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 Angela Carter

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Sorcière
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Ven 4 Sep 2015 - 18:42

J’ai lu Le Magasin de jouets magique, Des nuits au cirque, et la nouvelle ‘Le cabinet sanglant’ il y a quelques années. Angela Carter m’a émue sans que je comprenne réellement pourquoi. J’avais beaucoup aimé ‘Le cabinet sanglant’ : le conte était servi par une belle écriture pure, imagée, ainsi que par une analyse très fine des enjeux du récit. Par contre, je voyais (imaginais ?) des défauts dans ses textes plus longs, surtout dans Des nuits au cirque qui selon moi partait trop dans tous les sens… pourtant, je peux retracer, de mémoire, toute cette succession d’intrigues grand-guignolesques (la biographie reconstruite, peut-être imaginée de l’héroïne) et certaines scènes sont restées avec moi, précises jusque dans certaines tournures de phrases, et surtout très chargées émotionnellement.
Elle a vraiment quelque chose, cette auteure ! Ce fil me donne très envie de lire plus de ses romans et nouvelles. Je pense suivre l’enthousiaste conseil de shanidar et me procurer Bien malin qui connait son père.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Dim 6 Sep 2015 - 0:07

la Danse des ombres

c'est mon premier livre de cette auteure .

l'histoire est sombre, glauque, fantasmagorique comme le magasin de brocante qui ne reçoit pas de client. Deux hommes, deux amis ? pas sur, mais Morris ne sait prendre aucune décision sans Honeybuzzard lequel porte dans son nom ses deux identités. Morris est un perdant, il se sait lâche, inconsistant ; il admire Honey. Entre eux se dresse l' ombre de Gîslaine qu'Honey a tailladé au visage parce que Morris lui a jeté : "prends la et donnes lui une leçon". Morris fuit l' horreur de son visage, comme il fuit l'amour de sa femme, et ses responsabilités. Honey emmène à la boutique une jeune femme Emily qui se révèle très rationnelle ; c'est elle qui prendra la décision qui s'impose lorsqu' elle et Morris découvriront l' assassinat de Gîslaine. Morris lui aussi prendra une décision pour la première fois, alors qu'il est libéré de sa femme, il rejoint Honey parmi les ombres, monde auquel il appartient désormais.

L'écriture est pertinente, imagée, elle s'appuie sur des références culturelles, le choix des mots est parfois déroutant mais toujours intéressant. C'est un premier roman abouti.
je lirai certainement d'autres de ses oeuvres.

extraits

"Cela aurait au moins montré qu'il était lié à elle, s'il voulait la trahir ou la frapper. Mais il ne voulait pas être lié à elle ; il voulait qu'elle soit heureuse sans être lié à son bonheur. Ils vivaient ainsi, dans une contradiction incessante qui ne serait jamais résolue."

"Plus sérieux que Buster Keaton, HoneyBuzzard posa la main sur sa bouche de façon espiègle ; puis il sourit en laissant voir des dents de vampire. C'était un geste cruel et cynique. C'était son commentaire."

"Ils ramassèrent leur maigre butin dans la cuisine et, en laissant tomber des choses et en jurant, ils remontèrent à tâtons et avec peine le passage par lequel ils étaient descendus si facilement.Maisils s'enfuyaient ensemble, et ils s'entassèrent ensemble dans le camion. Honey roula jusqu'à la boutique à tombeau ouvert. Il claquait des dents et un muscle de sa joue sautait, mais Morris se rendit compte que, même s'il se contenait, il était dans un état d'énervement extrême."

"Quelque part au-dehors, l'horloge d'une église sonna trois fois, et dans un poulailler au fond d'un jardin, un coq chanta comme un imbécile au milieu de la nuit."

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shanidar
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Ven 2 Oct 2015 - 18:33

Le théâtre des perceptions

Joseph est un jeune homme de vingt-et-un ans, complètement paumé, passablement hargneux et plein de compassion pour les mendiants de son quartier dont on devine qu'il ne faudrait qu'une pichenette pour qu'il rejoigne leur troupeau. Le jeune homme malheureux, récemment quitté par Charlotte, rupture douloureuse dont il ne se remet pas, travaille à l'hôpital où il fait les toilettes mortuaires jusqu'au jour où il décide de se tuer au gaz. Noir c'est noir. Ce même jour, vient d'emménager dans son immeuble une jeune femme boiteuse qui lui sauvera la vie. Mais pour quoi faire ?

Le lecteur suit les errances de Joseph, son désir de faire le bien, de libérer les animaux qui peuplent le zoo et qui finiront sans doute écrasés sur le bord d'une route, incapables de trouver leur propre nourriture et l'image du blaireau tournant indéfiniment dans sa cage est bien celle du jeune homme dont la vie n'a, semble-t-il aucun sens, aucune prise réelle sur son propre présent et encore moins sur un improbable avenir. Joseph se laisse dériver entre les verres de bière bravement bus en compagnie de son toujours joyeux meilleur ami et la mère de celui-ci, une pute blanche qui est à la fois consolatrice et accusatrice et cette voisine, elle aussi profondément marquée par les aléas de la vie.

Il ne s'agit pas d'un livre gai (contrairement au très joyeux "Bien malin qui connait son père…" ), ici Angela Carter se fait la chroniqueuse d'une lente descente dans l'enfer de la dépression auprès d'un jeune homme de vingt ans à qui tout aurait pu sourire. On se reconnaît un peu dans ce portrait, on a envie de lui secouer le cocotier, on se laisse surprendre par la profonde misère sentimentale des uns et des autres, on a envie, tout à coup, de lever le coude en leur compagnie. Entre grosse beuverie de noël et abandon de soi dans une saleté sans nom, Joseph semble être le symbole d'une génération sacrifiée, sans valeurs, désabusée, orpheline et mécaniquement vouée au malheur. Quelque chose de pourri au royaume de Carter...

Triste mais lucide.

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topocl
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Sam 3 Oct 2015 - 8:24

C'est la génération d'après guerre, ici, la génération sacrifiée ?(j'ai l'impression qu'il y en a beaucoup à beaucoup d'époques, des générations sacrifiées)
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Sam 3 Oct 2015 - 11:04

merci Shanidar

oui beaucoup de désespérance chez Angela Carter, il me semble

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shanidar
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Lun 5 Oct 2015 - 17:11

topocl a écrit:
C'est la génération d'après guerre, ici, la génération sacrifiée ?(j'ai l'impression qu'il y en a beaucoup à beaucoup d'époques, des générations sacrifiées)

Il n'est pas ici question de l'après-guerre mais vraiment d'un môme perdu qui ressemble aussi à tous les mômes que l'on peut croiser aujourd'hui, désabusés, angoissés et dont les ambitions et les rêves ont été balayés (par eux, par d'autres) avant même d'avoir pu être mis en pratique... Très actuel, au fond.

Bédoulène a écrit:
merci Shanidar

oui beaucoup de  désespérance chez Angela Carter, il me semble

Pas dans Bien malin qui connaît son père... , roman vraiment très drôle, très iconoclaste et jouissif ! (je le recommande chaudement !).

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Lun 5 Oct 2015 - 17:57

d'accord Shanidar, c'est peut-être le seul ! je me le procurerai un de ces jours.

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MessageSujet: Re: Angela Carter   Ven 13 Nov 2015 - 9:22

Bienheureux qui connaît son père

Cette histoire de famille d'artistes à tiroirs, pleine d'une succulente impertinence, se place sous la férule de Shakespeare, salué par des chanteuses de music hall. L' ambiance est à la liberté joyeuse, à l' humour british décalé.

Dans cette famille prolifique et bancale, habile croisement des Hazard et des Chance, les enfants illégitimes sont une spécialité aussi importante que les légitimes, les hommes et les femmes valsent allègrement, les enfants naissent forcément jumeaux, les générations s'entrecroisent. Le cœur parle plus fort que le sang et les adultes restent d’éternels enfants qui n'ont qu'un but dans la vie, le plaisir sous toutes ses formes, chacun selon ses choix.

La scène finale réunit brillamment tous les personnages dans un foutoir loufoque, malicieux et raisonné : les révélations fusent et les comptes se règlent dans une causticité joyeuse. « Espérer le meilleur, se préparer au pire », Angela Carter y met une inventivité et une allégresse qui laissent le lecteur haletant, hilare, pantois. Du travail d'artiste, qui nous entraîne dans une ronde irrésistible de gaîté et de loufoquerie, ça n'est pas si souvent, profitons-en !
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Ven 13 Nov 2015 - 13:45

après vos deux avis positifs j' essaierai de me le procurer !

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shanidar
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Ven 13 Nov 2015 - 19:01

Bédoulène a écrit:
après vos deux avis positifs j' essaierai de me le procurer !

cela te reposerait de Tchekhov !! sourire

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MessageSujet: Re: Angela Carter   Mar 27 Sep 2016 - 8:12

elle a droit à de beaux passages dans London Overground, du coup je reviens zyeuter le fil en me disant que c'est regrettable toutes ces choses qu'on ne note pas alors qu'on le devrait. Shocked

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Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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Exini
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MessageSujet: Re: Angela Carter   Mar 27 Sep 2016 - 22:11

Ben moi, je note, mais je devrai pas, j'ai une liste longue comme le bras !

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"Depuis des siècles on exhorte à "la grand fraternité humaine" -le dimanche - et au "patriotisme" les jours de la semaine. Mais le patriotisme implique le contraire même de la fraternité humaine." Mark TWAIN, "La place de l'homme dans le monde animal"
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