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 Ingeborg Bachmann [Autriche]

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Arabella
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MessageSujet: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 20:48

Ingeborg Bachmann (1926-1973)





Source Wikipedia

Après avoir commencé des études de droit, elle se consacre aux lettres et à la philosophie et obtient son doctorat de philosophie en 1950 avec une thèse intitulée : « La réception critique de la philosophie existentielle de Martin Heidegger.»
Comme beaucoup d'écrivains germanophones de l'immédiat après-guerre, elle commence sa carrière de poétesse à l'intérieur du Groupe 47. Elle reçoit du reste le prix du Groupe 47 pour son premier recueil de poèmes, Le délai consenti (Die Gestundete Zeit), en 1953.
Ses poèmes et pièces radiophoniques reçoivent à la fois un succès critique et un engouement du public, et lui assurent une grande renommée dans le monde germanophone. La session du Groupe 47 de 1958, dite Grossholzleute, voit l'émergence d'une frange féminine menée par Bachmann, Ilse Aichinger et d'autres auteures. Le Groupe 47 veut libérer les Hommes des mots salis par les Nazis, et les aider à écrire un nouveau monde. Il va servir aussi, se disent-elles, à nettoyer le langage des mots dont se servent les hommes pour parler des femmes en leur nom, et donc, usurper leur place - et taire leurs passions. C'est le début d'une tentative littéraire originale et révolutionnaire d'écrire l'Amour, que les femmes ressentent avec leurs mots à elles - non ceux fabriqués par des siècles d'auteurs masculins (voir sur ce thème la nouvelle de Bachmann, « Ondine », dans le recueil La trentième année : Das dreißigste Jahr).
Ce changement d'objectif « politique », de thématique littéraire, ainsi que le passage du poème à la nouvelle, vont briser le lien entre Bachmann et le public.
De 1958 à 1962, Ingeborg Bachmann partage sa vie avec l'écrivain suisse allemand Max Frisch, rencontré à Francfort. Ils vivent entre Rome et Francfort.
En 1959, elle inaugure, comme premier professeur invité, la chaire de poétique de l'université de Francfort-sur-le-Main, créée par cette université pour permettre à un écrivain de langue allemande d'y exposer son « art poétique ». Des six conférences initialement prévues (de novembre 1959 à février 1960), Ingeborg Bachmann n'en donnera que cinq. Leur titre : « Questions de poésie contemporaine.»
Elle reçoit en 1964 le prestigieux prix Georg-Büchner pour ses poèmes, et compose pour la réception de celui-ci son texte : Berlin, un lieu de hasards.
Malina (premier tome de la tétralogie Genres de mort : Todesarten), publié en 1971, sera aussi son dernier ouvrage publié de son vivant : la mort soudaine de Bachmann va laisser son travail en chantier. Ce roman se veut le premier volet dans l'aboutissement d'un effort de rénovation « féminin » de la langue - tel que, depuis longtemps, l'envisage Bachmann.
Ingeborg Bachmann meurt en effet, brûlée vive dans sa chambre d'hôtel à Rome, le 17 octobre 1973. S'agit-il d'un accident, ou de ce que Stig Dagerman appelait l'« accident de travail » de l'écrivain : le suicide ? La thèse la plus probable reste celle de l'accident, mais certains éléments seraient mystérieux.
Elle a par ailleurs été la « femme aimée » de Paul Celan. En août 2008, leur très importante correspondance a été publiée l'éditeur Suhrkamp sous le titre Herzzeit (Le temps du coeur).
Bachmann a également collaboré avec son ami le compositeur Hans Werner Henze à l'écriture du livret de l'opéra de celui-ci : Der Junge Lord (Le jeune Lord) ; qui est, de toute l'œuvre musicale de Henze, son opéra le plus connu et le plus apprécié.
Depuis 1977, un prix littéraire portant son nom est décerné à Klagenfurt – voir prix Ingeborg Bachmann.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 20:50

Malina




Cela fait déjà quelques jours que j’ai fini ce roman ( ?), mais j’ai énormément de mal pour écrire un commentaire sur cette lecture. Il s’agit d’une œuvre hors-norme, difficile à cerner, que je ne suis pas sûre d’avoir vraiment comprise, et de laquelle il m’est donc assez difficile de parler d’une façon relativement cohérente et construite.

C’est un récit à la première personne, un monologue, d’une femme, qui ressemble forcement très fort à Ingeborg Bachmann, enfin pour ce que je puis en imaginer. Cette femme vit à Vienne, et se partage entre l’écriture et deux hommes, un avec qui elle habite et un autre qui habite à quelques pas, et qu’elle voit le plus souvent possible, Malina et Ivan. Mais le monde de la narratrice semble pouvoir à chaque instant dérailler, devenir une sorte de cauchemar éveillé dans lequel les choses et les gens deviennent étranges voire menaçants. Et il y a les récits qu’elle écrit et qui s’intègrent à certains moments au récit du roman. Il y a par moments des descriptions très réalistes, qui alternent avec des moments où les choses ne sont plus réalistes du tout.

Le livre semble décrire le monde intérieur de la narratrice-auteur, un monde chaotique, peu rassurant, dans lequel il faut à chaque moment apprivoiser le réel pour qu’il ne vous avale pas. On dirait qu’elle cherche en permanence des points d’appui qui se dérobent, rien n’est vraiment certain, sauf peut être la souffrance. Même le langage, défense suprême se dérobe, le livre contient un certain nombre de lettres inachevées, comme si aller jusqu’au bout était impossible. Par exemple, une lettre au notaire, dont la narratrice essaie de composer plusieurs versions, jamais finies, et dont le sens semble s’éloigner de plus en plus de ce qu’elle semblait vouloir dire au début. Ces lettres sont de brillants morceaux d’ailleurs, écrits d’une façon éblouissante, avec des formules toutes faites, comme dans bon nombre de lettres, et Bachmann semble les détourner, comme si toutes ces formules tuaient la communication, la rendaient impossible. Là, il y a sûrement une brillante étude à faire sur l’utilisation du langage chez Bachmann, sur l’échec du langage qui mène à sa propre fin et à la mort, j’imagine que cela a du être écrit par des brillants spécialistes.

Un livre donc très cérébral, mais qui en même temps qu’il est complètement désespéré peut être étrangement drôle :

Citation :
Ce qui m’effraie le plus en ce moment, c’est le sort de nos postiers. Malina sait que j’ai un faible pour eux, comme pour les cantonniers, et il y a plusieurs raisons à cela. Ce penchant pour les cantonniers, je devrais en avoir honte, même si je ne me suis jamais rendue coupable de quoi que ce soit et que j’en suis toujours restée à un bonjour aimable ou à un regard furtif jeté d’une voiture à ces groupes d’hommes hâlés, en sueur, torse nu, qui répandent du gravier, étalent du goudron ou dévorent leur casse-croûte. En tout cas, je n’ai jamais osé m’arrêter, et jamais je n’ai demandé à Malina, qui connaît cet inexplicable faible et le trouve compréhensible, de m’aider à engager la conversation avec un de ces hommes.

Drôle, touchant, effrayant, incompréhensible aussi, ce livre est tout cela à la fois. Une expérience de lecture très particulière, qui demande un certain effort, qui apporte un certain plaisir, qui trouble et intéresse, mais par moments agace aussi. Quelque chose de complexe en somme. Et difficile à résumer.

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Dernière édition par Arabella le Sam 22 Mai 2010 - 22:09, édité 1 fois
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Nathria
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 22:02

Merci pour ce fil, Arabella!
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bix229
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 22:54

Mieux vaut commencer, je crois, par Trois sentiers vers le lac, des nouvelles d' un accès plus
facile...
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tom léo
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 23:16

Oui, merci Arabella! C'est une personnage fascinante dont au bout du compte, je ne savais pas grande chose tout en étant étrangement attiré de faire sa connaissance! Donc j'ai acheté recemment justement Malina, et j'aimerais bien alors me former une opinion!

Merci encore!
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Marko
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Sam 22 Mai 2010 - 23:51

Je l'ai vu comme un roman sur la schizophrénie à travers les altérations de la perception de la réalité et du langage. Une immersion presque sensorielle dans la psyché de cette femme. Elle expérimente un vécu de morcellement psychotique contre lequel l'héroïne lutte sans relâche pour tenter de retrouver en vain une certaine cohésion. Mais c'est un peu loin pour moi pour mieux préciser. Il faudrait le relire mais c'est une lecture assez difficile.

En tout cas Werner Schroeter va dans cette direction dans son adaptation cinématographique avec Isabelle Huppert.


Extrait:

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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coline
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Dim 23 Mai 2010 - 0:23

tom léo a écrit:
Oui, merci Arabella! C'est une personnage fascinante dont au bout du compte, je ne savais pas grande chose tout en étant étrangement attiré de faire sa connaissance! Donc j'ai acheté recemment justement Malina, et j'aimerais bien alors me former une opinion!


J'ai aussi pour projet de découvrir un peu Ingeborg Bachemann à travers Malina. Ton point de vue m'était précieux.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Dim 23 Mai 2010 - 8:30

Marko, en effet, on peut interpréter les choses comme tu le fais, la souffrance psychique est très présente dans ce livre, et le morcellement est en effet très présent et très sensible. Mais malgré ce langage qui se dérobe, par moments c'est tellement bien écrit aussi, cela semble même très maîtrisé, que c'est un vrai plaisir de lecture. C'est un livre troublant, que l'on a du mal à oublier, pas facile certes (mais pourquoi les choses devraient être faciles) mais passionnant.
J'ai repéré à la médiathèque une bio avec plein de poèmes dedans. Je crois que je ne vais pas tarder à la lire, parce que j'ai envie de mieux connaître cet univers. Je regrette encore une fois que sa correspondance avec Paul Celan n'ait pas été traduite, j'ai lu des extraits et cela semble passionnant.

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Marko
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Dim 23 Mai 2010 - 11:55

Arabella a écrit:
mais pourquoi les choses devraient être faciles

Je suis bien d'accord.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Dim 25 Juil 2010 - 18:25

J'ai lu la biographie d'Ingeborg Bachmann écrite par Hans Höller et je l'ai trouvé sans grand intérêt. Il parle à la fois de sa vie, et fait des analyse de certaines de ses oeuvres, il y a aussi des répères pour situer tout ça dans le contexte de l'époque. Pour un petit 150 pages avec photos, cela fait beaucoup de choses. En ce qui concerne sa vie, je n'ai rien appris, c'est vraiment un survol, si on le la connaît pas par ailleurs on y comprend rien, et si on la connaît on apprend pas grand chose. Quand à l'analyse de l'oeuvre, à mon sens, elle donne envie de fuir l'auteur à tout jamais, tellement elle est tarabiscotée. A éviter à mon sens.

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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Mer 3 Juil 2013 - 16:27

Arabella a écrit:

Malina




Cela fait déjà quelques jours que j’ai fini ce roman ( ?), mais j’ai énormément de mal pour écrire un commentaire sur cette lecture. Il s’agit d’une œuvre hors-norme, difficile à cerner, que je ne suis pas sûre d’avoir vraiment comprise, et de laquelle il m’est donc assez difficile de parler d’une façon relativement cohérente et construite.



Mon commentaire aurait pu commencer exactement par les mêmes phrases que toi Arabella...

Malina

Ce livre est paru en 1971. C'est le seul roman de son auteur. Il faisait partie d’un cycle que Ingeborg Bachmann avait intitulé « Genres de mort ». Les deux livres suivants, « Franza » et « Requiem pour Fanny Goldmann », sont parus inachevés après sa mort (chez Actes sud).

Très peu de temps après sa publication allemande Malina fut traduit en Français, à la demande des Editions du Seuil, par Philippe Jaccottet, grand admirateur de la poétesse. Or Philippe Jaccottet n’était pas satisfait de son travail. Il disait avoir eu du mal à entrer dans ce texte, à saisir sa portée.
Il est vrai que, tant dans la forme que dans le fond, il est quelque peu énigmatique. Très chaotique. Un texte comme en lambeaux, dont on ressent non sans angoisse l’affolement désespéré.

Ingeborg Bachman parlait à propos de Malina d’une « biographie imaginaire ».
Les exégètes, eux, ont reconnu, dans les deux amours de la narratrice, les ombres de l'écrivain Max Frisch, qui fut son compagnon de 1956 à 1962, et du poète Paul Celan, qu’elle disait avoir « aimé plus que (sa) vie ».

Philippe Jaccottet alla trouver Ingeborg Bachman qui vivait alors à Rome mais, la trouvant fragile, il n’osa pas lui parler de ce qui lui paraissait obscur. Elle est morte deux ans après la publication du livre, brûlée vive à 47 ans dans son appartement à Rome, probablement à cause d’une cigarette mal éteinte.

En 2008, pour une nouvelle édition de Malina au Seuil, Philippe Jaccottet a repris sa traduction avec Claire de Oliveira.

Malina est le récit d’une descente aux enfers. Celui d’une jeune femme écrivain perturbée, en proie à la violence de ses sentiments amoureux pour deux hommes, Malina et Yvan, en proie à la haine/amour/terreur de son père incestueux, en proie aussi à des rêves dignes de Kafka et à une folie de schizophrène, à des souvenirs de guerre et à une révolte contre Vienne qu’elle aime, mais qui « prostituée » et silencieuse vit « comme si rien ne s’était passé », comme si l’Autriche avait été seulement victime des nazis.

Dans ses tourments et ses angoisses, il lui est difficile d’écrire, d’écrire pour Yvan, son amant, son fol amour, ce « beau livre » dont elle rêve, un livre aussi joyeux que "l'Exsultate Jubilate" de Mozart qu’ils écoutent au Café Musil.

A Vienne, la narratrice vit rue de Hongrie. Elle a du mal à s’en éloigner, il faut qu’elle se trouve « dans le champ magnétique » de cette rue, entre le 6 où vit Ivan et le 9 où elle vit avec Malina…. Elle « ne peut être où Ivan n'est pas et ne peut davantage rentrer chez elle si Malina en est absent ».

Malina est le compagnon, présent, vigilant, calme, dialoguant avec elle, mais de plus en plus distant, hostile, de plus en plus tendu. Elle ne saurait cependant le quitter.

D’Yvan, elle est follement éprise, elle vit à genoux au sol, près du téléphone, fumant cigarette sur cigarette, dans l’attente de ses appels, de ses venues et de ses départs mystérieux et éphémères. Le premier chapitre relatait pourtant l'histoire du " bonheur avec Ivan " mais Yvan s’éloigne.
De Paul Celan Ingeborg Bachman dira, lorsqu’il se jeta dans la Seine en avril 1970 : « Ma vie est finie car il s’est noyé dans le transport, et il était ma vie. Je l’aimais plus que ma vie »
A propos d’Yvan, elle écrit :
« Je ne vis qu'en Ivan. Je ne lui survivrai pas. "

Puis ces phrases extraordinaires, définitives, bouleversantes :
" Aucun jour ne viendra "
« La vie, c'est ce qu'on ne peut pas vivre »
« Toute mort est un meurtre ».
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MessageSujet: Re: Ingeborg Bachmann [Autriche]   Ven 7 Aoû 2015 - 17:19

La Bohême est au bord de la mer


 



Si les maisons par ici sont vertes, je peux encore y entrer.
Si les ponts ici sont intacts, j’y marche de pied ferme.
Si peine d’amour est à jamais perdue, je la perds ici de bon gré.
 



Si ce n’est pas moi, c’est quelqu’un qui vaut autant que moi.
 



Si un mot ici touche à mes confins, je le laisse y toucher.
Si la Bohême est encore au bord de la mer, de nouveau je crois aux mers.
Et si je crois à la mer, alors j’ai espoir en la terre.
 



Si c’est moi, c’est tout un chacun, qui est autant que moi.
Pour moi, je ne veux plus rien. Je veux toucher au fond.
 



Au fond, c’est-à-dire en la mer, je retrouverai la Bohême.
Ayant touché le fond, je m’éveille paisiblement.
Resurgie, je connais le fond maintenant et plus rien ne me perd.
 



Venez à moi, vous tous Bohémiens, navigateurs, filles des ports et navires
jamais ancrés. Ne voulez-vous pas être bohémiens, vous tous, Illyriens,
gens de Vérone et Vénitiens ? Jouez ces comédies qui font rire
 



Et qui sont à pleurer. Et trompez-vous cent fois,
comme je me suis trompée et n’ai jamais surmonté les épreuves,
et pourtant les ai surmontées, une fois ou l’autre.
 



Comme les surmonta la Bohême, et un beau jour
reçut la grâce d’aller à la mer, et maintenant se trouve au bord.
 



Ma frontière touche encore aux confins d’un mot et d’un autre pays,
ma frontière touche, fût-ce si peu, toujours plus aux autres confins,
 



Bohémien, vagabond, qui n’a rien, ne garde rien,
n’ayant pour seul don, depuis la mer, la mer contestée,
que de voir
le pays de mon choix
 



Traduction Françoise Rétif

L' un des plus beaux poèmes d' Ingeborg Bachmann : Réf. Poezibao. B.

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Roberto Juarroz
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