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 Georges Bataille

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animal
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MessageSujet: Georges Bataille   Dim 19 Déc 2010 - 20:41


Georges Bataille

Citation :
Entré au séminaire à l'âge de vingt ans, Georges Bataille admet rapidement la faillite de sa vocation religieuse. Il se rend dès lors à l'école des Chartes pour y suivre une formation d'archiviste, enrichie d'une initiation à la psychanalyse et à la philosophie. La lecture des oeuvres de Nietzsche, la fréquentation des surréalistes et la rencontre de Laure le convainquent d'échapper à la médiocrité du monde par l'excès, la transgression et l'érotisme. Ces résolutions lui inspirent récits (L' abbé C .) et essais (L' expérience intérieure) qu'il rédige tout en poursuivant sa carrière de conservateur de bibliothèque. Grâce à l'aide de Roger Caillois et Michel Leiris, il a également fondé un collège de sociologie sacrée, ainsi que la revue philosophique 'Acéphale', militant pour une lecture non fasciste de Nietzsche. Ses oeuvres complètes, 'somme athéologique', témoignent de son érudition et de la diversité de ses engagements: littérature, théologie, économie, politique, histoire de l'art, érotisme... Écrivain longtemps maudit, Bataille a été encensé à sa mort par une nouvelle génération d'auteurs et de philosophes, dont Philippe Sollers ou Michel Foucault.
source : www.evene.fr

et plus développé et avec des liens à explorer : www.wikipedia.org


Le Bleu du ciel

quatrième de couverture a écrit:
"J'ai voulu m'exprimer lourdement.
Mais je n'insinue pas qu'un sursaut de rage ou que l'épreuve de la souffrance assurent seuls aux récits leur pouvoir de révélation. J'en ai parlé ici pour arriver à dire qu'un tourment qui me ravageait est seul à l'origine des monstrueuses anomalies du Bleu du Ciel.
Mais je suis si éloigné de penser que ce fondement suffit à la valeur que j'avais renoncé à publier ce livre, écrit en 1935. Aujourd'hui, en 1957, des amis qu'avait émus la lecture du manuscrit m'ont incité à sa publication.
Je m'en suis à la fin remis à leur jugement."
Georges Bataille

La maladive descente alcoolisée et débauchée du regard d'un homme sur lui-même et ses relations avec ses femmes et ses ami(e)s. Avec une bonne dose de vomi et de pleurs. Aussi la descente de Londres à Barcelone, en passant par Paris, avant de finir en Allemagne, de cet homme au milieu des années 30. Il est riche mais ses amitiés sont socialistes, son cœur aussi... ceci doit vous donner une idée de l'étendue du constat.

Un constat qui se tient pourtant dans un petit livre (180 pages environ en poche 10/18) qui s'entoure du mystère de l'usure du caractère d'un narrateur probablement proche de l'auteur. Les femmes qu'il fréquente, maltraite (moralement surtout) sont teintées d'un symbolisme pas dénué de religion (je n'ai pas été surpris de lire que l'auteur maitrisait le sujet en parcourant les biographies). C'est un peu crade cette fuite excessive de soit et des autres, rongeant de l'intérieur comme de très mauvais jours qui se succèdent seulement mal coupés par un sommeil traversé de mauvais rêves...

Mais l'attrait pour le morbide, légèrement nécrophile dans son questionnement ne masque pas dans une lecture qui se révèle facile et étonnamment agréable une vraie belle écriture absolument pas gratuite et qui recherche quelque chose de plus complexe et transformant qu'une simple provocation morale ou un parallèle trop rapide entre déchéance morale et grave dégradation politique. C'est la totalité personnelle d'un esprit profondément marqué par la chair et la souillure mais sans leur rejet à la recherche d'une issue qui est l'enjeu transformateur ou l'objet de la transformation... difficile à décortiquer après cette unique lecture. Et il y a des morceaux sublimes, celui qui se rapproche ou amène le titre du livre, fantastiquement simple et précis. Les descriptions des gamins nazis qui chantent est non moins remuante dans un autre registre pas tout à fait déconnecté.

Ce n'est pas un apitoiement romantique et décadent, ce n'est pas non plus la froideur du constat lucide d'une humanité pourrie jusqu'à l'os... c'est un geste, un mouvement littéraire qui avance masqué, dans ces pages, un mouvement de l'esprit et de la bête observés avec attention, une recherche de justesse et de sens.

je suis très curieux d'y revenir et je remercie le bix pour cette lecture qui ne se livre pas si spontanément. colibri

mais je reviens sur celui là plus tard...

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bix229
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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Dim 19 Déc 2010 - 21:00

Chapeau, Animal, on va voir si tu arrives à le lancer Bataille !
Moi, je n' aurais meme pas essayé !
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animal
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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Dim 19 Déc 2010 - 21:51

Muhu, ça serait utile que tu amènes des choses parce qu'avant d'écrire cet avis franchement léger il m'a fallu parcourir des biographies de l'auteur pour consolider certaines impressions et si je l'ai fait cette après-midi très peu de temps après avoir terminé le livre c'est que je ne pense pas assez dégourdi pour aboutir plus loin sans plus de lecture.

Je reviens sur les femmes du livre...

Dirty, l'anglaise débauchée elle aussi et alcoolique elle aussi, celle qui fascine qu'il aime probablement sans qu'elle puisse malgré tout lui donner ce dont il a besoin et dont il dit qu'elle est si avide qu'elle ne peut pas vivre. C'est la plus manipulatrice aussi, et il le sait, mais c'est comme si ils se magnifiaient ensemble et l'un et l'autre dans leurs excès qui sont plus qu'esthétique, une recherche de certitude primitive. On accède a un beau mélange de constat amère (et dynamique car le narrateur, et lecteur du coup, sont présents) et de sensualité amoureuse pas si dégradante ou dégradée.

Edith l'épouse absente et distante qui culpabilise est en forme de mauvais souvenir coupable, alourdissant le sentiment de culpabilité... que notre bonhomme fuit d'une certaine manière en le retournant tellement il s'enfonce dans la direction de son plaisir et d'un rapport qu'il pourrit avec les autres femmes... comme Xenie.

Xenie qui est belle et l'aime assez spontanément et tente de le relever dans sa phase malade, elle reste néanmoins lucide et se retrouve victime facile. Légèrement abusée et rejetée, en partie par les circonstances il est vrai tant elle représente une vraie tentation ou un espoir plus concret et global (au sens très large de l'individu) d'une meilleure direction. Elle est également victime (et impuissante) dans des circonstances espagnoles actives et dramatiques qui dépassent son intelligence. Une sorte de victime innocente ou consentantes sans rien de caricatural...

et Lazare. Celle qu'il nomme ainsi est une militante qui réfléchit à la révolution à l'action sans être portée sur la guerre. Il la rejette, l'a décrit comme l'aide mais elle le fascine pourtant et la description de la répulsion a quelque chose d'amoureux. C'est un autre miroir que Dirty, peut-être, le miroir en négatif (sans être vraiment ça dans le rapport au physique et à l'engagement). Elle a le pouvoir sur lui de son indépendance et d'un certain mystère puisqu'il la comprend moins bien qu'il ne le croit et apparemment moins bien qu'elle ne le comprend. Elle a aussi le pouvoir d'une action positive même si incomplète ou éventuellement vaine... mais cette description reste trop schématique.

La brutalité apparente de certains comportements ne fait qu'agrandir les possibilités de ce champ de possibilités... la moralité ou les traces d'un choix ne se faisant qu'après à la fin et au milieu d'un tourbillon de résolutions plus noires.

J'ai accroché à ces caractères et à ce rapport qui se refuse à être binaire à l'aspect très sensitif et constitutif des relations. Renforcé par les ciels diurnes et nocturnes puis la terre...

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Lun 20 Déc 2010 - 8:17

Merci animal, j'avoue que j'ai toujours eu un mouvement de frayeur devant le monument 'Georges Bataille', mais maintenant il m'intrigue. Je note, bien sûr.

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Queenie
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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Lun 20 Déc 2010 - 8:42

J'ai vu une adaptation théâtrale du Bleu du ciel (c'était presque dans une autre vie). Ça m'avait soufflée : la force, l'écriture, l'intensité, une espèce de décadence, de violence, et de vie à vif si proche de la mort.
Je me suis toujours promis de le lire un jour, tout en me disant que ça ne devait pas être "facile" de lecture. Ce que tu en dis, Animal, me donne à penser le contraire : ça se lit bien alors ? Sans demander une concentration intensive de toutes les particules du cerveau ?

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shanidar
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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Lun 20 Déc 2010 - 11:13

aaaah Bataille. Difficile d'aborder cet auteur qui remue la nuit, fouille l'angoisse, la peur, le sang, le sexe sans jamais se départir d'une sorte d'angélisme paradoxal, effrayant...

Pour connaitre l'auteur, je recommande plus que chaudement la biographie de Michel Surya : Georges Bataille, la mort à l'oeuvre (rééditée chez Gallimard en 92), qui non seulement est très documentée et accessible mais donne en plus un exraordinaire et fascinant panorama des intellectuels durant le XXème siècle.

et puis surtout la lecture de L'expérience intérieure.

pour revenir sur le commentaire d'Animal, j'ajoute que Lazare (la femme décrite dans le Bleu du ciel) est à rapprocher de Simone Weil (la philosophe), dont les interrogations politiques (sur l'engagement pendant la guerre d'Espagne, le pacifisme au moment de la montée des fascismes) et les interrogations religieuses sont proches de celles de Bataille.

Bataille est fascinant parce qu'il était capable d'aborder tous les sujets, politique, littéraire, philosophique, historique, religieux, économique (lisez La part maudite ou La notion de dépense, vous serez surpris par l'actualité de son propos), pornographique, poétique... Fascinant parce qu'il ne s'est jamais laissé déborder par ses propos (proche des communistes, il a très tôt compris les dangers du totalitarisme ; proche de certains surréalistes dont Leiris, il s'est très vite démarqué de l'école-Breton pour suivre sa propre aventure, historien de formation, il savait penser l'actualité avec des outils de son époque : journaux, revues, séminaires...).

Pour dire à quel point cet être hors du commun était libre (voire libertaire) : il n'a laissé aucun émule, aucun continuateur, aucun disciple mais des lecteurs...

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Lun 20 Déc 2010 - 13:22

merci pour toutes ses précisions Shanidar singe !

et pour répondre à Queenie, oui j'ai trouvé la lecture "facile" beaucoup plus facile que l'inévitable pulsion de tirer tous les fils pour voir où ils vont... donc pas t'hésites du tout !

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Lun 25 Avr 2011 - 16:19

Très convaincant La Littérature et le mal. Je pourrais essayer d' en parler un peu, mais c' est difficile de résumer la pensée de Bataille. Ce qu' il écrit est pointu, mais cohérent et finalement, ça se lit
bien.
Et quel style !
On a ainsi un éclairage particulier sur des écrivains aussi divers qu' E. Bronte, Baudelaire, Michelet, Blake, Sade, Proust, Kafka et Genet.
Ce qu' il écrit par exempke sur Blake me plait beaucoup, car c' est un génie en apparence contradictoire, mais vivant. Vivant, d' autant plus que contradictoire.

Je citerai quelques phrases au fil de ma lecture, mais il faut lire La Littérature et le mal...
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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Sam 18 Juin 2011 - 20:01

Le coupable suivi de L'alleluiah

éditeur a écrit:
Le Coupable est le récit d'une expérience " mystique " paradoxale, formé à partir des pages d'un journal rédigé de 1939 à l'été de 1943. Cette expérience, en dépit des apparences troublées par les événements, n'appartient pas à une religion définie. Paradoxale, elle ne s'oppose nullement à l'érotisme : elle se joue néanmoins dans l'extase ; immorale, elle n'a d'autre possibilité que la chance. C'est une sorte de jeu sans refuge, égarement, angoisse au départ, essentiellement violence rentrée. Au Coupable est joint L'Alleluiah, invitation brûlante à l'érotisme de l'amant à l'amante.

Très fragmentaires, de beaux morceaux mais la lecture se fait ailleurs, le contexte historique est effleuré et l'étendue de son influence est incertaine. Le texte ressemble à l'hybridation d'un essai et d'un journal, le journal d'une réflexion structurée, les chapitres : L'Amitié, Les Malheurs du temps présent, La Chance, La Divinité du rire et leurs sous parties en sont un signe évident.

Mais ce n'est pas évident de suivre quand la lecture est trop fragmentée et que la concentration fait défaut, j'ai commencé à m'égarer dans la Chance... La difficulté tient du contenu et de la forme (qui tient la charge d'une réflexion philosophique avec les assemblages de mots qui font partie de ce jeu), allons donc nous intéresser au contenu. Et c'est prodigieusement intéressant. Ce journal de l'expérience sensible d'une réflexion se situe vers une réflexion sur la nature humaine, vers une attente et pose sur la balance le tangible, des mots ou choses finies et l'indéfini ou inatteignable. Servant de miroir et de béquille au cheminement exposé, une réflexion sur la religion... chrétienne, qu'on peut considérer aussi comme culture. ça peut sembler à charge puisque pour lui ce n'est pas ou plus la réponse mais ce n'est pas si important. Progressivement il détache les idées pour les mêler au chemin de l'expérience, une expérience qui dérive vers une réalisation aux faux semblants d'un nihilisme concret mais constructif. Un renoncement aux apparences, aux certitudes, à la possibilité même d'un achèvement. Une sorte de mise en jeu perpétuel dont le gain n'est plus la fin. En toute rigueur, en incluant un malaise sans facilités. En brassant un volume consistant de concepts fondamentaux sur lesquels une expérience standard de la vie s'assure.

Après le coupable, des fragments complémentaires qui se rapprochent plus du discours théorique habituel permettent de revenir et saisir un peu mieux ce dont il est bien question dans ce Coupable. Ensuite L'Alleluiah apparait comme une suite logique dans laquelle cette particulière rigueur est toujours d'actualité.

Citation :
Je hais l'angoisse qui : a) me fatigue; -b) me rend la vie à charge, me laisse incapable de vivre; - c) me retire l'innocence. L'angoisse est culpabilité. Le mouvement du temps demande la puissance, le repos. La puissance se lie au repos. Dans la sexualité, l'impuissance naît d'agitations excessives. L'innocence est d'ailleurs une idée abstraite, l'absence de culpabilité ne peut être négative : elle est gloire. Le contraire, à la rigueur : l'absence de gloire est la culpabilité. Coupable signifie sans accès à la gloire.

C'est un peu sommaire et léger ces quelques mots de ma part pour rendre compte de la profondeur qu'on peut aller chercher dans ce livre et ça manque principalement d'un aperçu de quelques unes des idées et de leurs dynamiques...

On note aussi des (belles) citations du Aminadab de Maurice Blanchot avec lequel il partage sans doute la volonté d'exprimer ce qui n'est pas fini derrière un mot.

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Mar 28 Juin 2011 - 22:38

je récupère l'extrait posté sur "au fil de nos lectures" :

Citation :
Le mouvement naturel de la connaissance me limite à moi-même. Il me fait croire que le monde va finir avec moi. Il me fait croire que le monde va finir avec moi. Je ne puis m'attarder à ce lien. Je m'égare ou me fuis, me néglige et ne puis revenir à mon attachement pour moi-même, sinon par le détour de ma négligence. Je ne vis qu'à la condition de me négliger, je ne tiens à moi qu'à la condition de vivre.

Le petit moi ! Je le retrouve : familier, fidèle, s'ébrouant : c'est bien lui. Mais le vieux chien n'a plus le désir d'être pris au sérieux. A la rigueur, il aime mieux, cela satisfait sa malice, avoir l'apparence un peu folle d'un chien des contes, et même, dans ses mauvais jours, d'un spectre de chien.

Difficile d'expliciter comment et quoi de cette lecture reste. ça ressemble à quelque chose dont on ne se débarrasse pas. Peut-être la tentation d'y revenir anxieusement pour en ressortir les idées et espérer les remettre dans l'ordre, deuxième partie plus incertaine.

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Dim 21 Aoû 2011 - 22:19

L'abbé C.

Le narrateur introduit et complète à sa façon le livre d'un ami, Charles C., qui revient sur sa relation avec et la mort de son frère Robert C., abbé. L'histoire se passe à R. petite ville du Jura me semble pendant la seconde guerre mondiale. L'autre personnage clé est Eponine amie d'enfance, amante et prostituée. Charles est l'amant d'Eponine qui est obsédée par Robert qu'elle a connu enfant et qui s'est mis à l'ignorée ne faisant que décuplé l'ampleur du problème.

Les deux frères sont jumeaux, l'un est abbé et l'autre tient le rôle du débauché... et pourtant le questionnement moral est celui de Charles quand Robert semble sombrer dans la folie. Rien n'est tout à fait ce qu'il semble dans ce malaise fiévreux des personnages qui s'évitent à leur manière, sauf Charles et Eponine, et encore.

L'essentiel des relations et des rencontres tient du malaise et de l'exaspération. Certains éléments et la profession de Robert, encore plus mis ensembles pourraient, peuvent ? choquer mais il s'agit bien plus de construction littéraire tordue et travaillée que de provocation facile et gratuite, marque pour ainsi dire absente.

La facilité, qui permet de mettre de côté une bonne part du livre est d'essayer de revenir sur sa construction. Construction autour de dénouements, de dits qui n'arrivent jamais, se dérobent à l'excès. Le sens s'échappe lui aussi, le doute renforcé par le malaise. Dans les renversements incertains le sens qui s'escamote est pourtant celui qui se construit. Le jeu de l'impossibilité que l'on retrouve souvent mais renforcé d'une réalisation forcée ? de la vacuité de son but. (ce n'est pas tout à fait). Tambouille très littéraire et très travaillée donc derrière les apparences du jeu cruel d'un très incertain trio amoureux. Quelques réflexions lucides soutiennent d'ailleurs vivement cette construction soigneusement déstabilisante et soutiennent la répétition exaspérée vers l'explication. Mal résumé c'est de cette façon une quête ou un travail littéraire pas dénué d'intérêt qui pourrait cependant être éprouvant. Comme le titre le fait sentir, il y a de quoi construire un sens petit à petit. Chaque nouvelle étape pouvant compléter les précédentes.

La suite logique est donc de tenter de s'approcher des motivations. Motivations dans lesquelles on va bien retrouver une notion de bien et de mal... d'autant plus complexe que la part d'apparence est réduite et que la proximité des personnages impliqués dans les tensions décrites mets de côté la part sociale des apparences de bien et de mal (qui reviennent cependant mais... c'est différent). On s'efforce de penser à une lutte entre gloire sauvage et grâce mais bien vite on se rend compte que ce n'est pas assez. Plus que l'intensité d'un contraire révélant son positif, le principe est présent d'un abaissement insensé pour mieux révéler ce qui se perd et ainsi le voir, sentir, saisir vraiment...ainsi que tout l'entre deux éphémère et anxieux, si méthodique qu'il soit, qui participe au mystère de la cohésion folle entre toutes les facettes présentées.

Le soin mis à (ré)habilité une certaine impudeur ne s'exprime qu'avec le besoin de lever le voile non du visible mais de la pensée et de ses jeux qui cautionnent l'existence.

Se lit étrangement bien pour un livre aussi peu simple. Pas forcément un truc à se remonter le moral, pas forcément complètement déprimant, peut-être parce qu'il agite la pensée. Que le refus de trop belles phrases aussi. Le choix patient d'une écriture entravée est assez terrible !

Et pire que tout les jumeaux qui sont une identité de fait derrière le faux semblant de leurs activités respectives sont assez clairement, je crois, rejoins par cette Eponine qui cache son nom dans les notes de l'abbé. Le narrateur dont les parties ouvrent et referment le livre pourrait s'agglomérer aussi si on pousse ces formes dans sa pensée et sa réflexion plus distante mais inquiète elle aussi. A l'image d'autres témoins.

Je ne veux pas non plus m'embarquer dans les détails, et je n'en sortirai pas même avec des jours devant moi... on pourrait rajouter les autres témoins absolument pas neutres choisis pour être dans ce livre et ainsi de suite...

un pas de plus dans l'œuvre qui laisse maintenant apparaitre après le coupable et le bleu du ciel quelques constantes ! à suivre...

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Mer 28 Déc 2011 - 21:55

Madame Edwarda
Le mort
HIstoire de l'oeil


(version 10/18)

L'éditeur a écrit:
Penser ce qui excède la possibilité de penser, gagner le point où le cœur manque, les moments où l'horreur et la joie coïncident dans leur plénitude, où l'être nous est donné dans un dépassement intolérable de l'être qui le rend semblable à Dieu, semblable à rien. Tel est le sens de ce livre insensé. Les trois récits rassemblés ici sont l'expression la plus concise de la terrible exigence d'un homme qui avait voué sa vie et son écriture à l'expérience des limites.
À travers le blasphème et l'indécence, c'est bien la voix la plus pure que nous entendons et le cri que profère cette bouche tordue est un alléluia perdu dans le silence sans fin.

Cette fois on est dans des textes absolument explicites dont un des objets principaux est le sexe. Pas de description embobinantes mais des situations plus ou moins scabreuses, plutôt plus que moins d'ailleurs et cela va crescendo dans ces trois textes. C'est donc assez simple et semble chercher un dépassement du sens et quelque part de la compréhension pour atteindre son objet, son interrogation. Ce qui amène d'une façon elle aussi explicite au rapport de l'auteur à Dieu, étroitement liée à la conceptualisation, la représentation et l'expression qui n'atteignent comme plus suffisamment de sens pour en avoir, d'où le dépassement dans... L'approche blasphématoire n'est donc pas gratuite ou trop simple.

Et il faut faire à cette lecture malgré tout l'effet de la progression. Il faut faire l'expérience d'un instant (presque), puis d'une histoire symbolique (au condensé linéaire en bas de page) qui mettent plus en évidence certains enjeux de vie, de mort, de jouissance et de rapports de force esthétiques et moraux. Pour en arriver à un développement moins certains et d'autant plus trouble avec un rien de fascinations maniaques.

La préface de l'auteur à lui même (les publications initiales étant sous pseudonymes), les notes en fin de livre qui éclairent sur le contexte impliquent le sérieux de la chose et donc l'obscur choix littéraire (finalement) de cet auteur pas toujours évident à suivre mais toujours pas manchot qui n'interroge pas tant une limite de moralité que quelque chose de situer beaucoup plus loin et supposé, souvent sans doute, garantir une certaine cohérence dans la composition de l'individu. ça n'aurait d'ailleurs pas de sens sans cette angoisse (... ?) particulière.

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Jeu 29 Déc 2011 - 18:19

l'angoisse est en effet l'un des maîtres mots de l'oeuvre de Bataille, l'angoisse face à la mort, à l'obscénité, à Dieu, face au non-savoir, à cette expérience du néant, vu non pas comme un rien mais comme un tout, un plein et non un vide, une immensité et non une absence. J'ai lu L'histoire de l'oeil à l'aune de la biographie de M. Surya qui explicite pas mal de passage un peu tordus et qui pourraient sembler gratuits s'ils n'étaient les résultats d'expérience, de vision, de dérive (l'oeil énucléé rappelle pour Bataille ce qu'il a vécu dans les arènes de Madrid, lorsque, découvrant les corridas, il assiste à un accident spectaculaire qui coûtera la vie au torero, la corne du taureau se plantant dans l'oeil du matador ; après cette expérience, Bataille insiste sur sa fascination pour l'âme espagnole, une âme hantée par la mort et le sexe...). Beaucoup d'autres scènes font références à des moments forts dans la vie de Bataille et à ses relations avec les femmes (sa mère, Colette Peignot, Sylvia Bataille future compagne de Lacan...). On est ici dans une pornographie sans fard, exhibée, volontaire, assumée ; une pornographie qui violente et malmène, drague le sacrilège, l'inacceptable, l'indicible, flirte avec la mort et ne tombe jamais dans la vulgarité.

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Jeu 29 Déc 2011 - 22:28

C'est ce que Bataille relate dans ses Réminiscences qui suivent les trois textes dans la petite édition 10/18, avec un écho de certains des choix qui pourront expliquer une différenciation d'une littérature érotique destinée simplement à plaire. Cette histoire d'œil donc. Il y a bien (pour le lecteur au moins) une identité de cette écriture avec cette pornographie. Et cette identité est importante et intéressante pour le lecteur, comme moi pour prendre un exemple simple, qui arrive par une suite plus soft à l'auteur. Et c'est vrai que ce n'est ni vulgaire ni complètement bouffon, la fascination plus ou moins violente peut avoir lieu. Comme le dépouillement de ces phrases-résumés de chaque épisode-étape qui donnent un acte et non un sens dans Le mort, la perte de mesure et l'après de la mesure restent des objets, un sens cette fois, qui font partie de cette pornographie et de son érotisme.

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MessageSujet: Re: Georges Bataille   Jeu 29 Déc 2011 - 22:32

J' ai lu l' Erotisme, mais j' avoue que ma conception personnelle de l' érotisme est très différente ! Et c' est pour les memes raisons que j' ai du mal avec la plupart des romans de Bataille.

Sans parler de Sade !
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