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 Adolfo Bioy Casares [Argentine]

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Antigone
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MessageSujet: Adolfo Bioy Casares [Argentin]   Jeu 29 Jan 2009 - 21:38



Adolfo Bioy Casares écrivain argentin, né le 15 septembre 1914 à Buenos Aires en Argentine, décédé le 8 mars 1999 à Buenos Aires.

Grand ami de Borges, ils ont écrit ensemble sous le nom de plume "Bustos Domecq".

Son livre le plus célèbre est "L'invention de Morel", adapté plus tard au cnéma sous le titre "L'année dernière à Marienbad" (film d'Alain Resnais).

Il a écrit aussi Plan d'évasion , Le Songe des héros, Journal de la guerre aux cochons , Dormir au soleil .

citation : "Considéré par Borges comme l'un des plus grands écrivains argentins de fiction, Adolfo Bioy Casares a délivré au monde littéraire une œuvre importante où le fantasme et la réalité se superposent dans une harmonie magistrale. La construction parfaite de ces récits est sans doute la caractéristique que souligne le plus la critique littéraire à propos de son œuvre. "

Je n'ai lu que "l'invention de Morel" mais j'avais été séduite par son univers fantastique.
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Antigone
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 21:40

Préface de Borges pour l'invention de Morel :

[Adolfo Bioy Casarès] déploie une Odyssée de prodiges qui ne paraissent admettre d'autre clef que l'hallucination ou le symbole, puis il les explique pleinement grâce à un seul postulat fantastique, mais qui n'est pas surnaturel. La crainte de tomber dans des révélations prématurées ou partielles m'interdit d'examiner le sujet, et les nombreuses et savantes finesses de l'exécution. Qu'il me suffise de dire que Bioy renouvelle pleinement un concept que saint Augustin et Origène réfutèrent, que Louis-Auguste Bianqui analysa et que Dante Gabriel Rossetti a formulé dans une musique mémorable :
I have been here before,
But when or how I cannot tell :
I know the grass beyond the door,
The sweet keen smell,
The sighing song, the light around the shore ...

[...]

L'Invention de Morel (dont le titre fait filialement allusion à un autre inventeur insulaire, à Moreau) acclimate sur nos terres et dans notre langue un genre nouveau.

J'ai discuté avec son auteur les détails de la trame, je l'ai relue ; il ne me semble pas que ce soit une inexactitude ou une hyperbole de la qualifier de parfaite.

Préface, pp. 9-10


LE FIGARO LITTÉRAIRE
16 novembre 1995

— En écrivant L'Invention de Morel, avez-vous été influencé par L'Ile du Dr Moreau, comme l'a laissé entendre Borges ?

— Non. Contrairement à ce qu'a écrit Borges, je n'ai pas été influencé par L'Ile du Dr Moreau en écrivant L'Invention de Morel. Je crois que Borges le savait, mais il voulait, en évoquant Wells me placer sous un haut parrainage littéraire. J'avais, à l'origine, songé à intituler mon roman L'Ile du Dr Guérin. Si j'ai fini par choisir le patronyme de Morel, c'est parce qu'il présentait l'avantage de pouvoir se prononcer de la même manière en français et en espagnol. En revanche, j'ai certainement pensé à L'Ile du Dr Moreau en écrivant d'autres de mes livres, comme par exemple Une poupée russe. Dans le même ordre d'idées, comme L'Invention de Morel est une histoire sur l'immortalité, on a prétendu que le personnage de Faustine était une allusion à Faust. Je tiens à préciser qu'il s'agit tout simplement d'un hommage à la Faustine des Contrerimes de Paul-Jean Toulet.

— Faut-il chercher des symboles dans vos livres ?

— Certainement pas.

— Comment jugez-vous la préface que Borges a écrite pour L'Invention de Morel ? N'est-elle pas une magnifique preuve d'estime et d'amitié ?

— Je crois qu'il a été infiniment soulagé de s'apercevoir que son ami n'avait pas écrit un trop mauvais livre. Cela dit, lorsqu'il utilise l'adjectif « parfait » pour qualifier L'Invention de Morel, il parle de la trame du roman, et non du style. C'est donc, de la part de Borges, à la fois un compliment et une restriction. Mais je n'ai pas la prétention d'être un styliste comme Stendhal.

Extrait d'une interview d'Adolfo Bioy Casarès recueillie par J.R. v. der Plaetsen.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 21:43

Merci pour ce fil,
et c'est marrant, il y a seulement quelques jours j'ai vue ce livre de Adolfo Bioy Casares et qu'il y a aussi une adaptation BD qui me tente miammiam



L'invention de Morel
de J-P Mourey / Adolfo Bioy Casares

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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Antigone
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 21:51

Une adaptation BD surpris joie
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Marko
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 21:57

J'ai vu il y a pas mal d'années une adaptation télévisée de L'invention de Morel qui m'avait pas mal impressionné. Il y a un petit côté Château des Carpathes dans cette invention, sorte d'hologramme qui donne l'illusion de la réalité. Je n'ai jamais lu le roman que j'ai pourtant dans un coin... L'occasion de s'y remettre Very Happy

Quelqu'un aurait il par miracle un enregistrement de ce film??? (je ne parle pas du Resnais évidemment).

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 22:01

Marko a écrit:
Je n'ai jamais lu le roman que j'ai pourtant dans un coin... L'occasion de s'y remettre Very Happy
.

D'autant qu'il est très court (à peine plus de cent pages ...)
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Marko
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 22:04

Antigone a écrit:
Marko a écrit:
Je n'ai jamais lu le roman que j'ai pourtant dans un coin... L'occasion de s'y remettre Very Happy
.

D'autant qu'il est très court (à peine plus de cent pages ...)

Oui! Je ne sais pas ce qui m'a freiné. Sans doute à cause du souvenir très fort de ce téléfilm que je trouverais peut-être médiocre aujourd'hui. Il y avait un sentiment de solitude, un mystère troublant. Je vais le lire!!!

_________________
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Antigone
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Jeu 29 Jan 2009 - 22:11

Marko a écrit:

Il y avait un sentiment de solitude, un mystère troublant.

C'est bien le sentiment que j'avais eu en le lisant, je pense que tu ne devrais pas être déçu ! Tu nous diras !
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Ven 30 Jan 2009 - 18:56

woohoo L'invention de Morel woohoo Pas d'hésitation à avoir, il faut lire ce roman étrange à multiples facettes, un roman à plusieurs niveaux, qu'on tourne et retourne en soi pendant longtemps, en lui trouvant toujours quelque chose de nouveau et de plus profond !

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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Mar 6 Juil 2010 - 23:55

Il y a un film de Claude-Jean Bonardot qui date de 1967 mais je l'ai découvert par un téléfilm dont je n'ai jamais trouvé la trace... A moins que ce soit ce film de 1967 dont j'aurais vu une rediffusion quelques années après? J'avais été fasciné par cette ambiance qui rappelle "Le Château des Carpathes" de Jules Verne avec cette histoire de visions holographiques. C'est aussi ce roman qui a inspiré indirectement "L'année dernière à Marienbad" d'Alain Resnais (et Robbe-Grillet).

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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Mer 7 Juil 2010 - 16:56

J'avais adoré ce roman très étrange. Il faut que je retrouve mes notes pour me le remettre en tête.

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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Mer 13 Mar 2013 - 18:21

Antigone a écrit:

Préface, pp. 9-10


LE FIGARO LITTÉRAIRE
16 novembre 1995

— En écrivant L'Invention de Morel, avez-vous été influencé par L'Ile du Dr Moreau, comme l'a laissé entendre Borges ?

— Non. Contrairement à ce qu'a écrit Borges, je n'ai pas été influencé par L'Ile du Dr Moreau en écrivant L'Invention de Morel. Je crois que Borges le savait, mais il voulait, en évoquant Wells me placer sous un haut parrainage littéraire. J'avais, à l'origine, songé à intituler mon roman L'Ile du Dr Guérin. Si j'ai fini par choisir le patronyme de Morel, c'est parce qu'il présentait l'avantage de pouvoir se prononcer de la même manière en français et en espagnol. En revanche, j'ai certainement pensé à L'Ile du Dr Moreau en écrivant d'autres de mes livres, comme par exemple Une poupée russe. Dans le même ordre d'idées, comme L'Invention de Morel est une histoire sur l'immortalité, on a prétendu que le personnage de Faustine était une allusion à Faust. Je tiens à préciser qu'il s'agit tout simplement d'un hommage à la Faustine des Contrerimes de Paul-Jean Toulet.

— Faut-il chercher des symboles dans vos livres ?

— Certainement pas.

— Comment jugez-vous la préface que Borges a écrite pour L'Invention de Morel ? N'est-elle pas une magnifique preuve d'estime et d'amitié ?

— Je crois qu'il a été infiniment soulagé de s'apercevoir que son ami n'avait pas écrit un trop mauvais livre. Cela dit, lorsqu'il utilise l'adjectif « parfait » pour qualifier L'Invention de Morel, il parle de la trame du roman, et non du style. C'est donc, de la part de Borges, à la fois un compliment et une restriction. Mais je n'ai pas la prétention d'être un styliste comme Stendhal.

Extrait d'une interview d'Adolfo Bioy Casarès recueillie par J.R. v. der Plaetsen.

Je ne sais pas pourquoi mais je préfère le titre initial L'Ile du Dr Guérin mdr2
Cela m'intrigue ...
Et hop dans ma LAL !
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tom léo
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Sam 7 Sep 2013 - 6:49

Dormir au soleil

Originale : Dormir al sol (Espagnol/Argentine, 1973)
Traduction française : Françoise Rosset

CONTENU :
Bordenave, employé de banque congédié à la suite d'une grève malencontreuse, est devenu horloger. Il mène une existence paisible, malgré les bizarreries de son épouse, dans sa maison du quartier populaire de Buenos Aires. Soudain, et pour des raisons inconnues, sa femme Diana est enfermée dans une clinique psychiatrique. Dès lors, la vie de l'horloger, faite de conventions, va être bouleversée par une série de péripéties bizarres et inquiétantes, entre autres l'intervention de sa belle-sœur, des entretiens avec le fascinant Reger Samaniego, directeur de la clinique, et l'apparition d'une chienne qui curieusement s'appelle Diana comme sa femme. Enfin, le comportement de la « vraie » Diana, sortie transformée psychiquemment de la clinique, lui fait prendre conscience, petit à petit, qu'autour de lui se produisent d'étranges transferts et des mutations d'âmes et de corps...

Dormir au soleil s'inscrit dans le cadre de ces imaginations pour ainsi dire «frontalières», à cheval sur le rêve et la réalité, dont cet auteur a construit un royaume très singulier et qui lui ont valu d'être, avec Borges, l'écrivain le plus marquant de la littérature sud-américaine d'aujourd'hui.
(Source : amazon.fr)

REMARQUES :
La première partie consiste e 67 chapitres assez courts : une lettre_récit de ce Lucio Bordenave à quequ'un, dont le nom me fut donné seulement (?) très en avance du livre. Il s'agit d'une connaissance du passé, pas si proche que ça, qu'apparemment Lucio demande d'intervenir. En quoi consiste le problème et la question spécifique devient clair seulement peu à peu. Cette partie est de loin préponderante.
La deuxième partie n'est qu'une réaction de quelques pages (4) de celui qui a été adressé : ses impressions suite à la demande de Lucio.

Le livre est très riche en possible d'interprétations et manières de lire. La personne de Lucio invite à se demander qui il est : derrière ses premières protestations et idées contre tel ou tel développement dans l'histoire il est presque jamais le moteur des événements. En fin de compte ce sont d'autres, ces gens plus ou moins investis d'autorité de la clinique, qui proposent, convainquent, décident. Et après des gestes sommes toutes un peu protestatoires, des paroles de contradiction, Lucio consent toujours
et se trouvent des excuses. Ici l'auteur excelle dans une manière de décrire cette « obéissance » envers l'autorité et l'acquiescement intérieur de Lucio ! Finalement on pourrait presque dire qu'il est vécu plutôt qu'il vit ?! Par ailleurs il est lui-même capable de se dire sans consistance... Et ainsi il glisse pour ainsi dire presque contre sa propre volonté vers les consentements qui envoient par exemple son épouse Diana en clinique psychiatrique « pour la changer, l'amadouer ».

Elle reviendra plus tard bizarrement trabnsformée : elle qui a toujours excellé d'aller aux frontières de comportements difficile pour Lucio, est devenue toute « sage » et tendre ! Quel plaisir ? Non, Lucio se pose à juste titre, et de plus en plus, la question de l'identité de sa femme : qui est-ce qui a-t-il aimé ? Quand est-ce qu'on est soi-même ? Et notre identité là-dedans ? Qu'est-ce qui nous constitue ? Aussi certains de nos failles, de ce qui nous fait autre ?!

Alors dans ce premier niveau d'un approche de ce texte on pourrait se mouvoir avec des questions personnelles, existentielles, voir philosophiques.

Mais à juste titre on peut aussi parler d'une critique – même s'il y a les effets du réalisme magique dans l'écriture de Bioy Casares – de l'institution de la psychiatrie quand elle est utilisée comme ici comme un instrument aliénant. Ici l'institution semble peu transparente, les décisions et la structure des thérapies pas compréhensible. Se mèle à cela la foi exagérée envers l'autorité représentée par les docteurs et le danger de changement, de manipulation de la personnalité selon des critères redoutables...

Sur un troisème niveau il faudrait à mon avis parler du fait que cette reéducation, cette manipulation psychiatrique n'est peut-être pas seulement à voir comme un moyen, un instrument, mais que cet image, cet exemple dans le livre est un symbole, une parabole des stratégies de manipulation dans une sphère politique. Donc ici on parle alors dans le contexte de l'Amérique du Sud et au début des années 70. Ce livre fut écrit en 1973 et s'insère dans une période de dictatures successives après le premier Putsch de 1955 en Argentine. Bioy Casares semble avoir traversé cette époque sans avoir été inquiété, mais néanmoins je ne peux pas m'imaginer que ce livre, ce sujet n'est pas une façon très subtile, cachée de dire ses peurs... Fallait-il prendre le subterfuge de la « maison des fous » pour parler d'autre chose ?

C'est dans ce contexte politique que les remarques sur la personnalité du protagoniste principale (voir en haut) revête un autre sens : ses acquiescements, le fait d'être entraîné par l'autorité malgré quelques protestations pro forma son peut-être des conditions ET des suites de systèmes dictatoriaux.

On trouverait bien encore d'autres sujets intéressants, comme par exemple que le Lucio qui rêve dans le sommeil voit plus clairement la réalité que l'éveillé ! Réalité repoussée ? Claire vision d'un homme endormi ?

Un livre qui m'a beaucoup plu et impressionné !
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shanidar
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Sam 7 Sep 2013 - 17:48

commentaire très impressionnant, tom léo. Je note le nom de cet auteur que je ne connais qu'à travers son amitié avec Borgès.

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Louvaluna
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MessageSujet: Re: Adolfo Bioy Casares [Argentine]   Ven 8 Aoû 2014 - 21:13

L'invention de Morel
- 10/18, 1992, 124 pages -

Un fugitif condamné à la prison à perpétuité décide de se cacher sur une île désertée, malgré l'étrange menace qui plane sur ces lieux : « Elle est le foyer d'une maladie, encore mystérieuse, qui tue de la surface vers le dedans. » Trois constructions se situent dans la partie haute de l'île : un musée, une chapelle et une piscine. Au cours d'une énième nuit passée dans le musée, le narrateur entend de la musique et des cris. Face à l'apparition magique d'un groupe d'intrus, il est forcé de trouver refuge dans les basses terres, endroit insalubre, où il survit difficilement.

Le récit se présente sous la forme d'un journal intime. Le fugitif y relate ses observations, interprétations, obsessions concernant les événements invraisemblables dont il est le témoin terrifié et le solitaire amoureux : « J'écris ces lignes pour laisser un témoignage de l'hostile miracle. » Selon Jorge Luis Borges, l'exploit d'Adolfo Bioy Casares réside dans la trame de ce roman : « Il déploie une Odyssée de prodiges qui ne paraissent admettre d'autre clef que l'hallucination ou le symbole, puis il les explique pleinement grâce à un seul postulat fantastique, mais qui n'est pas surnaturel. » L'intérêt de cette lecture tient également aux thèmes abordés : l'immortalité, le sens de la vie, le progrès technique, pour les plus évidents. Un roman court mais dense qui nécessite assurément plusieurs lectures avant de dévoiler toutes ses subtilités.


Citation :
«  [...] je crois que nous perdons l'immortalité parce que la résistance à la mort n'a pas évolué ; nous insistons sur l'idée première, rudimentaire, qui est de retenir vivant le corps tout entier. Il suffirait de chercher à conserver seulement ce qui intéresse la conscience. » (p.18)
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