
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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Emmanuelle Caminade Envolée postale

Messages: 186 Inscription le: 06/11/2009 Age: 61 Localisation: Drôme provençale
 | Sujet: Silvia Avallone [Italie] Ven 2 Juil 2010 - 12:18 | |
| Silvia Avallone est diplomée de philosophie et vit actuellement à Bologne. Elle avait déjà publié un recueil de poèmes , Il libro dei ventanni ( 2007) et plusieurs nouvelles dans des revues avant de se faire remarquer avec un premier roman en 2010. Acciaio ( Acier ), Silvia Avallone, Rizzoli, janvier 2010, 361 p.
J 'ai adoré Acciaio , cet étonnant premier roman d'une jeune auteure italienne de 25 ans , Silvia Avallone, une sorte de Zola transalpin à l'écriture populaire, argotique et éminemment poétique qui démontre une maîtrise remarquable de la narration et de la construction. Elle a remporté le premio Campiello opera prima 2010, mais c'est à Canale Mussolini d'Antonio Pennacchi qu'a été attribué hier le premio Strega – l'équivalent du Goncourt – par 133 voix contre contre 129 à Acciaio ! Ne reste plus qu'à attendre la traduction française de ce roman – qui obtient déjà un très beau succès en librairie en Italie –, ce qui ne devrait pas trop tarder...
C'est l'histoire d' une amitié entre deux jeunes filles de 13/ 14 ans qui s'effondre brutalement quand l'une d'entre elle devient femme. Un récit initiatique décrivant le passage du monde de l'adolescence à celui des adultes , quand les rêves de fuite et l'espérance en l'avenir se transforment en désillusions et en résignation. Une histoire qui se déroule dans une cité industrielle d'Italie, dans une banlieue sordide aux logements ouvriers de béton dégradé où s'entassent dans la promiscuité des populations démunies. Un environnement marqué par le bruit et la pollution , la misère et la violence, la prostitution et la drogue , les arnaques en tout genre et les pénibles conditions de travail qui se soldent par de nombreux accidents. Un monde dur où les enfants grandissent trop vite et les adultes vieillissent précocement, avec comme seules distractions la plage/cloaque jonchée de détritus ou la discothèque du samedi soir, comme seuls rêves le monde télévisé de Berlusconi ou celui des riches touristes envahissant les plages de sable blanc de l'île d'Elbe qui scintille à l'horizon comme un paradis inaccessible. |
|  | | traversay Zen littéraire

Messages: 7900 Inscription le: 03/06/2009 Age: 53 Localisation: Dans la lune
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Sam 6 Aoû 2011 - 23:54 | |
| D'acier| Citation: | | Il y a la Méditerranée, la lumière, l’île d’Elbe au loin. Mais ce n’est pas un lieu de vacances. C’est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l’aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant… Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d’évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s’emparer de l’avenir. |
Elle est dans quel état ces derniers mois Silvia Avallone ? Euphorique ou dépassée par les événements ? Elle est passée de l'anonymat à la célébrité, à 25 ans, après la parution de son premier roman en Italie, plébiscité par le public (plus de 350 000 exemplaires), encensé par la plupart des critiques, descendu avec hargne par les autres, en voie d'être adapté au cinéma, traduit dans douze pays. Et avec cette référence évidente et lourde à porter : l'Emile Zola de Germinal. D'acier est sorti en France en mars, a obtenu le Prix des lecteurs de l'Express. En attendant d'autres récompenses, sans doute. Ce livre n'est pas une gifle, c'est un crochet dans l'abdomen. A couper le souffle. De multiples personnages s'y côtoient dans une même ville : Piombino, en Toscane, en bord de mer. Le paradis ? L'enfer plutôt. C'est une ville industrielle dominée par une aciérie et son haut fourneau, avec les immeubles de sa cité de béton, poétiquement appelée Stalingrado. Avallone raconte le quotidien des ouvriers et de leurs familles, au début du XXIe siècle. Les femmes flétries à 30 ans, les hommes violents et alcooliques, certains déjà pères à 18. Et les magouilles pour gagner un peu de fric, la cocaïne pour tenir à l'usine le jour et passer la nuit dans des boîtes de nuit glauques. Tout un univers, couleur de rouille, dans lequel évoluent deux gamines, pas encore quatorze ans, belles comme des icônes, que leur seule amitié fait tenir. La romancière ne fait pas dans la dentelle : langage de charretier, style scandé, crudité à tous les étages. Du réalisme social au goût marécageux qui n'épargne personne, avec une énergie inimaginable. Comme pour Zola en son temps, on pourrait la taxer de vulgarité, trouver qu'elle en fait trop, qu'elle en rajoute dans le sordide. C'est un point de vue qui se défend, mais qui ne résiste pas à la puissance d'évocation de ce roman, à la construction linéaire et implacable, qui ne lâche jamais prise. Un bouquin en fusion qui brûle au troisième degré. Métal hurlant ! |
|  | | Sophie Sage de la littérature

Messages: 2225 Inscription le: 17/07/2007 Age: 35 Localisation: Tahiti
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Dim 7 Aoû 2011 - 2:28 | |
| Merci pour ces avis mais qui me font encore hésiter; je crois que pour ne pas être déçue, je vais attendre la sortie en poche, en espérant qu'il ne sorte pas en Livre de poche, édition que je déteste.Comme ça, si je n'aime pas ce roman, je n'aurais pas dépensé une fortune et si je l'aime je serais contente. |
|  | | ocean Envolée postale

Messages: 150 Inscription le: 01/08/2011 Age: 49 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Mer 28 Sep 2011 - 17:39 | |
| | Sophie a écrit: | | Merci pour ces avis mais qui me font encore hésiter; je crois que pour ne pas être déçue, je vais attendre la sortie en poche, en espérant qu'il ne sorte pas en Livre de poche, édition que je déteste.Comme ça, si je n'aime pas ce roman, je n'aurais pas dépensé une fortune et si je l'aime je serais contente. |
Je viens de terminer ce roman....J'adhère à tout ce que dit Traversay...Sauf pour la vulgarité...Ce n'est pas vulgaire...C'est un milieu qui n'a pas accès à la culture, c'est tout...Je ne trouve pas qu'elle force le trait....Je pense qu'il doit exister des romans (je n'en ai pas en tête tout de suite) qui ressemblent à celui-là mais dont le sujet est le Nord de le France, avec le démantèlement de la sidérurgie et la société qui se fissure...
Sophie, lis-le, je suis sûre que tu ne seras pas déçue... |
|  | | sentinelle Zen littéraire

Messages: 8645 Inscription le: 20/07/2007 Age: 42 Localisation: Belgique
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Mar 11 Oct 2011 - 10:08 | |
| D'acier
Ce roman se lit d’une traite mais surtout possède une voix qui porte et sonne vrai. Milieu ouvrier désœuvré et désenchanté, ville industrielle déclinante, pères démissionnaires, mères anesthésiées, le passage de l’enfance à l’adolescence, les corps qui se métamorphosent, les premiers amours, l’amitié et ses blessures, les échappatoires minables d’une vie minable, la beauté insolente de la jeunesse, tout sonne tellement juste qu’on ne doute pas une seconde que Silvia Avallone sait de quoi elle parle. Un léger bémol sur la fin mais on lui pardonne bien volontiers tant le roman tient bien la route jusque là. Un roman social et percutant comme je les aime, je vous dis à bientôt Madame Silvia Avallone ! |
|  | | traversay Zen littéraire

Messages: 7900 Inscription le: 03/06/2009 Age: 53 Localisation: Dans la lune
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Mar 11 Oct 2011 - 10:20 | |
| | sentinelle a écrit: | D'acier
Un roman social et percutant comme je les aime, je vous dis à bientôt Madame Silvia Avallone ! |
Madame ou mademoiselle ? Percutant et bourré d'énergie, effectivement. Heureux que tu aies aimé. |
|  | | sentinelle Zen littéraire

Messages: 8645 Inscription le: 20/07/2007 Age: 42 Localisation: Belgique
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Mar 11 Oct 2011 - 10:30 | |
| Sans être féministe pure et dure, je dis Madame, définitivement J'ai beaucoup aimé. Après quelques déceptions coup sur coup, enfin une bouffée d'oxygène même si bourrée de carbones. Que d'énergie et de nerf dans ce roman : dominance gris acier mais avec quelles fulgurances aveuglantes parfois ! Puis Piombino en Toscane, c'est aussi un peu notre Charleroi en Belgique, je visualise sans peine. Sophie, tu ne seras pas déçue du voyage. |
|  | | Aeriale Léoparde domestiquée

Messages: 14609 Inscription le: 01/02/2007
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Jeu 16 Fév 2012 - 9:19 | |
| -D'acier-D'acier? Je dirais plutôt d'or tant il est sacré ce bouquinComment parler de ce livre qui réunit tous les suffrages et que tout le monde encense sans heurter les sensibilités? J'avoue je marche un peu sur des oeufs. Magistral (France inter) D'une grande ampleur (l'Express) Une fresque de haute tenue (L'humanité) etc etc...n'est-ce pas un peu excessif? Je ne peux pas dire qu'il ne contient pas de bonnes choses (la description de ces milieux déshérités, avec tout ce que cela entraîne: désoeuvrement, trafics, violence, alcoolisme, drogue et j'en passe) Le langage est cru, Silvia Avallone ne mâche pas ses mots, manifestement elle sait de quoi elle parle. L' immersion totale est rapide, la confrontation au sordide efficace, bref on comprend bien ce désir d'évasion des deux héroines et le lien qui les soude à jamais. Mais honnêtement n'avez vous pas trouvé certaines situations stéréotypées? J'avais parfois l'impression de suivre une série adressée à de jeunes ados, ça m'a fait bizarre (les boudins, les canons, la guerre entre les deux, les rendez vous sur la plage, les coeurs qui palpitent. Des pères qui frappent, des mères qui se fânent, des voisins qui matent etc) Je suis bien consciente du fait que cela correspond à une réalité mais la profusion de personnages oblige sans doute l'auteure à négliger les nuances. Tout ça m'a paru taillé dans le brut, alors ça peut faire un style oui, mais de là à le comparer à du Zola euh...Pas sûre qu'on le citera dans 30 ou même 10 ans. A vrai dire j'ai eu du mal à me faire à l'écriture, d'autant que je sortais de deux excellents romans (qui eux ont fait ou feront date) et que je m'attendais à autre chose. Sans parler de la fin un peu grotesque. | Spoiler: | | | Avec l'impression que l'auteure ne savait plus très bien comment s'en dépêtrer, et hop une petite manip malheureuse ça arrange bien des choses |
Bref, ne nous méprenons pas, c'est un petit roman social bien amené et bien construit d'accord, mais pas de quoi crier au génie non plus. Et si mon avis vous parait mal à propos il ne vous en fera que plus apprécier la lecture par la suite au cas où. (Ouf, c'est fait, je cours aux abris... )
_________________ J'adore parler de rien, c'est le seul domaine où j'ai de vagues connaissances -Oscar Wilde-
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|  | | topocl Sage de la littérature

Messages: 1555 Inscription le: 12/02/2011 Age: 52 Localisation: loire
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Jeu 16 Fév 2012 - 11:03 | |
| Et bien Aeriale, tes réserves-mêmes piquent ma curiosité! je vais le mettre dans ma LAL histoire de mettre mon grain de sel! |
|  | | topocl Sage de la littérature

Messages: 1555 Inscription le: 12/02/2011 Age: 52 Localisation: loire
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Mar 3 Avr 2012 - 14:02 | |
| D’acier
2001, les tours jumelles, l'année où le monde a basculé. Pour Anna et Francesca,, qui s'en fichent pas mal, l’année de leurs 14 ans, l'été où leur vie intime a basculé.
A Piombino, en face de la paradisiaque île d’Elbe, c'est l’aciérie qui nourrit la plupart des familles. On la respecte pour cela, mais en même temps on la déteste, pour le travail exténuant, les rêves déçus. Les pères vengent comme ils le peuvent leur incapacité à mieux satisfaire leurs enfants, les mères assument ou n'assument pas les erreurs de leurs maris. La jeune génération, elle, recherche les plaisirs pour mieux masquer son désarroi : le soleil, la plage, quelques pétards ou parfois plus, les fêtes, les boîtes…
Anna et Francesca, un pied encore dans cette enfance ballottée, le corps déjà épanoui, la tête comme un grelot, le cœur en bandoulière, vont connaître le cataclysme des premiers émois, des premières amours, des amitiés et des déceptions : des disputes de petites filles, des chagrins gros comme ça, et des peurs inmaîtrisables.
Sylvia Avallonne dans un style sauvage et percutant comme ses héros, sans rémission, nous décrit ce quartier écrasé par le sommeil ou paralysé par le froid, des êtres qui se cherchent, qui se frôlent, se font mal : qui se débattent pour donner un semblant de couleur à l'ordinaire de la misère. Elle a une vraie compréhension de l'intimité des adolescents, si changeants, prêts à tout pour un peu de chaleur humaine, capables d'amour et de haine dans la même seconde. Pas mal de casse au passage, les choix ne sont pas toujours les bons, et un peu d'implication des adultes les aurait bien aidés. Ses héros sont ancrés dans le réel, dans le combat d'une cité ouvrière pour sa survie. C'est toujours touchant, parfois drôle, jamais dans le jugement. Certes les personnages et situations sont souvent stéréotypés (ne le sommes-nous pas tous ? et les adolescents les premiers ?), les coïncidences parfois lourdes : c'est sans doute pour cela qu’Aériale parle de séries télévisées, mais la verve et la dynamique de Sylvia Avallonne l'emportent dans ce roman que l'on n’a guère envie de lâcher (même si le mot génie est exagéré , bien sûr, c'est sans doute la précocité de l'auteur qui a séduit) et qui nous place en attente du suivant.
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|  | | Emmanuelle Caminade Envolée postale

Messages: 186 Inscription le: 06/11/2009 Age: 61 Localisation: Drôme provençale
 | Sujet: Re: Silvia Avallone [Italie] Ven 6 Avr 2012 - 19:34 | |
| | Aeriale a écrit: | -D'acier- D'acier? Je dirais plutôt d'or tant il est sacré ce bouquin
Comment parler de ce livre qui réunit tous les suffrages et que tout le monde encense sans heurter les sensibilités? J'avoue je marche un peu sur des oeufs. Magistral (France inter) D'une grande ampleur (l'Express) Une fresque de haute tenue (L'humanité) etc etc...n'est-ce pas un peu excessif?
Je ne peux pas dire qu'il ne contient pas de bonnes choses (la description de ces milieux déshérités, avec tout ce que cela entraîne: désoeuvrement, trafics, violence, alcoolisme, drogue et j'en passe) Le langage est cru, Silvia Avallone ne mâche pas ses mots, manifestement elle sait de quoi elle parle. L' immersion totale est rapide, la confrontation au sordide efficace, bref on comprend bien ce désir d'évasion des deux héroines et le lien qui les soude à jamais. Mais honnêtement n'avez vous pas trouvé certaines situations stéréotypées? J'avais parfois l'impression de suivre une série adressée à de jeunes ados, ça m'a fait bizarre (les boudins, les canons, la guerre entre les deux, les rendez vous sur la plage, les coeurs qui palpitent. Des pères qui frappent, des mères qui se fânent, des voisins qui matent etc) Je suis bien consciente du fait que cela correspond à une réalité mais la profusion de personnages oblige sans doute l'auteure à négliger les nuances. Tout ça m'a paru taillé dans le brut, alors ça peut faire un style oui, mais de là à le comparer à du Zola euh...Pas sûre qu'on le citera dans 30 ou même 10 ans. A vrai dire j'ai eu du mal à me faire à l'écriture, d'autant que je sortais de deux excellents romans (qui eux ont fait ou feront date) et que je m'attendais à autre chose. Sans parler de la fin un peu grotesque.
| Spoiler: | | | Avec l'impression que l'auteure ne savait plus très bien comment s'en dépêtrer, et hop une petite manip malheureuse ça arrange bien des choses |
Bref, ne nous méprenons pas, c'est un petit roman social bien amené et bien construit d'accord, mais pas de quoi crier au génie non plus. Et si mon avis vous parait mal à propos il ne vous en fera que plus apprécier la lecture par la suite au cas où. (Ouf, c'est fait, je cours aux abris... )
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Une blogueuse qui l'a lu comme moi en italien avait "descendu" Acciaio sur son blog avec à peu près les mêmes arguments , citations à l'appui :
http://lagiravolta.unblog.fr/2010/07/02/acciaio-chef-doeuvrede-nullite/
Et ce livre , qui a fait aussi l'objet d'une critique très élogieuse suivie d'une interview de l'auteur sur Mediapart, ne fait pas l'unanimité !
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