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 Neel Doff [Belgique]

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MessageSujet: Neel Doff [Belgique]   Jeu 22 Juil 2010 - 11:53



Cornélia Hubertina Doff – Neel Doff est née en 1858, à Amsterdam c’est la troisième d'une famille de neuf enfants, elle suit ses parents dans leurs déplacements successifs (Amsterdam, Anvers, Bruxelles...) et connaît l'extrême pauvreté et probablement la prostitution. Elle parvient à en sortir en posant pour des peintres belges de renom, comme Félicien Rops ou James Ensor, qu'elle impressionne par son intelligence et sa culture malgré ses origines modestes. Elle a également posé pour un personnage de Charles de Coster, Nele, sculptée par Charles Samuel et pour Paul de Vigne.
Elle s'installe dans la région de Bruxelles. Elle prend fait et cause pour les ouvriers et les plus pauvres et s'engage dans le socialisme . Elle se marie avec Fernand Brouez, (1860-1900), éditeur en chef de "La Société Nouvelle". Elle rencontre l'avocat et militant socialiste, ami de la famille Brouez, Georges Serigiers qu'elle épouse en secondes noces (1901).

C'est dans sa maison d'Anvers qu'elle écrit directement en français son premier livre, largement autobiographique, Jours de Famine et de Détresse. Elle y raconte en petits tableaux l'histoire de Keetje, une fillette en butte à la misère et aux humiliations, forcée de se prostituer pour nourrir ses petits frères et sœurs. Laurent Tailhade s'enthousiasme pour cet itinéraire d'une jeunesse meurtrie, finaliste au prix Goncourt de 1911. Avec Keetje et Keetje Trottin, Neel Doff clôt sa trilogie autobiographique. Elle écrit encore plusieurs récits de fiction et traduit des ouvrages de Félix Timmermans (L'Enfant Jésus en Flandre). Plusieurs œuvres sont basées sur les personnages qu'elle rencontre pendant ses étés à Genk. Elle meurt à Ixelles en 1942.

Le réalisme et la qualité littéraire de ses œuvres la firent comparer à Emile Zola . En 1975, Keetje Trottin a été adapté au cinéma par Paul Verhoeven sous le titre Keetje Tippel.

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MessageSujet: Re: Neel Doff [Belgique]   Jeu 22 Juil 2010 - 11:58

Keetje
Neel Doff



Je suis tombée par hasard sur cet auteur à la bibliothèque et j’ai découvert un écrivain un peu oublié, un peu mis à l’écart des lettres avec un grand ‘L’. Pourtant son écriture et son récit de la misère méritent le détour et ont d’indéniables qualités littéraires. Voici l’incroyable ouverture du livre :

Citation :
- Keetje, MonDieu, les petits n’ont pu aller à l’école depuis deux jours: comment voudrais-tu ….sans manger ?
- Hein, faisais-je.
Et je me levais de mon vieux canapé, et prenais au portemanteau tout un attirail de prostituée, qu’une fille morte de tuberculose avait laissé chez nous. Je mettais les bottines à talons démesurés, la robe à trois volants et à traîne, un trait de noir sous les yeux, deux plaques de rouge sur les joues et du rouge gras sur les lèvres. Je levais tous mes cheveux sur le sommet de la tête pour me donner l’air plus âgée, car dans les maisons de rendez-vous les patronnes, par crainte de la police, me chassaient quand elle voyaient ma frimousse de seize ans . Un chapeau, un châle, je n’en avais pas.
En m’attifant, j’épiais ma mère…Va-t-elle venir avec moi ? Je ne vais pas seule ; non, pour rien au monde….
Au moment de partir, je le regardais. Alors seulement elle mettait hâtivement son bonnet et son châle.

Keetje fait partie d’une trilogie que l’auteur a écrit vers la cinquantaine, alors que son enfance misérable lui remontait à la gorge et qu’elle a éprouvé le besoin de mettre tous ces souvenirs en mots. Keetje est la troisième de neuf enfants, sa petite enfance se passe à Amsterdam, dans un taudis, puis les parents affamés déménagent à Bruxelles vers ce qu’ils croient être un meilleur avenir. Le père devient alcoolique, la mère se débrouille et Keetje fait vivre la famille en se prostituant, puis en posant pour des peintres et des scupteurs. Elle rencontre Eitel, jeune homme bien sous tous rapports…enfin presque, puisqu’il en fait sa maîtresse avant de pouvoir épouser ‘une dot’ mais il l’entretient, même s’il la méprise. Elle le quittera pour André, jeune idéaliste socialiste et révolutionnaire dont les idées progressistes cadrent mal avec l’idée qu’il se fait des miséreux. Mais André l’aide à sortir de sa condition et lui fait donner des cours de français, de chant, de comédie et Keetje évolue très vite, mais jamais elle n’oubliera la misère même dans des périodes de bonheur intense.

Un drôle de livre entre autobiographie et roman, un style direct, simple, libre, spontané qui nous touche profondément par son humanité et la pitié profonde de l’auteur envers les misérables. La construction est semblable au style, directe et spontanée, un moment ou un lieu faisant ressurgir un ou des souvenirs heureux ou douloureux.
Le récit est restitué par la protagoniste principale, Keetje, c’est à travers ses yeux que deux mondes sont mis en opposition, celui des ‘grelotteux’ et celui ‘du bourgeois’, la thématique politique est presque toujours à fleur de texte. Néanmoins, ne soyez pas rebutés, Keetje a une force de vie et d’amour incroyable qui forcent le respect et nous entraînent vers une fin de livre plus apaisée.

Neel Doff nous parle de la misère comme je l’ai rarement vu faire, comme pour se débarrasser enfin, à travers les mots, de l'insoutenable pauvreté de son enfance.

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