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 William Ospina [Colombie]

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Marko
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MessageSujet: William Ospina [Colombie]   Ven 8 Oct 2010 - 22:06

William Ospina


Citation :
Né en 1954, dans un village des Andes en pleine guerre civile. Sa poésie et ses nombreux essais philosophiques et politiques traduisent l'engagement du poète face à la violence de la société. Vit à Bogota, où il se consacre à son premier roman sur la conquête de l'Amazone.

Citation :
Après avoir fait des études de droit à l’université de Cali, William Ospina décide de se consacrer au journalisme. Entre 1979 et 1981, il voyage dans plusieurs pays européens avant de venir s’installer définitivement à Bogotá. Son premier roman, Ursúa, salué par Gabriel Garcia Marquez et Fernando Vallejo, a connu un immense succès en Amérique latine.

Prix littéraires:

1982 : obtention du prix National de l’Essai pour son ouvrage sur le poète Aurelio Arturo Martinez;
2009 : obtention du prix Rómulo Gallegos pour son premier roman, Ursúa, publié en 2007.

William Ospina est un écrivain poète qui explore à travers ses deux premiers romans, Ursua et Le Pays de la Cannelle, les fondements mythiques et l'origine de la violence de son pays, la Colombie, en nous faisant voyager à l'époque des conquistadors avec un grand talent de conteur et en apportant une réflexion philosophique jamais écrasante.

Le dépaysement est total et on accompagne ces colons à la découverte de paysages et de cités exotiques féériques tout autant qu'hostiles, au cours de péripéties captivantes où se côtoient la cruauté des combats et la folie hallucinatoire de ces soldats assoiffés de sang et de pouvoir, envoûtés par la magie hypnotique et délétère de ce nouveau monde.

Ce sont des thèmes déjà explorés en littérature et au cinéma (Pedro de Ursua est un des proches d'Aguirre dans le film d'Herzog) mais William Ospina a une écriture intense, riche et d'une poésie fascinante, qui a fait dire à Gabriel Garcia Marquez qu'Ursua était "Le livre le plus important de l'année" et à Fernando Vallejo: "Je ne connais personne dans notre langue ayant une prose aussi sublime que William Ospina dans Ursua". On peut être sceptique quant à l'authenticité ou la sincérité de telles "accroches" pour vendre le livre mais dans le cas présent je partage cette admiration pour ce formidable écrivain même si l'écriture est parfois très dense.

Ursua


Ursua s'inspire de la véritable histoire de ce conquistador, fondateur de la ville colombienne de Pampelune et de la nouvelle Grenade, qui sera tué par Aguirre qui souhaitait conduire seul l'expédition à la recherche de l'Eldorado. Le roman nous permet de découvrir avec eux des paysages et des civilisations décrits dans une prose époustouflante. Il raconte les légendes et les coutumes de ces peuples réduits en esclavage avec une intensité qui les rend incroyablement vivants. La narration est parfois complexe car on oscille entre le parcours d'Ursua et ceux des autres personnages dont on découvre les vies respectives avec des allers-retours dans le temps. On peut s'y perdre un peu (comme eux-même d'ailleurs). Mais il suffit de se laisser porter et enchanter par l'aventure. S'abandonner au rythme et à la beauté de l'écriture qui doit perdre en traduction mais qui m'a séduit telle qu'elle est. C'est épique avec des combats impressionnants, entre légende et réalité historique. A noter que le narrateur de l'histoire est un métis, né d'un conquistador et d'une indienne comme le héros de "Le Pays de la cannelle", qui représente en quelque sorte symboliquement l'origine du peuple colombien actuel déchiré par des guerres civiles, mélange de ces peuples indiens fondateurs et de ces colons belliqueux, rendant compte de cet "héritage" de la violence. Je ne peux que le recommander pour sa richesse et la beauté de son écriture.

Sa route le poussait vers des forêts d'hommes-tigres et des fleuves qui se tordent comme des serpents; la mienne me menait vers des villes parées de marbres et de palais qui se reflètent dans l'eau. La sienne l'écartait à jamais d'un berceau surveillé par les anges et d'une forteresse de pierre aux pies héraldiques, pour le livrer aux plaines instables et à la spirale des forêts; la mienne s'éloignait des bois qui crient et du fleuve qui pense pour me conduire aux sécheresses d'oliviers rugueux, à la flamme immobile des cyprès et aux champs où un jour passent devant les tours en ruine les canons fumants et le lendemain les charrues tirées par les boeufs. Tout était un jeu d'illusions, car en un jour précis, à une heure précise, peut-être fixée par les astres, son chemin et le mien allaient se croiser et se confondre si bien que seule la mort put un jour les séparer.
(p. 139)




Le Pays de la cannelle


En Flandre, en 1547, Theophrastus m'avait tout expliqué. "On nous a donné la diversité du monde, me dit-il, mais nous ne voulons que l'or. Tu as découvert un trésor, une forêt infinie et ta déception a été infinie, car tu voulais que cette forêt aux milliers d'apparences n'en ait qu'une seule, qu'elle ne contienne que les troncs ligneux de la cannelle d'Arabie. Va donc dire au destin qui a façonné des myriades de bêtes que tu ne veux voir que des tigres! A l'artisan des métaux, que tu n'es intéressé que par l'argent! Au démiurge qui a inventé les créatures, que l'homme ne veut que la survie de l'homme! Va donc dire au potier qui pétrit patiemment des millions d'êtres que tu n'aimerais voir qu'un visage, un seul visage humain à jamais! Et dire à l'infatigable et céleste dessinateur d'arbres qu'un seul t'intéresse! C'est ce que nous faisons depuis l'apparition de la volonté. Serrer dans le poing une poussière d'étoiles pour la condenser en un soleil radieux. Réduire tous les dieux à des statues d'argile pour façonner dans cette masse un dieu unique, déchiré par les contradictions, transpercé de paradoxes, et par conséquent lesté d'impossibles."

Où que tu ailles, tu porteras ces vieilles questions, tu ne trouveras rien dans tes voyages qui n’ait été avec toi de toute éternité et quand tu affronteras les choses les plus inconnues, tu découvriras que ce furent elles qui bercèrent ton enfance.

Plus facilement abordable qu'Ursua par son format plus réduit (300 pages au lieu de 450) et une intrigue plus linéaire, Le Pays de la Cannelle n'en reste pas moins un très beau livre qui prolonge certaines thématiques du précédent mais se situe un peu avant. Le narrateur est également un sang mêlé dont le père accompagne Pizarro dans ses conquêtes et lui adresse un courrier qui évoque la destruction de Quzco et la mort de l'empereur inca. Et il part à son tour découvrir les restes de cette civilisation qui s'effondre. Le texte nous faisant découvrir ces lieux dévastés d'où émergent quelques récits légendaires et où l'on traverse le fleuve amazone, la jungle, des cités d'où s'enfuient les derniers survivants des massacres. Médina se sent proche de ces indiens dont il partage en partie la culture à travers la transmission de sa mère.

Tu veux savoir ce qui s'est passé après la colère de la terre, quand les hurlements de chiens nous laissèrent croire que nous franchissions les portes de l'enfer. Personne ne ferma l'oeil les nuits suivantes, nous redoutions une récidive. L'image, que quelques uns avaient vue mais que tous se rappelaient, du rocher dévalant l'abîme et la conscience qu'au-dessus des arbres se dressaient les parois instables de la cordillère s'imposaient à nos imaginations. Les indiens terrorisés évoquaient la fureur de la montagne et semblaient attribuer cette fureur à notre expédition, qui pour eux était monstrueuse.

Devenu âgé et fort de son expérience, il tente de mettre en garde un personnage auquel il écrit son histoire et dont on découvrira qu'il est Ursua, le héros du précédent roman. Il veut le prévenir des illusions qu'entraine cette fascination aveugle pour l'or et le pouvoir, lui enseigner la véritable richesse de ce pays. Il y a des réflexions pleines de sagesse et de poésie qui apportent beaucoup d'émotion à ce roman de voyage et d'histoire.

Même si les arbres ne rient pas, cela ne veut pas dire qu’ils sont tristes, dirent-ils. Les arbres se contentent peut-être de méditer, de se rappeler les lunes qu’ils ont vues, les fables que murmure le vent dans leurs branches, les souvenirs des morts.













_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).


Dernière édition par Marko le Ven 8 Oct 2010 - 23:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Ven 8 Oct 2010 - 23:38

Ospina lisant un de ses poèmes au festival international de poésie de Medellin. Qui pourrait achever la traduction du poème? Merci d'avance (la traduction sur internet est incomplète). On y retrouve tout l'esprit qui habite ses deux romans.





Cancíon de los dos mundos

En Europea es de día pero es de noche en África.
Al norte del mar está el tiempo, pero está al sur la eternidad.
Los blancos pueblos industriosos construire la gloria del hombre.
La negras lanzas nervadas custodiando la roja luna.



Chanson des deux mondes

C’est le jour en Europe, mais c’est la nuit en Afrique.
Au nord de la mer le temps, au sud l’éternité.
Les peuples blancs industrieux bâtissent la gloire de l’homme.
Les lances noires et innervées défendent la lune rouge
.


Pour lire ses poèmes on peut trouver ce recueil que je viens de commander:



_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Sam 9 Oct 2010 - 0:09

Il a traduit les sonnets de Shakespeare en Espagnol et on peut également trouver deux beaux livres traduits en anglais sur la Colombie et l'artiste Omar Rayo:



Omar Rayo:


_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Dim 10 Oct 2010 - 16:29

Un spectacle écrit par William Ospina et mis en scène par Omar Porras: Bolivar, fragments d'un rêve est donné ce soir à Meyrin en Suisse et partira en tournée à l'étranger avec quelques dates en France (voir ci-dessous).



Citation :
Il s’agit d’une pièce irrévérente, risquée, iconoclaste, dans laquelle, accompagnés d’une troupe d’acteurs, de techniciens et de collaborateurs de Colombie, de France et de Suisse, les deux auteurs font descendre Bolívar des milliers de statues où l’ont confiné les tenants du pouvoir, pour le montrer en chair et en os, avec sa force, son intégrité et ses faiblesses. Au son des musiques des Plaines Orientales et des Caraïbes, nous découvrons un Bolívar humain ainsi que les relations qu’il entretient avec les grands personnages de l’histoire. Bolívar apparait donc ici et aujourd’hui, il se promène dans nos rues grâce à ce montage qui ne passera pas inaperçu, tant il créé de multiples liens entre le présent et le passé.
Citation :
Omar Porras, l’exil mélodieux
Bolivar... une vision colorée des choses.
Par Ghania Adamo, swissinfo.ch

Metteur en scène de renommée internationale, Omar Porras fête les 20 ans de sa compagnie. A cette occasion, le Suisso-Colombien présente «Bolivar, fragments d’un rêve». En toile de fond, une double histoire d’indépendance, celle de son pays et celle de son art.


La vie d’un exilé est faite de mille combats, de mille morts et renaissances. C’est la vie de Bolivar, issu d’une grande famille d’origine espagnole établie au Venezuela. Très jeune, il parcourt l’Europe, s’imprègne de ses idées révolutionnaires, trébuche sur ses erreurs et recommence. C’est aussi, dans une autre dimension, la vie de Porras. Lequel pose cette question dans une note d’intention: «Qui est mon père? Le mien… celui de l’acteur (…) qui s’est éloigné de ses parents et de ses origines (…), qui a adopté comme famille (…) une troupe itinérante de théâtre. ( …) Je pense à l’héritage que nous avons, nous les Bolivariens, (…) d’une histoire que nous n’avons pas encore démêlée, et que sans doute nous n’avons pas encore oubliée». Place donc à la mémoire. Mais une mémoire fragmentée, où l’Histoire se raconte par flashs impressionnistes. C’est ainsi que l’a voulue le poète colombien William Ospina qui, à la demande d’Omar Porras, a écrit le texte du spectacle. Une mémoire délirante aussi, comme enflammée par une fièvre intérieure qui consume aussi bien Bolivar que son interprète.

Aux côtés de Porras, dix acteurs colombiens jouent, dansent et chantent l’histoire d’une indépendance où les personnages semblent vivre constamment au bord d’un précipice. Ouverture et fermeture du spectacle sur le tremblement de terre de Caracas, en 1812. Des caisses en bois, empilées sur scène comme dans un grenier, forment une paroi sur laquelle se dessine la carte de l’Amérique latine.

La terre qui gronde déséquilibre les caisses et fissure la carte. La vie de Bolivar se glisse dans les failles d’un continent par moments hostile aux idées révolutionnaires, hésitant entre forces royalistes et républicaines. L’écho ramène de loin la voix des personnages dont les pas s’étouffent sur un sol en terreau.

Ce qui s’entend avec force, c’est le chant. Chant de la servitude, chant de la vaillance. Superbe musique colombienne des llaneros et vallenatos. L’histoire de l’Amérique latine est une ardente et douce mélodie qui berce les rêves de peuples en quête de liberté, encore aujourd’hui.


Infos pratiques:

«Bolivar, fragments d’un rêve», d’après William Ospina. Mise en scène Omar Porras. Avec notamment : Omar Porras, Carlos Gutierrez, Juanita Delgado, Zoraida Rojas, Erick Bongcam…

A voir en Suisse:
Théâtre Forum Meyrin, Genève, jusqu’au 10 octobre.

Théâtre du Crochetan, Monthey, du 17 au 20 novembre.

Tournée à l’étranger:
Chambéry (France): 14 et 15 octobre

Annecy (France): du 19 au 21 octobre

Guanajuato (Mexique): du 28 au 30 octobre

Villefontaine (France): 9 et 10 novembre

Nantes (France): du 17 au 20 novembre

Shizuoka (Japon), SPAC Festival, été 2011


Omar Porras


Né à Bogota (Colombie) il y a 47 ans, metteur en scène et acteur suisso-colombien.

Il se forme à la danse et au théâtre en Amérique latine et en Europe.

C’est en 1990 qu’il fonde à Genève le Teatro Malandro, centre de création, de formation et de recherche.

Sa technique mêle la danse et la musique, l’art de l’acteur et de la marionnette.

Dès ses débuts, il se tourne vers les grands textes en mettant en scène aussi bien les auteurs du passé (Euripide, Shakespeare…) que les écrivains contemporains (Dürrenmatt, Brecht…).

Ses spectacles sont présentés sur les plus grandes scènes européennes et dans de nombreux festivals, en Europe, en Asie, comme en Amérique latine.

Ils sont marqués par une double culture, sud-américaine et européenne.

Entouré de comédiens qui jouent masqués la plupart du temps, il explore les grands mythes de la littérature universelle, comme les Bacchantes, Don Quichotte, Faust ou Don Juan.

Nantes | jeudi 18 novembre 2010.

18h30
Rencontre-lecture avec William Ospina et Juan Manuel Roca
Présentés par Jean-Pascal Dubost
Organisée par La Maison de la poésie de Nantes avec le Théâtre et la participation de la librairie du Grand T

20h
Bolivar : fragments d’un rêve, pièce de William Ospina mise en scène par Omar Porras, en présence de l’auteur
Organisée par le Grand T de Nantes avec le Ministère de la culture de Colombie

Le Grand T - Chapelle
84 rue du Général Buat
Renseignements : 02 40 69 22 32

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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Dim 10 Oct 2010 - 23:15

Un passage du Pays de la Cannelle qui me fait étrangement penser au film Avatar



Dans la forêt, nous avons besoin d'armures, de casques, de visières et de mille précautions pour nous protéger des insectes, des fléaux, de l'eau et de l'air. Nous voyons des menaces partout : serpents, poissons, épines sur les troncs, venin sur les chenilles duveteuses et même sur la couleur des minuscules crapauds des étangs. Or nous constatons que les Indiens se promènent nus dans cette forêt, se jettent dans ses rivières voraces pour en ressortir intacts, semblent posséder le secret qui incite la forêt à les respecter et à les garder en vie.

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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Mer 13 Oct 2010 - 13:17

Marko a écrit:
Pour lire ses poèmes on peut trouver ce recueil que je viens de commander:


"Les dieux forgent les malheurs pour que les générations humaines ne manquent pas de quoi chanter." Homère

Je viens de recevoir ce beau livre de poèmes (bilingue) des éditions Cheyne. C'est la librairie Coiffard de Nantes qui l'expédie... souvenir!

Donc la version intégrale du poème:

Chanson des deux mondes

C’est le jour en Europe, mais c’est la nuit en Afrique.
Au nord de la mer le temps, au sud l’éternité.
Les peuples blancs industrieux bâtissent la gloire de l’homme.
Les lances noires et innervées défendent la lune rouge.
Les pierres blanches aux formes de nymphes dansent sur la neige.
Les crinières d'or, les peaux zébrées, les créatures au cou si long comme sorties d'un rêve.
Au nord de la mer, l'insomnie dans la nuit, au sud la sieste dans l'après-midi.
Au nord voici la raison qui étudie la pluie et déchiffre le tonnerre.
Au sud voici les danseurs qui engendrent la pluie, les tambours qui inventent le tonnerre.

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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Ven 7 Jan 2011 - 14:11

Marko a écrit:
Le Pays de la cannelle

Le narrateur est un sang mêlé dont le père accompagne Pizarro dans ses conquêtes et lui adresse un courrier qui évoque la destruction de Quzco et la mort de l'empereur inca. Et il part à son tour découvrir les restes de cette civilisation qui s'effondre. Le texte nous faisant découvrir ces lieux dévastés d'où émergent quelques récits légendaires et où l'on traverse le fleuve Amazone, la jungle, des cités d'où s'enfuient les derniers survivants des massacres. Médina se sent proche de ces indiens dont il partage en partie la culture à travers la transmission de sa mère.

Marko a tout dit. Qu'ajouter ? Si le voyage épique au coeur de l'Amazonie constitue le morceau de bravoure du livre, il n'en est pas nécessairement la partie la plus intéressante. Le périple est long, la langue est belle et chamarrée mais les riches descriptions sont parfois comme un festin trop copieux, elles restent sur l'estomac. Au-delà de son caractère foisonnant et halluciné, Le pays de la cannelle délivre un portrait saisissant des conquistadors, en particulier des frères Pizarro, et une fascinante description du choc sanglant qui les opposa aux Incas, avec la barbarie et la folie des "envahisseurs". Récit initiatique, roman d'aventures, récit de voyage(s), chronique historique : le livre de William Ospina est tout cela à la fois, une fresque visuelle pleine de bruit et de fureur, écrite dans un style baroque, luxuriant et capiteux que l'on trouve rarement dans les romans contemporains.
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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Ven 7 Jan 2011 - 14:20

Heureusement que ce fil remonte...j'allais oublier... Merci à vous deux!
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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Ven 7 Jan 2011 - 15:19

traversay a écrit:
Le périple est long, la langue est belle et chamarrée mais les riches descriptions sont parfois comme un festin trop copieux, elles restent sur l'estomac.

C'est vrai. Il est parfois presque trop dense mais sa plume est habitée.

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MessageSujet: Re: William Ospina [Colombie]   Sam 8 Jan 2011 - 0:09

Marko a écrit:
traversay a écrit:
Le périple est long, la langue est belle et chamarrée mais les riches descriptions sont parfois comme un festin trop copieux, elles restent sur l'estomac.

C'est vrai. Il est parfois presque trop dense mais sa plume est habitée.

Pour ma part, c'est plutôt sa poésie que je vais me procurer...
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