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 Guillevic

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Guillevic   Lun 4 Avr 2016 - 11:32

Possibles futurs :

C'est un vieux fil. Il ne reste plus qu'à prendre les flammèches pour le faire redémarrer sur le chapeau des roues. Suite à la suggestion de Shanidar, j'ai pris un recueil de Guillevic dans le cadre de la chaîne de lecture 2016.

Il me faudra plusieurs lectures pour tout digérer, mais à la deuxième relecture j'ai vite repéré ce qui faisait les points essentiels de ce qui suscitait mon adhésion de lecture.

La poésie est un art de la brièveté dans ce recueil. Je vous parle souvent de Patrice Desbiens qui excelle dans cet art. Guillevic n'est pas en reste.

Au moment de publier son 22e recueil après 52 années en écriture et peu avant sa mort, Guillevic est déjà mûr pour la postérité. Il revient encore sur la table de l'écrivain, pour donner un dernier effort.

Effort est un mot bien inapparent pour décrire le caractère de la plume de Guillevic. Ce dernier est habile dans le maniement de la langue et je ne doute pas qu'il soupèse sept fois au minimum ce qu'il finira par dire et publier.

Plain and simple, voilà que ça donne pour une première pioche... je tiens à vous indiquer que j'avais flashé sur la même citation que j'avais rapportée plus haut sur le fil... voilà pour le reste...

Eugène Guillevic, Possibles futurs, 2014, Paris : Gallimard, coll. «NRF Poésie», p. 49. a écrit:
Nous n'avons pas
Interrogé le peuplier.

C'est le peuplier
Qui s'est penché vers nous
Pour mieux nous entendre.

La poésie semble anodine. Il ne faut pas toutefois se méprendre sur ce qui suit :

Ibid., p. 53. a écrit:
Je suis dans mon centre,
Tu es dans le tien.

C'est la rencontre de nos centres,
La permanence de cette rencontre
- Pour tout éclairer -

C'est leur coïncidence
Qui est notre amour.

Beaucoup plus tard dans le recueil :

Ibid., p. 112. a écrit:
Dans le jour
Nous rêvons de quelque chose
De plus tissé

Où nous aurions
À gagner sur l'espace,

Et le soir
Ne nous apporte pas

De quoi nous occuper
À la tâche rêvée.

Presque à la toute fin du recueil :

Ibid., p. 193. a écrit:
Bonheur
De se voir arrivé
Au centre du royaume.

Alors, on écoute
Tout en regardant

Une lumière
Éprise d'elle-même

Qui nous porte
Le silence et moi.

Je vous dirais qu'il y a une connivence de vues dans la manière d'écrire entre Guillevic et moi. J'imagine que ça vient avec le métier d'une conception poétique acquise au fil des années. Il y a aussi que je me suis perdu entre quelques générations de poètes.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Guillevic   Lun 4 Avr 2016 - 17:31

ah quel plaisir de te lire, jack !

j'étais sûre que l'épure de Guillevic pourrait te séduire et que sa concision qui est paradoxalement une ouverture immense sur le monde saurait te plaire !

shanidar : contente !!

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Guillevic   Mer 27 Avr 2016 - 9:22

Art poétique :

Ça fait quatre recueils de Guillevic que je lis, je crois... Possibles futurs, Terraqué, Accorder et Art poétique. Je commence à entrer dans son oeuvre à peine. Est-ce que je critique Guillevic juste pour la forme...? Non, je ne dirais pas... Il faut voir ce qui a tendance à se relâcher d'un recueil à l'autre, couture après couture...

À la réflexion, Guillevic est tellement maître de lui-même. Il écrit, prend le temps de reprendre ses manuscrits et réédite ses livres au fil du temps dans de nouvelles anthologies recomposées. À mon sens, Art poétique est de facture assez classique et se met dans la posture du maître qui enseigne la poésie. J'ai zappé plusieurs poèmes, j'aurais resserré des choses mais à la réflexion, je comprends cette volonté de léguer quelque chose. La poésie de Guillevic est assez rustique et particulière, et il se moque volontiers de devoir rimer.

Si je fais ce «mini-reproche» à Guillevic de se mettre dans la posture du maître, c'est que ça le dessert moins bien à mon sens. Sa poésie se retrouve mieux lorsqu'elle est libre, quand elle est moins entravée par la volonté d'enseigner ou de vouloir transmettre quelque chose.

Néanmoins, j'ai retenu plusieurs extraits :

Guillevic, Art poétique, 1999 (c1989), Paris : Gallimard, coll. «NRF», p. 22. a écrit:
Tu voudrais bien
Avancer dans ton poème
Comme un ruisseau

Sinueux, pas rapide -

Et tu trembles de devenir
Comme un étang

Où tu pourrais, stagnant,
Ne plus t'y reconnaître.

Peu après, il nous prend dans un détour inattendu :

Ibid., p. 24. a écrit:
Toi,
Tu regardes le corbeau,

Tu t'intéresses à ce qu'il fait
Sur les chaumes
Devant ta fenêtre.

Lui,
Rien ne l'oblige,
Il ne te regarde pas écrire.

Nous reconnaissons un peu plus la musique dans celui-ci :

Ibid., p. 27. a écrit:
On n'en finit jamais
Avec la lune.

On a beau la regarder,
La peindre, écrire sur elle,

Lui parler,
Essayer de la caresser,

Lui tourner le dos,
L'insulter,

Quand elle est là
Elle nous verse son lait,

Quand elle n'y est pas,
Son lait nous manque.

Il y a quelque chose qui reste dans l'élément naturel, mais qui prend une direction plus aérienne :

Ibid., p. 46. a écrit:
Il y a de l'utopie
Dans le brin d'herbe

Et sans cela
Il ne pousserait pas.

Il y a de l'utopie
Dans l'azur

Et même
Dans un ciel gris.

Toi, sans utopie
Tu n'écrirais pas

Puisqu'en écrivant,
Ce que tu cherches

C'est mieux connaître
Où te mène ton utopie.

Nous reprenons les éléments pour recomposer :

Ibid., p. 76. a écrit:
Je me suis abonné
À l'instant

Et avec lui je vais
À travers le temps

Qu'il transperce
Pour venir à moi,

Et nous restons ensemble
Comme l'eau et l'étang.

Quand, va savoir pourquoi,
Le contact est rompu,

Je deviens un errant
Ou plutôt

J'ai perdu
Ce que je suis.

J'arrête cette première partie ici.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Guillevic   Mer 27 Avr 2016 - 9:43

J'entame déjà la deuxième partie.

Guillevic se met dans le sens de la boussole poétique :

Guillevic, Art poétique, 1999 (c1989), Paris : Gallimard, coll. «NRF», p. 80. a écrit:
J'écoute
Et je n'écoute pas.

J'entends
Et je n'entends pas.

Tout se fait sans moi
Et pourtant avec moi

Qui suis ici
Et suis un peu partout,

Entremêlé à tous
Ces destins que j'ignore.

Nous revenons à une musique...

Ibid., p. 109. a écrit:
Je n'écris pas de toi,
Je n'écris pas de nous
Quand je te vis le plus.

Rien n'est alors
Que de nous vivre,

Quand tellement je suis à toi
Que je suis plus toi que moi.

J'écris plutôt de toi
Afin de revivre ces temps

Restés en moi, mûrs du besoin
De les dépasser

Vers le plus
Qu'on peut supporter.

Revenons au carrefour de la poésie :

Ibid., p. 121. a écrit:
N'attends pas plus longtemps.

Si tu ne saisis pas le poème
Aussitôt qu'il exige,

Peut-être jamais plus
Il ne reviendra.

Peut-être
Il se détruira

Ou s'engouffrera dans un monde,
À combien de dimensions?

Celui-là, il coule bien :

Ibid., p. 126. a écrit:
La nuit accouche des étoiles,
Toi, tu accouches des poèmes :

Lentement,
En tâtonnant.

Mais la nuit
A plus de talent.

Fin de la deuxième partie.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Guillevic   Mer 27 Avr 2016 - 9:58

Troisième et dernière partie. Il fallait bien subdiviser ce que je livre comme extraits.

J'intitulerai cette sous-partie, le devenir du poème :

Guillevic, Art poétique, 1999 (c1989), Paris : Gallimard, coll. «NRF», p. 134. a écrit:
Fatalement, rimer
C'est répéter, piétiner,

Poser un son
Pour le retrouver.

Or, je veux que les mots
Aillent à l'aventure,

Et que l'on découvre
S'ils s'accordent.

Pourquoi faut-il d'ailleurs,
Qu'ils s'accordent?

Dans un registre plus allégé :

Ibid., p. 141. a écrit:
Le poème
Se fait chalut

Dans lequel on se prend
On ne sait quoi,

Qui n'existe pas
En dehors de lui

Et qui restera
Vivant en lui,

À la fois vibrant
Et figé.

Au chapitre du devoir de l'écriture :

Ibid., p. 156. a écrit:
Forcé d'écrire?
Je n'en ai pas envie.

J'aimerais
Rester là, immobile,

À regarder le ciel,
Il n'y a pas plus bleu,

Et de temps en temps
L'horizon et ses approches.

Je voudrais
Me passer des mots.

En tant que posture éthique :

Ibid., p. 174. a écrit:
Je n'irai pas
À la recherche d'un paysage
Pour le découvrir ou le revoir.

J'irai là
Où les hasards, la nécessité
M'amèneront,

Et parfois je rencontrerai un lieu
Où avoir envie de rester
Le temps de l'oublier

Pour un lui-même
Encore plus cher à qui
Ne demande rien.

Il y a un mûrissement qui transparaît dans la plume et les réflexions de Guillevic. Il décrit après tout ce qui advient de cette rencontre avec la matière du poème. FIN

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shanidar
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MessageSujet: Re: Guillevic   Mer 27 Avr 2016 - 11:34

Il y a chez Guillevic, il me semble, une volonté d'effacement de soi-même pour mieux se réincarner ; comme si le poète pouvait par la force des mots et des rythmes réinventer son corps, sa voix, son être à volonté... comme un tableau noir toujours effacé sur lequel s'inscrit le temps d'un présent qu'il faudrait sans cesse réécrire.

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