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 Claude Louis-Combet

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coline
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeLun 12 Avr 2010 - 18:56

rivela a écrit:
je viens de voir qu'il a écrit la préface d'une réédition de Ramuz, un livre qui s'appelle Vendanges.
Pour moi ce sera l'occasion de faire une pierre deux coups.

Oui...Je suis toujours heureusement surprise de découvrir tous ces réseaux , ces liens... content
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rivela
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeLun 12 Avr 2010 - 19:29

j'ai trouvé ce lien c'est très riche en information, interview, présentation de l'oeuvre etc..
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coline
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeLun 12 Avr 2010 - 22:23

rivela a écrit:
je viens de voir qu'il a écrit la préface d'une réédition de Ramuz, un livre qui s'appelle Vendanges.
Pour moi ce sera l'occasion de faire une pierre deux coups.

A propos...Sur Remue.Net:

R. K. vous avez signée et la préface de la réédition de Vendanges de Charles-Ferdinand Ramuz.

C.Louis-Combet : Je suis loin d'être un lecteur averti de l'oeuvre de Ramuz. Le peu que j'en connaissais me retenait par un certain accent de terroir, savamment esthétisé. Mais je n'avais pas eu l'occasion de pousser plus loin mon enquête. En 2002, le président de l'association des Amis de Ramuz, Jean-Louis Pierre, s'est adressé à moi pour obtenir une préface à Vendanges. II reconnaissait, me disait-il, entre ce petit texte de Ramuz et certaines pages que j'avais écrites, sur mon enfance à la campagne, sur quelques paysages de prédilection de ma jeunesse, une certaine proximité d'expérience et de sentiment. Effectivement, la lecture de Vendanges a ravivé en moi de nombreux souvenirs, tout particulièrement la cueillette du raisin, dans une région pas très éloignée du pays vaudois, le Dauphiné dans sa partie proche du Bugey. Je retrouvais dans la mémoire de jeunesse de Ramuz un ensemble d'émotions et une image du monde tout à fait comparable à ce que j'avais connu. II y a dans les vendanges et dans les rites du pressoir (d'autrefois) une sorte de frisson dionysiaque qui doit remonter à la nuit des temps. Une ivresse diffuse se propage chez tous les acteurs de la scène. Les femmes sont très présentes, très agissantes, et bien près de franchir les tabous. Pour moi comme pour le jeune Ramuz, les vendanges, qui se déroulaient juste avant la rentrée des classes (le fameux 1e' octobre), avaient une dimension essentiellement festive qui entraînait une surexcitation de tous les sens - et c'était, je crois, à l'insu des acteurs, une certaine survivance du sacré.
II y a aussi, dans le livre de Ramuz, le rappel d'une expérience qui me touche encore beaucoup aujourd'hui lorsque je la lis, car elle me remémore un espace qui a compté pour moi de façon essentielle dans mon enfance et dont j'ai fait un lieu fantasmatique en de nombreux récits, je veux parler des marais, de la désolation des terres envahies par les eaux dormantes, de la solitude de l'être dans un tel paysage. Ramuz a bien connu cela et il évoque très subtilement les émotions qui le saisissaient lorsque tournant le dos à la fête vendémiaire, il s'enfonçait tout seul dans les franges marécageuses des bords du Rhône, avec, je crois, comme chez moi, un certain poids de culpabilité, mais à peine le laisse-t-il entendre. Ramuz est un auteur pudique et sain.
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odrey
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeLun 12 Avr 2010 - 22:41

Je ne connais pas du tout cet auteur mais ce que vous dites de lui ma tente bien. J'ai noté les deux titres que vous citez sur mon carnet spécial LAL.
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 0:34

odrey a écrit:
Je ne connais pas du tout cet auteur mais ce que vous dites de lui ma tente bien. J'ai noté les deux titres que vous citez sur mon carnet spécial LAL.

Un jour j'ai entendu un rappeur chanter "C'est du lourd"...Cette expression m'a fait sourire...Je ne l'ai pas trouvé terrible...Mais pourtant aujourd'hui c'est celle qui m'est venue en refermant le livre de Claude Louis-Combet Marinus et Marina...
Lourd...C'est-à-dire que c'est magnifique mais aussi que ce n'est pas léger...
Il vaut mieux être prévenu.

Je ne sais pas si mon commentaire de Marinus et Marina qui va suivre va vous encourager ou non à le lire...pour diverses raisons...
Je ne sais pas non plus s'il faut commencer par celui-là mais, en ce qui me concerne, je ne le regrette pas, au contraire, je viens de faire la découverte d'un auteur qui va compter pour moi.
(Merci à Shanidar!)


Dernière édition par coline le Mar 13 Avr 2010 - 18:36, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 0:40

Marinus et Marina

Ce texte (une mythobiographie) a été ré-édité chez Corti en 2003. Sa première édition, chez Flammarion, date de 1979.

Il convient d’abord de laisser Claude Louis-Combet définir la mythobiographie :

« Le principe directeur de la mythobiographie : texte de fiction, inspiré d’une biographie légendaire ou mythologique, laquelle sert de révélateur à l’existence du narrateur, ou scripteur, ou homme du texte, dès lors aspiré autant qu’inspiré par le récit et tenu de s’y introduire et de s’y confronter comme personnage de roman, mais aussi comme témoin, sans perdre de vue, toutefois qu’il est le maître de l’œuvre et en détient l’entière responsabilité esthétique. »
(C Louis-Combet dans sa postface de Marinus et Marina)

Précisions sur Sainte Marina-Marinus

Au Vème siècle, dans la Bithynie chrétienne, Marina, à l’âge de 8 ans, perd sa mère Irène. Son père, Eugenius, inconsolable, confie l’enfant à des voisins et prend le chemin du désert où il se réfugie dans le monastère de Maria Glykophilousa.
Au bout de quelques années, soumis à une vision récurrente de sa fille qui l’appelle, il demande au supérieur du monastère l’autorisation d’aller chercher « son fils Marinus » pour qu’il vive lui aussi au monastère.
Il ramène à Maria Glykophilousa sa fille travestie en garçon.
Tout le reste de sa vie , Marina va vivre sans se trahir, et pour renier son identité sexuelle, se réfugier dans la prière et la contemplation, tout en accomplissant les travaux manuels masculins qui sont le lot quotidien des moines de ce monastère. Il-elle fabrique des paniers.
La vie de Marinus-Marina va basculer une nouvelle fois un jour qu’IL-ELLE va pour les vendre sur un marché d’une ville voisine.

Je m’arrête là pour ne pas en dire trop…


Dans la postface de son « roman », Claude Louis-Combet indique ceci :

« Jamais je n’ai éprouvé aussi impérieusement la nécessité de recourir à l’écriture que dans l’instant où découvrant, par pur hasard de lecture, quelques lignes qui résumaient la légende de sainte Marina, j’ai compris soudain que cette vieille trame romanesque et hagiographique des premiers temps chrétiens m’offrait, avec ses ombres et ses lumières, l’écran de projection pour l’histoire mêlée de mon coeur. En quelques secondes, une évidence lumineuse s’est imposée à mon esprit : mon histoire individuelle, dans quelques-uns de ses axes dynamiques fondamentaux et de ses moments cruciaux les plus intenses, n’était que la forme actualisée d’un modèle légendaire, autrefois vécu, autrefois conçu, avec lequel s’établit une correspondance terme à terme de situations réelles ou oniriques, en partage de fantasmes et d’obsessions et peut-être aussi d’extases sacrées ou profanes. »



Marinus et Marina

Qui lira partiellement ce texte (il fait office d’auto-analyse en quelque sorte) ne saura pas jusqu’où la légende va conduire la réflexion de l’auteur à propos de la souffrance terrible qu’est sa vie.

« Je traduisais la légende et je découvrais mon existence. »

Qui lira seulement la fin ne pourra pas saisir la conclusion, parce qu’il lui manquera les étapes du cheminement de sa pensée tandis qu’il considère sa vie à la lumière de celle de Marina-Marinus qu’il doit traduire.
Etapes que l’on suit jusqu’à la prise de tête…jusqu’à la prise aux tripes aussi…
C’est que le narrateur, homme de contradictions, nous interpelle et nous touche. A la fois homme et femme, à la fois homosexuel et hétéro-sexuel, à la fois croyant et athée, à la fois mystique et pur et pourtant se vivant comme obscène, il est un homme torturé auquel la souffrance ne laisse guère que la nuit, le silence, sa « cour intérieure », le « désert ».

« Et femme à fleur de peau. Et homme à fleur de femme. Car je ne me sentais d’être qu’hésité. A la limite. A la frontière. »

« Je me reconnaissais érigé comme ouverte, tendu comme offerte, impétueux et aigu comme sereine, ronde, silencieuse, sinueuse et infinie. »

Jeune homme mystique, il entre au séminaire. Dans la prière, la contemplation et la pénitence il recherche jusqu’à l’extase « la Grâce », un « Cœur très miséricordieux où sa place était inscrite de toute éternité », le « plaisir- en- Dieu ».

« Et il y avait bien de quoi rêver, en effet, pour moi qui n’avais jusqu’ici saisi le plaisir que dans l’angoisse et la honte. »

« J’étais multiple, j’étais légion et ne pouvais continuer à dire je que par la force d’habitude d’une parole se déroulant mécaniquement dans le vide. »
Je n’étais personne. Rien. Zéro. »


Il s’éprend de son abbé, Abbas, Pater , qui le « reconstituait » le »remodelait ». Et la nuit où il entre dans sa chambre pour le séduire, « la nuit de l’anathème » celui-ci le rejette hors de la religion, hors de la foi et hors de l'amour, hors de la vie.

« Les mots qui tombaient sur moi du haut du ciel : apostat, blasphémateur, sacrilège, ruinaient l’amour jusqu’à sa source. »

Ill se voit foudroyé, brisé.

« L’anathème irrévocable pulvérisait en moi toute chance de reconstituer, dans la sainteté et dans la beauté, l’union harmonieuse du masculin et du féminin. »

« Moi qui m’étais si longtemps attaché à l’idée du plaisir-en-Dieu, j’avais désormais perdu la raison et le sens de cette ferveur. »

« Le cheminement de ma pensée m’amenait seulement à l’absence. Et c’est ainsi que je m’avançais dans le Désert.
Avancer ne signifie pas forcément progresser. Où règne le vide, où se tient l’absence, toute distance est infinie. »



Le texte déchirant, exquisément littéraire, de Claude Louis-Combet est d’une force et d’une beauté peu communes.
Il touche car, bien que présenté comme « roman », on sait qu’il s’y dévoile. Mais ce n’est pas une exhibition.

« Et qu’est-ce que le mot mesuré à tout ce qu’il ne dit pas ? Crever de silence ou s’égarer pour de bon dans le Désert du verbe, voilà l’alternative… »

Le lecteur n’y est pas voyeur, il est entraîné à suivre une réflexion profonde.
Il ne s’agit pas du tout d’un roman érotique bien qu’Eros soit très présent. Et Thanatos aussi.

Alternent les chapitres qui racontent le cheminement de la pensée et de la vie du narrateur (très prenants, très exigeants) et ceux qui relatent l’histoire de Marina-Marinus : histoire tragique mais très agréable à lire qui donnent une « respiration » au lecteur.

Le texte est suivi d'une postface de Claude Louis-Combet intitulée : "Du fond de l'ambiguïté, j'ai crié vers toi seigneur."
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 8:11

Bravo pour vos posts Shanidar et Coline!
J'ai relu tout le fil et le moins qu'on puisse dire c'est que vous savez trouver les mots pour en parler (même si pas évident)

Marko fait référence à Sylvie Germain, je ne sais pas si c'est le cas en fait, mais c'est vrai qu'on y pense. Par contre il ne doit pas être facile à trouver en bibli ou même en librairie...
J'aurais voulu lire un peu plus avant de me lancer car comme dit Coline très justement, c'est du lourd rire
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 11:09

Très beau commentaire Coline, il est bien tentant ce Marinus et Marina.

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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 12:57

Le rapprochement possible entre Sylvie Germain et Claude Louis-Combet vient sans doute du fait qu'ils sont tous les deux philosophes de formation, et tous les deux capables d'inventer des mondes. Le merveilleux d'un texte comme Jour de colère se trouve tout entier pénétrer par le caractère mythique de l'histoire (à la fois conte et roman) et Louis-Combet sait également transporter son lecteur à travers ses 'mythographies' (qui sont tout autant narration de soi que d'un autre réinventé).
La lecture de Louis-Combet est dure, exigente, blasphématoire, outrancière, poétique et 'lourde' en effet. Car je crois pour ma part qu'il éclaire d'une lumière crue les recoins de notre âme, qu'il réveille les douleurs souterraines de la sexualité (de l'impossible sexualité même), de la différence au milieu des autres, Louis-Combet est un hérétique parmi les croyants, un poète parmi les romanciers, un philosophe parmi les écrivains, sorte de mouton noir qui ne cesse de nous renvoyer à notre propre miroir, pas toujours très propre, pas toujours très reluisant, un miroir qui nous rappelle nos complexes, notre pusillanimité, notre petitesse, nos hontes, nos rêves abandonnés, nos désirs vicieux, nos sales fantasmes... mais avec une écriture lumineuse, irradiante, emportée et qui encercle.
Merci à Coline d'avoir tenté l'expérience et je lui souhaite une bonne respiration après l'apnée de Marinus et Marina
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 13:19

shanidar a écrit:
La lecture de Louis-Combet est dure, exigente, blasphématoire, outrancière, poétique et 'lourde' en effet. Car je crois pour ma part qu'il éclaire d'une lumière crue les recoins de notre âme, qu'il réveille les douleurs souterraines de la sexualité (de l'impossible sexualité même), de la différence au milieu des autres, Louis-Combet est un hérétique parmi les croyants, un poète parmi les romanciers, un philosophe parmi les écrivains, sorte de mouton noir qui ne cesse de nous renvoyer à notre propre miroir, pas toujours très propre, pas toujours très reluisant, un miroir qui nous rappelle nos complexes, notre pusillanimité, notre petitesse, nos hontes, nos rêves abandonnés, nos désirs vicieux, nos sales fantasmes... mais avec une écriture lumineuse, irradiante, emportée et qui encercle.
Shanidar, tu en parles si bien qu'il est dur de résister...
J'ai adoré le côté mythique de Jours de colère, mais si Combet parvient à mêler de l'outrance à la poésie alors son écriture peut me plaire. Je suis toujours fascinée par ces écrivains qui creusent au plus profond, du côté obscure de l'âme. Je pense à Del Amo par exemple, à Marie N Diaye, mais il y en a d'autres bien sûr...

C'est décidé je le commande miammiam
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 14:15

shanidar a écrit:
Le rapprochement possible entre Sylvie Germain et Claude Louis-Combet vient sans doute du fait qu'ils sont tous les deux philosophes de formation, et tous les deux capables d'inventer des mondes. Le merveilleux d'un texte comme Jour de colère se trouve tout entier pénétrer par le caractère mythique de l'histoire (à la fois conte et roman)

L'écriture de Claude Louis-Combet va beaucoup plus loin que celle Sylvie Germain dans la noirceur de l'âme...Elle est beaucoup plus violente...
Tous deux sont dans une aspiration au sacré et une lucidité sur la faiblesse humaine. Tous deux ont une conscience vive de la déchirure qui s'opère pour cela en l'homme.
Tous deux sont imprégnés de la foi chrétienne , l'une l'a gardée, l'autre l'a rejeté (sans doute parce que la religion et sa notion de péché l'ont rejeté).

shanidar a écrit:
La lecture de Louis-Combet est dure, exigente, blasphématoire, outrancière, poétique et 'lourde' en effet. Car je crois pour ma part qu' il éclaire d'une lumière crue les recoins de notre âme, qu' il réveille les douleurs souterraines de la sexualité (de l'impossible sexualité même), de la différence au milieu des autres, Louis-Combet est un hérétique parmi les croyants, un poète parmi les romanciers, un philosophe parmi les écrivains, sorte de mouton noir qui ne cesse de nous renvoyer à notre propre miroir, pas toujours très propre, pas toujours très reluisant, un miroir qui nous rappelle nos complexes, notre pusillanimité, notre petitesse, nos hontes, nos rêves abandonnés, nos désirs vicieux, nos sales fantasmes... mais avec une écriture lumineuse, irradiante, emportée et qui encercle.

Son écriture est toute dans ce contraste que tu soulignes.
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 14:24

aériale a écrit:
C'est décidé je le commande miammiam

Courageuse Aériale!... Tu verras...C'est très dur et très beau...Je ne lirais pas que du Claude Louis-Combet...J'ai cependant déjà commandé Blesse, ronce noire.


Dernière édition par coline le Mar 13 Avr 2010 - 18:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 14:46

coline a écrit:
J'ai commandé Blesse, ronce noire.

Chouette comme titre!

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeMar 13 Avr 2010 - 14:55

Marko a écrit:
coline a écrit:
J'ai commandé Blesse, ronce noire.

Chouette comme titre!

N'est-ce pas?...J'adore...
Mais je crois que ce texte va être encore dur...
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MessageSujet: Re: Claude Louis-Combet   Claude Louis-Combet - Page 2 Icon_minitimeSam 8 Mai 2010 - 20:38

extrait de la 4ème de couverture :

Blesse, ronce noire. Ce sont les derniers mots que Georg Trakl fait prononcer à sa soeur, Gretl, dans le poème Révélation et anéantissement, écrit peu avant la bataille de Grodek (1914) d'où, la drogue aidant, il ne devait pas revenir.

Blesse, ronce noire est, ici, une de ces rêveries possibles, sans souci d'histoire historienne, d'interprétation psychologique ni d'exégèse métaphysique. Une fiction, rien de plus, née de la contemplation des visages -sachant que l'on ne peut connaitre que là où l'on se reconnait. D'une infime et quelquefois hypothétique objectivité dans l'espace et dans le temps, -l'écart d'un récit, où le coeur prend ses aises à se rejoindre.


Un frère.
Une soeur.
Il a dix ans, elle en a cinq.
Ils jouent dans un grenier, ils répètent le jeu du sacrifice qui deviendra sanglant.
Il a dix-huit ans, elle en a treize. Il est parti à la ville, parti pour étudier et s'enivrer et connaitre les 'mères', ses prostituées dont il aime les chairs qui le recouvrent. Il écrit des poèmes courts et obscurs, il met de la distance avec cette soeur dont les appâts l'épuisent. Elle, elle l'attend. Il lui écrit souvent de longues lettres auxquelles il joint ses poèmes, il lui a interdit de lui répondre et elle écrit des centaines de réponses, qu'elle laisse dans un tiroir. L'oeuvre du poète se construit selon ce schème bancal, d'une soeur qu'il a rendu muette et dont il espère se guérir. Elle, elle l'attend, et durant tout le temps de cette attente elle surveille son corps, elle le prépare aux retrouvailles miraculeuses qui réuniront enfin les deux aimants. Son corps dont elle espère le saignement qui la rendra femme, apte à la préhension, au rapt, au don. Prête pour le sacrifice.

Dans ce roman, Claude Louis-Combet nous convie à une hiérogamie sacrée. Plus que d'inceste, il est ici question de péché partagé, de transgression acceptée, voulue, espérée dans la violence des chairs, dans le désir d'une joie insurpassable. Plus qu'un acte charnel, l'échange sexuel est une réunion en un du féminin et du masculin, du soleil et de la lune, de la lumière et de celle par qui la ténèbre arrive.
L'acte accompli les détruira en les élevant au-dessus des hommes, l'acte accompli les avilira autant qu'il les transfigurera.
Proche du poème, l'écriture, superbe, au bord de la suffocation, de l'étranglement, au bord de l'indicible, fait basculer les deux amants vers une fusion mystique, une révélation qui les ruinera, les brisera, les illuminera.
Le péché des deux amants est assumé, subsumé, le péché est en-deça de cet amour surnaturel qui unit les deux êtres, le frère et la soeur, le noir et la blanche, le démon et la pure.
Reprenant les thèmes qui lui sont chers, le péché, le salut, la rédemption et la chute, Claude Louis-Combet nous offre le récit incantatoire, ramassé, prégnant, d'un amour qui se tait, qui se terre au plus profond d'une chair ouverte au désir. Ici encore, Claude Louis-Combet nous annonce que l'amour, même s'il s'exalte dans la profanation, est au-delà de la mort tout en étant la mort. Fort de cette assurance, le frère et la soeur fusionnent et se contaminent, s'aiment et s'élèvent jusqu'à atteindre cette extase de l'être qui trompe la mort.
Mais une fois l'acte accompli, une fois l'extase connue, une fois "qu'issues de la chair, leurs âmes se souriaient dans leurs yeux", il n'existe plus que la culpabilité, la séparation illusoire, la fuite, la plongée dans la drogue, la misère et la création.
Car de cet amour nait les poèmes de G. Trakl (considéré comme l'un des plus grands poètes expressionnistes de langue allemande).

extrait :

"Car le désir, chez lui comme chez elle, refluait puissamment vers cet instant du passé ouvert en eux comme un éternel présent, pôle magnétique de leurs émois et de leur nostalgie : cette heure sur la montagne où ils s'étaient aimés dans leur chair. C'était presque toujours au rappel de ce souvenir que commençait, chez lui, la préparation à l'écriture, tandis qu'à distance de la page blanche, fascinante comme un horizon de banc de sable, il recueillait son énergie sous le coup de fouet du laudanum. Alors, en une vision sculpturale, les yeux grands ouverts, il voyait, dans l'espace de sa chambre agrandie comme la nef d'une cathédrale, le corps offert, ouvert, abondant et gracieux de la soeur amante et vierge. Et il pouvait s'adonner à la longue contemplation de la césure sexuelle. Il en parcourait le pur et compliqué dessin avec la passion attentive qu'il eût mise à détailler les arabesques d'un objet venu d'un impossible orient. Et lui-même se tenait là comme à l'entrée de la première et dernière énigme. Et il ne se lassait pas de cette image de la beauté d'origine et souvent il concevait, dans l'absolu, le poème qui se préparait en lui, comme l'approche en mots de cette forme -la seule, peut-être, qui fût nécessaire et suffisante. Cependant, du mot surgi dans sa bouche à ce lieu de chair où s'attroupait le désir, la distance était infinie. Substitut de l'amour, en son défaut, le poème ne remplaçait pas l'étreinte. Il en affûtait plutôt la privation."

Superbe !

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