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 Sigmund Freud [Psychanalyse]

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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Mer 16 Nov 2011 - 21:58

Ca donne pas spécialement envie tout ça... scratch
Peut-être ses correspondances en apprennent-elles autant sur le bonhomme ? (le mal de tête en moins ?)

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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Dim 27 Nov 2011 - 21:29

Publication des correspondances entre Freud et Martha Bernays :


Citation :
"L’union entre Martha Bernays et Sigmund Freud passe pour l’exemple type du mariage bourgeois conventionnel », constate Ludger Lütkehaus dans le Neue Zürcher Zeitung. Après quatre années de fiançailles, ils se marient en septembre 1886. « Martha met au monde six enfants – trois filles et trois garçons. Elle se charge de leur éducation et de la gestion des affaires domestiques. Pendant ce temps, il peut se consacrer entièrement à son travail, et assume son rôle de chef de famille en subvenant aux besoins de la maisonnée. » La publication de la correspondance des deux époux, pour l’essentiel inédite, fait voler en éclats cette image d’Épinal : « L’idée que l’on se faisait de l’un comme de l’autre en sort profondément changée », estime Lütkehaus, pour qui ces lettres sont « une contribution essentielle à la littérature épistolaire, le témoignage d’un grand amour ».
Books n°27

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bix229
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Lun 28 Nov 2011 - 20:21

"Tout le monde connait les personnages décrits par Freud. mais peu ou pas ceux qui se cachaient sous des pseudos ou plus généralement. Que savait-on de tous ces patients sur lesquels Freud n' a rien écrit ou si peu. Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe et historien américain, reconstitue l' histoire de ceux-là.
Trene destins, comiques parfois, souvent tragiques, toujours saisissants.


En arrière fond, tout un monde disparu, celui de Vienne et la fin de l'Empire Austo-Hongrois."

Mikkel Borch-Jacobson. - Ed Sciences Humaines. 4e de couverture.

Je pense que ce livre risque d' apporter de l' eau aux moulins de tous ceux qui essaient de sortir Freud de la sainte hagiogrphie...Et je ne nomme personne...

On sait que certains patients ont très mal fini et que Freud a évidemment choisi de parler de ceux qu' il prétendait avoir guéris. Ou qui s' en étaient trouvé mieux. En tout cas, j' ai écouté une émission sur France Inter où il était question de ce livre et j' ai vraiment envie de le connaitre.
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bix229
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Lun 28 Nov 2011 - 20:30

Et pour les passionnés de cette époque, un vraiment bon livre :

L' Esprit viennois. Une histoire intellectuelle de sociale, 1848-1938 : William M. JOHNSON. - PUF/Perspectives critiques
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tina
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Lun 28 Nov 2011 - 21:46

Pour contrebalancer tout cela, il y a le célèbre Livre noir de la psychanalyse, qui a peut-être été cité sur un autre fil (?).
Qui n'hésite pas à parler de franche imposture.
Je l'ai lu il y a longtemps, mais je me souviens que les arguments étaient pertinents. Et puis les doutes de Freud lui-même évoqués dans ses correspondances avec ses nombreux "échecs".

Pourtant, il avait aussi un admirateur de taille en la personne de Zweig, qui souligne son courage d'avoir nommé ce qu'on cachait pudiquement. En rappelant le contexte de son époque, il redonne l'envergure gigantesque (et atypique, un brin têtue du bonhomme).

La conclusion de Zweig sur l’apport de Freud est assez émouvante, surtout concernant les enfants.
Il a su se focaliser sur l’individu, en un temps où celui était (déjà) noyé par l’uniformisation.

Les enfants deviennent de vraies entités psychiques (qui jusque là, étaient niées par les scientifiques).

En rappelant par exemple à quel point un mot, une brutalité peuvent irrémédiablement détruire un être (« détruire un destin », dit-il précisément) dès les premières années de sa vie.


« Par lui seul (Freud), des milliers et des centaines de milliers d’êtres ont compris pour la première fois la fragilité de l’âme, en particulier de l’âme infantile (…) ; que par conséquent, toute menace, interdiction, punition ou correction irréfléchie charge son auteur d’une responsabilité inconnue jusqu’ici ».

« Le respect de la personnalité (naissante) même dans ses erreurs est ce que Freud a introduit toujours plus profondément dans la conscience d’aujourd’hui. »

Et pourtant : « Indéniablement, il y a dans la psychanalyse quelque chose qui sape le divin, quelque chose qui a un goût de terre et de cendres ; comme tout ce qui n’est qu’humain, elle ne rend pas libre et joyeux (…). »


S. ZWEIG dans "La guérison par l'esprit"
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bix229
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Lun 28 Nov 2011 - 23:00

Zweig est le contemporain de Freud. L' opinion de S. Zweig se situe dans la 1e moitié du 20 siècle. Elle vaut ce qu' elle vaut, mais depuis, on en sait quand meme davantage sur Freud et la psychanalyse...
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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Mar 29 Nov 2011 - 21:40

bix229 a écrit:
"Tout le monde connait les personnages décrits par Freud. mais peu ou pas ceux qui se cachaient sous des pseudos ou plus généralement. Que savait-on de tous ces patients sur lesquels Freud n' a rien écrit ou si peu. Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe et historien américain, reconstitue l' histoire de ceux-là.
Trene destins, comiques parfois, souvent tragiques, toujours saisissants.


En arrière fond, tout un monde disparu, celui de Vienne et la fin de l'Empire Austo-Hongrois."

Très intéressant on dirait. Si tu le lis, j'espère que tu viendras nous en dire quelques mots (à moins que je le lise avant Razz)

Et d'accord avec Tina. Malgré les controverses, Freud a quand même permis aux esprits de s'ouvrir sur des questions qui n'avaient jamais (?) été abordées aussi frontalement jusque là.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Ven 20 Jan 2012 - 21:54

bix229 a écrit:
"Tout le monde connait les personnages décrits par Freud. mais peu ou pas ceux qui se cachaient sous des pseudos ou plus généralement. Que savait-on de tous ces patients sur lesquels Freud n' a rien écrit ou si peu. Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe et historien américain, reconstitue l' histoire de ceux-là.
Trene destins, comiques parfois, souvent tragiques, toujours saisissants.


En arrière fond, tout un monde disparu, celui de Vienne et la fin de l'Empire Austo-Hongrois."

Pour revenir là-dessus, disponible sur le site du magazine Cercle Psy, un entretien avec Mikkel Borch-Jacobsen, auteur du livre Les patients de Freud : Que sont devenus les patients de Freud ?


Où on en apprend un peu plus sur les conditions sociale et économiques de ses patients :
Citation :

De quels milieux sociaux ces patients sont-ils issus ?


Même pour moi qui travaille depuis des années sur Freud, la sociologie de ses patients a été une surprise. Je savais qu’il s’agissait de gens aisés, mais je n’avais pas imaginé à quel point. Il faut bien comprendre que tout au long de la carrière de Freud, ses patients sont des millionnaires, et même des milliardaires - les équivalents viennois des Bettencourt, des Bolloré, des Lagardère. Anna von Lieben (la « Cäcilie M. » des Etudes sur l’hystérie), Sergius Pankejeff (l’« Homme aux loups »), Margarethe Csonka (la « jeune homosexuelle ») sont richissimes, Fanny Moser (« Emmy von N. ») est considérée comme la femme la plus riche d’Europe centrale. Freud a été le thérapeute de la très, très haute société, où il avait été introduit par Josef Breuer, médecin généraliste de la grande bourgeoisie juive viennoise, de l’aristocratie bancaire, un milieu fermé où tout le monde se connaît. Il a analysé des familles entières, un milieu entier : Anna von Lieben est la cousine d’Elise Gomperz, qui est l’amie de Marie von Ferstel, elles connaissent indirectement Bertha Pappenheim (« Anna O. »), et ainsi de suite.
Jusqu’à la fin de la guerre de 14-18, la très grande majorité des patients de Freud sont des juifs assimilés. Très peu sont religieux, à l’exception de Bertha Pappenheim (qui était une patiente de Breuer) et dans une moindre mesure Ernst Lanzer (l'« Homme aux rats »). En arrière-fond, parmi les relations des patients, on croise en permanence les intellectuels et artistes viennois – Hugo von Hofmannstahl, Oskar Kokoschka, Adolf Loos, Gustav Mahler, Arthur Schnitzler… Freud est pour tous ces gens-là une référence, un peu ce que Lacan sera à la vie parisienne des années 1960 et 1970. C’est quelqu’un qu’on considère comme un génie révolutionnaire, qui fascine l’avant-garde.

Puis la sociologie des patients de Freud change radicalement à la fin de la guerre, avec l’éclatement de l’empire austro-hongrois, la crise économique, l’inflation galopante. Les Autrichiens ne sont plus prépondérants, pour une raison très simple. La couronne autrichienne ne valant plus rien et Freud étant, selon son patient Albert Hirst, extrêmement money-minded, ne sont retenus comme patients que ceux qui peuvent payer en devises étrangères : des Suisses, des Anglais, mais surtout des Américains. C’est très frappant : alors que Freud a gardé pendant des années sur son divan des millionnaires comme Elfriede Hirschfeld, le baron Viktor von Dirsztay ou Anna von Vest, il décline de les reprendre en analyse à la fin de la guerre, lorsque tous ces gens sont ruinés. Même chose pour le richissime Sergius Pankejeff, qu’il avait gardé quatre ans et demi sur son divan avant la guerre. Lorsque Pankejeff repasse par Vienne en 1919 et rend visite à Freud, celui-ci lui recommande une seconde tranche d’analyse, alors que Pankejeff n’est absolument pas demandeur. Puis, lorsque les bolcheviques entrent dans Odessa et que Pankejeff est ruiné, Freud ne le fait plus payer… mais arrête l’analyse peu de temps après. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que Freud ne s’intéresse plus aux gens quand ils ne peuvent plus payer les tarifs extrêmement prohibitifs qu’il pratiquait (entre 1 000 et 1 350 euros actuels de l’heure, selon mes estimations).

Par contraste, les Américains et autres étrangers qui prennent le relais des ruinés de la guerre sont très fortunés, ne serait-ce que parce qu’il leur faut séjourner à Vienne sans travailler pendant la durée de l’analyse. Certains sont des millionnaires pour qui cela ne pose aucun problème, comme Dorothy Burlingham ou Carl Liebman. D’autres sont des psychiatres qui viennent se former auprès du Maître et espèrent bien récupérer la mise en s’installant à leur tour comme analystes, comme Clarence Oberndorf ou Abram Kardiner. Ce qui est sûr, c’est que la langue pratiquée dans le cabinet de Freud à partir des années vingt est essentiellement l’anglais.


Les analyses ne se terminaient pas toujours avec succès…

Citation :

À ce propos, permettez-moi de dire quelque chose au sujet de la façon dont se terminaient les analyses chez Freud. Celui-ci nous donne toutes sortes de raisons pour justifier la fin d’une analyse et on a souvent l’impression, à le lire, que la décision était prise après un long travail et d’un commun accord avec le patient. En réalité, pas du tout. Il se débarrassait du patient quand il en avait assez, quand il ne pouvait plus se faire rémunérer, ou encore, quand il partait en vacances. Par exemple, les analyses de Loe Kann et de Sergius Pankejeff se sont toutes deux terminées le 10 juillet 1914, tout simplement parce que Freud partait le 15. Dans certains cas, le patient était congédié pour cause d’incompatibilité d’humeur, parce que le transfert (et le contre-transfert) ne se mettait pas en place. C’est ce qui s’est passé avec Bruno Veneziani, un homosexuel et morphinomane qui refusait les interprétations de Freud et avait tenu (Edoardo Weiss dixit) des propos antisémites : Freud a arrêté net son analyse en arguant qu’il était paranoïaque et incurable (ce qui a beaucoup choqué le beau-frère de Veneziani, le romancier Italo Svevo). Même chose avec Emma Eckstein, une patiente et disciple de la première heure. Elle éprouvait des difficultés à marcher attribuées par elle à une cause organique, par lui à une cause psychique. Elle se fait opérer en 1910 pour un abcès à l’estomac, et brusquement, elle se rétablit. C’était donc bien la preuve que son mal était organique, dit-elle. Freud, entendant cela, la vire. On voit bien ici que la fin de l’analyse se faisait vraiment au bon plaisir du thérapeute.



Mikkel Borch-Jacobsen pointe de légers bémols dans les thérapies entreprises par Freud. La grande majorité n’aurait pas montré son efficacité…

Citation :

Sur les 31 patients que vous avez étudiés, combien se portaient mieux après leur thérapie par Freud ?


Très peu. En étant charitable, je dirais qu’il y en a trois. Selon le témoignage de sa famille, Ernst Lanzer, l'« Homme aux rats », a pu se marier après son analyse, passer ses examens de droit et trouver un travail. Il y a aussi le cas d’Albert Hirst, le neveu d’Emma Eckstein, qui avait consulté Freud pour des problèmes sexuels. Il n’arrivait pas à éjaculer pendant le rapport. Freud ne l’analyse pas vraiment, mais il travaille sur son estime de soi et lui donne des conseils pratiques, « sexologiques ». Finalement, ça marche, Hirst arrive à éjaculer. Enfin, Bruno Walter, le grand chef d’orchestre : il avait une contracture à l’épaule très embêtante, qui l’empêchait de conduire son orchestre. Freud, au lieu de l’analyser, lui dit de partir en vacances en Sicile et de ne plus bouger le bras. Aucun résultat. Freud lui conseille alors de conduire l’orchestre malgré tout. Ça ne marche toujours pas. Puis Walter lit un ouvrage thérapeutique du médecin romantique Feuchtersleben, qui l’intéresse beaucoup. Progressivement, la contracture disparaît. Est-ce la suggestion de Freud qui été opérante? La lecture de Feuchtersleben ? Ou bien s’agissait-il d’une rémission spontanée d’une banale contracture musculaire ?

En admettant que ce soit Freud qui a été responsable du rétablissement de Bruno Walter, ça fait donc trois cas où l’analyse (ou ce qui en tenait lieu) a été bénéfique. Pour tous les autres, c’est clair : pas de résultats thérapeutiques durables. Au contraire, bien souvent, une aggravation, comme dans le cas de Viktor von Dirsztay, qui dira que l’analyse l’avait « détruit ». À quoi il faut ajouter tous les patients qui n’étaient de toute évidence même pas névrosés et n’auraient jamais dû aboutir chez Freud, comme Ida Bauer (« Dora »), Aurelia Kronich (« Katharina ») ou Elma Pálos.


Et certains seraient faussés par l’influence de la drogue dans le milieu de Freud…
Citation :

Prenez le rôle joué par la drogue, systématiquement passé sous silence dans les histoires de cas. Beaucoup de patients de Freud étaient morphinomanes, comme Ernst von Fleischl-Marxow, Anna von Lieben, Bruno Veneziani, Loe Kann, plus tard Ruth Mack Brunswick. Or il est clair que cela a parfois joué un rôle tout à fait essentiel. Ainsi, la fameuse talking cure de Bertha Pappenheim avec Breuer s’est déroulée alors que cette jeune femme était intoxiquée au chloral et à la morphine. C’est dans cet état qu’elle racontait ses histoires et que ses symptômes disparaissaient à mesure. On dit souvent que la psychanalyse guérit par la parole, mais on oublie de préciser que dans le cas de Bertha Pappenheim, il s’agissait d’une parole droguée. Même chose avec Anna von Lieben, la « Cäcilie M » des Etudes sur l’hystérie. D’après Freud, chaque fois qu’elle avait une crise, il provoquait une « réminiscence »-abréaction sous hypnose et elle se sentait mieux. Ce qu’il ne nous dit pas, c’est que les crises d’Anna von Lieben étaient dues au manque et que l’apaisement se produisait une fois qu’il lui avait donné sa dose de morphine. Cette cure cathartique était en fait une cure morphinique.


Bref, Mikkel Borch-Jacobsen ne semble pas éprouver de sympathie particulière pour Freud :
Citation :

Mais pouvez-vous retenir quelque chose de positif de Freud ? Si vous aviez du bien à en dire, que diriez-vous ?


Dans mon livre, je me suis abstenu de tout jugement moral, mais puisque vous me posez la question je vous répondrai que je trouve le personnage parfaitement odieux. La façon dont il a sacrifié certaines personnes comme Elma Pálos ou Horace Frink sur l’autel de ses lubies théoriques est proprement inadmissible. Ses patients étaient par définition en état de faiblesse, fragiles, et il les a exploités. Prenez Marie von Ferstel, c’est un cas absolument ahurissant. Cette femme phobique est très riche. Elle a des problèmes de constipation. Freud, qui a une théorie sur l’équivalence symbolique entre les excréments et l’or, lui dit : « Pour régler vos problèmes de constipation, il faut que vous appreniez à lâcher. Par exemple, que vous lâchiez votre argent. » Que fait-elle ? Elle lui donne le titre d’une de ses propriétés, qu’il vend immédiatement. Si ce n’est pas de l’abus de faiblesse, je ne sais pas ce que c’est ! Je trouve ça impardonnable. Freud n’est pas un personnage sympathique. Vraiment pas.

Article intéressant à lire dans son intégralité (sans oublier que l’auteur a contribué à l’écriture du Livre noir de la psychanalyse…)


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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Sam 21 Jan 2012 - 10:50

Merci pour ces extraits Coli. Le rapport de Freud à l'argent est connu depuis longtemps, Michel Onfray (Le Crépuscule d'une idole) en parle très bien. Même Cronenberg dans son film (A Dangerous Method) y fait allusion : il a une grande famille à nourrir, il ne peut d'ailleurs se permettre un billet de première classe en partance pour l'Amérique, contrairement à Jung et sa richissime épouse. Alors oui, Freud n'était pas un philanthrope, mais c'est drôle de penser qu'il put l'avoir été finalement. Trop sacralisé d'un côté, sans cesse déboulonné de l'autre. Il suscite beaucoup de réactions en tout cas, et souvent excessives de part et d'autres, mais sans doute faut-il en passer par là tant Freud a tout fait pour construire sa propre légende au détriment de la vérité. Faut-il pour autant tout rejeter ? Je ne le pense pas.


Dernière édition par sentinelle le Dim 22 Jan 2012 - 9:38, édité 1 fois
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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Sam 21 Jan 2012 - 21:40

C'est certain, je ne pense pas que ce genre d'anecdotes sur le bonhomme suffise à rejeter tout ce qu'il a construit. Mais c'est toujours bon à savoir, histoire de désacraliser le personnage et de considérer ses travaux sous un autre angle.

(Michel Onfray qui s'attaque à la cupidité de Freud ? rire )

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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Mar 13 Mar 2012 - 18:03

Irvin Yalom, dans Thérapie existentielle, évoque Freud à de nombreuses reprises.

Définition de la psychodynamique freudienne (rappel toujours bon à prendre) :
Citation :

« Freud postule que l’enfant est gouverné par des forces pulsionnelles innées qui, à la manière des feuilles de fougère, se déploient lors du cycle de développement psychosexuel. Ces conflits se manifestent sur plusieurs fronts : des pulsions antagonistes […] se livrent bataille et se heurtent aux exigences du monde interne, c’est-à-dire le Surmoi. L’enfant doit arbitrer entre la pression interne visant la gratification immédiate te le principe de réalité qui impose de retarder cette même gratification. Nous sommes donc en présence d’un individu gouverné par ses pulsions, en guerre contre un monde qui l’empêche de satisfaire ses appétits agressifs et sexuels innés. »

Et son pendant néofreudien :

Citation :
« […] L’enfant n’est ni gouverné par ses pulsions ni préprogrammé ; c’est une personne qui, outre des dispositions innées neutres comme le caractère et le niveau d’activité, est entièrement modelée par son environnement culturel et interpersonnel. La sécurité […] constitue le besoin fondamental de l’enfant ; la qualité des échanges avec des adultes capables de lui apporter cette sécurité détermine sa structure caractérielle. L’enfant, bien que non gouverné par des pulsions, est néanmoins doté à la naissance d’énergie, de curiosité, d’une innocence du corps, d’un potentiel de croissance et du désir de possession exclusive des adultes aimés. […] En d’autres termes, le conflit de base découle de ces tendances de croissance naturelles et du besoin de sécurité et de reconnaissance de l’enfant. Si un enfant a la malchance d’avoir pour parent des adultes si prisonniers de leurs propres conflits névrotiques qu’ils ne sont pas en mesure de lui apporter la sécurité ou d’encourager sa croissance personnelle, un conflit sérieux se manifeste. Dans cette bataille, la croissance se voit toujours compromise au profit de la sécurité. »

Irvin Yalom remarque que Freud évite particulièrement d'aborder le sujet de la mort...

Citation :
« Il ne nous est guère possible d’aller plus loin dans la mise en évidence des zones aveugles chez Freud sans ressentir un vague malaise. Peut-être sa théorie nous dépassait-elle ; c’était d’ailleurs le cas sur nombre de ses aspects. Peut-être cet enjeu était-il si évident que jamais il ne ressentit la nécessité de développer de façon détaillée ses positions. Pourtant, nous serions bien inspirés, il me semble, d’envisager pleinement les raisons qui motivent, dans la formulation de sa théorie, cet évitement de la mort et qui, selon moi, sont de deux ordres : le premier, un modèle théorique dépassé du comportement humain ; le second, une quête effrénée de gloire personnelle. »

Il essaie de l'expliquer de manière rationnelle :
Citation :


« […] la mort ne peut jouer aucun rôle dans la théorie dynamique formelle de Freud. Puisqu’il s’agit d’un évènement à venir qui n’a jamais été expérimenté et qui ne peut être véritablement imaginé, il ne peut exister dans l’inconscient et, en conséquence, influencer le comportement. La mort n’a aucune place dans une conception du comportement réductible à l’opposition entre deux pulsions primaires en conflit. »

Et aussi de manière un peu plus pragmatique :

Citation :
« […] l’implacable détermination de Freud était nourrie par une quête insatiable de la célébrité. […] Freud était né coiffé (poche des eaux non rompue), évènement qui, dans le folklore, a toujours été interprété comme présage de gloire future. Sa famille le pensait destiné à une réussite exemplaire, ce dont sa mère, qui […] le préférait à ses autres enfants, ne douta jamais. Freud écrivit plus tard : « Quand on a été sans conteste l’enfant de prédilection de sa mère, on garde pour la vie ce sentiment conquérant, cette assurance du succès qui, en réalité, reste rarement sans l’amener. » Cette croyance fut alimentée par maintes prophéties précoces : un jour, dans une pâtisserie, un homme âgé inconnu de la famille affirma à la mère de Freud qu’elle avait mis au monde un grand homme ; dans un parc d’attraction, un artiste des rues choisit Freud parmi d’autres enfants et lui prédit qu’un jour il deviendrait ministre. Les indéniables dons intellectuels de Freud renforcèrent également cette croyance ; au lycée, il était toujours dans les premiers, en fait, […] il avait une place si privilégiée qu’il était rarement interrogé. »

Pour illustrer cette dernière explication, on peut invoquer Freud lui-même :

« Une célébrité éternelle, la fortune assurée, l’indépendance totale, les voyages, la certitude d’éviter aux enfants tous les graves soucis qui ont accablé ma jeunesse, voilà quel était mon bel espoir. Tout dépendait de la réussite ou de l’échec de l’hystérie. »

Une des limites de la thérapie freudienne est évoquée par Talom :

Citation :
« L’importance accordée par Freud à la reconstruction du passé comme système explicatif est intimement liée à sa doctrine déterministe : tous les comportements et les expériences psychiques sont appréhendés comme les résultantes d’évènements passés, de nature environnementale ou pulsionnelle. Le problème de ce système explicatif est qu’il porte en lui les germes du désespoir thérapeutique. Si nous sommes déterminés par le passé, d’où provient alors cette capacité à changer ? »

Onfray aurait-il pu en prendre de la graine ?

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swallow
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Mer 14 Mar 2012 - 9:08

"Si nous sommes déterminés par le passé, d’où provient alors cette capacité à changer ? » "

Coli, la citation que tu mentionnes de Yalom, va bien dans le sens des reproches (2) que je fais au système freudien.

(1) : le pessimisme de fond de la théorie.
(2): Enchaîner un être à la fatalité des évènements de son enfance, serait l´empêtrer serieusement dans la conquète et l´exercice de sa liberté.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Mer 14 Mar 2012 - 21:50

Yalom fait bien prendre conscience des limites de la psychodynamique freudienne dans son livre. Je n'avais pas vraiment perçu les choses de cette façon jusqu'alors. Et je comprends mieux, du coup, les reproches que l'on peut faire à Freud.

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Constance
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Ven 16 Mar 2012 - 10:35

Libre à Yalom de remettre en cause le concept d'héritabilité, cependant même "L'enfant sauvage" fut influencé par son milieu. Nier la variance phénotypique, c'est nier l'évidence.
Quant à "changer", nous ne changeons pas, mais nous nous adaptons, donc nous évoluons.
Mais peut-être Yalom est-il un fervent partisan de l'existence du libre arbitre.

Par ailleurs, Onfray et Yalom font tous deux le reproche à Freud de s'être comporté en mercantile, mais j'imagine qu'ils doivent vivre d'amour et d'eau fraîche, et que leurs éditeurs ne leur versent pas de droits d'auteurs ... et ce, grâce à qui, merci qui ? Freud ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Sigmund Freud [Psychanalyse]   Ven 16 Mar 2012 - 10:40

Constance a écrit:
Libre à Yalom de remettre en cause le concept d'héritabilité, cependant même "L'enfant sauvage" fut influencé par son milieu. Nier la variance phénotypique, c'est nier l'évidence.
Quant à "changer", nous ne changeons pas, mais nous nous adaptons, donc nous évoluons.
Mais peut-être Yalom est-il un fervent partisan de l'existence du libre arbitre.

Par ailleurs, Onfray et Yalom font tous deux le reproche à Freud de s'être comporté en mercantile, mais j'imagine qu'ils doivent vivre d'amour et d'eau fraîche, et que leurs éditeurs ne leur versent pas de droits d'auteurs ... et ce, grâce à qui, merci qui ? Freud ! Very Happy

Onfray n'a pas vocation à soigner...
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Sigmund Freud [Psychanalyse]
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