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 Juan José Saer [Argentine]

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MessageSujet: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 10:34

Juan José Saer [Argentine] Saer


Citation :
Juan José Saer, né le 28 juin 1937 à Serodino (province de Santa Fe, Argentine) et mort le 11 juin 2005 à Paris (France), est un écrivain argentin.

Il pratiqua différents genres littéraires mais c'est surtout dans le champ de la narration et du roman qu'il s'est exercé et que son talent a bénéficié d'une large reconnaissance. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains argentins contemporains.

Il s'installa à Paris en 1968 et enseigna notamment à l'université de Rennes. Il obtint le prix Nadal en 1987 pour son roman La ocasión.

Les spécialistes ayant travaillé sur son œuvre sont Gramuglio, María Teresa ; Larrañaga-Machalski, Silvia; Corbatta, Jorgelina; Sarlo, Beatriz; et Premat, Julio, entre autres.


On a fait une Lecture en commun pour cet auteur

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 10:38

Le Fleuve sans Rive.
Une lecture réellement passionnante, une écriture aisée qui se lit très bien. Récit structuré qui ne saute pas du coq à l’âne comme je le craignais d’abord, organisé en 4 parties comme la célèbre œuvre de Vivaldi : printemps, été, automne et hiver. Si d’autres parfumés ont lu ce livre, je ne serais pas contre un ou deux éclaircissements quant à ces intitulés que je ne m’explique pas.

Ce livre n’est pas un roman, ou beaucoup plus qu’un roman : c’est d’abord une critique de l’Argentine, de ses gouvernements, de sa société, de son histoire… Un livre qui nous apprend beaucoup sur une nation antipode dont je ne savais personnellement presque rien. Saer nous apprend par exemple qu'une forte immigration a envahi le Rio de la Plata (région de Buenos Aires au Nord-est du pays) à partir des années 1870 si bien que dans les années 1930, 3 adultes sur 4 étaient nés à l'étranger.

J'ai apprécié l'humour et le détachement avec lesquels Saer décrit la valse des gouvernements et des changements qu'elle entraine : jusqu'aux changements des noms de rues !

Une interrogation également au sujet de ce fameux Rio de la Plata, véritable héros de ce livre : fleuve ou pas fleuve ? J'ai lu que cette question avait été soulevée mainte fois. Pour moi qui ai regardé attentivement la carte du coin, ce Rio m'évoque notre estuaire de la Gironde. Je le vois en baie et non en fleuve. Quand je suis à Royan, je vois la mer et non le fleuve. Ce Rio de la Plata me fait penser à ça. 48 km de large en fond de baie et 219 à sa sortie dans l'Atlantique !

Morceau choisi :
Dans la 3e partie (l'hiver), pages 209 et 210 :

Citation :
A des degrés divers, tout homme politique un peu ambitieux est hypocrite, et l'on pourrait soutenir que dans le système dit démocratique, il faut, pour obtenir la majorité, faire des promesses à trop de secteurs à la fois, ce qui conduit nécessairement à l'hypocrisie.


Ca me fait vaguement penser à quelqu'un, qui n'est pas argentin, mais petit, président d'un pays européen et marié à un ancien mannequin...

Mais j'avoue ne pas avoir été très emballé par la 4e et dernière partie qui est, pour moi, la moins passionnante du livre : Les considérations sur le goût du céleri ne m'ont pas convaincu !

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 12:33

Merci d'introduire cet auteur chez les Parfumés

Auteur que mon libraire m'avait confié avec les plus grandes louanges..
J'ai lu Grande fugue et j'ai bien aimé.. malheureusement il y a toujours trop de tentations nouvelles qui m'empêchent souvent de continuer avec un auteur Wink
ce fil va me le rappeler Very Happy

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 13:32

kenavo a écrit:
Merci d'introduire cet auteur chez les Parfumés
De rien !
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kenavo a écrit:
malheureusement il y a toujours trop de tentations nouvelles qui m'empêchent souvent de continuer avec un auteur Juan José Saer [Argentine] Icon_wink
C'est le cas pour tous les auteurs. Chaque fois que j'en découvre un, j'ai envie de l'approfondir. Mais j'en trouve rarement le temps (sauf pour mes préférés pour lesquels je fais un effort particulier).

Sur ma liste Saer, j'ai noté L'Enquête et L'Occasion.
Un jour peut-être si je trouve un autre parfumé pour se joindre à moi.
(ceci peut-être considéré comme un appel).

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 13:50

Harelde a écrit:
Sur ma liste Saer, j'ai noté L'Enquête et L'Occasion.
Un jour peut-être si je trouve un autre parfumé pour se joindre à moi.
(ceci peut-être considéré comme un appel).
je suis prise concernant lectures en commun et vacances jusqu'à fin mai.. mais à partir de là on peut initier volontairement une lecture en commun Very Happy

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeLun 3 Mai 2010 - 13:52

kenavo a écrit:
Harelde a écrit:
Sur ma liste Saer, j'ai noté L'Enquête et L'Occasion.
Un jour peut-être si je trouve un autre parfumé pour se joindre à moi.
(ceci peut-être considéré comme un appel).
je suis prise concernant lectures en commun et vacances jusqu'à fin mai.. mais à partir de là on peut initier volontairement une lecture en commun Juan José Saer [Argentine] Icon_biggrin
Rien ne coûte de soumettre l'idée en effet !
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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeVen 2 Juil 2010 - 11:54

L'Enquête.

Un argentin (Pigeon Garay) installé à Paris depuis une vingtaine d'années revient à Buenos Aires pour la première fois. Il retrouve ses amis d'enfance et se retrouve en présence d'un étrange roman dactylographié de 815 pages, jamais publié et dont l'auteur est incertain.
Le soir après avoir étudié le roman pour la première fois, Pigeon conte à ses amis une sordide affaire policière qui s'est déroulée dans le XIe arrondissement de Paris.

Livre très curieux. Tout le bouquin, je me suis demandé comment Saer allait boucler son livre en réunissant les deux parties du livre : l'enquête et le roman inconnu. Et finalement, il ne les réunit pas. On n'entend plus jamais parler de ce fichu bouquin. Il nous avait appâté là-dessus et nous abandonne sans rien nous dire de plus. Très décevant.

D'autres personnes connaissent-ils ce livre ?
Suis-je passé à côté de quelque chose ?

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeVen 2 Juil 2010 - 11:57

Harelde a écrit:
D'autres personnes connaissent-ils ce livre ?
Suis-je passé à côté de quelque chose ?
pas encore lu.. je vais revenir le moment que c'est fait Wink

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeVen 2 Juil 2010 - 18:49

Harelde a écrit:
Il nous avait appâté là-dessus et nous abandonne sans rien nous dire de plus. Très décevant.

D'autres personnes connaissent-ils ce livre ?
Suis-je passé à côté de quelque chose ?
Le concept est amusant, mais tu ne m'as pas beaucoup donné envie de le lire... du coup, je ne pourrai pas te dire si tu es vraiment passé à côté de quelque chose ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeVen 2 Juil 2010 - 19:19

Je l' ai lu il y a longtemps, Saer...

Pas ma tasse de maté !
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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeSam 10 Juil 2010 - 19:51

Harelde a écrit:
L'Enquête.

Un argentin (Pigeon Garay) installé à Paris depuis une vingtaine d'années revient à Buenos Aires pour la première fois. Il retrouve ses amis d'enfance et se retrouve en présence d'un étrange roman dactylographié de 815 pages, jamais publié et dont l'auteur est incertain.
Le soir après avoir étudié le roman pour la première fois, Pigeon conte à ses amis une sordide affaire policière qui s'est déroulée dans le XIe arrondissement de Paris.

Livre très curieux. Tout le bouquin, je me suis demandé comment Saer allait boucler son livre en réunissant les deux parties du livre : l'enquête et le roman inconnu. Et finalement, il ne les réunit pas. On n'entend plus jamais parler de ce fichu bouquin. Il nous avait appâté là-dessus et nous abandonne sans rien nous dire de plus. Très décevant.

D'autres personnes connaissent-ils ce livre ?
Suis-je passé à côté de quelque chose ?

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J'arrive presque à la fin du livre, mais c'est exactement l'impression que j'ai eue jusqu'ici ! Juan José Saer [Argentine] 519158


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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeMar 17 Aoû 2010 - 16:36

Une critique du livre trouvée sur le site du Matricule des Anges :
"Ce roman fait l'effet d'un apéritif consommé sans modération : il nous tourne la tête mais le résultat est assez agréable et il n'est pas nécessaire d'être masochiste pour se faire berner en sachant qu'on se fait berner et en aimant ça. Les amateurs de polar diront qu'il ne s'agit pas là d'un livre à classer dans cette catégorie. Erreur! Il est l'idéogramme de tout le genre puisque l'enquête n'est pas le sujet du livre mais son propre virus. Et ce, dans un style riche en ralentis et en images colorées qui passe remarquablement bien dans la traduction."

Autant dire que je suis passée complètement à côté, dommage, j'aime bien les apéritifs drunken Mais après cette lecture, je dois avouer ne pas être tentée d'entamer un autre bouquin de cet auteur !
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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeMer 30 Avr 2014 - 9:58

L'ancêtre


Au début du XVIe siècle, alors qu’on sait désormais que les Indes sont accessibles par l’ouest – ce qui ne signifie pas pour autant que Magellan a déjà découvert le détroit qui isole la Terre de feu du reste du continent sud-américain, mais simplement qu’une vaste terre a été aperçue loin vers l’ouest, au-delà de la mer –, trois navires appareillent. A son bord, un jeune garçon de 15 ans : orphelin et sans rien qui le retient en Europe, il est engagé comme mousse sur le navire amiral.

Traversée de trois mois pour toucher terre dans la région du Rio de la Plata (entre Uruguay et Argentine), alors vierge de toute présence occidentale. On débarque, on se jette sur le sable, on pique un sprint sur la plage, on saute en l’air : on est heureux de retrouver le bon vieux plancher des vaches. On remonte à bord pour débarquer un peu plus loin. De saut de puce en saut de puce, les navires parviennent à l’embouchure de fleuves immenses que le capitaine remonte sur quelques encablures : il semble chercher quelque chose mais lui seul est au parfum : on n’en saura pas plus sur le pourquoi de sa mine préoccupée.

Puis, c’est le drame : sous les yeux des matelots restés à bord, l’expédition de reconnaissance – à laquelle participaient le capitaine et le jeune garçon – est massacrée par les autochtones. A la seule exception de ce dernier qui est emmené avec une certaine déférence. L’adolescent va passer dix ans en leur compagnie avant d’être découvert par une autre expédition et ramené à la mère patrie.

De son expérience chez les indiens, le narrateur en dit tout d’abord peu. Leur vie chaste, pudique et proche de la nature dont ils dépendent s’interrompt une fois l’an pour laisser place à une orgie tonitruante : les chasseurs rapportent de la viande humaine qui est consommée avec délice, l’alcool est absorbé dans des quantités effrayantes avant de sombrer dans une débauche de sexe inimaginable et décrite crûment par l’auteur. L’enfant y assiste en observateur apathique, amorphe. Il ne comprend pas ce qui se déroule sous ses yeux et mettra des années avant de percer le langage de la tribu, leurs coutumes et leurs croyances.

A son retour, il est intégré dans un couvent. Il a eu de la chance de ne pas être conduit au bûcher : la très Sainte Inquisition, toute puissante à l’époque, n’ayant visiblement pas été effrayée par tous les péchés qu’on supposait entacher l’âme de ce jeune homme de retour de chez les sauvages. On en avait pourtant brûlé beaucoup pour bien moins que cela.

Cinquante ans plus tard, alors très âgé, le narrateur prend sa plume et s’astreint à conter son histoire et de conclure dans le dernier quart du livre sur sa vie passée dans la jungle : qui étaient ces indiens, leur vie, leurs superstitions. Son interprétation quant à leurs peurs, leurs souhaits en mettant bout à bout ce qu’il est parvenu à comprendre d’eux au cours de son séjour. Le romancier cède à cette occasion la place à l’ethnologue, au philosophe qui juge sévèrement la société occidentale ignorante au regard de son expérience au sein d’un peuple vivant en équilibre avec son environnement, non comme le maître des lieux, mais comme une entité parmi tant d’autres.

Pour ce troisième livre de Saer à me passer entre les mains (après « Le fleuve sans rive » et « L’enquête »), je n’ai toujours pas réussi à me passionner. L’écriture est dense et sans chapitre, belle, riche, mais empreinte d’un lyrisme certain : des phrases à rallonge dans lesquelles s’enchainent les compléments, abondent les virgules hachant la prose et rendant au final la lecture un tantinet lourde.

Ce livre est toutefois le plus intéressant des trois que j’ai eu l’occasion de lire. Mais sans doute pas suffisamment pour laisser présager un quatrième dans un avenir quelconque.

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeJeu 27 Nov 2014 - 18:11

L’ancêtre

Un orphelin de 15 ans s’engage comme mousse sur un bateau qui va suivre la route des Indes récemment découvertes. Une partie de l’équipage, le capitaine compris, sont massacrés par des Indiens anthropophages, notre jeune héros est le seul survivant. Il va vivre pendant 10 ans chez ces Indiens, qui sont au quotidien paisibles et bienveillants, menant une vie proche de la nature. Mais une fois par an, ils font une expédition pour se procurer de la viande humaine, et lors d’un festin orgiaque se livrent à tous les excès qu’ils évitent le reste de l’année. A chaque fois, un survivant revient vers les siens avec des cadeaux. Ainsi, notre personnage est retourné aux siens lorsque les Espagnols reviennent dans la région. Il revient donc en Espagne, dans laquelle il a bien du mal à s’acclimater, d’autant plus qu’une certaine suspicion pèse sur lui. A la fin de sa vie, il écrit le récit vrai de ce qu’il lui est arrivé.

Un livre troublant, qui garde une partie de ses mystères. Jamais complètement ce que l’on pourrait en attendre. Roman d’aventures, certes. Mais ce qui arrive est quand même plutôt annoncé, et le suspens n’est pas le ressort du récit. Voyage exotique, peut être, mais finalement, on ne voit pas tant que cela de paysages, et les Indiens sont finalement vus par des sortes de petits flashs, des morceaux choisis, plus conceptuels qu’anecdotiques. Roman philosophique sans doute, mais les interprétations possibles sont extrêmement nombreuses, et pas univoques.
J’ai la sensation que l’auteur cherche quelque part à laisser le lecteur sur sa faim, pour qu’une fois le livre refermé, il soit obligé de continuer à s’interroger, et à chercher du sens, sans pouvoir clore le processus. Alors même si cette lecture ne procure pas le confort d’autres romans plus faciles à appréhender et à classifier, il laisse une trace, il est fascinant, peut être parce que dérangeant.  Mais le livre peut mettre mal à l’aise ou rebuter, il ne va pas enthousiasmer tous les lecteurs.

Pour ma part, j’ai envie de continuer à découvrir l’univers singulier de cet auteur, d’être sans doute de nouveau déstabilisée. D’autant que l’écriture est magnifique.

Citation :
De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance de ciel. Plus d’une fois je me suis senti infime sous ce bleu dilaté : nous étions, sur la plage jaune, comme des fourmis au centre d’un désert. Et si, maintenant que je suis un vieil homme, je passe mes jours dans les villes, c’est que la vie y est horizontale, que les villes cachent le ciel. Là-bas, en revanche, nous dormions, la nuit, à l’heure libre, presque écrasés par les étoiles. Elles étaient comme à portée de main et elles étaient grandes, innombrables, sans beaucoup de noir entre elles, presque crépitantes, comme si le ciel eût été la paroi criblée d’un volcan en activité qui eût laissé apercevoir par ses trous l’incandescence interne.

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MessageSujet: Re: Juan José Saer [Argentine]   Juan José Saer [Argentine] Icon_minitimeVen 3 Juin 2016 - 2:29

Grande Fugue

Juan José Saer développe dans ce roman posthume une trame complexe, autour de quelques personnages réunis sur l'espace d'une semaine. Des rencontres évoquent peu à peu des bribes de souvenirs, et un passé lointain et tourmenté remonte à la surface.

L'ambition formelle de l'oeuvre est souvent impressionnante, et le récit représente un labyrinthe riche en mystères, en non-dits. Mais je n'ai pas été touché par l'écriture et j'ai suivi l'intrigue avec trop de distance pour être emporté.

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