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 Anna Akhmatova [Russie]

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Constance
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Mar 23 Juil 2013 - 12:57

.




La porte est entrouverte.
Les tilleuls frémissent ...
Oubliés sur la table :
Une cravache, un gant.

La lampe fait un cercle de clarté.
Il y a des bruits que j’entends.
Pourquoi es-tu parti ?
Je ne comprends pas.

Demain matin la lumière
Sera pleine de joie.
Cette vie est brève.
Sois sage, mon coeur.

Tu es à bout de force,
Tu bats plus sourdement.
Tu sais, je l’ai lu quelque part :
Les âmes sont immortelles.


(Extrait de Soir, in Requiem, Poème sans héros et autres poèmes/ NRF Poésie/ Gallimard)
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Heyoka
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Mar 23 Juil 2013 - 13:11

Touchant.

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and keep us from being a burden to ourselves.
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Constance
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Mar 23 Juil 2013 - 13:20

Heyoka a écrit:
Touchant.


J'étais justement sur le point de placer ces quelques lignes explicatives, Heyoka. sourire 


"En langue russe, deux termes viennent définir la forme de l’ouvrage de poésie : stihotvorenie (стихотворение), du grec stichos (ligne), et poèma (поэма), du grec ποιεμα (faire, fabriquer, créer). Ces deux notions sont traditionnellement traduites en français par le nom commun poème.
Toutefois pour la poésie russe, leur emploi distinct permet la mise en exergue de nuances relatives aux productions désignées. Divergentes d’un point de vue formel, les œuvres de poésie distinguées par ces deux termes russes connaissent également des différences d’ordre générique.

Ainsi, le poèma caractérisé par sa longueur, se singularise notamment par son appartenance simultanée aux genres lyrique et épique. D’après Jean-Louis Backès, poèma peut être traduit par « petite épopée » en français."

Le terme stihotvorenie désigne, quant à lui, un court poème lyrique. Au début du XXe siècle, à travers la pratique de cette forme poétique, Anna Akhmatova fait son entrée sur la scène littéraire russe avec le recueil "Soir" (Večer). Cependant, les premiers stihotvoreniâ d’Anna Akhmatova aspirent déjà au dépassement du lyrisme pur, et ce, notamment par le rôle qu’y joue l’évènement."


La suite : ICI
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Constance
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Jeu 19 Sep 2013 - 11:07

.

Solitude



On m’a jeté tant de pierres,
Que plus aucune ne m’effraie,
Le piège s’est fait haute tour,
Haute parmi les hautes tours.
Je remercie ceux qui l’ont construite,
Qu’ils cessent de s’inquiéter, de s’attrister.
De tous les côtés je vois l’aube plus tôt.
Et le dernier rayon du soleil triomphe ici.
Souvent dans les fenêtres de mes chambres
Entrent les vents des mers du nord,
Et le pigeon mange dans mes mains du grain ...
Cette page que je n’ai pas finie,
La main brune de la Muse,
Divinement calme et légère,
Y inscrira le dernier mot.


1914


(Extrait de "Troupe blanche", in Requiem / Poème sans héros et autres poèmes/NRF Poésie Gallimard)
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Constance
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Ven 24 Jan 2014 - 10:54

.

Jardin d'été



Je veux aller dans ce jardin,
                  dans cette roseraie nonpareille,
Où l'on voit des clôtures la plus belle,


Où les statues gardent mémoire
                  de la jeune fille que j'étais
Et moi, je les revois sous l'eau de la Neva.


Dans ce lieu caché, plein d'odeurs,
                  sous les tilleuls princiers,
Je crois entendre craquer
                  les mâts des vaisseaux.


Comme autrefois, le cygne
                  traverse les siècles,
En extase devant la beauté de son double.


Par centaines de milliers, des pas
Dorment d'un sommeil de mort,
                  pas d'ennemis et d'amis
Pas d'amis et d'ennemis.


Finira-t-il jamais, le cortège des ombres
Qui va du vase de granit
                  jusqu'à la porte du palais ?


Mes nuits blanches là-bas
                  se parlent, dans un murmure,
De quelqu'un qui savait aimer
                  secrètement, superbement.



Partout on voit briller la perle et le jaspe,
Mais un mystère dérobe
                  la source de la lumière.



1959, Eté.  



(Extrait de "Course du temps" , in "Requiem, poème sans héros et autres poèmes"/ NRF/ Poésie/  Gallimard)
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coline
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Sam 28 Juin 2014 - 14:30

Anna Akhmatova – REQUIEM



"Je buvais mes propres larmes
Dans les mains des autres".


« C’était le temps où le seul à sourire
Etait le mort, heureux d’être en repos.
Léningrad n’était plus qu’une annexe inutile
Attachée à ses prisons.
Rendus fous par les supplices,
Les condamnés avançaient en rangs,
Et les sifflets des locomotives
Chantaient la brève chanson de l’adieu.
Des étoiles de mort brillaient dans notre ciel.
L’innocente Russie se tordait de douleur,
Sous les bottes sanglantes,
Sous les pneus des fourgons noirs. »


La poétesse Anna Akhmatova, victime de la révolution bolchevique, a préféré rester plutôt que de s’exiler, préféré être  une « exilée de l'intérieur ».

« J'ai entendu une voix consolante
Qui me disait : « viens, viens ici,
Quitte ton pays sauvage, coupable,
À tout jamais quitte la Russie.
Je laverai le sang de tes mains,
Et la honte de ton cœur, j'arracherai.
D'un nom nouveau je te couvrirai
Et tes défaites et tes offenses. »
Mais, indifférente et sereine,
J'ai bouché mes oreilles de mes mains,
Pour empêcher ses paroles indignes
De souiller mon âme affligée. »

« Non, je n'étais pas sous un ciel étranger
Ni réfugiée sous une aile étrangère
J'étais alors aux côtés de mon peuple
Là où pour son malheur mon peuple se trouvait. »


En 1921, son premier mari, le poète Nicolas Goumilev fut exécuté pour activités contre-révolutionnaires. Cela a valu à Anna Akhmatova une première disgrâce. Elle sera mise à l’écart de la vie et du milieu littéraires, mais aussi surveillée, interrogée, toujours sous la menace d'être arrêtée, puis peu à peu abandonnée par la plupart de ses relations et amis. Pas tous !
Elle vit dans l’appartement communautaire de Pounine, son deuxième mari à Saint Pétersbourg,  dans la
« maison de la Fontanka » .

                  

   

En octobre 1935, Pounine  est arrêté, et en même temps Lev Goumilev, le fils d'Anna. Sur la simple raison sans doute qu’il portait le nom de son père et pouvait donc comme lui être ennemi du peuple.
Pounine et Lev seront libérés grâce à une  lettre que Boulgakov écrira aux autorités soviétiques.
Mais Lev Goumilev sera arrêté deux fois encore. Une deuxième fois en 1938 : il sera envoyé en Sibérie d'où il partira pour le front avec l’Armée Rouge en 1944. Puis il sera incarcéré pour la troisième fois en 1949 et ne sera libéré et réhabilité qu'en 1956.





« Ils sont venus te prendre à l'aube,
Je t'ai suivi comme on suit un cercueil.
Dans l'ombre des enfants qui pleuraient,
Sous l'icône un cierge avait coulé.
Sur tes lèvres le froid d'une médaille,
A ton front la sueur de la mort… Ne jamais oublier !
Comme les femmes des streltsy, j'irai,
J'irai hurler sous les tours du Kremlin»


[…]

 « Dix-sept mois que je hurle,
Je te prie de revenir,
Je me jette aux pieds des bourreaux,
Toi mon fils et mon effroi.
Tout s'est à jamais brouillé,
Je ne sais plus désormais
Distinguer l'homme de la bête
Ni s'il faudra longtemps attendre le supplice. »




Le Requiem est le cri  d'une mère dont on a emprisonné sans raison  le fils, mais Anna Akhmatova n’en fait pas un cri personnel, son Requiem  est  le  cri « d’un peuple de cent millions d'âmes ».
En préface elle écrit :

"Aux terribles années de la iéjovchtina  j'ai passé dix-sept mois à faire la queue devant les prisons de Leningrad. Un jour, quelqu'un crut me reconnaître. Alors, derrière moi, une femme aux lèvres bleuies et qui, bien sûr, n'avait jamais entendu mon nom, sembla s'éveiller de la torpeur où nous étions toutes plongées et me chuchota à l'oreille (là bas, nous ne parlions toujours qu'à voix basse) :
- Et ceci, vous pourriez le décrire ?
Et j'ai répondu :
- Oui.
Alors, quelque chose comme un sourire glissa sur ce qui, un jour, avait été son visage."


Des centaines de milliers de personnes ont été exécutées ou, dans le meilleur des cas, emprisonnées comme Lev Goumilev, fils unique d'Anna. Chaque jour était marqué par l'attente et l'angoisse. Pour Anna c’était devant le mur de la Kresty Prison

   


Les poèmes du Requiem  parlent de toutes ces femmes qui, comme elle, ont passé des heures devant la prison pour avoir des nouvelles de leur fils ou de leur mari, leur transmettre un colis.
Ses vers sont « formés des pauvres mots recueillis sur leurs lèvres ».
L’épilogue du recueil en sera :

« A présent, je sais comment se défait un visage
Comment filtre la peur de dessous les paupières,
Comment la souffrance peut graver sur les joues
[…]
C'est aussi pour toutes celle qui étaient avec moi,
Dans le froid sans pitié, dans la chaleur torride,
Au pied du mur aveugle et rouge»…


Le Requiem sera publié en russe en 1963 à Munich, mais en URSS seulement en mars 1987.
Les poèmes qui le composent  ont survécu grâce à la mémoire des amis d'Akhmatova qui, comme elle ne pouvait en laisser des traces écrites, les apprenaient par coeur.

Aujourd’hui, près de la Kristy Prison,  se dresse un mémorial dédié à Anna Akhmatova :


Elle avait écrit :

« Et si je ne sais quand, dans ce pays,
On songe à me dresser une statue,

Je donne mon accord pour la cérémonie.
Mais j’y mets une condition : qu’on la place

Non pas près de la mer qui m’a vu naître
(Avec la mer tous les liens sont rompus),

Mais ici, où j’ai attendu trois cents heures
Sans que pour moi s’ouvrent les verrous.

C’est que j’ai peur, dans la mort bienheureuse,
D’oublier quel bruit faisaient les fourgons noirs,

D’oublier la porte qu’on claquait affreusement,
Et la vieille qui hurlait comme une bête blessée.

Que, des paupières de bronze, immobiles,
La neige en fondant coule comme des larmes !

Que le pigeon de la prison roucoule au loin
Et que sur la Neva glissent doucement les bateaux. »
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églantine
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Sam 28 Juin 2014 - 16:20

Superbe commentaire Coline, bouleversant .....qui me donne envie de lire Anna Akhmatova !  Very Happy

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pia
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Sam 28 Juin 2014 - 16:36

Epoque terrible...Et les extraits que tu as mis sont très beaux. ça donne envie d'en savoir plus.

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coline
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Dim 29 Juin 2014 - 13:57

Eglantine, Pia...et tous les autres Parfumés, je vous invite à découvrir Anna Akhmatovacontent 

Pour continuer à vous faire part de mes lectures à son sujet, je choisis aujourd'hui un angle particulier:

Anna Akhmatova et Amadeo Modigliani  

       

La rencontre entre ces deux artistes a eu lieu à Paris en 1910.
Anna Akhmatova y était alors en voyage de noce avec son premier mari, le poète Nikolaï Goumiliov (ils se sépareront en 1918 et Goumiliov sera fusillé par la Tchéka en 1921. Ils ont eu ensemble un fils, Lev qui eut à subir lourdement le poids du nom de son père. Il faut se reporter au Requiem d’Anna Akhmatova).

« Vous êtes en moi comme une hantise. »
C’est ce qu’Amedeo Modigliani écrivit à Anna Akhmatova en 1910 après leur rencontre à Paris. Elle avait 21 ans, elle écrivait ses premiers vers; lui en avait 24 ans, il était pauvre et inconnu.
Ils se retrouvèrent encore en 1911.
Mais on sait peu de chose de la mystérieuse relation entre Amedeo Modigliani et la poétesse russe.  Sauf qu’il lui avait offert 16 dessins  réalisés en 1911. Certains ont disparu pendant la Révolution. Comment ? D’autres furent retrouvés dans la collection particulière d’un  ami de Modigliani. C’est seulement en 1994, qu’ Anna Akhmatova avait été identifiée dans ces dessins.  



Lorsque l’on visite aujourd’hui l’appartement-musée d’Anna Akhmatova, on peut y voir un de ces dessins. Celui-ci :

Amedeo Modigliani. Anna Akhmatova. (crayon sur papier)



Elisabeth Barillé avait visité cet appartement, et donc vu le dessin,  peu de temps avant la fameuse vente  qui eut lieu en le 14 juin 2010, chez Christie's à Paris : une sculpture de Modigliani représentant une tête de femme en pierre calcaire, de 61 cm de hauteur fut adjugée pour un montant de 43,18 millions d'euros à un  collectionneur anonyme. Un  record !

   

Elisabeth Barillé croit reconnaître dans ce buste le visage si particulier d’Anna Akhmatova. Influencée par ces interrogations qui lui étaient venues déjà à Saint Pétersbourg : « Ces mèches folâtrant sur l’exquise distorsion de la nuque, légères et folles, comme au front d’une enfant, ce détail adorable, est-ce l’amitié ? Est-ce l’amour ? »
Elle tenait le sujet d’un roman et elle s’est mise en quête d’indices. Il y en avait peu. A partir des dessins et d’extraits de lettres, elle a imaginé  cet « Amour à l’aube », le plaçant  dans le contexte des vies d’alors de chacun des deux protagonistes. Ce qui est très intéressant.





En 2011, déjà, paraissait cet ouvrage de collection, quelques pages, aux Éditions Harpo. (traduction de Christian Mouze) :



Des mots rares de la poétesse sur Amedeo Modigliani, écrits à la fin de sa vie.

« Il ne me dessinait pas sur le vif mais une fois seul chez lui. Il m’offrait ses dessins. Il y en eut seize. Ils ont été détruits dans ma maison de Tsarkoe Selo, aux premiers temps de la Révolution. Un seul en a réchappé. Moins que dans les autres on y pressent ses futurs nus. »

« J’ai encore en mémoire ses mots : Sois bonne  – sois douce ! . Il me le disait sous l’emprise du haschisch, couché dans son atelier, à demi conscient. Ni bonne, ni douce, je ne le fus jamais avec lui. »




En 2007, Le Musée des Beaux-arts Pouchkine a organisé une exposition Amedeo Modigliani à Moscou. Une citation d’Anna Akhmatova servait d’épigraphe à l’exposition : « Tout le côté divin de Modigliani étincelait à travers la pénombre. Il ne ressemblait à personne d’autre au monde ».

Elle a, par ailleurs, écrit ceci :
« Modigliani avait une force de caractère incroyable. Au point qu’il a entraîné dans la mort son amie. Cette fin tragique a fait de Modigliani un peintre misérable, ce qu’il n’a jamais été. On ne voyait plus que l’artiste maudit. » (Anna Akhmatova).

Puis dans son Poème sans héros, ces vers dont je n’ai pas encore trouvé la traduction française :

Paris is in dark mist
And probably again Modigliani
Imperceptibly follows me.
He has a sad virtue
To bring disorder even to my dreams
And be the reason of my many misfortunes
.”(Anna Akhmatova)
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Dim 29 Juin 2014 - 14:11

Tu sais donner l'envie Coline, merci

et merci à Constance qui a créé ce fil

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Dernière édition par Bédoulène le Dim 29 Juin 2014 - 22:27, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Dim 29 Juin 2014 - 14:55

Bédoulène a écrit:
Tu sais donné l'envie Coline, merci

C'est que je pense qu'Anna Akhmatova en vaut vraiment la peine!content 


Bédoulène a écrit:
et merci à Constance qui a créé ce fil

Tu as raison Bédoulène, merci à Constance, notre "spécialiste ès poésie"!...Ce n'est pas le plus facile à partager mais elle persévère, pour le bonheur de ceux qui aiment les poèmes...et qui n'ont pas toujours les mots (c'est mon cas!) pour marquer leur intérêt à ce qui a été posté. content 
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Dim 29 Juin 2014 - 20:29

Mikhail Zenkevitch (1886-1973), poète et érivain russe était un ami d' Anna Akhmatova et de
Goumiliov.
Dans son roman Elga (Gingko éditeur), un livre autobiographique, Zenkevitch, décrit l' époque à Petrograd, la famine, le froid, le typhus, et aussi Anna Akhmatova, sous l' apparence d' Elga, avec qui il a peut etre eu une aventure amouruese.

En tout cas, c' est ce que pense l' épouse de Zenkievitch.

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
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coline
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Dim 29 Juin 2014 - 22:24

bix229 a écrit:
Mikhail Zenkevitch (1886-1973), poète et érivain russe était un ami d' Anna Akhmatova et de
Goumiliov.
Dans son roman Elga (Gingko éditeur), un livre autobiographique, Zenkevitch, décrit l' époque à Petrograd, la famine, le froid, le typhus, et aussi Anna Akhmatova, sous l' apparence d' Elga, avec qui il a peut etre eu une aventure amouruese.

En tout cas, c' est ce que pense l' épouse de Zenkievitch.


Mikhail Zenkevitch appartenait au mouvement des poètes acméistes, avec Goumiliov , Anna Akhmatova et Ossip Mandelstam. J'ai croisé son nom dans les souvenirs de Nadedja Mandelstam. Mais rien de très marquant le concernant.

Elga


As-tu lu ce texte Bix?
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Lun 30 Juin 2014 - 15:55

Non, je ne l' ai pas encore lu.

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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   Jeu 3 Juil 2014 - 12:44

Je choisis de placer sur ce fil mon commentaire de ce livre dont l'auteur n'est pourtant pas Anna Ahkmatova, mais son amie Nadedja Mandelstam, veuve du poète Ossip Mandelstam.

Anna Akhmatova, Nadedja et Ossip Mandelstam



SUR ANNA AKHMATOVA
de Nadejda Mandelstam
Traduit du russe par (et avant-propos de) Sophie Benech
Édition et postface de Pavel Nerler, Éditions Le Bruit du temps.




L'amitié de deux écrivaines qui ont traversé la terreur stalinienne.

Nadejda et Anna s’étaient connues en 1924 à Tsarskoïe Selo, près de Saint-Pétersbourg. Cela faisait alors déjà plus de dix ans qu’Anna connaissait Ossip, ils étaient amis proches et leur amitié, leur solidarité,  jamais ne se démentiront malgré les temps terribles qu’ils eurent à traverser. L’amitié entre Anna et Nadedja a découlé de l’amitié forte qui liait les deux poètes.

« Comment se fait-il que trois têtes en l'air pleines de courants d'air qui n'en faisaient qu'à leur guise, trois personnes incroyablement écervelées – A.A, O.M, et moi, aient pu préserver, sauvegarder et conserver toute notre vie cette triple union, cette amitié indestructible ? Nous étions tous tentés par autre chose – faire la roue, trouver une flûte pour charmer les rats, « danser devant l'Arche sainte… », nous nous faisions enrager les uns les autres, nous nous efforcions de nous remettre mutuellement les idées en place, mais notre amitié et notre union étaient inébranlables. Nous nous tenions les uns à côté des autres. Pour préserver cette amitié, il fallait de la constance et de la volonté.  Comment avons-nous fait pour surmonter les crises, inévitables aussi bien en amour qu'en amitié ? Nous avions compris quelque chose dès le début, pas grand-chose, bien sûr, mais cela a suffi pour cimenter notre lien. »

Pour tous trois, ce fut une amitié marquée sans cesse par la menace d’être arrêté, la condamnation à l’isolement, à l’éloignement de Moscou et Saint Pétersbourg, à l’errance et la peur jusqu’à la mort d’Ossip en 1938, « point culminant de l'horreur et de la démence ». La peur, sentiment « plus fort que l'amour et la jalousie, plus fort que tous les sentiments qu'il nous a été donné d'éprouver ».

«De tout ce que nous avons connu, le plus fondamental et le plus fort, c’est la peur et son dérivé - un abject sentiment de honte et de totale impuissance. […] Depuis les tout premiers jours, alors que nous étions encore courageuses, et jusqu’à la fin des années 50, la peur a brouillé tout ce qui fait d’ordinaire une vie humaine, et nous avons payé chaque lueur d’espoir par des délires nocturnes, tant dans la réalité que dans nos rêves.»

Ce qui les caractérisait c’était leur intégrité, leur absence de concession face à la terreur stalinienne.
Cette amitié entre les deux femmes  s’est prolongée après la mort d’Ossip dans un camp de transit de l’Extrême-Orient russe où il était en attente pour rejoindre un camp de la Kolyma..
« A présent, vous êtes tout ce qui nous reste d’Ossip », lança Anna  à Nadejda qui, lucide et bonne, commentait ainsi ces mots :
« C’est ce qui définit le mieux ce qu’elle éprouvait pour moi. »
« Ossip Mandelstam était ce qui nous unissait – et c’était ce qu’il y avait de plus important dans notre vie et notre amitié. »


La mémoire des deux grands poètes, Ossip et Anna, doit beaucoup à la fidélité, à l’intelligence, à l’amour et au travail de fourmi de Nadedja qui, sous le risque des perquisitions et des arrestations, apprenait ce qu’ils écrivaient, le recopiait en plusieurs exemplaires et « l’archivait » en le dispersant chez des amis. Des cachettes qui s’avérèrent plus ou moins sûres.

Nadejda Mandelstam, après la mort d’Anna Akhmatova (qu’elle appelle tendrement Anouch, Aniouta, Annouchka ) en 1966, rédigea ce livre pour relater cette amitié dans son contexte de terreur, de misère, de résistance quotidienne mais aussi de poésie engagée et de lutte pour sa sauvegarde.
« Elle m’a tout simplement sauvé la vie », écrivit Nadejda.
Pendant la guerre, la poétesse avait été évacuée de Leningrad (cernée par les armées d’Hitler) et elle résidait à Tachkent. Elle a fait alors tout ce qui était en son pouvoir pour que Nadejda puisse la rejoindre.

Le texte était resté inédit. On le croyait perdu ou détruit. Mais il en subsistait une copie, un tapuscrit que Nadedja avait confié à une amie ! Et en 2006 ce récit fut publié à Moscou (Nadedja Mandelstam est morte en 1980).

Ce portrait d’Anna Akhmatova, qui dit tout de la faim, du froid, des camps, des arrestations, de la peur, de l’horreur, n’a rien cependant d’une lamentation triste. Le lire est un beau moyen de (re)découvrir  une époque et trois personnes remarquables, Anna, Ossip et Nadedja. D’aller plus loin ensuite, peut-être, pour découvrir leurs œuvres.
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MessageSujet: Re: Anna Akhmatova [Russie]   

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