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 Sébastien Lapaque

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Nathria
Sage de la littérature
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Messages : 2867
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Age : 49

MessageSujet: Sébastien Lapaque   Lun 10 Mai 2010 - 22:39



Sébastien Lapaque (né à Tübingen, le 2 février 1971) est un romancier, essayiste et intellectuel français, critique au Figaro littéraire et chroniqueur à Témoignage chrétien et au quotidien brésilien O Estado de S. Paulo.
source et suite



Au hasard et souvent
L’année passée, l’une de mes guides de lecture préférées m’avait suggéré avec enthousiasme :
-« Lis ça, tu vas voir, tu vas adorer !! »
Les yeux brillants, je m’étais alors plongée  dans « Les identités remarquables » et en suis ressortie avec une grande tristesse. Oui, c’était un joli petit roman mais… La rencontre ne s’était pas faite. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour X raisons je suppose… Je m’étais excusée auprès de mon guide, l’enviais d’avoir eu beaucoup de plaisir et nous étions restées sur quelque chose d’inachevé…
Cette année est arrivé « Au hasard et souvent ». Je ne me satisfais jamais d’un seul essai et j’ai donc commencé ma lecture sans à-priori.
Et là, je découvre un tout autre Sébastien Lapaque ! Un auteur érudit qui trempe sa chemise, écrit avec ses tripes, me fait profiter de son corps à cœur avec la politique, la société, la religion, la culture, l’économie, etc.… C’est comme ça que je les aime mes écrivains :lorsqu’ils m’amusent, me questionnent, m’agacent, me font rire, réfléchir, évoluer, enfin lorsque la lecture de leurs écrits me fait vibrer.
Alors oui, mille fois oui, je vous suis sur ce registre-là, quitte à ne pas toujours être d’accord sur tout mais au moins, comme dans toute belle rencontre, j’ai quelqu’un en face de moi !
J’ai eu un mal de chien à trouver un extrait représentatif, mon ouvrage étant complètement annoté… Pourquoi pas celui-ci ?

P44-46
Citation :
En France, le corps social est en proie à un étrange mouvement tectonique des plaques. Tandis que les partisans de la décroissance et de la désindustrialisation sont de plus en plus audibles face au délitement de la société de concurrence sauvage, les Capitaines Nemo de la gestion managériale semblent disposés à organiser toutes les plongées en eaux profondes. C’est l’incohérence majeure du temps où nous sommes. Les télévisions et les magazines ont beau célébrer quelques audacieux qui ont osé changer de vie – un banquier devenu boulanger, un trader moine cistercien, un agent de change jardinier -, le catéchisme de l’idéologie gestionnaire demeure le seul autorisé dans les écoles de commerce et les entreprises. La réforme intellectuelle et morale des élites face à la crise est une bonne blague. Les loups ne sont pas devenus des brebis et les créateurs de valeur des artisans de sens.
En France, des millions d’hommes et de femmes restent confrontés à la tyrannie de la performance, de la flexibilité, de la modernisation et du changement. Les professions qui permettent de gagner beaucoup d’argent gardent l’avantage sur celles qui donnent du sens. Comment en serait-il autrement ? L’obsession du rendement financier est enracinée dans les mœurs. Il est universellement admis que l’homme est une ressource lorsque ça va bien et une variable d’ajustement lorsque ça va mal. Il va falloir patienter un peu avant de voir les apôtres de l’hyper modernité écouter Rimbaud et laisser leurs outils de reporting pour annoncer aux hommes et aux femmes pressées qui cavalent sur le parvis de la Défense que la vraie vie est ailleurs. Comme on a pu le constater en France ces derniers mois, l’univers du management est un monde autiste, qui vit avec ses propres normes, son propre temps, et sa propre culture. Sans oublier sa novlangue qu’on peut reproduire à l’infini grâce à la boîte à outils lexicale proposée par Didier Noyé dans Réunionite : guide de survie (éditions Insep Consulting, 2002)…L’intervention ponctue les processus analytiques du projet…Le vécu clarifie les changements qualitatifs de la démarche…Le recadrage mobilise les savoir-faire caractéristiques des structures…L’excellence dynamise les résultats institutionnels du dispositif… N’en jetons plus !... Même s’il peut être accéléré par quelques séquestrations de patrons qui marquent le retour au calme et secret du vieux goût français de la mutinerie et du grand art de la Fronde, le retour au réel va être confus.
Les seigneurs de la Grande Guerre économique du XXI° siècle ne connaissent pas d’autre réalité que celle qu’ils ont fabriquée artificiellement avec leurs manuels de gestion, leurs diagnostiques organisationnels et leurs schémas directeurs. En dehors des équations financières et des normes comptables, ils sont no-life. Ils ont oublié le passé et ne profitent même pas du présent.
Ce qui les intéresse, c’est le futur, ce futur qu’ils rêvent de modeler parce qu’ils croient en disposer. Avec Philippe Sollers, je trouve les luxurieux plus aimables-eux, dont la faute, explique saint Thomas d’Aquin en sa Somme, est de détester l’avenir en tant qu’il risque d’abréger la jouissance du présent. Mais l’une des contradictions de la provocation au futur qui soutient le fonctionnement de l’économie de marché est qu’elle s’accompagne également d’un effacement de l’avenir. Dans le monde déshumanisé de l’entreprise moderne, les individus survivent plutôt qu’ils ne vivent. Ils sont nourris d’envie et d’ennui, mais pas un d’eux n’envisage de se révolter. La critique interne de l’inhumanité du milieu des affaires n’existe pas. Lorsqu’un homme donne de la voix, c’est qu’il a été mis sur le banc de touche, victime d’un sort qu’il a fait subir à des milliers de personnes avant lui. Je songe à Pierre Dauzier, daubant le règne de la quantité, l’argent prédateur et la vie rentabilisée dans Le Marketing de l’Apocalypse (La Table ronde, 1998) après avoir été débarqué de la présidence du groupe Havas par Jean-Marie Messier. Le malheureux. Il a fallu que la violence de la finance s’exerce contre lui pour qu’il en prenne la mesure. Il a dû sortir du cercle pour comprendre que c’était l’enfer. A l’intérieur de la Grande Machine, tout le monde moufte. Cette servitude volontaire est un des fondements du totalitarisme démocratique. L’ancien temps avait vu des tyrans entourés de soldats pour imposer leur volonté ; mais nous voyons, nous, des millions d’individus participant au fonctionnement d’un univers économique qui ne leur plaît pas, qui n’est pas leur genre. Et pourtant il tourne.
(Actes Sud)

Ou encore :
P 132
Citation :
A l’école primaire, au collège, au lycée et à l’université, il importe que les élèves passent du temps à lire, écrire, traduire, commenter pour connaître d’autres ciels, d’autres jours, d’autres nuits, d’autres étoiles, une autre lumière- et s’inventer un arrière-pays. Il ne faut rien demander de marchandable aux livres. Mais l’impossible : la beauté, le bonheur, le sourire et le soleil.
(Actes Sud)

Pour tous les Parfumés qui souhaiteraient le feuilleter: à partir de la page 164 (Comment ranger sa bibliothèque?)
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Marie
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MessageSujet: Re: Sébastien Lapaque   Mar 11 Mai 2010 - 1:11

Merci Nathria,je l'avais noté, il y a une bonne critique de Joseph Macé-Scaron dans le dernier Marianne.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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topocl
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MessageSujet: Re: Sébastien Lapaque   Lun 7 Avr 2014 - 13:41

Théorie de la carte postale



Tout au fil du livre, on voit un auteur réfléchir à  l'idée d'écrire un livre, Théorie de la carte postale, s'astreindre tous les matins à l’écrire, puis une fois publié, y songer rétrospectivement. C'est une promenade dégressive charmante, sur les thèmes qu’est ce qu'une carte postale pour moi, pourquoi est-ce que je les aime, celles que j'envoie, celles que je reçois, celles que je déniche chez des brocanteurs. Quelles émotions réveillent en moi les mots qui y sont écrits, quels auteurs ont écrit sur la carte postale etc. etc.

C'est comme une carte postale, cela se lit vite, avec l’émotion légère que quelqu'un a pris la peine d'écrire cela pour vous, l'amusement face à l'image illustrative astucieusement choisie et aux trouvailles du texte, à la fois nostalgiques sensibles,  c'est délicieux, cela donne du charme à la journée.

Et puis, c'est aussi vite oublié.
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