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 Vladimir Maïakovski

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Constance
Zen littéraire


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MessageSujet: Vladimir Maïakovski    Mer 5 Mai 2010 - 11:03





(1894-1930)


Citation :


Sa famille modeste s'installe à Moscou en 1906, après le décès de son père. Vladimir adhère au parti bolchévique, est arrêté à dix-sept ans suite à sa participation dans des manifestations révolutionnaires et passe un an en prison. En 1910, il entre aux Beaux-Arts mais y fréquente plutôt l'avant-garde poétique. Converti à la littérature, Maïakovski fonde le mouvement des Futuristes russes, révolutionnant le langage poétique dans un rendu de la modernité urbaine aiguisée par une certaine violence. Maïakovski atteint des sommets de lyrisme dans ses recueils 'La Flûte en colonne vertébrale' (1915) et 'Nuage en pantalon' (1914), un quasi manifeste du Futurisme. Après la révolution de 1917, il veut faire de son art un instrument politique révolutionnaire et pour cela cet art doit être fonctionnel et constructiviste. C'est lui qui compose les dessins et les affiches militants exposés dans les vitrines, pour illustrer l'actualité politique afin de remplacer les journaux absents, et réalisera les réclames pour les magasins d'Etat. Vladimir publie deux pièces satiriques 'La Punaise' (1920) et 'Les Bains Publics' (1929), ainsi que 'Mystère-Bouffe', et milite pour un théâtre engagé et anti-psychologique. Dirigent du mouvement de gauche LEF de 1923 à 1925, Maïakovski y défend une position esthétique moderniste, pragmatique et fonctionnaliste. Critiqué pour sa forte personnalité et la modernité de son style, déçu en amour, il se tire une balle dans la poitrine.(Source Evene)








Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires ?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient ?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats ?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.
Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas ? T'as plus peur ? Dis ? "
Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile ?


(Extrait du recueil "Ecoutez si on allume les étoiles")

Toile "La nuit étoilée à Arles", de Vincent Van Gogh
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Constance
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Jeu 6 Mai 2010 - 12:25






Le poète est un ouvrier


On gueule au poète :
” On voudrait t’y voir, toi, devant un tour !
C’est quoi, les vers ?
Du verbiage !
Mais question travail, des clous ! “
Peut-être bien
en tout cas
que le travail
est ce qu’il y a de plus proche
de notre activité.
Moi aussi je suis une fabrique.
Sans cheminée
peut être
mais sans cheminée c’est plus dur.
Je sais, vous n’aimez pas les phrases creuses.
Débiter du chêne, ça, c’est du travail.
Mais nous
ne sommes-nous pas aussi des menuisiers ?
Nous façonnons le chêne de la tête humaine.
Bien sûr,
pêcher est chose respectable.
Jeter ses filets
et dans ses filets, attraper un esturgeon !
D’autant plus respectacle est le travail du poète
qui pêche non pas des poissons
mais des gens vivants.
Dans la chaleur des hauts-fourneaux
chauffer le métal incandescent
c’est un énorme travail !
Mais qui pourrait
nous traiter de fainéants ?
Avec la râpe de la langue, nous polissons les cerveaux.
Qui vaut le plus ?
Le poète
ou le technicien
qui mène les gens vers les biens matériels ?
Tous les deux.
Les coeurs sont comme des moteurs,
l’âme, un subtil moteur à explosion.
Nous sommes égaux.
camarades, dans la masse des travailleurs,
prolétaires du corps et de l’esprit.
Ensemble seulement
nous pourrons embellir l’univers,
le faire aller plus vite, grâce à nos marches.
Contre les tempêtes verbales bâtissons une digue.
Au boulot !
La tâche est neuve et vive.
Au moulin
les creux orateurs !
Au meunier !
Qu’avec l’eau de leurs discours
ils fassent tourner les meules !

(Traduction Elsa Triolet)

Statue de Maïakovski à Saint Petersbourg
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Constance
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Dim 9 Mai 2010 - 9:44



Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.


Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale- sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.

C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes
La mer va pleurer
La mer va dormir
Comme ils disent.
L’incident s’est cassé la gueule.
Le bateau de l’amour de la vie
S’est brisé sur les rochers du quotidien trivial
Toi et moi sommes quittes ;
pas la peine de ressasser
Les injures de chacun
Les ennuis
Et les chagrins
Tu vois,
En ce monde tous ces sommeils paisibles,
La nuit doit au ciel
Avec ses constellations d’argent
En une si belle heure que celle-ci
Quelqu’un alors s’élève et parle
Aux ères de l’histoire
Et à la création du monde.

Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots. Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os …


(Dernier poème écrit par Maïakovski, qui fut retrouvé dans sa poche après son suicide.)
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Constance
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Jeu 3 Juin 2010 - 9:35





La guerre est déclarée
Édition du soir édition du soir !
Italie, allemagne, Autriche !
La guerre est déclarée
Et sur la place cernée d’une bande sinistre
se déverse le flot pourpre du sang
Un café s’est mis la gueule en sang
empourpré du cris des fauves :
“Le poison du sang dans les jeux du rhin !
Le tonnerre d’obus sur le marbre de Rome !”
du ciel déchiré aux dards des baïonnettes,
tombaient les larmes des étoiles
en farine tamisée,
et la pitié écrasée sous le talon piaillait :
“Ah, lâchez-moi, lâchez-moi !”

Les généraux de bronze sur leur socle suppliaient :
“Déferrez-nous, nous aussi on veut y aller !”
La cavalerie caracolait, les baisers claquaient,
et les fantasins désiraient la victoire-assassine
la ville entassé gargouillait en rêve
la voix basse riante du canon,
tandis que de l’ouest tombait la neige rouge
des morceaux juteux d’une viande humaine.
La place se gonflait de compagnie en compagnie,
sur son front en colère se gonflaient les veines.
“Attendez, nous allons essuyer nos sabres
à la soie des cocotes aux boulevards de Vienne.”
Les crieurs de journaux s’égosillaient : “Édition du soir !”
Italie, allemagne, Autriche !
Tandis que la nuit, cernée d’une bande sinistre,
lâchait et lâchait la pourpre du sang

1914

Toile "Bombardement de nuit" (1918-1919), de Paul Nash
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Mer 18 Jan 2012 - 16:47




Deux os en croix


Pharmacien !
Pharmacien !
Ou donc le coeur épuisera-t-il cette douleur ?
Dans les plaines du ciel sans bornes,
dans le délire du Sahara,
Dans la folle sécheresse du désert
Y a t-il un refuge pour les jaloux ?
Tes bocaux recèlent tant de secrets,
Tu connais les justices suprêmes.
Pharmacien, aide - moi à projeter mes souffrances,
mon âme dans l’espace.
Il me tend quelque chose.

Un crâne ?
“Poison” Deux os en croix.
Ça pour moi ? Mais je suis immortel,
pas un client comme les autres !
Mes yeux sont aveugles,
ma voix muette,
ma raison a fermé sa porte,
que pourrait bien en moi torturer le poison ?


(Extrait de “ L’Homme”)

Illustration : Photo de Maïakovski
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Lun 12 Mar 2012 - 17:35




Stop !


Je dépose sur un nuage
la charge
de mes affaires
et de mon corps fatigué.
Endroit propice où je n’étais jamais venu avant.

J’examine les lieux.
ainsi
ce poli bien léché,
c’est donc cela le ciel que l’on nous vante.

Nous verrons, nous verrons !

Ça étincelle,
ça scintille,
ça brille
et
cela bruit —
un nuage
ou bien
des esprits
qui glissent sans bruit.

"Si une belle jure un amour fidèle ... "

Ici,
au firmament du ciel,
entendre la musique de Verdi ?
Par le jour d’un nuage,
je jette un œil —
les anges chantent.
Les anges vivent dignes,
fort dignes.


L’un d’eux se détache
et rompt aimablement
son silence somnolent :
"Alors,
Vladimir Vladimirovitch,
l’infini vous plaît-il ?"
Et moi de répondre aussi aimablement :
"Charmant, cet infini.
C’est un ravissement ! "




(Extrait de "A pleine voix", in "Anthologie poétique 1915-1930" / NRF/poésie Gallimard)

Illustration : photo de Maïakovski
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Mer 7 Aoû 2013 - 14:09

.


Enfant


J'ai reçu ma mesure du don d'aimer
Mais dès l'enfance
les gens
sont dressés à travailler.
Pour moi -
Je ripais sur la rive du Rion
et je traînais
à ne fichtre rien de rien.
Maman se fâchait :
"Le vilain garnement !"
Papa me menaçait de ses coups de ceinture
Et moi,
me procurant un faux billet de trois roubles
j'allais derrière l'enclos taper la carte avec la troupe.
Sans le poids des chemises,
sans le poids des chaussures,
me rôtissant au feu de Koutaïssi,
je tournais au soleil tantôt mon dos,
tantôt ma panse -
jusqu'à ce que, sur l'estomac, il me cotisse.
Le soleil s'ébahissait.
"c'est haut comme trois pommes !
Mais le coeur
est accroché.
Il le met en quatre.
d'où vient-il
qu'il y ait
dans cette archine
place
pour moi,
pour le fleuve
et pour cent verstes de rochers ?!"


(Extrait de "J'aime" in "A pleine voix"/ Anthologie poétique 1915-1930/ Traduction de Claude Frioux/ NRF/Poésie/ Gallimard)



Archine : mesure traditionnelle russe équivalant à 0,71 mètre
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Dolores Haze
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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Ven 24 Avr 2015 - 15:11

Quelle belle découverte, merci Constance !
Sec, slave, farouche !

Que me conseilles tu de lire pour un premier recueil ?

Coup de coeur particulier pour "l'Enfant".
"Sans le poids des chemises,
sans le poids des chaussures,
me rôtissant au feu de Koutaïssi,
je tournais au soleil tantôt mon dos,
tantôt ma panse -
jusqu'à ce que, sur l'estomac, il me cotisse. "

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MessageSujet: Re: Vladimir Maïakovski    Aujourd'hui à 2:22

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