une armature, une colonne vertébrale. Et elle explique qu’elle est avant tout une catholique exilée au milieu des évangélistes sudistes, et une Sudiste, exilée comme les autres, parce qu’ils ont perdu la guerre. Double exil, comme les deux droites qui forment angle de vue, pour percevoir la réalité distordue, grotesque, baroque, et magnifique des gens du Sud.
Mêlant sa voix à celle de Flannery O’Connor, en juxtaposant à son récit des extraits de L’Habitude d’être, Geneviève Brisac a écrit une sorte d’« autobiographie de Flannery O’Connor ». Mais ce livre est avant tout un hommage à un écrivain encore méconnu en France, et dont l’influence sur la littérature américaine actuelle est comparable à celle de Faulkner ou de Hemingway.

Qu'on m'excuse de copier simplement cette présentation, mais ma lecture date déjà un peu, voit que la première parution est déjà vieille! Mais je garde un très bon souvenir de ce livre, là surtout grâce au personnage attachant et bizarre de Flannery!
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Marie
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Ven 5 Mar 2010 - 20:50

Merci Tom Léo!

Citation :
Sauf que dans le film c'est l'enfant qui lit le conte breton et qui le raconte à sa mère pour l'associer à cet univers imaginaire presque légendaire. Chiara Mastroianni ne fait que se débattre avec la réalité qui l'agresse. Elle n'est pas du tout folle. Juste un peu trop sensible et idéaliste.
C'est un peu trop long pour l'écrit, dommage.. Le personnage du fils est différent dans le film, mais il y a une scène, à la grille de l'école, où il lui dit: " tu es stressante", et c'est très parlant. Les enfants aiment que les adultes, leurs parents en particulier, soient à la bonne place.La place d'adulte responsable.
Nouk, dans le roman, est souvent dans le jeu, par exemple une balade dans un jardin public, gelé, sinistre, lui donne l'envie de jouer au trappeur. Ce qui lui vaut cette réponse de son fils
Citation :
Des trappeurs sans chien, sans traîneau et sans alcool, c'est des ploucs... des ploucs morts même !
, pleine de bon sens.
C'est un vrai déchirement très angoissant pour un enfant , d'avoir un parent qui lui semble immature, et donc incapable de le protéger ( soit qu'il le soit vraiment, soit qu'il lui soit présenté comme tel par l'entourage, ce qui est plutôt le cas dans le livre et le film..)

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Aeriale
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Mar 6 Avr 2010 - 10:15

-Une année avec mon père-



Ce roman est une sorte de journal de Geneviève Brisac qui apprend brutalement un matin par un coup de téléphone, l'accident de ses parents d'où seul son père en réchappera, gravement blessé. L'auteure nous raconte ici ce qui en suivit, la lente réadaptation de cet homme exigeant et bûté, et les rapports qui les unirent tous deux cette année là.
.
Il y a des passages marquants, une description des hopitaux pas très valorisante, le circuit infernal des paperasseries administratives, la dureté du système, l'anonymat et la froideur du personnel, tout cela dans un style lapidaire mais assez percutant.
Citation :
Nous voulons parler de nos âmes, il nous montre les tarifs. Une heure et quart de chants, quatre voix, service simple. Bénédiction en sus.
Nous parlons de notre père la-bas, absent aux obsèques de celle avec qui il a partagé cinquante six ans de bonnes et mauvaises années. Ô injusdtice, dis-je, et je pleure sans comprendre quoi. Et peut-être qu'il s'en fiche. Que savons -nous de ces choses, une suite de faux semblants, même au plus près, même au plus juste, la bave des convenances, des préjugés, des fautes de goût. Les erreurs qui nous font tant souffrir.

Ensuite vient le retour à la maison et la vie qui s'installe tant bien que mal avec les visites régulières de sa fille et l'attention discrète qu'elle lui porte. Mais l'homme est fier et les liens entre eux, un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard.

Citation :
Pourquoi avons-nous quitté les chemins sablonneux, les larges avenues délicieuses et sûres des grandes écoles de commerce et d’industrie, pourquoi ne sommes-nous pas trilingues, et bien mariées, quel caillou a roulé sous la carriole de nos destins ? Qu’a-t-il mal fait ?

Aucun pathos, souvent même de l'humour, et chaque "fille" pourra retrouver ses propres affects sous le style direct et assez suggestif de G Brisac. Je ne peux pourtant pas dire que ce récit m'ait transportée, ce n'était sans doute pas le moment et j'avais besoin d'autre chose. Mais une auteure sensible à redécouvrir certainement.

NB:
A noter pour les amoureux de Paris les balades dans le Quartier Latin, à bord du bus n° 96, les disgressions sur le travail de l'écrivain et son rapport au monde réel, sur Michel Butor ami de la famille, et d'autres choses encore assez intéressantes mais juste effleurées
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Mar 6 Avr 2010 - 15:24

lu vos commentaires intéressants sur cette auteure qui n'a pas convaincu totalement Aériale mais qui donne l'envie. Merci

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Marie
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Ven 23 Avr 2010 - 6:34

J'ai lu également Une année avec mon père,qui est donc, Aériale l'a dit, un récit , ou plutôt des impressions qui demeurent d'une année de vie, d'un automne à un autre , après la mort de sa mère dans un accident, laissant leur père ,quelqu'un de très indépendant ,seul .

En exergue:


Citation :

Dans toute parole donnée, dans toute parole reçue, dans chaque geste et la moindre pensée, dans tout fragment même bref et aléatoire, de notre vie et celle d’autrui, il y a quelque chose de précaire et quelque chose d’inéluctable, quelque chose de caduc et quelque chose d’indestructible.
Marisa Madieri

Malgré les deux morts qui marquent chaque automne- le père est mort en novembre, 14 mois après son épouse- ce n'est pas du tout un livre tragique. Mais tourmenté plutôt par le souci de , pour la narratrice, rester à sa place , veiller sans prendre en charge, il ne le permettrait pas de toutes façons, et c'est très difficile.

Citation :
Je déteste mon nouveau rôle. La vie privée de mon père ne m’intéresse pas, ne me regarde pas. D’ailleurs, il ne veut pas que nous nous en mêlions. Je voudrais en être dispensée. Etre loin, à l’autre bout du monde. Je le suis davantage pourtant que je ne le crois.
Le docteur Chaïm se moque de moi.
Vous vous accordez tellement d’importance!
Quelle injustice encore.
Que savez-vous de ce que pense votre père? De sa vie? De ses désirs, de ses principes, de ses peurs?
Presque rien, mais trop encore.
Et je ferme les yeux en versant l’eau du thé pour ne pas voir la rouille, les paquets de pâtes périmés, le calcaire, le vieux pain.
Vous regardez quand même.
Je ne veux pas verser l’eau à côté du pot.
J’essaie de faire des visites plus légères, des visites qui ne seraient plus des visites, des je-passais-juste-par là qui ne trompent personne, ni moi, mais je ne veux pas être l’infirmière, je ne suis pas la garde-malade, éloignez de moi la fille répressive, jamais je n’ai voulu priver mon père de quoi que ce soit, elles tournent autour de moi, ces figures hostiles, ô Cordelia, prête moi ton sourire! J’essaie de ne pas prendre trop d’habitudes filiales.
Je relis Le Roi Lear, Le Père Goriot,et le si beau David Golder pour me vacciner contre l’intimité si décriée des filles et de leurs ^pères. Je lis Anna Freud, Camille Claudel, Jenny Marx, Virginia Woolf. Les Antigones aux pieds englués dans les traces trop fraîches des semelles de leurs pères.
Je relis le Journal de Virginia Woolf. 1928.
«  Anniversaire de Père. Il aurait eu quatre-vingt-seize ans. Oui, quatre-vingt-seize ans aujourd’hui,comme d’autres personnes que l’on a connues. Mais, Dieu merci, il ne les a pas eus. Sa vie aurait absorbé toute la mienne. Je n’aurais rien écrit. Pas un seul livre. »
Ce n’est pas votre vie, dit le docteur Chaïm, grandissez donc un peu.

C'est une année pendant laquelle chacun recherche de nouvelles marques ,et leurs rapports , Aériale les a décrits
Citation :
un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard.
.
Une année traversée de beaucoup de chagrin, qui s'exprime très peu ,même entre soeurs:
Citation :
Je ne peux savoir ce que pensent mes sœurs. Un mur de chagrin nous sépare comme nous sépareraient des chutes d’eau. ( Je pense à une image d’Hitchcock, l’héroïne est cachée sous les chutes, un abri, une grotte impensée. La peine ressemble à cela.)
Et de moments cocasses, dont du moins Geneviève Brisac, avec son humour, cherche à retranscrire la cocasserie.
Et aussi des moments joliment qualifiés d'apnées de l'optimisme..

J'ai beaucoup aimé, vraiment.

Par contre,
Citation :
sur Michel Butor ami de la famille, et d'autres choses encore assez intéressantes mais juste effleurées
, j'ai lu ces pages différemment.. C'est un réglement de compte! Fait avec finesse, mais quand même! L'extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

Citation :
J’ai invité les Butor, dit mon père. J’irai d’abord l’écouter à la Sorbonne, il reçoit une chose honorifique, il fait un discours, ils m’ont gentiment envoyé une invitation. Puis nous dînerons à la Closerie des Lilas. Voudrais-tu être des nôtres?

La soirée est belle et douce, je les trouve tous les trois en train de boire l’apéritif, Michel Butor a les joues roses, le ventre rond sous l’empiètement de sa cotte grise, une salopette du soir, il sourit aux anges, il évoque les hommages qui lui ont été rendus aujourd’hui. Elle en profite pour rappeler quelques réjouissances récentes, des colloques en l’honneur de ce même Butor, qui est son époux depuis plus de cinquante ans, peut être cinquante-cinq, cet heureux temps, ce temps si ancien, une exposition que nous ne devrions manquer sous aucun prétexte. Ils ont l’air heureux.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’universités qui réclament Michel partout dans le monde. Et nous adorons voyager.
Nous partons vers la Closerie des Lilas. Mon père a l'air épuisé, il est pâle. Il vacille sur sa canne...
L'Inde nous a éblouis, raconte Butor, une civilisation étonnante, des civilisations plutôt, des mythes passionnants, le Gange, les temples, les crémations, sans parler des singes qui nous volaient nos affaires ...
Si on commandait le dîner? propose mon père dont je crains qu'il ne défaille d'ennui.
Je crains aussi que les Butor ne sortent des photos, mais ils ont changé de sujet, et, en mangeant d'excellent appétit, ils évoquent les joies que leur donnent leurs enfants, les étés dans le Sud-Ouest avec leurs petits-enfants, les travaux dans la maison.
Ils resplendissent.
Ils ne posent aucune question.
Ils sont à leur affaire.
Mon père est maintenant jaune citron. Il paie le dîner, attrape sa veste, se prend les pieds dans les lanières de son sac, au revoir, au revoir, et nous marchons dans la nuit, clopin-clopant.
Quelles âmes desséchées, dis-je, quelle aura de vanité efficace, comme on dit la grâce efficace.
Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le coeur, les écrivains sont des monstres d'indifférence.C'est ce qu'elle disait toujours.
Il y a des boulangers d'une cruauté extrême, dis-je, et des fleuristes nazis.
Mon père trébuche une fois encore, l'alcool, la fatigue, le chagrin, nous sommes devant sa porte, je pianote pour l'ouvrir.
Michel Butor était son meilleur ami, et il n'a même pas prononcé son prénom, murmure-t-il.
Par pudeur, peut être, dis-je.
Mais j'ai des doutes.

Je ne crois pas qu'il soit juste "effleuré", là, Mr Butor..

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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Ven 23 Avr 2010 - 8:31

Citation :
Par contre,
Citation:
sur Michel Butor ami de la famille, et d'autres choses encore assez intéressantes mais juste effleurées
, j'ai lu ces pages différemment.. C'est un réglement de compte! Fait avec finesse, mais quand même! L'extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

Marie, je ne parlais pas de Butor lorsque je disais que c'était effleuré. Ce passage je m'en souviens et il est assez vachard tout en restant classe.C'est plutôt bien joué en effet.
(J'ai mis une virgule d'ailleurs... si tu relis tu verras mieux)

Je parlais plutôt du rapport de l'écrivain et de sa vie réelle, je ne me souviens plus exactement mais il y a de jolies images là dessus, j'aurais aimé en apprendre davantage.

Sinon je reconnais que ce n'était pas la période idéale pour moi (je lisais en parallèle un livre qui me passionnait) et je n'ai pas été assez juste envers lui.
Des livres Inter 2010 c'est pour l'instant un des mieux même...
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Marie
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Sam 24 Avr 2010 - 5:37

Ah, d'accord, Aériale,! Ce passage m'a marquée, car c'est la seule fois où ce père, très pudique sur ses sentiments, évoque le chagrin qu'il éprouve.

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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Mar 17 Fév 2015 - 16:46

52 ou la seconde vie


Geneviève Brisac et Agnès Desarthe ont écrit ensemble un livre sur Virginia Woolf : VW Le Mélange des genres.


En exergue de 52 ou la seconde vie, quelques phrases-conseils de Virginia Woolf :
« Observez perpétuellement, observez l’inquiétude, la déconvenue, la venue de l’âge, la bêtise, vos propres abattements, mettez sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle, mélangez ce qui fait rire et ce qui fait pleurer. Inventez de nouvelles formes, plus légères, plus durables.»


C’est ce que fait et écrit Geneviève Brisac dans l’ouvrage 52 ou la seconde vie.
Ce ne sont pas des nouvelles. C’est comme un kaléidoscope d’histoires.
On se trouve dans la situation ou quelques femmes prennent la parole, plusieurs fois, les mêmes, comme des amies qui parleraient d’elles, des autres, du quotidien, de souvenirs…

Rien d’exceptionnel dans toutes ces histoires, en apparence… En apparence seulement, car ce qui est exceptionnel et fort c’est ce qui transparaît entre les lignes de ces récits.

Nous avons cette vie que nous donnons à voir…et puis il y a cette autre vie, secrète, sans représentation, sans masque, sans discours qui n’est connue que de nous-mêmes…Une moitié seulement ou l’essentielle, la seule vraie de nos vies ?

Nouk, Akka, Mélissa, Mona, Retsinè…on les retrouve tout au long de l’ouvrage. Ce sont elles qui parlent. Elles nous ressemblent. Et ce qu’elles disent éveille forcément, à un moment ou à un autre, un souvenir ou une émotion qui nous sont connus.
Plus elles racontent et plus le livre prend sa force et sa profondeur dans l’accumulation de ce qui se dit, avec pas mal d’humour parfois.

NB :
Le livre a été ré-édité en Points Seuil sous le titre « Les filles sont au café » avec une image de porte-monnaie et pétales de fleurs.
Je trouve la couverture et le titre nuls. Ils donnent de ce livre une image beaucoup plus superficielle que ce qu’il contient.
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topocl
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Mar 17 Fév 2015 - 17:01

coline a écrit:

Nous avons cette vie que nous donnons à voir…et puis il y a cette autre vie, secrète, sans représentation, sans masque, sans discours qui n’est connue que de nous-mêmes…Une moitié seulement ou l’essentielle, la seule vraie de nos vies ?

Tu me fais envie, là!
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coline
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Jeu 19 Fév 2015 - 18:35

topocl a écrit:
coline a écrit:

Nous avons cette vie que nous donnons à voir…et puis il y a cette autre vie, secrète, sans représentation, sans masque, sans discours qui n’est connue que de nous-mêmes…Une moitié seulement ou l’essentielle, la seule vraie de nos vies ?

Tu me fais envie, là!

Alors tu peux céder à cette envie je crois...Je ne pense pas que tu le regretteras... content
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Silveradow
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Lun 23 Mar 2015 - 7:49

j'ai découvert tout à fait par hasard Petite , il restait 15 minutes avant que la bibliothèque ne ferme alors j'ai pris ce qui venait ^^

J'ai été très surprise je ne m'attendais pas à ça !
Au final j'ai dévoré le livre dans mon bain hier soir, je suis vraiment rentrée à fond dedans, je ne voyais plus les lignes rien ! ça faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas fait cet effet.
J'ai eu du mal avec les changements de narrateur, un peu déboussolant au début, je n'étais pas sûre que les deux soit Geneviève mais en fait si, à la fois elle dans son dédoublement de personnalité quand elle est malade et elle vieille parlant d'elle jeune. Ce livre m'a vraiment beaucoup plu, simple et troublant, cette recherche de purification plus que d'amaigrissement de cette fille qui semble pourtant très intelligente.

Bonne découverte pour moi !
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coline
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Lun 23 Mar 2015 - 12:24

Silveradow a écrit:
j'ai découvert tout à fait par hasard Petite , il restait 15 minutes avant que la bibliothèque ne ferme alors j'ai pris ce qui venait ^^

[...]

Bonne découverte pour moi !

Je viens de renouer avec bonheur avec l'oeuvre de Geneviève Brisac, j'ai enchaîné 52 ou la seconde vie, Les Sœurs Delicata et Dans les yeux des autres (paru à l'automne).
Devant mon enthousiasme, une amie vient de me prêter Une année avec mon père.
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MessageSujet: Re: Geneviève Brisac   Aujourd'hui à 0:58

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Geneviève Brisac
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