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 Anne-Catherine Blanc

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Sam 21 Nov 2009 - 21:14



D'origine catalane, Anne-Catherine Blanc est née et a grandi au Sénégal.
Professeur de français, elle revient dans le Roussillon après avoir exercé en Afrique du Nord et à Tahiti.
Elle a déjà publié Moana blues ( au Vent des Iles, Tahiti) , qui lui valut en 2003 le Prix des étudiants de l'Université de Polynésie française.
source: Editeur



L'astronome aveugle

L'astronome du roi, célèbre dans le monde entier pour sa grande science et des oracles, perd peu à peu la vue. Par honnêteté envers son monarque, il sollicite son remplacement par un jeune confrère brillant et plein d'avenir. Il prend alors sa retraite tout en restant au château, logé par le roi dans une chambre inutilisée en raison de son manque de lumière et de vue: elle donne sur un mur aveugle! Malgré les serments royaux de ne jamais le négliger, notre astronome aveugle en retraite se rend compte très vite que cette vie de reclus et d'assisté n'est pas pour lui: il a connu les honneurs, la gloire, la célébrité et aujourd'hui il passe inaperçu et se sait indésirable dans son ancienne tour d'observation.

Un jour, en se promenant au bord de la mer, l'appel de l'aventure le saisit: il décide de partir sur les routes, toujours en longeant la côté, enivré du parfum iodé des embruns et de la lande, accompagné de son chat, compagnon fidèle revenu vers lui depuis qu'il a repris goût à la liberté et de s'affranchir de l'autorité royale!

Les deux comparses s'en vont par les chemins, sous le soleil et la chaleur du printemps, humant avec délices les senteurs méditerranéennes des sentiers et des landes. Après deux saisons d'errance, l'hiver approche et avec lui, les frimas et l'humidité qui font comprendre à nos deux amis qu'il serait temps de s'établir à l'abri en attendant le retour des beaux jours. C'est ainsi que l'astronome échoue, guidé par l'opiniâtreté et le falir de son chat, à la porte d'un phare où vit un gardien avec lequel ils lieront amitié.

Le fil des jours et des nuits s'écoule au gré des gardes et des brasiers nocturnes, lumières salvatrices des marins, au gré des rendez-vous secrets entre le gardien et son amante. Les deux hommes, que tout semble éloigner, construisent une solide amitié où l'érudition de l'un ouvre le regard de l'autre sur les étoiles et le monde nocturne, où les conversations s'égrennent autour d'un verre de grand vin pour mourir au petit matin, lorsque les lueurs de l'aube appellent au sommeil.

L'astronome se laisse emmitouffler dans la douceur d'un bonheur sans faille, dans la chaleur d'une vieillesse sereine, jusqu'à ce qu'un navire royal, ramenant d'une secrète ambassade la fiancée du prince héritier, vienne bouleverser cette vie simple et tranquille.


"L'astronome aveugle" est un roman insolite à bien des égards: entre le sujet d'une grande sensibilité (l'amitié entre deux solitudes) et l'écriture tout en délicatesse au style médiéval, cette oeuvre est un ovni dans la rentrée littéraire. Anne-Catherine Blanc entraîne son lecteur, au rythme d'une danse ancienne, à regarder vers un lointain passé, à scruter un lointain rivage, celui de la route que chacun s'est choisie, celui de l'accomplissement de sa destinée, de son être. Elle offre au lecteur, grâce au choix d'une prosodie lente, celle de la marche d'un aveugle, celle de la marche veloutée d'un chat, le temps de s'attarder sur une image suscitée par les mots-enluminures du texte. Pour une fois, le lecteur sent qu'il peut traîner au gré des images engendrées par l'écriture; il sait qu'il parviendra, en ayant savouré avec un plaisir sans cesse renouvelé l'ambiance sépia du roman, à l'ultime phrase, celle qui sonnera la fin d'une lecture hors du temps. Il quittera, avec un pincement au coeur, des personnages attachants, des senteurs d'un monde oublié, d'une époque révolue ou d'un rêve éveillé. Au rythme lent d'une marche au plus profond de l'âme, le lecteur suit les méandres des choix de vie de l'astronome, d'un homme qui au soir de son existence, en regardant sans apitoiement son passé, acceptera son présent pour offrir un avenir à la jeunesse....le tout sous les regards complices et étoilés d'un chat pas comme les autres!

"L'astronome aveugle" est un court roman philosophique dont le fil conducteur est non seulement celui de la liberté mais aussi celui d'une libération de l'âme, des valeurs essentielles à transmettre afin que la vie ne s'éteigne pas en vain.

Ce roman est une véritable petite pépite à découvrir et à savourer!
Et une très belle découverte  cheers
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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Dim 2 Mai 2010 - 19:07


Moana blues, Anne-Catherine Blanc, éditions Au vent des îles, 3ème trimestre 2002, 178 p.

Moana blues, premier roman d'Anne-Catherine Blanc se déroule sur une seule journée. Il nous fait pénétrer dans l'intimité d'une famille tahitienne recomposée et métissée, celle de Moana, un jeune surfeur de seize ans mort en plongeant dans le « Grand bleu » au-delà du récif-barrière du lagon.
Ce livre n'est en rien le récit convenu ou complaisant d'une journée de deuil ou d'un fait divers tragique, mais plutôt celui d'une plongée dans le gouffre, dans la "part nocturne" de Paulot, un « petit popa'a ( Blanc) paumé », beau-père de Moana et héros principal dont la douleur vient cautionner la « paternité d'élection ».
Misère et grandeur d'un homme que la souffrance conduira à l'aveu nécessaire à la rédemption !

C'est un très beau roman , intense et émouvant, porté par une écriture forte.
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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Dim 2 Mai 2010 - 19:21


Anne-Catherine Blanc, L'astronome aveugle, Ramsey,juin 2009, 152 p.

Une interview m'a appris qu'Anne-Catherine Blanc avait écrit L'astronome aveugle, ce livre si apaisant, pour se reposer, justement, de l'écriture du premier , d'un style et d'un ton bien différent :
"J’ai besoin de me remettre de certains récits "durs" par du fluide, du léger, comme par exemple L’Astronome aveugle . Ce conte m’a permis de reprendre mon souffle après Moana Blues dont la rédaction a été une épreuve."


L'astronome aveugle est un récit initiatique suivi d'un petit conte qui vient en souligner et en compléter l'enseignement.
Anne-Catherine Blanc y illustre une philosophie épicurienne de la vie en se situant résolument en dehors de notre temps. Et l'on éprouve un grand plaisir à s'abandonner au charme de son écriture élégante, malicieusement ornée de quelques tournures désuètes, une écriture légère et délicate, sensible et sensuelle, et très fortement évocatrice.
Contrairement à ce qu'aurait pu présager son titre, L'astronome aveugle vous inonde de lumière : les nuits scintillent sous les étoiles, les flammes des brasiers vous y réchauffent et les paysages chantent sous le soleil. La mer, personnage à part entière tout comme le chat , fidèle et mystérieux compagnon de l'astronome, y est omniprésente.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Anne-Catherine Blanc   Dim 2 Mai 2010 - 20:41

merci de tes commentaires Emmanuelle !

des lectures que je note !

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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Anne- Catherine Blanc   Lun 3 Mai 2010 - 11:10

2 extraits au style très différent pour donner un aperçu du talent d'Anne-Catherine Blanc :

Tout d'abord, le début de Moana blues ( qui fait suite à un beau prologue de 4 pages, écrit dans un style très poétique )


4h 45
Il se réveille la bouche acide, le crâne lourd. C'est comme un début de mauvaise cuite qui ne dit pas son nom, quand on a bu juste un peu plus que d'habitude, mais pas trop, pas vraiment de quoi se retrouver avec un diesel marin sous la tonsure dans un lit roulé par la houle avec un seul désir, celui de gerber ses tripes jusqu'aux orteils par-dessus bord. Puis il se rappelle qu'il n'a pas bu la veille, enfin pas plus que d'habitude, deux Cutty, trois canettes, la limite qu'il s'impose en semaine – sauf occasion spéciale – pour ne pas finir ses jours complètement imbibé. Deux Cutty, trois canettes, autant dire une misère, alors qu'il en avait justement une sacrée, d'occasion : comme on dit, boire pour oublier.
Le hic, c'est qu'il n'a pas bu, mais qu'il a oublié quand même. Oublié à quoi ressemble la saloperie visqueuse qui va lui sauter sur le râble dès qu'il sera un peu mieux réveillé. Il a oublié en quoi elle consiste. Il n'a pas oublié qu'elle est là, qu'elle le guette, accroupie près de ce lit bien stable qui ne veut pas rouler, bavant du désir de lui sucer le coeur, de lui ronger la cervelle. Il faut se rendormir d'urgence, remettre à plus tard l'innommable. Quand le sommeil aura fui hors de portée, la réalité n'en sera pas plus tendre, mais il aura au moins la pauvre satisfaction d'avoir tiré sur la corde jusqu'au dernier toron, d'avoir épuisé toutes les possibilités de sursis.
Il sait. Il sent qu'il lui reste un petit rab de sommeil, pas grand chose, une demi-heure, une heure tout au plus, un petit rab ailé d'oubli vicieux qui lui tournoie autour de la calvitie et s'enfuit en zonzonnant quand il tente de le happer au vol. L'attraper, merde, l'attraper avant l'éveil irréversible, le claquer, se l'aplatir sur la tronche et dormir, merde, dormir.
(...)


Dernière édition par Emmanuelle Caminade le Lun 3 Mai 2010 - 11:14, édité 1 fois
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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Lun 3 Mai 2010 - 11:14

Ensuite, un extrait de L'astronome aveugle, p.22/23:

L'astronome aveugle allait le long des quais, humant non plus l'humidité des caves qui montait des culs-de-basse-fosse du château mais celle du port, vivante, toute imprégnée d'une riche odeur de goudron, de bois et d'étoupe. Le choc léger des coques qui heurtaient les gros billots enveloppés de toile goudronnée servant de pare-battage pour les protéger de la pierre des jetées, le chant acéré de la brise dans les gréements, scandé de menus cliquetis métallique et de raclements de chaînes, le frottement monotone des lourdes amarres pétries de cordes et de sel qui se balançaient au gré du flot, emplissaient ses oreilles d'un hymne qui sonnait comme une musique céleste. Passant la langue sur ses lèvres, il y goûtait l'embrun avec volupté; si, dans ce mouvement, il happait sans le vouloir quelques rudes poils de sa moustache blanche, il coyait mâcher des algues. Il en trépignait de bonheur, comme un enfant gâté.
Il alla le long des quais, puis se retrouva sur la grève. Des galets roulèrent sous ses pas, sonnèrent sous sa canne ferrée. Ensuite, le sable envahit ses sandales et se logea entre ses orteils. Il se pencha en avant, tendit les mains et rencontra l'écume douce : il était arrivé au bord extrème de la mer. Alors il mouilla son visage, aspira, éternua, tenta de boire, recracha, avança, dansa à l'orée des vagues une sorte de gigue, trempa ses chausses et le bas de sa cape, battit des bras dans l'eau salée, failli perdre sa canne et son écuelle; enfin il se livra à mille démonstrations fort déraisonnables pour un savant. Puis, comme il commençait à ressentir la fatigue, n'étant guère habitué, en dépit de sa constitution robuste, à se donner pareil mouvement , il s'écroula dans le sable, riant sa joie à la mer fraîche, au vent de musc et d'iode, au friselis des vagues et à la pâle lumière de la lune, qu'il pouvait à nouveau sentir sur sa peau, ayant oublié jusqu'à l'existence des murailles du palais.
(...)
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MessageSujet: Re: Anne-Catherine Blanc   Lun 3 Mai 2010 - 11:40

Merci pour l'extrait de Moana blues, oui parce que (sans surprise ?) il m'accroche bien plus que celui de L'astronome aveugle, et parce que sans cet extrait, le résumé de Moana blues ne me disait trop rien, alors que là... vu l'écriture... je mets un grand Peut-être !

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Emmanuelle Caminade
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Lun 3 Mai 2010 - 12:21

Alors, je prolonge un peu l' extrait précédent de Moana blues :

Il se retourne vers le mur, s'enroule dans le drap, s'y entortille comme s'il faisait froid, alors que déjà la chaleur de l'aube, inexorable, envahit la chambre. Il sait que quand il a vraiment trop chaud, il a tendance à dormir plus longtemps, à s'engluer dans une torpeur pâteuse d'où il ne s'arrache qu'avec difficulté. Et quand il s'en arrache, en général, il est d'une humeur exécrable. Alors, d'habitude, comme il n'est pas mauvais bougre, il essaie d'éviter ce plan-là pour épargner la famille. Ce matin, eh bien, tant pis pour les autres. Il s'enveloppe comme une momie, il étouffe, il a encore mal au crâne mais déjà le sommeil commence à l'anesthésier. Il sent que ça va marcher.
Dans la chambre à côté, la petite pousse un cri perçant qui monte, monte, se casse en sanglots bruyants, s'arrête net sur un silence récupérateur d'oxygène et repart de plus belle.
Il voudrait enfoncer la tête dans le coussin, le plaquer sur ses deux oreilles, mais il s'est lui-même tellement ficelé dans la saleté de drap qu'il ne peut plus dégager ses mains. Le temps d'y arriver, une porte s'est ouverte en grinçant, un murmure lui parvient à travers la cloison, quelqu'un est en train de calmer la gosse, de lui parler doucement, de l'aider à se rendormir. Pas à dire mon Paulot : les familles extensibles, c'est chiant la plupart du temps, mais ça a parfois du bon. T'imagines, nouveau père à Paris, dans un appart' de deux mètres carrés, t'aurais dû y aller toi-même.
En plus, ce murmure si doux, si caressant, presque liquide, c'est tout juste s'il n'agit pas sur lui mieux que sur la gamine. Quel dommage que dans ces familles à rallonge, les femmes n'aient pas l'idée de bercer le père avec l'enfant. Il donnerait gros pour que quelqu'un, n'importe qui mais de préférence du sexe féminin, arrive pour le border, lui bourdonner des sucreries au creux de l'oreille, lui caresser les cheveux, enfin soyons réalistes : la peau du crâne sous les quelques crins jaunes et rêches qui y font de la résistance. Il ne pourra jamais avouer ça aux autres, ils rigoleraient en le traitant de vieux cochon, alors que merde, ça ne le ferait même pas bander, tout ce qu'il veut, c'est qu'on le berce pour qu'il se rendorme et basta. Il veut juste redevenir un bébé.
(...)
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MessageSujet: Anne-Catherine Blanc   Jeu 13 Mai 2010 - 18:27

Ne trouvant pas de fonction "éditer" pour rajouter cette précision sous la photo d'Anne-Catherine Blanc, je précise ici qu'il s'agit d'un cliché de la blogueuse Madame Charlotte .
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MessageSujet: Re: Anne-Catherine Blanc   Lun 4 Avr 2011 - 10:11


Passagers de l'archipel, Anne-Catherine Blanc, Ramsay , mars 2011, 202 p.

Passagers de l'archipel  le troisième livre d'Anne-Catherine Blanc a pour cadre Tahiti, une île que l'auteure connaît bien pour y avoir vécu plusieurs années. Et on retrouve avec plaisir non seulement un univers particulier et des thèmes récurrents mais aussi un style. Une écriture légère et sensible alternant un registre comique et familier et une dimension poétique et philosophique .
Ce recueil de nouvelles offre une vision de cette île mythique très différente de l'image exotique galvaudée encombrant les esprits. S'éloignant des clichés, l'auteure nous fait partager avec humour et empathie la vie quotidienne des Tahitiens , de ces hommes et de ces femmes simples qui «ne sont pas des anges». Elle nous fait découvrir un peuple «stigmatisé» par les dérives de la modernité qui a conservé des valeurs de tolérance et de solidarité car il reste malgré tout adapté à son monde maritime originel.
Anne-Catherine Blanc nous embarque sur un navire voguant sur l'infini de la mer dont nous sommes les éphémères passagers, et de cette errance qui est avant tout intérieure, il émane une sorte de philosophie de l'ancrage et du détachement, comme si chacun devait trouver «sa place» en harmonie avec le monde, pour pouvoir ensuite être prêt à s'en libérer.
 
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MessageSujet: Re: Anne-Catherine Blanc   Jeu 7 Avr 2011 - 11:00

EXTRAIT de Passagers de l'archipel :

Lignes de vie, p42/43

(...) 
  Il sait bien, le vieux, qu'à l'échelle du cosmos, la durée de ses kanji sur le papier crasseux des annuaires, voué à l'allumage du barbecue familial ou au pourissement ignoiminieux au fond des sacs poubelles, est à peine moins longue que celle des tatouages voués, eux, à la lente décomposition du corps et de son enveloppe. Il sait que les clients du voisin, qui sortent de l'officine tout glorieux de se croire marqués pour l'éternité, réduisent l'éternité à leur pauvre fragment d'existence.
Tout ça le fait sourire. Car dans le fond, ça n'a aucune importance. Les signes qu'il trace, il les trace pour le bonheur de se sentir vivant. Il est fier d'exister encore, sec et solide comme un vieux bambou, après toutes ces années à travailler sans cesse sur un caillou pointu jailli du fond des abysses au milieu du Pacifique, un caillou crépu de corail et de jungle dont il n'est jamais sorti, jamais, même pour poser le pied à Mororea, l'île jumelle.
Mais il lui ,arrive parfois, quand il trace un kanji, de ne plus se sentir exister que comme souffle vital, comme pur élan du corps devenu simple conducteur de l'énergie universelle. Dans ces instants de grâce, il s'oublie et se fond dans le creuset du monde. Sa vie alors n'est plus sa vie, elle participe de cette énergie démesurée et il expérimente à l'avance, ébloui comme un enfant qui mâchouille un bout de pâte crue avant que sa mère n'enfourne le gâteau, la saveur inachevée , mais grisante, de son éternité.
(...)


( Pour vous permettre de mieux connaître Anne-Catherine Blanc, cet écrivain de talent encore confidentiel , je me permets de signaler l'entretien que je viens de réaliser avec elle sur mon blog )
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