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 Fabrice Humbert

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Marie
Zen littéraire


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MessageSujet: Fabrice Humbert   Jeu 23 Sep 2010 - 21:25



Agrégé et docteur ès Lettres, enseignant, Fabrice Humbert est l’auteur de plusieurs romans : Autoportraits en noir et blanc, paru aux éditions Plon en 2001; Biographie d’un inconnu, paru aux éditions Le Passage en 2008 et L'origine de la violence, publié en 2009 aux éditions Le Passage.
Son nouveau roman, La Fortune de Sila, est paru aux éditions Le Passage le 19 août 2010.


L'Origine de la violence
Le Passage


La violence ne m’a jamais quitté.
Je suis l’homme le plus gentil du monde. Avec mes élèves de sixième et cinquième au lycée franco-allemand, je suis l’homme le plus doux qui soit. En plusieurs années d’enseignement, je crois ne m’être jamais mis en colère. Ils me font rire et je les trouve incroyablement touchants et drôles, si merveilleusement enfantins ,juste avant le grand départ de l’adolescence qui va les perturber pour des années. Dans la vie courante, je suis calme, presque lymphatique, marchant lentement dans la rue, le nez en l’air, comme un benêt.
Mais l’envers du décor, c’est l’autre homme. Celui qu’un mot agresse, qu’une élévation de la voix inquiète, met sur ses gardes, comme un animal. Celui qu’un geste trop brusque du bras alerte. Celui qui se réveille le matin plein d’angoisse et qui doit organiser ses pensées pour faire le bilan de sa vie et déclarer: «  Il n’y a aucun motif d’inquiétude, calme-toi. »
Et par conséquent, celui qui ne supportera pas le mot agressif, la voix trop forte, ou le geste brusque. Celui qui sentira la violence monter en lui comme une furie. Et qui sera prêt à frapper, comme il l’a fait dans la rue, lorsqu’un excité a tapé sur sa voiture. Celui qui a tellement honte de cette violence qu’il tâche de l’engloutir au plus profond de lui-même, jusqu’à en être miné, jusqu’à en investir chaque phrase de ce travail de l’inconscient qu’est l’écriture. Je parle toujours de la violence, j’écris toujours la violence. Mon rêve depuis toujours est d’écrire des romans comiques, alors pourquoi faut-il que j’aligne des personnages semi-tarés, emportés au loin par l’ivresse de la destruction?


L’histoire est celle d’un enseignant qui, lors d’un voyage scolaire à Buchenwald, tombe sur une photographie de Himmler,venu visiter le camp de concentration. Il y est entouré de plusieurs personnages qui auront une grande importance dans ce roman. Et on y aperçoit aussi un détenu qui ressemble de façon stupéfiante au père du narrateur. Cette vision va mener ce narrateur à une enquête sur sa famille, et surtout sur les secrets de sa famille. Enquête qui va transformer toute sa vie , à la recherche ,finalement, de l’origine de ses terreurs nocturnes et de ses propres pulsions violentes.

Une violence sans bornes ni limites, une violence qui chemine sourdement à travers les époques, levant par instants sa tête sifflante et serpentine. Et même si l'origine a pu se trouver dans ce destin familial, la violence a été convoyée jusqu'à moi, sans doute tapie dans les silences de mon père. Par ces étranges et fascinants cheminements de l'enfance, cette plaque sensitive qui lègue pour toute la vie une conscience, la violence m'a été livrée en héritage. Je suis mon grand-père livré aux bourreaux, je suis mon père frémissant d'une violence suicidaire, je suis l'héritier d'une immense violence qui traverse mes rêves et mes récits.


Ce n’est pas un roman que l’on peut raconter ( et il ne faudrait pas, il y a un côté "polar" avec des rebondissements jusqu'à la dernière page),même si le fil conducteur est bien sûr l’enquête. Car il regorge de longues digressions, d’allers et retours dans le temps, l’Histoire et la réflexion. Même s’il comprend de longs passages- souvent difficilement soutenables ,c’est-à-dire simplement très documentés, sur Buchenwald- ce n’est pas un roman uniquement centré sur cette période tragique, ni sur les secrets de famille, ni sur l’identité,ni sur l’écriture, etc. C’est tout à la fois. Et c’est un sacré tour de force de réussir à conduire ce récit qui appartient à plusieurs registres, historique, roman de formation,mythologique, philosophique et bien d’autres ( autobiographique? On se pose la question après avoir lu les remerciements), et dans lequel interviennent tant de personnages réels comme bien sûr Levi et Semprun, mais aussi Artaud, Ronsard,( « Il faut tuer le corps de l’adversaire/Il faut, mon Duc, la dépouille attacher,/Toute sanglante au dessus de la porte, L’Hydre défait, déjà moins charmant que Mignonne, allons voir si la rose..), Stanley Kubrick et Ilan Halimi. Et d’autres fictifs . Ou non, peu importe. En tout cas, j’ai vérifié, Erich Wagner, médecin à Buchenwald a bien existé, et s’est effectivement suicidé en 1959 ( fait prisonnier par les Américains en 45, il s’était évadé et exerçait tranquillement en Bavière..).
Et les dernières pages font frémir devant tant de monstruosité finalement tristement ordinaire ..
Très brillant roman et auteur à suivre de près!


La critique de Sabine Audrerie




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Marko
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Jeu 23 Sep 2010 - 23:48

Voilà qui est très motivant!

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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Dim 3 Oct 2010 - 17:26

Il semblerait que ce soit presque intégralement autobiographique.

Nettement moins séduit que Marie par ce roman, mais il vaut mieux que je parle de ce que j'aime. dentsblanches
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Marie
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Dim 3 Oct 2010 - 20:59

Citation :
mais il vaut mieux que je parle de ce que j'aime.
Non! Dis-en un peu plus! C'est ce qui est intéressant sur un forum de discussions, non?

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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Dim 3 Oct 2010 - 21:36

pff, ma PAL va (encore) augmenter...
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Mar 5 Oct 2010 - 22:39

Marie a écrit:
Citation :
mais il vaut mieux que je parle de ce que j'aime.
Non! Dis-en un peu plus! C'est ce qui est intéressant sur un forum de discussions, non?

Je ne partage pas cette opinion sourire
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Mar 2 Oct 2012 - 10:27

L'origine de la violence

c'est difficile et périlleux de vouloir faire oeuvre de fiction avec la Shoah. C'est compliqué quand l'auteur ne parvient pas toujours à définir ce qui est de l'ordre fictionnel et ce qui appartient à la réalité et puis ce qu'est l'Histoire. Toujours compliqué de jouer avec ces trois niveaux narratifs. Et je n'ai pas trouvé Humbert convaincant dans cet exercice de haute voltige. C'est bien dommage car le sujet est évidemment fascinant : un secret de famille, un jeune homme qui part à la recherche de ses origines et qui rencontre l'Histoire, celle du XXème siècle. Malheureusement j'ai trouvé qu'Humbert (malgré un style très classique, très lisible, très classe) en faisait un peu trop. Trop de 'je', trop de complaisance dans l'écriture, trop de fatuité dans le regard... Et puis, j'ai été gênée par l'impression que dans beaucoup de pages du livre, Humbert se contentait de réécrire les livres des autres (Levi, Semprun, Haffner...), ce qui n'a pas beaucoup d'intérêt et n'apporte rien au propos de l'auteur.

Dommage.

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topocl
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Dim 30 Déc 2012 - 21:48

Avant la chute



Trois destins menés en parallèle. Trois destins qui, marqués par la fatalité de la drogue, aboutiront chacun, Fabrice Humbert nous le dit à l'avance par son titre, à une chute effroyable. Sonia et Norma, les 2 sœurs colombiennes, fuyant vers les États-Unis la violence des cartels, le sénateur mexicain Urribal, louvoyant entre saloperies et compromissions, et Naadir, le jeune génie des banlieues françaises, grandi à l'ombre de son grand frère trafiquant.

Fabrice Humbert a un sacré talent de conteur, un style flamboyant, il m’épate par sa façon de camper magistralement ces personnages, ces situations aussi diverses. À tel point qu'on est un peu déçu à la fin de chaque chapitre de quitter un personnage pour rattraper un autre… Un peu déçu aussi car, si le point de rencontre final entre le sénateur et les jeunes migrantes est fascinant de violence (j'ai pensé à Continents à la dérive de Russell Banks), le lien avec le jeune Naadir est plus laborieux et artificiel.. N'aurait-il pas mieux valu écrire deux romans ? Ecrivain magnifique, qui comme le relève Shanidar, veut peut-être en faire un peu trop : n'aurait-il pas mieux valu écrire deux romans ?

Cependant 3 récits assez magistraux, superbement menés, bourrés d’informations, haletants de violence et de désespoir, constats d'échec d'un monde impitoyable et sans espoir.

Un petit exemple avec Norma, la jeune migrante, qui se protège de la pluie d'un bout de plastique :

Citation :
Ainsi rêvait la jeune Norma, sautant de pensée en désordre, de nostalgie en crainte, et Si les mots avaient creusé les consciences des quarante cinq autres migrants, ils auraient accroché d'autres craintes, d'autres espoirs, d'autres nostalgies, des pensées très simples aussi, comme la seule volonté de resserrer le plastique ou l'observation d'un coin de ciel plus clair. Fragments multiples de consciences, démultiplication d'espoirs et de pensées, pauvres êtres sans importance et sans poids, jetés au vent et à la pluie, soumis à toutes les violences, miettes de vie dans l'immensité. Rêveuses formes, petits bouts d'êtres fouettés par les rafales. Rien, moins que rien. Ils n'étaient rien.
Et la comptine du rien du rien se faufilait entre les gouttes

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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Mer 2 Jan 2013 - 11:47

-Avant la chute-



Citation :
Personne, nulle part, n'échappait aux flux et aux reflux du monde, à l'immense pulsation du monstre moderne

Merci pour ton commentaire Topocl que je partage en grande partie, mon engouement étant juste un peu plus limité. Je reconnais avoir été très agréablement surprise par la dextérité de l'auteur à nous plonger ainsi au sein de ces trois histoires parallèles conduites par le même fil rouge, celui de la drogue et de la violence qu'elle engendre. Effectivement Humbert a un don certain, il sait mener un récit et ici imbriquer les intrigues pour finalement les relier dans cette chute qui nous tient en haleine jusqu'au bout. Chacun des personnages est bien cerné, il mêle la cupidité de ce sénateur véreux (qui regrette pourtant un temps où l'ordre régnait!) à la pureté d'un jeune des banlieues luttant contre le chaos ambiant. Il y a aussi l'innocence représentée par les deux orphelines et le semblant d'espoir qu'elles amènent.

On a du mal à les lâcher même si certains récits nous captivent plus que d'autres (Comme toi j'ai trouvé celui des colombiennes et d'Urribal plus scotchant) tout cela se lit d'une traite dans un style très fluide, bref il a de quoi nous embarquer sans problème. Et pourtant il y a un je ne sais quoi qui m'empêche de le classer dans les "très bons" romans. (D'ailleurs j'avais oublié d'en faire le commentaire à la rentrée) Un léger trop? Une construction qui sonne assez tendance? Un manque d'âme peut-être? Un peu de tout ça sans doute, mais cela n'enlève en rien l'impression générale qu'il m'a laissée et qui est celle d'un bon roman, sans aucun doute.
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Mer 2 Jan 2013 - 13:52

Il y a un petit côté pédagogique qui ne veut pas se montrer, à vouloir montrer "tous" les aspects de la chaine de la drogue. C'est sûr que cela nuit au romanesque.
Depuis le début, Humbert écrit pour transmettre des messages, nous livrer son image d'un monde terrible
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Sam 25 Avr 2015 - 9:37

Si ça botte quelques Parfumés parisiens, Humbert en dédicace, c'est par là :

Librairie Maruani
171 bd Vincent Auriol
Paris 13

mardi 5 mai à 18h.

Dernier livre Eden Utopie.


Que je n'ai pas aimé du tout... du tout...

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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Sam 25 Avr 2015 - 10:12

Et tu vas le lui dire dentsblanches ?
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MessageSujet: Re: Fabrice Humbert   Dim 26 Avr 2015 - 11:24

topocl a écrit:
Et tu vas le lui dire dentsblanches ?

Nope.

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