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 Florence Aubenas

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Marie
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Marie

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MessageSujet: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeVen 30 Avr 2010 - 2:44

Florence Aubenas Aubena10

Difficile, pour un Français, de ne pas au moins avoir entendu le nom de Florence Aubenas

Florence Aubenas (née le 6 février 1961 à Bruxelles) est une journaliste française. Elle a effectué la plus grande partie de sa carrière au sein du quotidien Libération comme grand reporter jusqu'à son départ en 2006 pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Lors d'un reportage en Irak, en 2005, elle a été retenue en otage pendant plusieurs mois. Le 2 juillet 2009, elle a été élue à la tête de l'Observatoire International des Prisons .

En octobre 2005, est paru La méprise - L'Affaire d'Outreau.
Elle a cru, à ce moment-là, vivre un rêve de journaliste. A été votée dans la foulée, à l'unanimité, la décision de faire des équipes de juges d'instrution pour qu'ils ne soient plus jamais seuls face à une affaire de cet ordre. Cette réforme devait être appliquée en 2011. Elle est bien sûr reportée sine die. Ca rend modeste, dit-elle.

Le quai de Ouistreham
Editions de l'Olivier

Avec l'argent qu'elle a gagné avec la vente de ce livre, Florence Aubenas a pris un congé sabbatique , prétextant des vacances .

Citation :
C'est la crise. Vous vous souvenez? Cela se passait jadis, il y a une éternité, l'année dernière.
La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. On ne savait même pas où porter les yeux. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler.Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place, apparemment intouchées.
Je suis journaliste: j'ai eu l'impression de me retrouver face à une réalité dont je ne pouvais pas rendre compte parce que je n'arrivais plus à la saisir...
J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache pour y chercher anonymement du travail.

C'est donc à Caen qu'elle a loué une chambre et s'est inscrite à Pôle Emploi.
Pas une bonne cliente, d'emblée.
Pas de véhicule.
Citation :
Femme seule? Plus de quarante cinq ans? Pas de formation particulière, ni de fiche de paye récente?
Dans les yeux de ma conseillère ,tous les voyants rouges clignotent. Je viens d'entrer dans la zone Haut Risque Statistique.
Elle tente une dernière question: " Et vous avez des enfants à charge? "
Quand je lui réponds non, je la vois se détendre pour la première fois.

A ce niveau -là ,la seule possibilité ,c'est agent d'entretien.
Et voici donc le récit de six mois de la vie de Florence Aubenas, agent d'entretien. Ou plutôt cherchant un poste, non, ça c'est trop demander, cherchant des "heures" d'agent d'entretien. Elle a mis un mois et demi à en trouver. Très occupée, quand même, traquer les annonces, s'y présenter, pointer à Pôle Emploi, faire des formations, etc.
Citation :

"Dans mon esprit, il paraissait évident que j'allais trouver tout de suite. Et brusquement, j'étais devant des gens qui me disaient : "Non, pas possible, enfin, vous voyez bien...", sans même finir leur phrase. Evidemment, ça recadre !"

On lui avait dit: tout sauf le ferry. Il n'y avait que cela.. horaire du soir. Une heure et demi pour tout nettoyer, les femmes s'occupent en priorité des toilettes, ce n'est pas un travail d'homme.
Après, en plus du ferry, il y aura les bungalows d'un centre de vacance, des bureaux, des grandes surfaces, etc.
En veillant toujours à se présenter régulièrement aux rendez vous de Pôle Emploi, sinon, rayée des demandeurs d'emploi, c'est le but recherché.

Florence Aubenas a refait là le parcours d'une américaine, Barbara Ehrenreich, qui avait écrit un livre passionnant , selon le même principe, L' Amérique pauvre. Ou comment survivre de hamburgers dans un camping car en cumulant trois emplois dans la même journée. Là, il manque justement , c'est dommage, les détails financiers. On sait juste qu'avec un loyer de 348 euros, elle n'a jamais réussi à survivre, même modestement.

J'ai lu ou entendu deux reproches au sujet de ce livre. Misérabilisme et pas d'analyse. C'est vrai, aucune analyse . Nul besoin,c'est un témoignage, c'est du vécu, et ce n'est pas aux acteurs de faire une analyse. Et misérabilisme, alors là, pas du tout. C'est souvent très drôle, humain, tendre dans le portrait de tous. Ce que l'on sent surtout, puisqu'elle l'a éprouvé et sait le retranscrire, c'est l'angoisse et l'épuisement. Ce n'est pas du misérabilisme, c'est du réel. C'est différent.

A quoi cela va servir? Pas à grand chose, naturellement . Huit embauches en CDI sur neuf saisonniers d'une agence de nettoyage ( on apprend beaucoup sur les agences de nettoyage!)
Ah, si!!! Sur le ferry de Ouistreham, le nettoyage des toilettes n'est plus réservé aux femmes. Les hommes aussi , maintenant. Bravo Florence!

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeVen 30 Avr 2010 - 10:13

J'ai hâte de lire ce témoignage. Les premières pages, données en ligne, vont à l'essentiel et sans fioriture. J'estime d'autant plus Florence Aubenas pour ce travail que l'on commence, depuis, à évoquer le quotidien des hommes et des femmes de ménage en France. Ces personnes qui arrivent dans les bureaux de la Défense vers 18h le soir en croisant ceux qui partent sans les voir, ces personnes quasi invisibles, qui rament d'un point à l'autre depuis 6 h le matin, et à qui on adresse rarement la parole...
Il me semble que Walraff (Tête de turc) vient de réaliser une semblable immersion dans le monde du travail en Allemagne.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeSam 1 Mai 2010 - 19:23

J' aime beaucoup Florence Aubenas.
Elle est pour moi l' image d' une journaliste intègre, courageuse et efficace !

Quant à Wallraff, c' est un personnage peu ordinaire. Journaliste engagé lui aussi, il n' a pas
hésité à infiltrer les milieux dont il voulait parler.
Son premier exploit a été de se faire embaucher par le journal pourri Bild Zeitung pour mieux
dénoncer ses pratiques démagos, rascistes et toujours proches de l' extreme droite.
Le journal lui fit un procès, mais le perdit avec les attendus de la liberté d' expression.
Wallraff a raconté comment il fut mis sous écoute téléphonique, suivi et harcelé par la police.
Il fit encore plus fort en se faisant passer pour un immigré turc, et ses avatars il les raconta
dans un livre qui fut un succès en France : Tete de Turc.

Depuis quelques années, Wallraff se sent un peu découragé. Il se rend compte que ses efforts
ont été presque inutiles et que l' état des choses est pire qu' alors.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeLun 20 Sep 2010 - 13:17

Florence Aubenas, quelle femme. Comme Bix, j'admire son intégrité, ses engagements. C'est vrai qu'il n'y a quasiment pas d'analyse dans le Quai de Ouistreham mais les faits parlent d'eux-mêmes et justement, ceq ui est intéressant c'est qu'elle ne juge pas, elle expose le système actuel. Elle nous présente les prolétaires d'aujourd'hui, ceux qu'on exploite et qui pourtant aiment leur travail (pas seulement parce qu'il peuvent gagner un peu d'argent) mais parce qu'ils veulent qu'il soit bien fait. Il y a beaucoup de dignité là-dedans. En plus l'écriture est fluide et cela se lit d'une traite. A lire donc.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeLun 20 Sep 2010 - 18:18

J'ai moi aussi été très prise par le témoignage de Florence Aubenas, comme dit Madame B cela se lit d'une traite et tout est très bien décrit, en particulier l'épuisement. Je pense que j'aurais été choquée si je n'avais pas vu quelques mois auparavant un reportage intitulé "les oubliés du travail". On y suit un homme de ménage qui mène à peu près la même vie que celle que la journaliste décrit ici. Dans le reportage, son épuisement est vraiment visible et on ressent de l'injustice pour cet homme qui n'a aucun droit de se plaindre puisque une foule de gens n'attend que de reprendre son, enfin ses postes. Je trouve que la seule chose qui a un peu manqué dans le témoignage de Florence Aubenas, c'est qu'on ressent bien son épuisement, mais jamais une panique de ne pas trouver assez d'heures pour boucler les fins de mois, car le fait qu'elle a toujours de l'argent au cas où n'est jamais totalement sorti de mon esprit. Mais bon, je suppose que ce ressenti était inévitable et inhérent à sa démarche. Par contre, on ressent vraiment avec elle toute l'injustice de ces exigences quasi impossibles à remplir.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeLun 20 Sep 2010 - 22:41

j'ai moi aussi beaucoup aimé ce livre. Même si elle n'a pas l'angoisse réelle des fins de mois difficiles, elle montre bien la difficulté de jongler avec tous les petits contrats, une heure par-ci, une heure par-là... les déplacements qui accroissent la fatigue. Les rendez-vous au pôle emploi, les formations qui font perdre du temps... Là où je travaillais avant, j'avais l'occasion de croiser les équipes de ménage. Je me rappelle une dame assez âgée qui, quand il y avait de la neige, ou la grève des transports en commun mettait deux heures pour traverser la ville. Elle devait partir de chez elle à 5h pour commencer à 7h. Elle quittait à 9h, mettait à nouveau 2h pour rentrer chez elle et recommençait le soir...
J'ai trouvé le témoignage de Florence Aubenas sincère, elle ne s'apitoie pas sur elle-même. C'est un livre que j'ai avalé en une journée. Et en tant que caennaise, je trouve qu'elle n'a pas montré une mauvaise image de ma ville..., mais ça, c'est très subjectif.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeJeu 25 Aoû 2011 - 16:27

-Le Quai d' Ouistreham. - Points/Seuil



Comme Marie, Camille 19, Babelle, Mme B et Uolav, j' aime beaucouup Florence Aubenas et je vais

me procurer ce livre...

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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeVen 2 Sep 2011 - 21:15

Allez, je note. J'ai lu une interview de Florence Aubenas sur ce livre et ça m'a donné envie.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeVen 2 Sep 2011 - 23:19

colimasson a écrit:
Allez, je note. J'ai lu une interview de Florence Aubenas sur ce livre et ça m'a donné envie.

Oui oui, j' adore Florence Aubenas ! Mais bon, je ne vais pas recommencer à vous dire pourquoi Florence
Aubenas, mais c' est pour les memes raisons -que la raison ne connait peut etre pas !- que Stéphane Hessel... cheers
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeMer 23 Nov 2011 - 22:30

Le quai d'Ouistreham


Ayant lu «Tête de turc » et «Dans la peau d’un chinois », il était intéressant pour moi de découvrir ce livre.
Non pas pour comparer car les situations sont malgré tout différentes, mais pour avoir une fois encore, un regard de « l’intérieur » sur des faits que nous ne pouvons ignorer …

Florence Aubenas a donc glissé ses pieds, ses mains, ses bras et tout son corps dans la peau des techniciennes de surface, femmes de ménage ou autres appellations ….
Elle a pris sur elle pour vivre leur quotidien, avec les difficultés qui y sont liées : logement, alimentation, transport mais aussi les bons côtés: la solidarité, l’écoute, le partage …

Elle a rencontré les employés de Pôle Emploi pour qui elle était « le fond de la casserole », les files d’attente interminables, les personnes qui vous écoutent à peine.
Elle a connu les matins où au bout de 2h 30 de nettoyage, elle avait l’impression d’avoir une journée complète dans les jambes. Elle été humiliée, critiquée, de ne pas aller assez vite, de ne pas faire correctement mais elle a également rencontré des êtres humains, certainement plus humains que quelques grands patrons …
Etre transparente, avoir l’impression de n’être que le prolongement d’un aspirateur (une des scènes est édifiante, elle est là avec son appareil mais on ne la voit pas, on ne l’entend pas, elle fait partie du décor) …. Tout cela, elle l’a découvert, ressenti au plus profond d’elle-même et elle a su le transmettre d’une écriture simple et régulière à travers une galerie de portraits et de situations diverses.

Je crois qu’au-delà de la souffrance physique, des horaires malaisés, des dos et des nuques raides, ce qui est le plus ardu à vivre, c’est la peur du lendemain.
Ne pas pouvoir refuser deux heures de labeur, à l’autre bout du département parce que « si tu dis non une fois, on t’oublie et c’est fini. », ne pas être sûre d’être reprise pour une autre mission parce qu’on ne va pas assez vite, parce que ça ne brille pas assez ….
Et là, Florence Aubenas sans pathos, sans misérabilisme a su parfaitement être la porte parole de ces femmes.

Il y aura forcément des esprits chagrins qui feront remarquer qu’après, elle a retrouvé sa vie de femme aisée, n’ayant pas de problème d’argent …. D’autres qui diront «Qu’est ce que ce que ça a changé d’avoir écrit ce livre ? »

Je répondrai simplement :

Peut-être rien pour les uns …
Peut-être tout pour d’autres ….
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeJeu 24 Nov 2011 - 0:35

Elle est très bien Florence Aubenas. Comme on dit, "elle le porte sur elle". Et des comme elle, on en manque....
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeMer 1 Fév 2012 - 14:39

Je viens de terminer Le quai de Ouistreham.

Un sacré témoignage. Lorsque l'on débute, on ne parvient plus à lâcher le livre !
Comme vous le dites, bien sûr que Florence Aubenas est un peu en décalage puisqu'elle sait que cette recherche d'emplois, d'heures n'est pas vitale car elle a de quoi asurer ses arrières.
Mais elle est tout de même à fond dedans.
Elle ne donne aucune analyse de la situation et c'est très bien. Il s'agit d'un témoignage. A chacun de se faire son propre avis.

Je n' y vois donc que le reflet de notre maginfique société humaine et les Hommes me dégoûtent de plus en plus. Comment peut-on arriver à traiter les gens ainsi ? Ici, il s'agit de femmes de ménage mais cela fonctionne de la même manière pour tout un tas de métiers dits précaires. C'est simplement une sorte d'esclavage un peu amélioré (il y a une petite paye).
Devant la peur de tout perdre les gens sont prêts à tout accepter. Les patrons en profitent et se frottent les mains, c'est écoeurant.
Lorsque ma belle-soeur m'a racontée comment son chef lui parlait et comment il l'avait licenciée, j'étais abasourdie. Elle a un fort caractère, elle est solide ... si cela avait été moi, je pense que j'aurais complètement craqué et perdu totalement confiance en moi...
Le livre de Florence Aubenas est donc un témoignage de plus mais il est important et essentiel. Je ne suis pas certaine que tout le monde se rende vraiment compte de la manière dont sont traîtés les livreurs, les hôtesses de caisse, les préparateurs de commande, tous ces p'tits boulots qui nous ont indispensables.

J'ai refermé le livre complètement attristée, rassurée d'avoir un boulot et follement pessimiste pour l'avenir de ma fille .
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeMer 1 Fév 2012 - 16:07

Je comprends tout à fait ton pessimisme, Menine. Mais tant qu' il y aura des gens comme F. Aubenas, comme Stéphane Hessel, Edgar Morin et aussi un peu partout des femmes et des hommes qui prennent des initiatives collectives sans attendre, rien n' est perdu.
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Louvaluna
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeLun 20 Aoû 2012 - 17:22

Le quai de Ouistreham
− Points, 2010, 240 pages –


« Je n’étais plus pour eux qu’un simple prolongement de l’aspirateur, la même mécanique tout juste agrémentée d’une blouse et de gants en plastique. »

De février à juillet 2009, la journaliste Florence Aubenas se glisse dans la peau d’une femme de 48 ans, titulaire du bac, sans expérience, cherchant un emploi de tout type. Elle part dans la région de Caen où elle n’a pas d’attache. Le but de cette quête : décrocher un CDI. Et puis rendre plus palpable le concept de « crise ».

Ce reportage est une plongée brutale dans cette France précaire qui ne cesse de s’étendre. Immergé dans le contexte, le lecteur peut concevoir plus aisément la lassitude mais aussi la peur que peuvent éprouver ceux qui se battent pour quelques heures de travail par semaine (extrait 1). De plus, la situation économique étant critique, certains employeurs en profitent pour contrevenir aux lois : leur proposition est à prendre ou à laisser par Pôle Emploi. On en vient à s’arranger pour avoir un maximum d’offres à proposer. Des règles toujours changeantes imposées aux chômeurs et aux employés de Pôle Emploi sont parfois d’une absurdité effarante ; elles sont souvent source de colère et de conflit (extrait 2). Mais le malaise touche également, et réunit parfois pour quelques instants, les êtres séparés par le fameux guichet : tous se sentent menacés par cette situation instable (extrait 3).

La journaliste semble avoir trouvé la juste distance pour rapporter cette expérience éprouvante (extrait 4). Reste une impression de total investissement de sa part dans cette quête, avec une réelle proximité pour les personnes rencontrées durant ces six mois : de petits détails sur chacun, démontrant même parfois une vraie sympathie à leur égard. Son rapport apparaît équilibré car nuancé, aucun parti n’étant diabolisé. L’écriture de Florence Aubenas est agréable, constellée d’images souvent percutantes, parfois malicieuses, toujours éclairantes (extrait mis en exergue et extrait 5). En somme, un reportage très instructif qui ne se prive pas d’une belle expression.

Citation :
Extrait 1 : Mme Tourlaville n’ose pas demander combien nous serons payées. Elle explique : « Tu comprends, ça ferait mauvais genre. Pour qui je vais passer ? » Avec son fils, qui est au collège et qui a les mêmes taches de rousseur, elle a fait un calcul : nous travaillons au moins cinq heures à chaque vacation au camping – parfois plus – alors que notre contrat ne prévoit une paye que pour 3 h 15.
Je lui rappelle que M. Mathieu, le patron, nous avait annoncé le premier jour que nous ne toucherions pas un sou de plus, aucune heure supplémentaire, quoi qu’il arrive. Mme Tourlaville soupire qu’elle s’en doutait. « J’espérais avoir mal compris. » De toute façon, elle ne protestera pas. Elle craint de tout perdre. L’Immaculée lui a trouvé deux autres contrats, 5 h 30 par semaine pour nettoyer des cages d’escalier dans une résidence et 1 h 45 quotidienne dans une croissanterie avant l’ouverture. La résidence est à côté de chez elle, mais la croissanterie est à vingt-deux kilomètres. Au prix de l’essence, ce second contrat ne lui rapporte presque rien et elle passe autant de tempsen déplacement qu’en travail.
« Alors tu as refusé ? je lui demande.
- Non. »

Citation :
Extrait 2 : À l’accueil, un type qui transpire excessivement est en train de protester : « Je sais que je n’ai pas rendez-vous, mais je voudrais juste vous demander de supprimer mon numéro de téléphone sur mon dossier. J’ai peur qu’un employeur se décourage, s’il essaye d’appeler et que ça ne répond pas.
- Pourquoi ? demande l’employée, qui est aujourd’hui une blonde de petite taille.
- Il ne marche plus.
- Qu’est-ce qui ne marche plus ?
- Mon téléphone.
- Pourquoi il ne marche plus ?
- On me l’a coupé pour des raisons économiques.
- Mais vous ne pouvez pas venir comme ça. Il faut un rendez-vous.
- Bon, on va se calmer. Je recommence tout : je voudrais un rendez-vous, s’il vous plaît, madame. »
La jeune femme blonde paraît sincèrement ennuyée. « Je suis désolée, monsieur. On ne peut plus fixer de rendez-vous end direct. Ce n’est pas notre faute, ce sont les nouvelles mesures, nous sommes obligés de les appliquer. Essayez de nous comprendre. Désormais, les rendez-vous ne se prennent plus que par téléphone.
- Mais je n’ai plus le téléphone.
- Il y a des postes à votre disposition au fond de l’agence, mais je vous préviens : il faut appeler un numéro unique, le 39 49, relié à un central qui vient d’être mis en place. Il est pris d’assaut. L’attente peut être longue.
- Longue ?
- Parfois plusieurs heures. »


Citation :
Extrait 3 : Sur le parking de l’agence, portières entrebâillées, des conseillers déjeunent dans leur voiture, chacun la sienne, des serviettes en papier déployées sur le volant. Ils parlent d’un collègue qui s’est suicidé dans son agence, quelques jours plus tôt, dans le Nord.
« Il paraît qu’il s’est pendu dans les escaliers de Pôle Emploi. Les autres l’ont trouvé en arrivant à 8 heures.
- La veille ; il avait offert un bouquet de jonquilles à sa voisine de bureau.
- Ici, à notre agence, ils disent qu’ils vont nous supprimer l’accès à Internet. Je crois qu’ils veulent nous empêcher d’être au courant de ce genre de choses.
- D’après une collègue, il y aurait déjà eu plusieurs autres tentatives de suicide. Elle doit m’appeler pour m’en dire davantage.
- Fais attention : il se pourrait que les lignes soient écoutées.
- Oui, téléphone plutôt de chez toi.
- Tu sais que tu peux être poursuivi si tu parles de Pôle Emploi à l’extérieur ? On m’a raconté que quelqu’un a eu des ennuis pour avoir parlé à la presse. »
Chacun claque sa portière.

Citation :
Extrait 4 : J’ai ouvert ma porte, je me suis allongée tout de suite. Je voudrais dormir. Je n’y arrive pas. Je flotte dans une vague demi-conscience, dont me tirent des fourmillements dans les bras dès que je m’assoupis vraiment. J’ai des frissons, la fatigue sans doute, car l’air est doux, j’ai du soleil plein les paupières, malgré mes yeux fermés. Il faudrait que je bouge. Je n’y arrive pas non plus, une mollesse comme quand on a la fièvre. Je devrais peut-être manger quelque chose. Je me souviens d’avoir avalé une baguette entière dans le Tracteur, avec un litre de Yop Coco, mais je n’arrive plus à savoir si c’était hier soir, au retour du ferry, ou ce matin, au retour du ménage. J’ai l’impression de passer mon temps à rouler, en pensant sans penser, la tête traversée par des combinaisons compliquées d’horaires, de trajets, de consignes. Se souvenir d’arrêter l’alarme en arrivant à tel endroit, prendre la sortie sur la voie rapide pour aller dans tel autre, remettre les clés du local dans leur cachette, ne pas oublier de sortir la poubelle de la cafétéria.

Citation :
Extrait 5 : On me traite avec une douceur d’infirmière dans un service de soins palliatifs, mais fermement. Les questions tombent, toujours les mêmes. Est-ce j’ai une expérience dans l’intérim ? Non. Est-ce que j’ai au moins une expérience quelconque et récente à Caen ? Non et non. « Alors, vous ne pouvez pas être classée parmi les personnes très très sûres, les Risque Zéro, précise un autre jeune homme, dans une autre agence. Aujourd’hui, les Risque Zéro sont les seuls auxquels les employeurs font appel pour l’intérim. On a un fichier spécial pour ça, même pour des remplacements de vingt-quatre heures à l’usine de steak hachés. »

Réaction aux précédents commentaires :

Marie : « J'ai lu ou entendu deux reproches au sujet de ce livre. Misérabilisme et pas d'analyse. C'est vrai, aucune analyse. Nul besoin, c'est un témoignage, c'est du vécu, et ce n'est pas aux acteurs de faire une analyse. Et misérabilisme, alors là, pas du tout. C'est souvent très drôle, humain, tendre dans le portrait de tous. Ce que l'on sent surtout, puisqu'elle l'a éprouvé et sait le retranscrire, c'est l'angoisse et l'épuisement. Ce n'est pas du misérabilisme, c'est du réel. C'est différent. »

Moi non plus, je ne vois pas de misérabilisme là-dedans. Florence Aubenas y expérimente un métier particulièrement pénible, surtout dans ces conditions (plusieurs contrats de quelques heures à honorer par semaine), et, comme tu le dis, le retranscrit très bien ; sauf, peut-être, pour les personnes qui vivent dans d’autres sphères…

Madama B. : « Elle nous présente les prolétaires d'aujourd'hui, ceux qu'on exploite et qui pourtant aiment leur travail (pas seulement parce qu'il peuvent gagner un peu d'argent) mais parce qu'ils veulent qu'il soit bien fait. Il y a beaucoup de dignité là-dedans. »

En effet, la notion de dignité est évoquée à plusieurs reprises si ma mémoire est bonne.

Camille19 : « Je trouve que la seule chose qui a un peu manqué dans le témoignage de Florence Aubenas, c'est qu'on ressent bien son épuisement, mais jamais une panique de ne pas trouver assez d'heures pour boucler les fins de mois, car le fait qu'elle a toujours de l'argent au cas où n'est jamais totalement sorti de mon esprit. Mais bon, je suppose que ce ressenti était inévitable et inhérent à sa démarche. Par contre, on ressent vraiment avec elle toute l'injustice de ces exigences quasi impossibles à remplir. »

Cette histoire de sécurité économique la concernant m’a aussi traversé l’esprit. Cependant, lorsque toutes les portes se ferment parce qu’elle ne possède pas de voiture, elle joue le jeu. Elle ne va pas en louer une, comme elle le fera, une fois redevenue journaliste, en revenant sur Caen après avoir écrit le livre. Mais c’est aussi intéressant de voir une personne comme elle faire face à ce monde-là. Je pense notamment à sa réaction face à cette jeune femme qui refuse d’aller voir un dentiste parce que c’est trop compliqué d’obtenir un rendez-vous lorsqu’on a une CMU.

Menine : « Le livre de Florence Aubenas est donc un témoignage de plus mais il est important et essentiel. Je ne suis pas certaine que tout le monde se rende vraiment compte de la manière dont sont traîtés les livreurs, les hôtesses de caisse, les préparateurs de commande, tous ces p'tits boulots qui nous ont indispensables.»

Malheureusement, ceux qui s’en rendent compte sont souvent passés par là, ou ont des proches qui en ont souffert. Sinon, on a tendance à fermer les yeux sur ce qui dérange dans notre société bancale.
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitimeLun 20 Aoû 2012 - 19:41

Merci pour ton commentaire Louvaluna content
Il ravive bien mes propres souvenirs de lecture... mais j'avais un peu laissé le livre de côté, il faudra que j'y revienne.

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Florence Aubenas   Florence Aubenas Icon_minitime

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Florence Aubenas
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