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 Les poètes russes

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Constance
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MessageSujet: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeJeu 6 Mai 2010 - 12:07

Citation :

Les poètes russes Lermontov-michel
LERMONTOV
Michel
(1814-1841)
Biographie :

Michel Lermontov naît en 1814. Suite au décès de sa mère en 1817, sa grand-mère maternelle, issue de la haute noblesse, s’oppose à ce que son père, modeste capitaine d'infanterie issue d’une longue lignée écossaise alors désargentée, élève le jeune Michel et décide d’en assurer l’éducation. Dès lors, ce dernier ne vit qu’à de rares occasions son père qui meurt peu après ses 16 ans.

A partir de 1828, il rentre au collège où il se passionne déjà pour Byron et Pouchkine. En 1830, il s’inscrit à l’Université de Moscou pour y suivre des cours de philologie. Elève sombre, taciturne et sarcastique, il est fuit par les uns et détestés par les autres : peu sociable, en proie à de sombres états d’âme, sa personnalité le vouera toute sa vie à l’isolement et jamais il ne trouva l’âme sœur pourtant si ardemment désirée.

Après avoir été chassé en 1832 de l’université pour impertinence envers un professeur, il entre à l’école des junkers où il devient rapidement officier. Mais ses origines modestes et son caractère instable lui valent d’être rejeté par les milieux littéraires qu’il cherche à fréquenter. Lermontov se livre alors à une vie de débauche, d’esclandres, donnant plus le change qu’exprimant se véritable nature incomprise.

Ebranlé par la mort de Pouchkine, il rédige alors un poème accusant la cour de la mort du poète. Ses vers lui valent d’être affecté au Caucase où il ne restera que peu de temps grâce à l’intervention de son influente grand-mère. Il regagne Moscou où il publie son œuvre majeure, Un héros de notre temps, dont le héros, Pétchorine apparaît à bien des égards passablement autobiographique : « tous lisaient sur mon visage les signes de mauvais instincts qu’en réalité je ne possédais pas. J’étais disposé à aimer le monde entier, mais personne de me comprit et j’appris à le haïr. »

Mais pour s’être battu en duel, il est à nouveau affecté en 1840 dans le Caucase. Là, il fait de Martynov, un officier de la garde, son souffre douleur. Celui-ci, excédé, le provoque en duel. Si Lermontov tire en l’air, son adversaire, lui, vise en plein cœur et tue son adversaire alors âgé seulement de 27 ans.

Lermontov est sans doute le seul véritable romantique de la littérature russe, tant ses écrits exprimeront les tourments du cœur et de l'âme de ce poète passionné et mélancolique.
Moins éclatant que Pouchkine, Lermontov possède la profondeur de la pensée qui pouvait manquer au premier. Sentiment dominant toute la poésie de Lermontov, la révolte contre la société s’exprime pleinement dans son œuvre Un héros de notre temps. Cet écrit exprime toute la lassitude du héros face à une existence absurde (au fond, proche de celle de son auteur avide d’action), où les capacités et l’envie ne trouvent pas d’emploi dans une société briseuse d’élans et empêtrée dans ses préjugés et ses traditions désuètes. Si Byron influença le poète dans son mépris des hommes et son dégoût précoce de la vie, il s’agissait surtout d’un dégoût pour cette vie muselée, lui qui aspirait à l’action, au mouvement.




Les poètes russes Casas3-kpr




Oh ! non, ce n'est pas toi que j'aime avec ardeur,
L'éclat de ta beauté ne m'éblouit plus guère,
Mais je chéris en toi mon ancienne douleur,
Ma jeunesse perdue et qui me reste chère.
Si je plonge parfois mon regard dans le tien,
Et si sur toi mes yeux viennent errer sans cesse,
Si je m'absorbe ainsi dans de longs entretiens,
Non, ce n'est pas à toi que mon âme s'adresse.
Mais je parle à l'amie émouvante d'antan,
Je cherche en ton visage une image secrète,
Le feu des yeux éteints dans ton regard vivant,
Sur ta bouche, une bouche à tout jamais muette ...


(Anthologie de la poésie russe, NRF gallimard)

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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeSam 8 Mai 2010 - 11:00

Voici le poème en hommage à Pouchkine, qui déplut à la cour et lui valut son exil caucasien :




Les poètes russes Pouchkine-par--cocteau-avec-texte-et-ddicace--Serge-Lifar-efg


La mort du poète


Le poète est tombé, prisonnier de l'honneur ;
Tombé calomnié par l'ignoble rumeur,
Du plomb dans la poitrine, assoiffé de vengeance;
Sa tête est retombée en un mortel silence.
Hélas ! sous le poids des offenses,
L'aède élu s'est affaissé,
Comme avant, contre l'arrogance
Des préjugés, il s'est dressé.
Le choeur des louanges confuses
Est vain comme sont vains les pleurs
Et les pitoyables excuses.
Le sort a voulu ce malheur ...
Or, c'est vous qui, dès ses débuts,
Persécutiez son pur génie,
Pour en rire, attisant sans but
La flamme où couvait l'incendie.
Il n'endura pas le dernier
Cruel outrage à sa personne.
Son flambeau, hélas ! s'éteignait,
Flétrie son auguste couronne ...
Son meurtrier a froidement
Braqué sur lui l'arme fatale.
Un coeur vide bat calmement,
N'a pas tremblé la main brutale.
Quoi d'étonnant ? Venu d'ailleurs,
Il trouvait chez nous un refuge
Pour capter titres et bonheur.
Comme d'autres nombreux transfuges
Il raillait, en les méprisant,
La voix, l'esprit de notre terre;
Sa gloire, il ne la prisait guère,
Et dans ce funeste moment,
Ni lui, ni d'autres ne savaient
Sur qui sa main s'était levée ...

Et le voici tombé, descendu sous la terre,
Tel l'aède inconnu, mais cependant chéri,
Si merveilleusement dans son oeuvre décrit,
Qui, dans un mouvement de jalousie amère,
Par une main cruelle, ainsi que lui, périt.
Pourquoi délaissa-t-il pour ce monde coupable
Trop étroit pour l'élan de son âme ineffable,
L'amitié dévouée et ses douceurs aimables ?
Crut-il aux faux-semblants de ces vils flagorneurs,
Lui, si jeune pourtant, ayant compris les hommes ?
Arrachant sa couronne à ce génie altier,
Ils mirent sur son front la couronne fantôme,
Où l'épine acérée est unie au laurier,
Et qui blessait sa tête à des pointes d'acier;
Et ces derniers instants, ils les empoisonnèrent
De murmures moqueurs, ô railleurs ignorants !
Il mourut assoiffé de vengeance exemplaire
Et cachant le dépit d'un espoir décevant.

Ses chants mélodieux se turent,
Ainsi que se rompt le roseau,
Sa demeure étroite est obscure,
Sa bouche est close par un sceau.

Ô vous, ô descendants des ancêtres fameux,
Fameux par leur bassesse et leur infâmie,
Vous foulez à vos pieds les restes des familles
Que la chance offensa dans ses choix et ses jeux.
Le trône est entouré de votre cercle avide,
bourreaux des libertés, du génie,ô perfides,
Vous qui vous abritez à l'ombre de la loi,
Devant vous tout se tait, la justice et le droit;
Il est un tribunal, ô favoris du vice,
Vous n'échapperez pas à l'ultime justice !
La médisance et l'or, cette fois, seront vains,
Dieu connaît la pensée et les pas des humains,
Et tout votre sang vil ne pourrait effacer
Le sang pur du poète, injustement versé.



(Illustration : Portrait de Pouchkine par Jean Cocteau avec texte et dédicace à Serge Lifar)
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeDim 9 Mai 2010 - 18:25



Les poètes russes Covenantvop


Un toast à notre santé


Nous sommes les derniers de notre caste
Il ne nous reste plus très longtemps à vivre
Nous sommes les petits marchands de bonheur
les artisans de mots cordiaux
Bientôt viendront nous relever
les foules au sang trop mou
les mécaniciens de la gloire du fer
et les industriels de l'amour
dont la vie est remplie de principes et de machines
Qui ne disposent que de 7 minutes pour caresser la fiancée
et de trois secondes pour la poésie
Avec des nerfs d'acier pareil à des rails
Ce n'est pas une insulte mais une flatterie
De midi à midi et demi ils iront manger
et prier
Ainsi donc, filles, femmes,
amourachez-vous des porteurs de miracles
Nous sommes les dernières lézardes
que le progrès n'a pas encore envahies
Aimez-nous tant qu'il reste du temps encore
Nous, les petits marchands de bonheur
les artisans de mots cordiaux.



Vadim Cherchinievich

(Anthologie mondiale de la poésie contemporaine, "Les cinq continents", D'Ivan Goll

Toile "Covenant", de Glen Tarnowski
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeDim 9 Mai 2010 - 18:37

... Et elle est bonne cette anthologie mondiale, Constance ?
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeDim 9 Mai 2010 - 18:45

bix229 a écrit:
... Et elle est bonne cette anthologie mondiale, Constance ?


Aucune idée ... Les poètes russes Icon_geek ... car elle date de 1922, et je ne la possède malheureusement pas ... Les poètes russes Kopfschuettel ... mais j'ai placé la référence bibliographique par courtoisie, ou au cas où un (une) bienfaitrice voudrait me l'offrir ... Les poètes russes Icon_biggrin
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeLun 10 Mai 2010 - 9:53

Les poètes russes Tutchev-par-andr-alexandrovsky-roe Théodore Ivanovitch Tutchev ( né le 5 décembre 1803 à Ovstoug près de Briansk d'une famille noble de la région de Briansk et mort le 27 juillet 1873 à Tsarskoïe Selo) est un des plus grands poètes russes, diplomate de carrière, censeur. Appartenant à une très ancienne famille aristocratique, Tutchev a fait ses études à la faculté des lettres de l’Université de Moscou, puis il a servi comme diplomate pendant plus de vingt ans à Munich, où il est entré en rapport avec Schelling et Heine, et à Turin. En 1844 Tiouttchev retourne en Russie où il commence son service comme censeur.

Sa fille, Maria Fiodorovna Tutchev épousa l'amiral Nikolaï Alexeïevitch Birilev, l'un des héros de la défense de Sébastopol.
Tutchev fut inhumé au cimetière Novodievitchi à Saint-Pétersbourg, il repose auprès de son gendre l'amiral Nikolaï Alexeïevitch Birilev.(Wiki)





Les poètes russes Poltrona-Grigia-de-Zoran-Music-iwd



Silentium


Dissimule dans le silence
Tes sentiments, tes espérances;
qu'ils montent et plongent sans bruit,
Etoiles brillant dans la nuit;
Que ton âme, dans son mystère,
Les admire et sache se taire !

Ton coeur, tu ne peux l'exprimer,
Et qui te comprendrait jamais ?
Pour d'autres que sont-ils, tes songes ?
La pensée dite est un mensonge.
Ne trouble pas, en les creusant,
Les sources ... Bois en te taisant !

Apprends à vivre dans toi-même,
En ton coeur tu caches des gemmes;
Plein de chansons et de lueurs
Qu'étouffent les bruits, les lumières ...
Vois, écoute et sache te taire !


(1830)

Toile "Poltrona grigia", de Zoran Music
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMar 11 Mai 2010 - 9:58


Les poètes russes Boris-kustodiev-sur-la-volga-2xu



Je me souviens ... je me rappelle
Ces temps, ces lieux chers à mon coeur ...
Le jour baissait ... J'étais près d'elle
Au bord du Danube en rumeur.
Sur la hauteur, majestueuses,
Les ruines d'un noble nid ...
Appuyée à leur dur granit,
Tu semblais une fée heureuse.
Et ton pied d'enfant effleurait,
Léger, la pierre séculaire;
Le soleil quittait à regret
Ta silhouette jeune et claire.
Très doucement jouait le vent
Avec ta robe, à son passage
Sur tes épaules répandant
Quelques fleurs d'un pommier sauvage.
Tu voyais s'assombrir au ciel
De nuages multicolores;
Le fleuve en ses bords irréels
Chantait d'une voix plus sombre.
Insouciant, battait ton coeur;
L'ombre de la vie éphémère,
Parmi ces dernières lueurs,
Passait sur nous, tendre et légère.



Théodore Tutchev

Toile "Sur la Volga" de Boris Kustodiev
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMer 12 Mai 2010 - 8:58

Les poètes russes Pasternak1-mvs Boris Pasternak (Né à Moscou le 10 février 1890, décédé à Peredelkino le 31 mai 1960)

Fils d'artistes - son père était professeur de peinture et sa mère pianiste - Boris Pasternak grandit dans un univers intellectuel fécond. D'illustres personnages, à l'image de Rilke ou de Tolstoï, rendent régulièrement visite à ses parents et le sensibilisent à l'art et aux lettres. Après quelques années d'études à l'université de Saint-Pétersbourg, il publie en 1914 et 1917 deux recueils de poèmes qui ne connaîtront pas la notoriété méritée. Teintés de musicalité, ils sortent dans l'indifférence générale. En revanche, son livre de poèmes 'Ma soeur, la vie', écrit en 1917 et imprimé en 1922, le consacre auprès du grand public russe. Durant la première guerre mondiale, il enseigne et travaille dans une usine chimique de l'Oural. Cette expérience lui permet de constituer le terreau de sa fameuse saga 'Docteur Jivago', quelques années plus tard. En 1958, le roman est récompensé par le prix Nobel de littérature. En dépit d'une renommée internationale, l'URSS refuse de publier l'ouvrage. Pire encore, Pasternak subit la critique acide de l'union des écrivains soviétiques. Il décide de ne pas accepter le prix. Boris Pasternak meurt en 1960, laissant derrière lui une série de poèmes, d'oeuvres en prose et de traductions variées de poètes géorgiens ou même de Shakespeare.(Evene)






Les poètes russes Victorvasnetsovsngourot


Rendez-vous



La neige vient d'envahir
Les routes commes les toits
Je sors pour me dégourdir :
Devant la porte, c'est toi ...

Toi, dans ton manteau d'automne,
Et sans chapeau par ce temps;
La neige que tu machonnes,
Contre toi-même luttant.

Les arbres et les clôtures
S'effacent dans le lointain;
seule, sur la neige pure,
Tu restes sur le chemin.

Jusque dans ton encolure
L'eau coule du fichu blanc;
Mêlés à ta chevelure
Scintillent des diamants.
Ta mèche blonde défaite
comme un rayon d'or et d'eau,
Eclaire ta silhouette,
Ton visage et ton manteau.

Tes yeux tristes sont immenses
Sous de longs cils saupoudrés;
et toute ton apparence
Se dessine d'un seul trait ...

Comme d'une lame dure
D'acier trempé dans les pleurs,
C'est d'une vive rainure
Que tu m'entailles le coeur.

Mais au sein du blanc mystère
Se dédouble cette nuit,
Et tracer une frontière
Entre nous, je ne le puis.

Que sommes-nous donc, ô chère ?
Vivons-nous encor sur terre ?
Du temps passé, de ses heurts,
Reste à peine une rumeur.


("Vers de Iouri Jivago", chapitre final du roman "Le Docteur Jivago", composé de 25 poèmes, dont "Rendez-vous")

Toile "Snégourotchka", de Victor Vasnetsov
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMer 12 Mai 2010 - 9:39

Eugène Evtouchenko - il represente aujourd'hui une generation de classiques vivants
Les poètes russes Evtouc10
Né le 18 juillet 1933 à Zima, oblast d'Irkoutsk, Russie) est un poète russe, qui se distingua également comme acteur et réalisateur de cinéma. Représentant emblématique de la génération du dégel intellectuel après la mort de Staline, il fut l'une des premières voix humanistes à s'élever en Union soviétique pour défendre la liberté individuelle.
Il est remarqué pour son ton indépendant, dénonçant les atrocités nazies de Babi Yar dans un poème du même nom, aussi bien que les persécutions du régime soviétique, ou plus récemment les exactions du régime russe en Tchétchénie : selon l'un de ses vers, « Un poète est plus qu'un poète ».
---
Quand ton visage s’est levé
Au-dessus de ma vie gâchée,
J'ai tout d'abord compris
Que ce que je possède n'est rien.

Mais les bosquets, les fleuves et les mers,
Tu les as éclairés de ta propre lumière.
Aux couleurs de ce monde tu m’as initié
Moi qui n'étais initié à rien.

J'ai si peur, j ai si peur
Que cette aurore inattendue finisse
Et que finissent découvertes, larmes et enthousiasme
Mais cette peur, je ne la combats pas.

Car cette peur, je l'ai compris,
C'est l'amour.
Et je la chéris,
Bien que je ne sache pas chérir,
Gardien frivole de mon amour.

Cette peur m'est une prison.
Ces moments, je le sais, sont courts.
Toute couleur disparaîtra
Quand ton visage se couchera.
Eugène Evtouchenko, poème extrait (p. 81) de la cité du oui à la cité du non, traduit du russe par Élisabeth Soulimov. Éd. Grasset 1970.
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMer 12 Mai 2010 - 17:49

Des poèmes de Evtouchenko, dont celui dont tu parles, ont constitué la symphonie N°13 de Dmitri Chostakovich:

La symphonie présente des poèmes de Evgueni Evtouchenko sur le massacre de Babi Yar ainsi que d'autres textes. La symphonie fut composée alors que régnait la censure en Union soviétique et Nikita Khrouchtchev menaça de stopper l'exécution de l'œuvre. La création eut bien lieu mais Evtouchenko fut contraint d'ajouter une strophe à son poème pour proclamer que des Russes et des Ukrainiens non juifs avaient péri aux côtés des juifs à Babi Yar. La partition avec le texte original a été à nouveau publiée en 1970. (de wikipedie)

Quand j'entend, encore aujourd'hui, ces pièces, je suis pris d'une grande émotion, surtout par la première pièce. Les textes étonnent par leur libeté de ton!

I. Babi Var
Au-dessus de Babi Yar, il n'y a pas de monument :
l'escarpement est comme une grosse pierre
tombale.
J'ai peur,
aujourd'hui je me sens
aussi ancien que le peuple juif.
Je me sens comme si... : me voilà Juif.
Me voilà errant dans l'Egypte ancienne.
Et me voilà pendu sur la croix, mourant,
et je porte encore la marque des clous.
Me voilà...: Dreyfus, c'est moi.
La canaille bourgeoise me dénonce et méjuge !
Js suis derrière les grilles, je suis encerclé,
persécuté, conspué, calomnié.
Et les belles dames, avec leurs fanfreluches.
gloussant, m'enfoncent leurs ombrelles dans
la face.
Je me sens... : me voilà, petit garçon à Bielostok.
Le sang coule, maculant le plancher.
Les meneurs dans la taverne passent aux actes.
Leurs haleines puent la vodka et l'oignon.
Un coup de botte me jette par terre ; prostré,
en vain je demande grâce aux pogromistes.
Ils s'esclaffent : "Mort aux youpin's! Vive la
Russie!"
Un marchand de grain bat ma mère.
0, mon peuple russe, je sais
qu'au fond du cœur tu es internationaliste.
mais souvent, ceux-là dont les mains sont sales
ont souillé ta bonne renommée.
Je sais que mon pays est bon.
Quelle infamie que, sans la moindre honte,
les antisémites se soient proclamés
"L'Union du Peuple Russe".
Me voilà... : je suis Anne Frank.
translucide, telle une jeune pousse en avril,
et j'aime et j'ai besoin non pas de mots,
mais que nous nous regardions l'un l'autre.
Nous avons si peu à voir, à sentir !
Les feuilles et le ciel ne sont plus pour nous,
mais nous pouvons encore beaucoup -
nous embrasser tendrement
dans cette sombre chambre !
"Quelqu'un vient !"
"N'aie pas peur. Ce ne sont que les murmures
du printemps qui arrive.
Viens à moi,
donne-moi tes lèvres, vite !"
"Ils cassent la porte!"
"Non ! C'est la glace qui rompt !"
Au-dessus de Babi Var bruit l'herbe sauvage,
les arbres menaçants ressemblent à des juges.
Ici, en silence, tout hurle,
et, me découvrant,
je sens mes cheveux blanchir lentement.
Et je deviens un long cri silencieux
au-dessus des milliers et milliers d'ensevelis :
je suis chaque vieillard ici fusillé,
je suis chaque enfant ici fusillé.
Rien en moi. jamais, ne pourra l'oublier.
Que L"Internationale" retentisse
quand pour toujours on aura enterré
le dentier antisémite de la terre.
Il n'y a pas de sang juif dans mon sang.
mais sur moi pèse la hideuse haine
de tons tes antisémites comme si j'étais un Juif:
Et voila pourquoi je suis un vrai russe !



Voir aussi: http://www.eauderose.net/Ma_discotheque/489.aspx
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMer 12 Mai 2010 - 22:22

Tom Leo, c'est si emouvant ce que tu a ecrit. Il y a tant d'histoire des juifs sur la symphonie N 13 de Chostakovitch. Si quelqu'un aimerait ecouter:
clic
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeMer 12 Mai 2010 - 22:36

Ce fil est très intéressant! Merci à vous qui l'alimentez.
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeJeu 13 Mai 2010 - 8:43


Les poètes russes HeiFengWaterfallbq4


Je voudrais parvenir au cœur
Des choses, en toutes :
Dans l'œuvre, les remous du cœur,
Cherchant ma route.
À l'essence des jours passés,
Leur origine,
Jusqu'à la moëlle, jusqu'au pied,
À la racine.
Des faits, des êtres sans arrêt
Saisir le fil,
Vivre, penser, sentir, aimer
Et découvrir.
Ô, le pourrais-je, je ferais,
Fût-ce en fraction,
Huit vers pour peindre les grands traits
De la passion :
Ses injustices, ses péchés,
Fugues, poursuites,
Coudes et paumes, imprévus
À la va-vite.
Et je déduirais ses raisons
Et sa formule,
Je répéterais de son nom
Les majuscules.
En vers tracés comme un jardin
Vibrant des veines
Des tilleuls fleuris un à un
En file indienne.
J'y mettrais la senteur des roses
Et de la menthe,
Les prés, la fenaison, l'orage
Au loin qui gronde.
Tel des fermes, bois et jardins
Et sépultures
Le miracle enclos par Chopin
Dans ses études.
Le jeu du triomphe accompli
Et son tourment,
C'est la corde qui se raidit
Quand l'arc se tend.



Boris Pasternak

(Poèmes)

Toile "Waterfall", de Hei Feng
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeJeu 13 Mai 2010 - 8:59

merci pour ces poëmes qui animent notre corps !

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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MessageSujet: Re: Les poètes russes   Les poètes russes Icon_minitimeVen 14 Mai 2010 - 8:56



Les poètes russes Vladimirkuschsrz


Le dedans d'un bois



Sur le pré la nausée d'un lourd feu de lilas,
Une pénombre de basilique œuvrant son ombre dans le bois.
Restait-il chose au monde pour les baisers de ces deux-là ?
Tout ce monde était leur chose, leur cire molle sous leurs doigts.
Et le songe était ce songe: on ne sommeille pas, on songe
Seulement qu'on est soif de songe, qu'un homme sombre
Dans le sommeil et que, sautant des yeux, deux sombres
Soleils ardent ses cils au long du songe.


Onde, tout rayon ! Onde, les fuyantes rondes,
Des lucioles ! sur les pommettes la canetille des libellules
Croisait son onde. Et le bois, redondant de diligentes
Lueurs, avait semblance d'horlogerie sous les brucelles.
Et la semblance était : sous le tictac d'un cadran un bois sombrant
Dans le songe; et, le temps de ce somme, sur un pic dans l'amer
Ambre on met à l'heure selon le temps
Qu'il fait la plus exacte horloge de l'éther.

L'horloge, on la mue; on tortille les aiguilles;
Il y a semaille d'ombre, jour qu'on débilite, vrilles
Forant pour que l'ombre, mât agressif, puisse
Dominer le cadran bleu quand le jour s'épuise.
La semblance était : l'antique monde boisé en joie est bois dormant;
La semblance était : bois enclos d'un couchant de songes.
Mais ceux-là qui sont la joie ne regardent aucun cadran
Et ces deux-là, leur semblance est : seulement sommeil et songes !



( In Poèmes, de Boris Pasternak)

Toile de Vladimir Kusch
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