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 Alfred Jarry

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colimasson
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MessageSujet: Alfred Jarry   Jeu 8 Juil 2010 - 21:31


Citation :
Précurseur du surréalisme et du théâtre de l'absurde, Alfred Jarry crée le personnage d'Ubu, alors qu'il est encore lycéen. Inspiré par l'un de ses professeurs, cette figure phare de la pièce 'Ubu roi' et de ses suites 'Ubu enchaîné', 'Ubu cocu' etc. incarne la tyrannie poussée à son extrême bêtise. Proche de Marcel Schwob, d'Alfred et de Rachilde Valette, le trublion originaire de Laval parvient à se faire un début de réputation dans les milieux artistiques parisiens. Anarchiste convaincu, les oeuvres délirantes de Jarry ne manquent pas de faire scandale, notamment lors d'une représentation au Théâtre de l'Oeuvre en 1896. L'écrivain, lecteur assidu de Rabelais, exerce des talents de poète symboliste avec des oeuvres comme 'César antéchrist', et de romancier avec 'Les Jours et les nuits' et 'Le Surmâle'. Créateur de la 'pataphysique', science définie dans 'Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien', Alfred Jarry entraîne dans son sillage de nombreux écrivains adeptes de la folie et de la dérision.
www.evene.fr

Comment ? Pas de sujet sur le grand maître Alfred Jarry ? ! Je vais m'empresser d'en créer un !

Pour ce qui est de sa biographie, je laisserai le soin aux parfumés qui le souhaitent de la retranscrire !   Ce n'est pas la partie qui m'intéresse le plus, d'autant plus que je viens de (re)terminer la lecture des Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien et que j'aimerais vous en toucher quelques mots...


On a fait une Lecture en commun pour cet auteur


Dernière édition par kenavo le Lun 3 Mar 2014 - 9:20, édité 2 fois (Raison : ajout bio et photo)
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colimasson
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 8 Juil 2010 - 21:46

Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien (1911)


Résumé :

« Le livre, qui commence par quelques « exploits » d’huissier, est donc le récit épique d’un périple initiatique « de Paris à Paris par mer », qui entraîne le groupe – comprenant Faustroll lui-même, René-IsidorePanmuphle, écrivain du bord, et le singe papion hydrocéphale Bosse-de-nage –vers des contrées où « rôde encore le souvenir du bon Pantagruel ». La plupart des notes « huissières » racontent ce voyage d’île en île, dont les escales évoquent le milieu artistique de la fin du xixe siècle : et aussi des proches de Jarry – ceux de la Revue Blanche et du Mercure de France –, comme Thadée Natanson, Alfred Vallette, Rachilde, Franc-Nohain,Gauguin… et jusqu’à Pierre Loti, qui « en prend plein la poire ». »

Ce livre en prose poétique rend un hommage particulier à la littérature puisque cette dernière permet à Faustroll de voyager dans les dimensions contenues dans les 27 ouvrages de sa bibliothèque. Pourquoi 27 précisément ? Les annotations que j'ai trouvées dans mon édition (Gallimard) tentent une explication :

« On s’est demandé parfois pourquoi la bibliothèque du docteur Faustroll contenait vingt-sept volumes. La réponse est simple, bien que nous ayons erré quelques années avant de la découvrir : les livres pairs sont vingt-sept parce que les écrits que l’Eglise tient pour canoniques sont vingt-sept : ils constituent le Nouveau Testament, la parole de Dieu, une révélation surnaturelle. »

Et en tant que bibliophiles acharnés je parie que la liste des ouvrages contenus dans la bibliothèque du docteur Faustroll vous intrigue... Pour vous satisfaire, voici ci-dessous les 27 livres qui constituent la base de son périple :

1. Un tome d'Edgar Poe traduit par Charles Baudelaire.
2. Le second tome des Œuvres de Cyrano de Bergerac, contenant l’Histoire des États et Empires du Soleil et l’Histoire des Oiseaux.
3. L’Évangile selon Luc en grec.
4. Le Mendiant ingrat de Léon Bloy.
5. The Rime of the ancient Mariner de Samuel Taylor Coleridge.
6. Le Voleur de Georges Darien.
7. Le Serment des petits hommes de Marceline Desbordes-Valmore.
8. Enluminures de Max Elskamp.
9. Un volume dépareillé du Théâtre de Florian.
10. Un volume dépareillé des Mille et Une Nuits traduits par Antoine Galland.
11. Scherz, Satire, Ironie und tiefere Bedeudung de Christian Dietrich Grabbe.
12. Le Conte de l'or et du silence de Gustave Kahn.
13. Les Chants de Maldoror de Lautréamont.
14. Aglavaine et Sélysette de Maurice Maeterlinck, '.
15. Vers et prose de Mallarmé.
16. Gog de Catulle Mendès.
17. L’Odyssée d'Homère, dans l'édition Teubner.
18. Babylone de Joséphin Péladan.
19. Rabelais
20. L’Heure sexuelle de Jean de Chilra.
21. La Canne de jaspe d'Henri de Régnier.
22. Illuminations d'Arthur Rimbaud.
23. La Croisade des Enfants de Marcel Schwob.
24. Ubu Roi d'Alfred Jarry[2].
25. Les Campagnes hallucinées d'Émile Verhaeren.
26. Sagesse de Paul Verlaine.
27. Voyage au centre de la Terre de Jules Verne.

Beaucoup de ces ouvrages me sont inconnus. Si certains d'entre vous en connaissent bien, des détails seraient les bienvenus !
Plus loin dans le livre, le docteur Faustroll nous fait part des extraits d'un 28e ouvrage rédigé par lui-même et qui comprend les postulats de cette grande science qu'est la 'pataphysique ! Définition générale :


« La ’pataphysique sera surtout la science du particulier... Elle étudiera les lois qui régissent les exceptions ou, moins ambitieusement, décrira un univers que l’on peut voir et que peut-être l’on doit voir à la place du traditionnel, les lois que l’on a cru découvrir de l’univers traditionnel étant des corrélations d’exceptions aussi, quoique plus fréquentes, en tout cas de faits accidentels qui, se réduisant à des exceptions peu exceptionnelles, n’ont même pas l’attrait de la singularité. »
Une définition qui me plaît bien !

Parmi toutes les divergences que s'accorde cette loi, une de mes préférées reste sans conteste le calcul de la surface de Dieu. Pour les plus curieux d'entre vous, un article sur Wikipédia qui reprend très bien la démonstration du livre :

Surface de Dieu


Pour terminer, quelques petits extraits du livre qui devraient vous allécher :






« Le docteur Faustroll naquit en Circassie, en 1898 (le vingtième siècle avait [-2] ans), et à l’âge de soixante-trois ans. A cet âge-là, lequel il conserva toute sa vie, le docteur Faustroll était un homme de taille moyenne, soit, pour être exactement véridique, de (8 X 1010 109 4 X 108 5 X 106) diamètres d’atomes[…] »

« L’as n’est pas seulement mû par des pelles d’avirons, mais par des ventouses au bout de leviers à ressort. Et sa quille roule sur trois galets d’acier dans le même plan. Je suis d’autant mieux persuadé de l’excellence de mes calculs et de son insubmersibilité, que, selon mon habitude invariable, nous ne naviguerons point sur l’eau, mais sur la terre ferme. »


« Pourquoi chacun affirme-t-il que la forme d’une montre est ronde, ce qui est manifestement faux, puisqu’on lui voit de profil une figure rectangulaire étroite, elliptique de trois quarts, et pourquoi diable n’a-t-on noté sa forme qu’au moment où l’on regarde l’heure ? »

« Il n’est mort et putréfié que du cerveau, et des centres antérieurs de la moelle, qui sont les moteurs. Et à cause de cette inertie, il est, sur la route de notre navigation, non pas un homme, mais une île […]"

« La température de l’île est modérée selon la consultation de thermomètres appelés sirènes. Au solstice d’hiver, la sonorité atmosphérique tombe du jurement du chat au vrombissement de la guêpe, du bourdon et à la vibration d’aile de mouche. Au solstice d’été, toutes les plantes susnommées fleurissent, jusqu’à la chaleur suraiguë du vol des insectes au-dessus des herbes de notre terre. La nuit, Saturne y choque son sistre en son anneau. Le soleil et la lune y éclatent, à l’aube et au crépuscule, comme des cymbales divorcées. »

« « Heureux le sage, s’écria-t-il, qui, sur le penchant d’une montagne, se plaît au son des cymbales ; seul dans son lit, en s’éveillant, il chante : Jamais, je le jure, mes désirs n’iront au-delà de ce que je possède ! »


"Les homards sont malpropres et non épilés, c’est une preuve peut-être qu’ils sont libres."

« Je n’ai jamais eu envie de tuer qu’après la vision de la tête d’un cheval, qui est devenue pour moi un signe, ou un ordre, ou très exactement un signal, comme le pouce levé dans les cirques, qu’il fallait frapper […] »

« DIEU EST LE POINT TANGENT DE ZERO ET DE L’INFINI. »
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 8 Juil 2010 - 21:55

pas pouvoir t'en dire beaucoup plus, mais j'ai ajouté la bio et la photo, c'est en quelque sorte l'usage d'ouvrir un fil avec une petite bio et une petite photo... ce n'est pas si mal de présenter même brièvement l'auteur et de donner par la même occasion un peu de contexte. Et si l'humeur nous en dit on peut aller jusqu'à la lire en dernier. cat

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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 8 Juil 2010 - 21:59

Merci pour ton dévouement !
J'avoue que le passage de la biographie ne m'inspirait pas tellement car j'avais très envie de vous faire un petit topo sur Docteur Faustroll...

Je trouve que les photos de Jarry sont toujours particulièrement drôles...
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Dim 11 Juil 2010 - 21:40

Alors, personne n'est enthousiaste à propos du grand Alfred Jarry ?

Connaissez-vous L'Amour Absolu ?

Il s'agit d'un poème symboliste voire même surréaliste qu'il a écrit en 1899, changeant radicalement de style après le succès d'Ubu Roi.

Résumé :

Citation :
Vaste poème d'un condamné à mort dans l'attente de sa dernière heure avant la guillotine, il se développe comme une effraction fabuleuse dans le sommeil et le rêve, et convoque des souvenirs de l'enfance.

L'Amour absolu parle de choses très simples en les dissimulant sous une apparence complexe, par pudeur et par jeu. Par la beauté de ses images fulgurantes, même si les formes symbolistes sont encore prégnantes, il annonce déjà le surréalisme.

Source






« … S’il n’a pas tué, pourtant, ou si l’on n’a pas compris qu’il tuait, il n’a d’autre prison que la boîte de son crâne, et n’est qu’un homme qui rêve assis
près de sa lampe. »



Le texte intégral est disponible sur le lien suivant.



L'Amour Absolu est un texte que je trouve très complexe et qui ne ressemble absolument pas à tout ce que je connaissais jusqu'alors d'Alfred Jarry. Après l'avoir lu plusieurs fois, certains passages me semblent encore très obscurs...





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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Lun 12 Juil 2010 - 7:50

C'est très étrange. J'ai adoré Le père Ubu, mais je ne suis jamais allée au-delà de ces histoires. A croire que ça appartient à une autre époque (grosso modo mes 19 ans moi aussi), pourtant sans Ubu j'aurais pas autant apprécié Shakespeare (ouioui), les Monthy Python, et autres fabalusteries.


Je devrais peut-être relire un peu Ubu qui traîne dans ma biblio, déjà !


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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Lun 12 Juil 2010 - 21:23

Dois-je comprendre par ton message que mon intérêt pour Jarry s'atténuera aussi avec l'âge ?
Jarry fait preuve de beaucoup de dérision dans la plupart de ses textes et il s'agit peut-être d'une raison pour lesquelles elle plaît aux plus jeunes (oui, oui, je me considère encore comme jeune ) Pourtant, après avoir lu l'Amour absolu, je ne considère plus du tout cet écrivain comme un rigolo sachant décrire à merveille les grands défauts des hommes.

Jarry t'a aidé à lire Shakespeare ?! Donne-moi un peu plus d'explication à ce sujet car personnellement, je n'ai jamais réussi à terminer une pièce de cet auteur (il faut dire que j'avais essayé il y a quelques années déjà et, n'ayant pas accroché, je n'ai pas retenté l'expérience...)

Je te souhaite beaucoup de plaisir si tu te décides à te replonger dans Ubu Roi.
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Mer 14 Juil 2010 - 8:42

colimasson a écrit:
Dois-je comprendre par ton message que mon intérêt pour Jarry s'atténuera aussi avec l'âge ?

Non, il m'intéresse toujours, mais je ne prends pas le temps pour.

colimasson a écrit:
Jarry t'a aidé à lire Shakespeare ?! Donne-moi un peu plus d'explication à ce sujet car personnellement, je n'ai jamais réussi à terminer une pièce de cet auteur (il faut dire que j'avais essayé il y a quelques années déjà et, n'ayant pas accroché, je n'ai pas retenté l'expérience...)

Oui, le côté fou dingue des rois, finalement y'a pas mal chez Shakespeare. Le côté excessif, virulent, passionné.

Après avoir lu Ubu je comprenais mieux les rois de Shakespeare.

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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Mer 14 Juil 2010 - 16:28

Oui, Ubu Roi est un drole de personnage... Je crois que Jarry a écrit la première version entre 16 et 19 ans...
Précoce Jarry... un peu comme Rimbaud.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 15 Juil 2010 - 21:26

Queenie a écrit:


Oui, le côté fou dingue des rois, finalement y'a pas mal chez Shakespeare. Le côté excessif, virulent, passionné.

Après avoir lu Ubu je comprenais mieux les rois de Shakespeare.

Notamment Macbeth qui est cité à plusieurs reprises dans Ubu Roi !
En envisageant les choses sous cet angle là, Jarry peut en effet apporter plus de plaisir à lire ce genre de pièce, mais il faut arriver à prendre beaucoup de recul quand même parce que s'il y a de l'humour (inconscient ?) dans Shakespeare, ce n'est pas le même genre que celui présent dans les pièces de Jarry ^^

bix229 a écrit:
Oui, Ubu Roi est un drole de personnage... Je crois que Jarry a écrit la première version entre 16 et 19 ans...
Précoce Jarry... un peu comme Rimbaud.

Oui, il l'avait écrit au collège ou au lycée, je ne sais plus, et Ubu Roi était la caricature d'un professeur de physique qu'il ne devait pas porter dans son coeur visiblement
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Mar 9 Avr 2013 - 14:29

J'ai failli placer cet extrait du désopilant "Gestes et opinions du docteur Faustroll" sur le fil "Coup de coeur poétique", mais Colimasson a eu l'excellente idée de créer le fil dédié à Jarry. respect




Le Homard et la boîte de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir




Fable


Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,
Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.
Il se cuirassait d’une carapace dure
Sur laquelle était écrit à l’intérieur, comme elle, il était sans arêtes,
(Boneless and economical) ;
Et sous sa queue repliée
Il cachait vraisemblablement une clef destinée à l’ouvrir.
Frappé d’amour, le corned-beef sédentaire
Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante,
Que si elle consentait à s’acclimater,
Près de lui, aux devantures terrestres,
Elle serait décorée de plusieurs médailles d’or.


(Extrait du Livre IV, Cépharlogie)



Avec certitude, je n'aurai jamais fini de décrypter les multiples messages du voyage initiatique de l'érudit Faustroll, mi docteur Faust mi troll, et de ses compères le trop intellectuel Panmuphle (Pan/ muffle) et Bosse-de-Nage, le mystérieux singe quasi mutique qui laisse à penser qu'il en sait plus que les deux êtres humains.
Enfin , c'est ce que j'ai cru comprendre à la lecture d'un passage dans le livre II; passage dans lequel le docteur Faustroll veut apprendre à parler au singe Bosse-de-nage qui ne connaît que quelques mots belges et ne s'exprime en français que par la "monosyllabe tautologique" "Ha ha"; le narrateur annonçant que cette monosyllabe (à mon sens, peut-être celle de l'inexplicable savoir inné des mystères du monde) servira de pause au cours de la narration du périple, afin d'éviter les longs discours tels ceux de Victor Hugo dans les Burgraves.
S'ensuit alors un dialogue imaginaire (ou pas) en grec ancien écrit par Platon, incompréhensible pour qui n'a pas fait "ses humanités", donc l'immense majorité des lecteurs.
Me manquent les touches de clavier en grec ancien pour le reproduire. Very Happy
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Mar 9 Avr 2013 - 16:06

... Et c' est ainsi que Jarry devança les surréalistes !

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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Mar 9 Avr 2013 - 19:51

bix229 a écrit:
... Et c' est ainsi que Jarry devança les surréalistes !


Tout à fait Bix, sans oublier Rimbaud, Lautréamont, Nouveau et Cros, mais également les éclaireurs : Jacques Vaché, Raymond Roussel, et Arthur Cravan.
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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 11 Avr 2013 - 21:50

Quel plaisir de relire ce passage ! Very Happy ce qui me rappelle que j'avais prévu une (re)lecture de toute l’œuvre ubuesque de Jarry...

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MessageSujet: Re: Alfred Jarry   Jeu 12 Déc 2013 - 14:24

La relecture a eu lieu...


Ubu Roi (1896)




On lit Ubu Roi et on s'émerveille : comment ? Cette pièce de théâtre aurait été écrite par un lycéen? A cet âge de tourments hormonaux et estudiantains, un Jarry surdoué, premier en thème, en version, en mathématiques et autres glorieuses disciplines, adepte d'une vie mondaine et littéraire précoce, aurait encore trouvé le temps de se faire l'auteur d'une pièce révolutionnaire ? Ubu Roi, tout grotesque qu'il soit, continue d'envahir l'espace. Quel est donc ce géniteur, certainement plus dingue, qui lui a donné vie ?


En remontant un peu aux sources de la création d'Ubu, on découvre que le personnage constitue la légende d'une génération d'étudiants. Lorsqu'il arrive au lycée, Alfred Jarry prend connaissance du mythe de P. H., professeur tout à la fois martyrisé et vénéré, victime d'un bouc-émissariat qui dépasse parfois son objet de proie. A son sujet, une pièce de théâtre intitulée les Polonais a déjà été élaborée et retouchée par une myriade d'étudiants à la fois féroces et géniaux. Alfred Jarry fut l'élève qui signa l'achèvement de cette tradition quasi-biblique, mélange de faits véridiques et de fantasmes, recueil d'allégories élaboré grâce à la transmission orale et manuscrite. Comme la préface l'indique, si Jarry a "instillé une dose de sexualité absente des élucubrations originelles" et s'il a "haussé le texte du scatologique à l'érotique", il n'empêche toutefois que "les situations ubiques et l'attirail de tortures du Père Ubu existaients, tels quels, dans les premiers écrits de Rennes ; l'action personnelle de Jarry sur quelques mots du texte initial n'a fait que rendre plus évidentes des pulsions enfantines et puis adolescentes décelables avant même ce travail de réécriture". On aimerait pouvoir comparer cet Ubu Roi à la dernière version des Polonais pour se rendre réellement compte du travail de peaufinage effectué par Alfred Jarry. Ses modifications furent peut-être minimes et bénéficièrent certainement de l'impulsion d'un élan créateur original; il n'empêche qu'il a su trouver les mots et les situations finales qui figèrent le texte dans sa perfection décisive.


Ce n'est pas pour rien que la pièce fut représentée officiellement pour la première fois au théâtre de l'Oeuvre. Si Alfred Jarry se défend de toute conception intellectualisante du théâtre, il se fit toutefois l'auteur d'un essai critique sur l'absurde au théâtre, qui le fera lorgner vers le symbolisme. Ainsi, Ubu Roi est un symbole : en lui se résument le rustre, grossier, aviné, avide et machiste, l'homme assoiffé de vin mais aussi d'argent, de pouvoir et de territoires. Malgré toutes ces caractéristiques, Ubu Roi n'est pas détestable : sa personnalité est un fardeau divin. Ses valeurs se jugent à l'aune de lui-même: est bien tout ce qui l'améliore, est mauvais tout ce qui le diminue. Ainsi commet-il de mauvaises actions sans en avoir conscience, ainsi n'en commet-il pas de bonnes par hasard, et non pas par méchanceté. Son "merdre" même est tout un symbole : c'est le ridicule qui alourdit la démarche du méchant pour le rendre seulement grossier.


Les personnages entourant le pauvre père Ubu ne valent pas mieux que lui. Son épouse, la mère Ubu, apparaît plus ouvertement sournoise. Elle accepte de se laisser humilier par sa tendre moitié pour mieux tirer les ficelles de la guerre qui se trame entre Ubu et les polonais. Les nobles sont tous pourris, le peuple est maudit, les riches passent à la trappe, et le voiturin à phynances se remplit tant bien que mal. Un ours passe. On meurt et on ressuscite à toute vitesse, entre deux "corne physique" enlacés des plus délicats néologismes inventés par un auteur pluriforme, gargarisé de latin, de littérature classique et de sciences physiques.


Si Ubu Roi plaît autant, ce n'est pas simplement parce qu'il représente la vulgarité qui fait rire mais que l'on méprise. On ne jette pas de regard dédaigneux sur les aventures et les pensées de ce bon vieux père inspiré des personnages rabelaisiens. Au contraire, on le voit se passionner et se lancer dans des tirades enluminées, qui virent parfois presque au lyrisme, avec une admiration croissante. Le père Ubu représente une tentation et la déchéance d'un homme qui a tant et si bien méprisé la culture et les luttes terrestres qu'il a fini par abdiquer, et par en devenir le pire contributeur. Don Quichotte de la chevalerie, mais aussi de la littérature et des sciences. Ubu Roi est fou, à moins qu'il ne soit génial.




Citation :
"PEUPLE: Vive le Roi! Vive le Roi! Hurrah !
PERE UBU, jetant de l'or: Tenez, voilà pour vous. Ça ne m'amusait guère de vous donner de l'argent, mais vous savez, c'est la Mère Ubu qui a voulu. Au moins promettez-moi de bien payer les impôts."


"Sabre à finances, corne de ma gidouille, madame la financière, j'ai des oneilles pour parler, et vous une bouche pour m'entendre!"


*peinture : Le dégraisseur patriote, fin 18e

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