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 José Saramago [Portugal]

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Eve Lyne
Sage de la littérature
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeLun 25 Aoû 2008 - 16:26

Cachemire a écrit:
Je suis contente que il t'ait plu. Moi aussi j'ai parfois éclaté de rire pendant ma lecture et cela a surpris mon entourage (ce n'est pas souvent que je ris autant en lisant laugh ) !

J'ai eu le même problème avec mon entourage, car le titre est en décalage avec le contenu. Quand on lit "la mort" dans un titre de roman, on pense y lire de la tristesse, des choses morbides. Et là pas du tout.

Je vous cite en vrac quelques phrases du livre pour vous mettre l'eau à la bouche :

"La vieille atropos à la denture dénudée avait décidé de rengainer ses ciseaux... Nous, église catholique, apostolique et romaine, nous lancerons une campagne nationale de prières pour demander à dieu d'organiser le retour de la mort afin d'épargner à l'humanité les pires horreurs... La vie est un orchestre qui ne cesse de jouer, accordé, désaccordé, un paquebot Titanic qui sombre et toujours refait surface... La porte des rêves est très facile à ouvrir, à la portée de n'importe qui, sans avoir à payer de taxe sur leur consommation."
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MessageSujet: Les Intermittences de la mort   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 14 Sep 2008 - 18:22

Les Intermittences de la mort


Il s’agit de mon premier roman de cet auteur, au thème très original et intriguant dans la mesure où le sujet tourne autour de la pause que s’octroie « la mort » avec toutes les conséquences que cela engendrera au niveau de l’organisation étatique. Vous avez bien lu, la mort, personnage à part entière, a décidé de ne plus travailler et donc de ne plus donner la mort, du moins dans un cadre bien précis puisque ce phénomène ne dépasse par les frontières d’un pays dont nous ne connaîtrons jamais le nom.

Cet événement extraordinaire, qui plonge dans un premier temps la population dans un état euphorique, se révèle au fur et à mesure plus que problématique : l’immortalité n’empêche ni la maladie ni la vieillesse et engendre une multitude de malades en phases terminales au plus grand désarroi des familles mais également des hôpitaux, qui ne savent plus comment faire face au nombre toujours croissant de ses anciens. Les pompes funèbres et les compagnies d’assurance sont obligées de se diversifier pour ne pas tomber en faillite et l’Eglise est menacée de disparition car comment croire en la résurrection finale si la mort ne fait plus son office ? L’Etat se désagrège également, incapable de faire face à cette multitude d’anciens qui ne meurent plus : comment leur octroyer une pension à vie lorsque le nombre de la population active sera nettement déficitaire par comparaison à toutes ces personnes dont la mort ne veut plus ? Obligé de faire appel à la « maphia » (référence à la mafia italienne) pour s’en sortir jusqu’au jour où la mort décide de reprendre du service… d’une manière disons… assez surprenante ! Cette deuxième partie du roman suivra la grande faucheuse dans son travail somme toute assez routinier jusqu’au jour où elle sera confrontée à un imprévu...

Je me suis rapidement habituée à l’écriture et à la ponctuation particulière de José Saramago, qui nous soumet une sorte de farce menée avec intelligence et causticité. Le tout livré avec une certaine distance, prétexte à philosopher sur un ton pince-sans-rire sur les éventuelles conséquences de l’immortalité, tant espérée mais tellement contraignante en fin de compte…

Citation :
« Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier. »
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeLun 15 Sep 2008 - 11:11

les trucs que tu dis sur les intermittences de la mort me plaisent bien, mais je ne sais pas si je pourrais m'habituer à cette écriture au vu de l'extrait.

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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeLun 15 Sep 2008 - 19:54

On s'y habitue très vite, même si parfois je me suis surprise en me sentant un peu essoufflée en suivant ce rythme d'enfer diablotin
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 16 Nov 2008 - 19:31

L' Aveuglement. Editions du Seuil, 303 pages. Traduit par Geneviève Leibrich.

C'est le début. Un feu passe au rouge, les voitures s'arrêtent. Puis c'est le feu vert… une voiture ne repart pas. Que se passe-t-il ? Un problème mécanique ?
Citation :
"Les nouveaux piétons en train de s'assembler sur les trottoirs voient le conducteur de l'auto immobilisée gesticuler derrière le pare-brise pendant que les voitures klaxonnent frénétiquement. Plusieurs conducteurs sont déjà sortis de leur véhicule, prêts à pousser la voiture en panne là où elle ne gênera pas la circulation, ils frappent furieusement contre les vitres fermées, l'homme à l'intérieur tourne la tête vers eux, d'un côté, puis de l'autre, on le voit crier quelque chose et aux mouvements de sa bouche on comprend qu'il répète un mot, non, pas un mot mais trois, c'est bien cela, comme on l'apprendra quand quelqu'un aura enfin réussi à ouvrir une portière, Je suis aveugle.
On ne le dirait pas. A première vue, à un simple coup d'œil, seule possibilité pour l'instant, les yeux de l'homme paraissent sains, l'iris a un aspect net, lumineux, la sclérotique est blanche, compacte comme de la porcelaine. Les paupières largement ouvertes, la peau crispée du visage, les sourcils soudain froncés, tout cela, chacun peut l'observer, est l'effet destructeur de l'angoisse. […] Je suis aveugle, je suis aveugle, répétait-il avec désespoir pendant qu'on l'aidait à sortir de la voiture, et les larmes qui jaillissaient rendirent plus brillants les yeux qu'il prétendait morts." (page 12).
"L'aveugle éleva les mains devant ses yeux, les déplaça, Rien, c'est comme si j'étais en plein brouillard, comme si j'étais tombé dans une mer de lait, Mais la cécité est noire, Eh bien moi je vois tout blanc […]" (page 13).

C'est le début de l'épidémie d'aveuglement…

On aura noté le style particulier de Saramago : les dialogues sont écrits à la suite, sans retour à la ligne. Cela pourrait paraître gratuit, mais – en tout cas dans ce roman – cela renforce la coulée du roman, une lave pâteuse, épaisse, qui avance inexorablement, les dialogues, les descriptions et les commentaires ironiques formant un tout.

Le grotesque des aveugles est souvent pathétique et malheureusement comique :
Citation :
"C'est ce type qui est coupable de notre malheur, si j'avais des yeux je le tuerais à l'instant même, vociféra-t-il en indiquant l'endroit où il croyait que se trouvait l'autre. L'erreur de direction n'était pas grande, mais le geste dramatique eut un effet comique car le doigt accusateur désignait une table de chevet innocente." (page 52).

Les aveugles sont rapidement parqués : il faut limiter la contagion.
Citation :
"Les cris avaient diminué, l'on entendait maintenant des bruits confus dans le vestibule, c'étaient les aveugles qui se cognaient en troupeau les uns aux autres, qui se pressaient dans l'embrasure des portes, certains s'égarèrent et aboutirent dans d'autres dortoirs, mais la majorité, se bousculant, agglutinée en grappes ou se propulsant individuellement, agitant les mains avec angoisse comme s'ils se noyaient, entra dans le dortoir en tourbillon, comme poussée de l'extérieur par un rouleau compresseur. Plusieurs tombèrent et furent piétinés. Comprimés dans la travée étroite, les aveugles débordaient peu à peu dans les espaces entre les grabats, et là, tels des bateaux qui arrivent enfin à bon port au milieu de la tempête, ils prirent possession de leur mouillage personnel, un lit, et ils protestaient, s'exclamant qu'il n'y avait plus de place pour personne, les retardataires n'avaient qu'à chercher ailleurs." (page 71).

Il existe peut-être des moyens plus radicaux pour endiguer l'épidémie. Par exemple, voici la conversation entre le Ministère de la Santé et le Ministère des Armée :
Citation :
"[…]Il y a ici un colonel qui pense que la solution serait de tuer les aveugles au fur et à mesure qu'ils perdraient la vue, Le fait qu'ils soient morts au lieu d'être aveugles ne changerait pas grand-chose au tableau, Etre aveugle ce n'est pas être mort, Oui, mais être mort, c'est être aveugle, Bon, alors vous nous en envoyez deux cents environ, Oui, Et qu'allons-nous faire des chauffeurs d'autocar, On les interne aussi. Ce même jour, en fin d'après-midi, le ministère de l'Armée téléphona au ministère de la Santé, Vous connaissez la nouvelle, ce colonel dont je vous ai parlé est devenu aveugle, Que pense-t-il maintenant de son idée, Il y a pensé, il s'est brûlé la cervelle, Il n'y a pas à dire, son attitude est cohérente, L'armée est toujours prête à donner l'exemple." (pages 106-107)

Exemple d'annotation ironique de Saramago :
Citation :
"Comme il n'y avait pas de témoins, et s'il y en eut rien ne porte à croire qu'ils eussent été appelés dans le cadre de ce procès-verbal à nous relater les événements, il est tout à fait compréhensible que quelqu'un demande comment il est possible de savoir que les événements se sont déroulés ainsi et pas autrement, et la réponse à donner est que tous les récits sont comme ceux de la création de l'univers, personne n'était là, personne n'y a assisté, mais tout le monde sait ce qui s'est passé." (page 247).


L'aveuglement de tout un pays conduit à une désorganisation totale, c'est bien sûr la lutte pour la survie, les instincts qui ressurgissent, les bassesses humaines, mais aussi la générosité de certains, la solidarité nécessaire des aveugles. On peut y voir ce que l'on voudra, parabole, symbole.
En tout cas, c'est un roman scotchant, ultra efficace, horrible et parfois magnifique.
L'Aveuglement est un roman brillant.
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 16 Nov 2008 - 20:01

Citation :
L'Aveuglement est un roman brillant.
Que je compte lire un jour ou l'autre, même si j'ai déjà vu l'adaptation cinématographique miammiam
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 16 Nov 2008 - 20:40

J'aurais bien voulu le voir... maintenant. Mais il ne passe plus à Paris ! C'est vrai que cela fait un mois qu'il est sorti... et qu'il n'a pas dû bien marcher (les critiques étaient globalement pas très bonnes).
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeLun 17 Nov 2008 - 1:04

eXPie a écrit:
J'aurais bien voulu le voir... maintenant. Mais il ne passe plus à Paris ! C'est vrai que cela fait un mois qu'il est sorti... et qu'il n'a pas dû bien marcher (les critiques étaient globalement pas très bonnes).

si t'as le courage y'a une séance à 22h à Images d'ailleurs (5ème).
sinon en proche banlieue tu l'as à châtillon et st denis...


C'est fou c'était tout de même un très bon film. Et faut que je lise un livre de ce Saramago, mais pas l'aveuglement... ou alors dans trèèès longtemps, quand le film ne sera pas autant ancré dans ma mémoire.

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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 3 Mai 2009 - 21:22

Le Dieu Manchot (Memorial do convento ; traduit du portugais par Geneviève Leibrich). 420 pages.

Nous sommes dans la première moitié du XVIII° siècle.

Le fil conducteur de cette histoire foisonnante, c'est la construction d'un monastère à Mafra (village –actuellement ville de 53 000 habitants - situé 28 kilomètres de Lisbonne) conséquence d'une promesse du roi s'il avait un enfant. Ce monastère, financé par l'or du Brésil, va prendre des dimensions gigantesques, nécessiter des efforts surhumains.

Les deux personnages principaux parmi une multitude de personnages, souvent seulement entrevus, sont Balthazar et Blimunda (c'est d'ailleurs le titre en anglais : Baltasar and Blimunda).
Balthazar Sept-Soleil est un soldat qui a perdu le bras gauche au combat. Blimunda est celle qui devient sa compagne, une femme qui possède un étrange pouvoir.
Sa mère – plus ou moins hérétique - est "condamnée à être fouettée publiquement et à subir huit années de bannissement dans le royaume d'Angola […]" (page 65).
D'autres n'ont même pas cette chance.
Citation :
"Sébastienne Marie de Jésus est passée, tous les autres sont passés, la procession a fait un tour entier, ceux qui avaient été condamnés à ce châtiment reçurent le fouet, les deux femmes furent brûlées, l'une qui avait déclaré vouloir mourir dans la foi chrétienne fut préalablement étranglée au garrot, l'autre fut rôtie vive en raison de la persévérance contumace dont elle fit montre jusqu'à l'heure de sa mort, un bal s'est formé devant les bûchers, hommes et femmes dansent, le roi s'est retiré, il a regardé, il a mangé, il est reparti, en compagnie des infants il a regagné le palais dans son carrosse tiré par six chevaux, gardé par sa garde, le soir tombe vite mais la chaleur est toujours suffocante, le soleil est un garrot, sur le Rossio descendent les grandes ombres du couvent des Carmes, les femmes mortes sont abaissées sur les tisons pour qu'elles achèvent de se consumer, la nuit venue leurs cendres seront éparpillées, même le Jugement dernier ne saurait les rassembler, les gens rentrent chez eux, confortés dans leur foi, portant collée à la semelle de leurs souliers quelque poussière de suie, quelque fragment poisseux de ces chairs noircies, du sang peut-être, encore visqueux s'il ne s'est pas évaporé sur les braises." (page 66-67).
Blimunda ne passe pas inaperçu "[…] avec sa chevelure rousse, mais le mot est injuste car sa couleur est celle du miel, et ses yeux clairs, verts, gris, bleus quand la lumière les frappait de plein fouet et subitement très sombres, d'un brun couleur de terre, eau emplie de ténèbres, et noirs quand l'ombre les recouvrait ou les effleurait à peine […]" (page 125).
On le voit, le narrateur est très présent, il dit, corrige, anticipe… Plus qu'un texte écrit, c'est un roman oral.

Il faut aussi parler un peu d'un prêtre, le Père Bartolomeu Lourenço, qui rêve de voler grâce à une machine de son invention, la Passarole :
José Saramago [Portugal] - Page 2 Passar10

Citation :
"moi, le père Bartolomeu Lorenço, revenu de Hollande où je suis allé vérifier si en Europe on savait déjà voler avec des ailes, m'enquérir si dans l'étude de cette science l'on y était plus avancé que moi dans mon pays de marins, et à Zwolle, Ede et Nijkerk j'ai étudié avec quelques vieux sages et alchimistes, de ces hommes qui savent faire éclore des soleils dedans les cornues et qui meurent ensuite de mort étrange, se desséchant jusqu'à n'avoir pas plus de substance qu'une botte de paille cassante et qui comme la paille alors s'embrasent, c'est leur vœu à tous quand vient l'heure de mourir, je ne laisserai que cendres, et spontanément ils prennent feu […]" (page 142).
Parfois, le texte passe ainsi de la troisième à la première personne.

Il y a de nombreux passages amusants et beaux à la fois, ainsi lorsque le prêtre s'en revient d'un de ses voyages :
Citation :
"[…] et Balthazar ne répondit pas mais il avait deviné que c'était le prêtre, les mules qui servent au transport des ecclésiastiques étant empreintes d'une authentique douceur évangélique, peut-être acquise, qui contraste avec la pétulance encore rebelle de celles qui ne sont montées que par des laïcs […] (page 147)

Après avoir évoqué l'image bien connue du rameau d'olivier, Saramago écrit :
Citation :
"D'aucuns penseront que la petite branche est une offre de paix au lieu qu'il est tout à fait manifeste qu'elle est la première brindille d'un fagot futur […]" (page 223)


Citation :
"Le soleil s'est posé sur l'horizon de la mer, orange dans la paume de la main, disque de métal retiré de la forge et mis à refroidir, sa brillance ne blesse plus la vue, il fut blanc, puis cerise, puis vermeil, puis rouge foncé, il resplendit encore, mais sourdement, il nous dit adieu, au revoir, à demain […]" (page 239).

Citation :
"[…] du sol monte une odeur âcre, celle de la sève de la marguerite, parfum du monde à son premier jour, avant que Dieu n'eût inventé la rose." (page 316).


Parfois, les énumérations sont interminables, mais elles sont justifiées : les processions sont elles-mêmes interminables. Ainsi, le lecteur s'en rend bien compte, presque physiquement. "[…] la procession n'en est encore qu'à sa première moitié[…] mais l'attention des spectateurs faiblit" (page 184), écrit Saramago, ironiquement.

Un roman foisonnant, énorme ; parfois, sans doute, Saramago en fait un peu trop, mais il est souvent – très souvent – impressionnant.
Il ne se lit pas en cinq minutes, il faut lui donner du temps.


On pourra voir, ici http://en.wikipedia.org/wiki/Mafra_National_Palace des photos du monastère-palais, dont la bibliothèque qui contient actuellement 40 000 livres :
José Saramago [Portugal] - Page 2 Mafra110
13 ans furent nécessaires à sa construction, avec un nombre moyen de 15 000 ouvriers, avec des pointes à 45 000. 1 383 ouvriers périrent. 400 kilos de poudre furent nécessaire pour araser ce qui devait l'être.
Le complexe occupe au total 37 790 mètres carrés. 1 200 salles, 4 700 portes et fenêtres (il écrase le château de M. le baron de Thunder-ten-tronck).

Concernant ce personnage très singulier qu'était le Père Bartolomeu Lourenço, on pourra voir sur (il faut copier/coller le lien) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bartolomeu_Lourenço_de_Gusmão
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 3 Mai 2009 - 21:46

Je suis d'accord sur le côté par moments énorme du roman, et aussi sur l'omniprésence de l'auteur dans le récit. L'intrigue peut en sembler dans certaines parties bâclée, mais c'est comme une sorte de jeu, Saramago écrit sous nos yeux et avec notre complicité, un roman, c'est à dire un récit inventé, et il met le processus devant nous. Cela fait partie de l'oeuvre, et de son intérêt. Et j'aime beaucoup aussi ce mélange ironie-lyrisme qu'il utilise en permanence. Il ne faut juste pas s'attendre à un roman historique classique, avec une histoire romanesque bien ficellée, des rebondissements aux bons endroits, parce que là Saramago, adore decevoir ce genre d'anticipations de ses lecteurs en faisant un petit pas de côté. C'est une oeuvre originale et assez dense, et en effet pas le genre de livres qu'on avale vite fait.

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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeDim 3 Mai 2009 - 21:50

Du point de vue du pur intérêt romanesque, l'Aveuglement est beaucoup plus fort, très prenant. Mais j'imagine que l'Aveuglement a été plus facile à écrire, d'un point de vue documentation, que le Dieu Manchot.

Je ne connaissais pas du tout Mafra avant de lire ce roman. Ca donne un peu envie d'aller voir du côté du Portugal, tout ça.
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeLun 8 Juin 2009 - 17:36

Jviens de mettre L'autre comme moi dans mon sac... on verra bien ce que ça donne cette approche avec Saramago.

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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeSam 4 Juil 2009 - 14:19

J'ai L'autre comme moi. J'en dirais peut-être un peu plus plus tard, pour l'instant mes impressions peuvent se résumer en quelques mots :

Une écriture incroyable, qui accroche, qui demande une plongée à l'intérieur des lignes sinon on risque de tout lâcher et de ne rien comprendre (des phrases à rallonge, qui s'enchevêtrent).
Au début, ce n'est pas évident. Pas qu'au début du livre, mais au début de chaque reprise de lecture. Les premières lignes demandent découvertes demandent à chaque fois un effort, un temps, de la concentration, et puis de se laisser embarquer.
Difficile après de refermer le livre quand on est vraiment dedans.

L'histoire d'un homme qui découvre qu'il a un double parfait, et qui voit alors toute sa vie bouleverser parce que son identité n'est alors plus unique : c'est parfaitement bien mené. Les méandres psychologiques, le tourbillonnement des pensées, les angoisses... etc... Hyper prenant, le suspens de savoir comment le choc et la rencontre de ces deux être va produire.

Donc une histoire haletante tenue par un style époustouflant. Mais... je ne sais pas... ce n'est pourtant pas un chef d'œuvre pour moi. Je reconnais le talent de l'écriture et du traitement de l'histoire, mais je suis restée assez distante. Comme une spectatrice fascinée par un spectacle mais pas du tout dans l'empathie. (Une micro-distance mise en place par le ton du narrateur qui surgit parfois, et fait sourire, souvent).

J'ai envie de continuer à découvrir d'autres livres, parce qu'en tout cas, il sait formidablement raconter une histoire.

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Dernière édition par Queenie le Sam 4 Juil 2009 - 15:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeSam 4 Juil 2009 - 14:46

Tu donnes quand même envie Queenie malgré cette distance (le style doit y contribuer s'il est fait de longues phrases complexes). J'ai le Dieu manchot sous le bras (je laisse... ça m'est venu comme ça sans faire exprès laugh ) et je me lancerais bien.

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MessageSujet: Re: José Saramago [Portugal]   José Saramago [Portugal] - Page 2 Icon_minitimeSam 4 Juil 2009 - 16:01

Des extraits, ça parle bien aussi
(Et je pense que c'est vraiment un auteur à lire, rien que pour ce style épatant... j'en suis encore Baba (sans rhum Aériale!) qui m'avait pourtant inquiétée au départ)

Juste après avoir découvert l'image de son double en regardant un film (son double est un acteur de second rôle), Tertuliano Maximo Afonso s'observe.
Citation :
Il se regardait dans la glace comme on s'y regarde simplement pour évaluer les ravages d'une nuit d'insomnie, il pensait à cela et à rien d'autre quand, subitement, la réflexion malencontreuse du narrateur à propos de ses traits physiques et de l'éventualité problématique qu'en un jour futur, aidés par la preuve d'un talent suffisant, ils puissent être mis au service de l'art théâtral ou de l'art cinématographique, déclencha en lui une réaction qu'il ne sera pas exagéré de qualifier de terrible.

Quand Tertuliano revoit l'ami prof de maths qui lui a suggéré de regarder le film où apparaît son double (sans que le prof de maths ne se soit rendu compte de la présence de ce double), pour se changer les idées.
Une phrase-dialogue :
Citation :
De quelqu'un qui affirme avoir passé deux jours dans la sérénité d'une lecture historique, dit le professeur de Mathématiques, je m'attendrais à tout, sauf à ce visage tourmenté, C'est une impression, rien ne me tourmente, ma mauvaise mine vient de ce que j'ai peu dormi, Vous pouvez me donner les raisons que vous voudrez, mais la vérité c'est que vous n'êtes plus le même depuis que vous avez vu ce film, Que voulez-vous dire par vous n'êtes plus le même, demanda Tertuliano Maximo Afonso d'un ton soudain inquiet. Juste ce que j'ai dit, que je vous trouve changé, Je suis la même personne, Je n'en doute pas, A vrai dire je suis un peu tracassé par une affaire de nature sentimentale qui s'est compliquée dernièrement, ça peut arriver à tout le monde, mais ça ne veut pas dire que je me sois transformé en une autre personne, Je n'ai jamais dit ça, je ne doute nullement que vous continuiez à vous appeler Tertuliano Maximo Afonso et que vous soyez professeur d'Histoire dans ce lycée, Alors je ne comprends pas pourquoi vous persistez à dire que je ne suis plus le même, Depuis que vous avez vu le film, Ne parlons pas de ce film, vous connaissez déjà mon opinion à son sujet, D'accord, Je suis la même personne, Bien entendu, Vous devriez vous rappeler que j'ai eu une dépression, Ou un épisode de marasme, comme vous l'avez aussi appelé, Exactement, et que ça mérite du respect, Vous avez tout mon respect, vous le savez très bien, mais ce n'est pas de lui que nous parlions, Je suis la même personne, Maintenant c'est vous qui insistez, C'est vrai, je vous ai dit il y a quelques jours que je passais par une période de forte tension psychologique et il est donc naturel que ça se reflète sur mon visage et que ça ait des répercussions sur mon humeur, Evidemment, Mais ça ne veut pas dire que j'ai changé moralement et physiquement au point de ressembler à une autre personne, J'ai simplement dit que vous n'étiez plus le même, pas que vous ressembliez à une autre personne, La différence n'est pas bien grande, Notre collègue de Littérature dirait qu'elle est au contraire énorme et elle s'y entend, je pense qu'en matière de subtilités et de nuances la Littérature est presque comme la Mathématique, Et moi, pauvre de moi, j'appartiens au domaine de l'Histoire où les nuances et les subtilités n'existent pas, Elles existeraient si l'Histoire pouvait être, disons, le portrait de la vie, Vous m'étonnez, ça ne vous ressemble pas d'être aussi conventionnellement rhétorique, Vous avez entièrement raison, car dans ce cas l'Histoire ne serait pas la vie, mais juste un de ses portraits possibles, se ressemblant, certes, mais jamais identiques.

Pas mal de réflexion sur ce qu'est l'Histoire, sur le déroulement du temps, la percéption de soi par les autres et par soi-même.
Vraiment un livre psychologique très fort.
C'est juste comme une analyse romancée.

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