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 Léo Ferré

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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeSam 20 Sep 2008 - 17:54

Marie a écrit:
Et puis Léo Ferré accompagné par Ivry Gitlis
ici

aime
Léo Ferré manque...

(Marie je n'aboutis pas avec le premier lien que tu indiques.)
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeLun 5 Jan 2009 - 21:18

Une de mes chansons préférées depuis que je suis toute petite (je vous rassure, je ne comprenais pas tout ce que ça impliquait sinon j'imagine que je serais beaucoup plus amochée que ça content mais je la trouvais très belle)

LA MORT DES LOUPS

DEUX CONDAMNÉS À MORT ONT ÉTÉ EXÉCUTÉS
UN MATIN À CINQ HEURES IL N'Y A PAS TRÈS
LONGTEMPS. LES PRÉSIDENTS, MÊME NIXON,
NE SE SONT PAS DÉRANGÉS POUR ASSISTER
À CETTE FORMALITÉ

LE DEUXIÈME PRÉSIDENT DE LA CINQUIÈME
RÉPUBLIQUE EST MORT LE 2 AVRIL 1974.
LES PRÉSIDENTS, MÊME NIXON, SE SONT
DÉRANGÉS POUR ASSISTER À CETTE CÉRÉMONIE

- LAISSEZ OUVERT... J'ARRIVE!
- DE FAIT, IL ARRIVA

Les villes sont debout la nuit dans les maisons de l'amour fou
Des appareils marchent tout seuls branchés sur des soleils de volts
Des enfants jouent à l'amour mort dans des ascenseurs accrochés
À d'autres cieux à d'autres vies là-bas sur les trottoirs glacés
Des assassins prennent le temps de mesurer leur vie comptée
Perchés comme des oiseaux de nuit sur leur arme qu'ils vont tirer
Comme on tire une carte alors qu'on sait qu'on est toujours perdant
Dans le matin les coups de feu s'agitent comme des menottes

Les loups les loups

On ne les voit jamais que lorsqu'on les a pris
Alors on voit leurs yeux comme des revolvers
Qui se seraient éteints dans le fond de leurs yeux
Alors on n'a plus peur de ces loups enchaînés
Et on les fait tourner dans des cages inventées
Pour faire tourner les loups devant la société
Des loups endimanchés des loups bien habillés
Des loups qui sont dehors pour enfermer les loups

Je les aime ces loups qui nous tendent leur vie

Les routes sont des chiffres bleus dans la tentation du printemps
Du deux cent vingt à la Centrale À deux cent vingt vers l'hôpital
Des drogués sortent dans la cour faire cent pas avec le vent
Et la Marie dans les poumons ils se vendent pour trois dollars
Des grues qui font le pied de nez aux maisons blêmes mal chaussées
Des magazines cousus de noir ressemblent aux linges de la mort
Les cathédrales de la nuit ont des Cafés au fond des cours
On a flingué deux anges blonds dans un Café de Clignancourt

Les loups les loups

C'est eux toujours les loups qui dérangent la nuit
Qui la font se lever dans le froid du métal
C'est eux qu'on chasse alors qu'il ne tiendrait à rien
À peine un peu d'amour sans le Bien ni le Mal
Mais on les fait dormir au bout d'un téléphone
Qu'on ne décroche pas pour arrêter la mort
Qui vient les visiter la cigarette aux lèvres
Et le rhum à la main tellement elle est bonne

Je les aime ces loups qui nous tendent la patte

On oublie tout et les baisers tombent comme des feuilles mortes
Les amants passent comme l'or dans la mémoire des westerns
Les images s'effacent tôt dans le journal que l'on t'apporte
Et les nouvelles te font mal jusqu'à la page des spectacles
À la Une de ce matin il y a deux loups sans queue ni tête
Ils sont partis dans un panier quelque part dans un pays doux
Où la musique du silence inquiète les hommes et les bêtes
Ce pays d'où l'on ne revient que dans la mémoire des loups

Les loups les loups

Lorsque j'étais enfant j'avais un loup jouet
Un petit loup peluche qui dormait dans mes bras
Et qui me réveillait le matin vers cinq heures
Chaque matin à l'heure où l'on tuait des loups

Je les aime ces loups qui m'ont rendu mon loup
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Matthieu
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeLun 5 Jan 2009 - 21:24

Ah Léo meilleur poète que chanteur en réalité. Même si l'entendre chanté les anarchistes donne toujours le frisson.

Les anarchistes : Video.
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 8:16

Moi c'est l'affiche rouge qui me donne des frissons
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 11:07

Le drapeau du communisme libertaire?
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 11:11

"L'affiche Rouge" Poème de Louis Aragon (1897-1982).

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant





La campagne de l'affiche fait suite à l'arrestation des 23 membres du groupe Manouchian, affilié aux FTP - MOI (Francs-tireurs et partisans - Main d'œuvre immigrée). Les 22 hommes seront fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien, tandis qu'Olga Bancic, elle sera guillotinée le 10 mai de la même année à Stuttgart, une loi française interdisant alors de fusiller les femmes. L'affiche sert à la propagande nazie qui stigmatisera l'origine étrangère de la plupart des membres de ce groupe, principalement des Arméniens et des Juifs d'Europe de l'Est.

Le réseau Manouchian était constitué de 23 résistants communistes, dont 20 sont étrangers, des espagnols rescapés de Franco, enfermés dans les camps français des Pyrénées, des Italiens résistant au fascisme, Arméniens, Juifs surtout échappés à la rafle du Vel'd'Hiv' de 1942 et dirigé par un Arménien, Missak Manouchian. Il faisait partie des mouvements de Résistance communiste et était le responsable des FTP MOI de la région parisienne. [1] Ils sont enterrés dans le cimetière d'Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où une stèle a été érigée en leur mémoire.

Bien des années après, en 1985, Stéphane Courtois et Mosco Boucault réalisent un documentaire, Des terroristes à la retraite [2]. Ce long métrage, qui met en scène Simone Signoret en voix-off, accuse la direction de l'époque du parti communiste français (PCF) d'avoir lâché voire vendu le groupe Manouchian.

Un documentaire diffusé sur France 2 le 15 mars 2007 veut contredire cette thèse, en suivant l'historien Denis Peschanski, lequel s'appuie sur de nouveaux documents dans les archives russes, françaises (aux Archives nationales et à la préfecture de police) et allemandes. D'après ces documents d'archives ouverts récemment, la chute du réseau est le fruit du travail de la seule police française. Ce sont les deux branches créées par les Renseignements généraux ; les Brigades Spéciales 1 et 2, la BS2, dirigée par Fernand David firent un travail de filatures pendant des mois. Lorsque Marcel Rayman commit avec Léo Kneler et Celestino Alfonso, l'attentat du 28 septembre 1943, il abat le docteur Von Ritter qui était l'un des principaux organisateurs du Service du travail obligatoire, il était déjà suivi, depuis deux mois, et ce n'est que plus tard à force de recoupements et au fil des arrestations, dont celle de Davidovitch qui avoua sous la torture, et fut libéré, que le groupe fut démantelé.

* Celestino Alfonso, Espagnol de 27 ans
* Olga Bancic, Roumaine de 32 ans
* Joseph Boczov (Boczor József; Wolff Ferenc), Hongrois de 38 ans - ingénieur chimiste
* Georges Cloarec, Français de 20 ans
* Rino Della Negra, Italien de 19 ans
* Thomas Elek (Elek Tamás), Hongrois de 18 ans - étudiant
* Maurice Fingercwejg, Polonais de 19 ans
* Spartaco Fontano, Italien de 22 ans
* Emeric Glasz (Békés (Glass) Imre), Hongrois de 42 ans - métallurgiste
* Jonas Geduldig, Polonais de 26 ans
* Léon Goldberg, Polonais de 19 ans
* Szlama Grzywacz, Polonais de 34 ans
* Stanislas Kubacki, Polonais de 36 ans
* Arpen Tavitian, Arménien de 44 ans
* Césare Luccarini, Italien de 22 ans
* Missak Manouchian, Arménien de 37 ans
* Marcel Rayman, Polonais de 21 ans
* Roger Rouxel, Français de 18 ans
* Antoine Salvadori, Italien de 43 ans
* Willy Szapiro, Polonais de 29 ans
* Amédéo Usséglio, Italien de 32 ans
* Wolf Wajsbrot, Polonais de 18 ans
* Robert Witchitz, Français de 19 ans

La postérité
* Louis Aragon écrivit en 1955, à l'occasion de l'inauguration de la rue « du Groupe Manouchian », située dans le 20e arrondissement de Paris, un poème, Strophes pour se souvenir, qui a été mis en musique en 1959 par Léo Ferré. Il a également été chanté par Mama Béa, sur l'album Du Côté de chez Léo, en 1995 ; par Leni Escudero, chanteur français issu d'une famille de gitans espagnols, réfugiés républicains de la Guerre d'Espagne ; également par Catherine Sauvage et Didier Barbelivien.

* A l'initiative de Robert Badinter, une proposition de loi, votée le 22 octobre 1997 décide de l'édification d'un monument à la mémoire des résistants et otages fusillés (dont les 23 membres du Groupe Manouchian) au Mont Valérien entre 1940 et 1944. Le monument, réalisé par le sculpteur et plasticien Pascal Convert, est inauguré le 20 septembre 2003 par le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, à la mémoire de ces 1006 fusillés.
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 11:18

Ah en fait je croyais que tu parlais du drapeau qu'on voit au début de ma vidéo, je me disais aussi c'est bizarre qu'elle ait pas vu que le noir. laugh
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 11:19

Samael a écrit:
Ah en fait je croyais que tu parlais du drapeau qu'on voit au début de ma vidéo, je me disais aussi c'est bizarre qu'elle ait pas vu que le noir. laugh

rire
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2009 - 21:03

Léo a écrit tant de choses fortes.Je l'aime.Il s'est aussi un peu fourvoyé.Je ne l'en aime pas moins.
Citation :
Les gens,il conviendrait de ne les connaître que disponibles,à certaines heures pâles de la nuit,près d'une machine à sous,avec des problèmes d'hommes,simplement,des problèmes de mélancolie.Alors on prend un verre,en regardant loin derrière la glace du comptoir.Et l'on se dit qu'il est bien tard,qu'il est bien tard...
(Extrait de Richard et,pour moi,les plus beaux mots de Ferré)
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeMer 7 Jan 2009 - 0:46

LA LETTRE

Ton ombre est là, sur ma table,
Et je ne saurais te dire comment
Le soleil factice des lampes s'en arrange
Je sais que tu es là et que tu
Ne m'as jamais quitté, jamais
Je t'ai dans moi, au profond,
Dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon coeur et tu
Te purifies dans mes poumons
Je t'ai, je te bois, je te vis,
Je t'envulve et c'est bien
Je t'apporte ce soir mon enfant de longtemps,
Celui que je me suis fait, tout seul,
Qui me ressemble, qui te ressemble,
Qui sort de ton ventre,
De ton ventre qui est dans ma tête
Tu es la soeur, la fille, la compagne et
La poule de ce Dieu tout brûlant qui éclaire nos nuits
Depuis que nous faisons nos nuits
Je t'aime, je t'aime
Il me semble qu'on m'a tiré de toi
Et qu'on t'a sortie de moi
Quand tu parles je m'enchante
Quand je chante je te parle
Nous venons d'ailleurs, tous les deux.
Personne ne le sait.
Quand je mourrai tu ne pourras
Plus vivre que dans l'alarme
Tu n'auras plus un moment à toi
Tu seras mienne, par-delà
Le chemin qui nous séparera
Et je t'appellerai
Et tu viendras
Si tu mourais, tu m'appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine,
Et la joie, et la Mort
Je meurs dans toi, et nos morts
Rassemblées feront une nouvelle vie,
Unique, comme si deux étoiles se rencontraient,
Comme si elles devaient le faire de toute éternité,
Comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes
Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime
À ce jour, à cette heure, à toujours,
Mon Amour, mon Amour.
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeVen 20 Fév 2009 - 18:45


Le faux poète

Sans latitude, sans un sou, le cul cloué
A cheval sur l'Atlas où mes filles besognent
J'ai l'œil morne du voyageur qui s'est gouré
Et qui rentre au bordel pour vider sa vergogne

Le slip barricadé et la pantoufle au vert
Des cover-girls vissées au mur qui se lamente
Une bible qui bâille un psaume de travers
Et ma feuille d'impôts qui me ronge la rente

Il pleure dans ma cour des chats de Tahiti
Des clitoris germains, des lèvres sous-marines
Et ma sirène m'accompagne dans le lit
Au son du pot-au-feu qui meurt dans la cuisine

Dans ses yeux Niagara, je noie l'alexandrin
Dans sa gaine, je sens pourrir toute l'Afrique
Mon sexe géographe et la carte à la main
Je la viole à New York et m'endors en Attique

J'ai fait l'amour avec Saturne au Bal à Jo
L'accordéon crissait des javas hérétiques
Sur le mont de Vénus et ma croix sur le dos
Je suis mort cette nuit en fumant des Celtiques

Neuilly, Honolulu, mon sperme s'est caillé
J'ai shunté ma goualante aux îles Carolines
Et porte ce matin mes sens dépareillés
Au lave-heure du coin où sèche Proserpine

Les fleurs de Nouméa se fanent à Paris
Les robinets suintants musiquent des tropiques
Je suis là et mon âme est coincée à demi
Entre un vieux pull-over et des couilles laïques

J'ai un railway dans l'âme et je tourne de l'œil
Vomissant alentour mes reliefs migratoires
La voie lactée a fait pipi dans son fauteuil
Et je me suis cassé la gueule dans le square

Miserere de l'avenue aux pieds rivés
Des albatros venus d'on ne sait où jouissent
Des rimes de nylon au cul du vieil été
Qui se meurt dans le ciel en vieilles cicatrices

Il y a des astres retraités chez Ripolin
Qui cherchent un emploi en dorure sur tranche
Et des étoiles d'or qui sont dans le pétrin
Ça pue l'éternité sur les façades blanches

Ah ! l'avion qui là-haut métallise l'azur
Les coliques de Dieu dégueulent du pétrole
Je crois en toi, Seigneur, et j'ai mal au Futur
Au quatre cent vingt-et-un, j'ai paumé l'Acropole

Le soleil s'est couché ce soir, avec ton gars
Le fils de l'homme avait du spleen dans sa musette
Un vieux compte à régler avec la lune en bas
Qui se soûlait la gueule avec un faux poète



Dernière édition par Charles le Ven 20 Fév 2009 - 18:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeVen 20 Fév 2009 - 18:50


La Marseillaise

Je connais une grue sur le Vieux Port
Avec des dents longues comme la faim
Et qui dégrafe tous les marins
Qu'ont l'âme chagrine et le cœur d'or
C'est à Marseille que je vais la voir
Quand le soleil se fout en tweed
Et que le mistral joue les caïds
C'est à Marseille qu'elle traîne le soir
Elle a des jupes à embarquer
Tous les chalands qui traînent la nuit
Et des froufrous qui font tant de bruit
Qu'on les entend au bout du quai
Il suffit d'y mettre un peu de soi
C'est une putain qu'aime que la braise
Et moi je l'appelle la Marseillaise
C'est bien le moins que je lui dois

Arrête un peu que je vois
Su tu fais le poids
Et si j'en aurai pour mon fric
Arrête un peu que je vois
Si les étoiles couchent avec toi
Et tu me diras
Combien je te dois


Je connais une grue dans mon pays
Avec les dents longues comme le bras
Et qui se tapait tous les soldats
Qu'avaient la mort dans leur fusil
C'est à Verdun qu'on peut la voir
Quand les souvenirs se foutent en prise
Et que le vent d'est pose sa valise
Et que les médailles font le trottoir
Elle a une voix à embarquer
Tous les traîne-tapins qu'elle rencontre
Et il paraît qu'au bout du compte
Ça en fait un drôle de paquet
Il suffit d'y mettre un peu de soi
Au fond c'est qu'une chanson française
Mais qu'on l'appelle la Marseillaise
Ça fait bizarre dans ces coins-là

Arrête un peu que je vois
Si t'as de la voix
Si j'en aurais pour mes galons
Arrête un peu que je vois
Et puis que j'abreuve tous vos sillons
Et je vous dirai
Combien ça fait


Je connais une grue qu'a pas de principes
Les dents longues comme un jour sans pain
Qui dégrafait tous les gamins
Fumant leur vie dans leur casse-pipe
C'est dans les champs qu'elle traîne son cul
Où y'a des croix comme des oiseaux
Des croix blanches plantées pour la peau
La peau des autres bien entendu
Celle-là on peut jamais la voir
A moins d'y voir les yeux fermés
Et le périscope dans les trous de nez
Bien allongé sous le boulevard
Suffit de leur filer quatre bouts de bois
Et de faire leur lit dans un peu de glaise
Et de leur chanter la Marseillaise
Et de leur faire une belle jambe de bois

Arrête un peu tes cuivres
Et tes tambours
Et ramène moi l'accordéon
Arrête un peu tes cuivres
Que je puisse finir ma chanson
Le temps que je baise
Ma Marseillaise




Dernière édition par Charles le Ven 20 Fév 2009 - 19:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeVen 20 Fév 2009 - 18:52


La mémoire et la mer

La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur
De mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle

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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeVen 20 Fév 2009 - 19:16


Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie
Quand dans les hameaux abattus
Les longs angélus se sont tus
Sur la nature défleurie

Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux !
Les chers corbeaux délicieux !

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids
Vous, le long des fleuves jaunis
Sur les routes aux vieux calvaires

Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France
Où dorment des morts d'avant-hier
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver
Pour que chaque passant repense

Sois donc le crieur du devoir
Ô notre funèbre oiseau noir !
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne
Mât perdu dans le soir charmé
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne

Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir
La défaite sans avenir !
La défaite sans avenir !


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MessageSujet: Re: Léo Ferré   Léo Ferré - Page 2 Icon_minitimeJeu 30 Avr 2009 - 20:16

J'aime beaucoup ce chanteur
et surtout ces textes et la façon qu'il a de poser les mots

La cigarette sans cravate
Qu'on fume à l'aube démocrate
Et le remords des cous-de-jatte
Avec la peur qui tend la patte
Le ministère de ce prêtre
Et la pitié à la fenêtre
Et le client qui n'a peut-être
NI DIEU NI MAITRE

Le fardeau blême qu'on emballe
Comme un paquet vers les étoiles
Qui tombent froides sur la dalle
Et cette rose sans pétale
Cet avocat à la serviette
Cette aube qui met la voilette
Pour des larmes qui n'ont peut-être
NI DIEU NI MAITRE

Ces bois que l'on dit de justice
Et qui poussent dans les supplices
Et pour meubler le Sacrifice
Avec le sapin de service
Cette procédure qui guette
Ceux que la Société rejette
Sous prétexte qu'ils n'ont peut-être
NI DIEU NI MAITRE

Cette parole d'évangile
Qui fait plier les imbéciles
Et qui met dans l'horreur civile
De la noblesse et puis du style
Ce cri qui n'a pas la rosette
Cette parole de prophète
Je la revendique et vous souhaite
NI DIEU NI MAITRE

ainsi que celle là:

Une robe de cuir comme un fuseau
Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C'est extra, Un moody blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

Refrain

C'est extra, c'est extra,

C'est extra, c'est extra

Des cheveux qui tombent comme le soir
Et d'la musique en bas des reins
Ce jazz qui d'jazze dans le soir
Et ce mal qui nous fait du bien
C'est extra
Ces mains qui jouent de l'arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarett' qui prie

Refrain

Ces bas qui tiennent haut perchés
Comme les cordes d'un violon
Et cette chair que vient troubler
L'archet qui coule ma chanson
C'est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu'on n'attend plus

Refrain

Une robe de cuir comme un oubli
Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C'est extra
Les moody blues qui s'en balancent
Cet ampli qui ne veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir

C'est de la poésie au sens de Verlaine "De la musique avant toute chose"
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