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 Nouvelles et contes du Japon

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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 14 Fév 2012 - 22:30

3/ Ôé Kenzaburô (né le 31/01/1935) : Le Centre de recherche sur la jeunesse en déroute (Kôtai seinen kenkyûjo, mars 1960 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 23 pages).
Cette nouvelle se "déroule dans le contexte de l'échec politique des luttes menées après-guerre contre le renouvellement du Traité de sécurité nippo-américain en 1960" (postface, page 268).
Citation :
"Des abîmes de ténèbres pleins de silence s'ouvrent en divers endroits du monde réel ; aux approches de ces abîmes dispersés çà et là, le monde réel s'incline en entonnoir et les êtres sensibles, au contraire, dévalent de ces pentes pour s'en aller plonger dans l'obscur silence des abîmes et faire ainsi l'expérience d'une géhenne implantée dans le monde réel.
Pour ma part, il m'est arrivé une fois de me tenir en observateur, comme un gardien des enfers, au bord de l'un de ces sombres abîmes. Les créatures sensibles glissant dans l'entonnoir de celui dont j'avais la charge étaient des jeunes gens qui avaient vécu personnellement un échec politique ou idéologique, des jeunes gens atteints dans leur âme." (page 61).
Le narrateur, vingt ans, a un petit boulot d'étudiant dans un minuscule centre de recherches, le Gorson Interview Office, dirigé par Mister Gorson, un jeune Américain, chercheur socio-psychologue de trente ans. Tous les mois, Mister Gorson envoie à un centre de recherches, aux Etats-Unis celui-ci, les données recueillies au Japon : il s'agit des interviews d'étudiants déprimés, d'anciens activistes ayant perdu leurs illusions.
Citation :
"Tant que j'étais au bureau, je ressentais une extrême mélancolie, comparable à celle des étudiants qui nous rendaient visite." (page 65).
Bien sûr, il ne peut pas y avoir indéfiniment des jeunes en déroute venant, contre rémunération, raconter leurs vies. Pour ne pas perdre son emploi, il faut parfois être... - comment dire ? - pro-actif...

On est chez Ôé : le jeunesse, les mouvements politiques, les idéologies (ou ce qu'il en reste)... C'est une bonne nouvelle.

4/ Ogawa Kunio (né le 21/12/1927) : Les Champs pétrolifères de Sagara (Sagara yuden, juillet 1965 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 20 pages).
Une jeune institutrice, Kanbayashi Yumiko, fait classe à des sixième. Le cours est consacré au pétrole.
Citation :
"Lorsque, pendant la classe de science, elle avait demandé à Hiroshi où l'on trouvait du pétrole au Japon, il avait été capable de répondre que c'était dans les départements de Niigata et d'Akita ainsi que sur la côte orientale de l'île de Karafuto. Puis il avait ajouté :
- On en trouve aussi à Omaezaki.
[...] Avec l'impression furtive de ne pas être cru, Hiroshi avait alors eu envie d'insister résolument. [...] Mais aucun mot n'arrivait à sortir, comme si ses lèvres étaient grippées par la rouille.
- A Omaezaki... ? Ah bon ! je n'étais pas au courant, mais je vais vérifier, avait-elle répondu." (page 88).
Citation :
"La question de savoir s'il y avait réellement des champs pétrolifères à Omaezaki en venait à le préoccuper. Qu'il y en eût, il était certain de l'avoir entendu dire quelque part. Mais il ne se rappelait plus qui avait raconté cela, ni quand ni où ça s'était passé." (page 89).
Cela va vraiment le perturber, il va en rêver... La suite baigne dans un onirisme symboliquo-étrange que l'auteur semble apprécier.

Un texte très lisible.

5/ Maruyama Kenji (né le 23/12/1943) : L'arrêt de bus (Basu-tei, mars 1977 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 23 pages).
Une fille issue de la campagne est allée en ville gagner sa vie. Elle est visiblement devenue entraîneuse, ou quelque métier équivalent.
Elle revient pour quelques jours dans sa campagne natale. Elle se sent en décalage total : elle peut raconter n'importe quoi, semble-t-il, on la croira.
La nouvelle se passe quasiment entièrement à l'arrêt de bus où la fille se trouve, en compagnie de sa mère, et où elle attend le bus qui la mènera à la gare où, enfin, elle pourra revenir à la Grande Ville. Enfin, elle pourra boire la bonne bière fraîche dont elle rêve... Est-ce que ses parents se demandent d'où elle sort son argent ?

La communication qui n'est finalement plus possible entre la fille et ses parents - et la petite bourgade en général - car ils sont restés ce qu'ils sont, tandis que la fille a changé au contact de la ville, et n'ont maintenant plus rien en commun, est très bien rendue : la mère paraît un peu intimidée, et en même temps, elle a les mêmes gestes qu'autrefois (elle sort une serviette de toilette pour essuyer la sueur de sa fille). Elle fait un peu honte à sa fille, qui en même temps ne peut pas la rejeter complètement.

Pas mauvais texte.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 14 Fév 2012 - 22:32

6/ Nakazawa Kei (née le 06/10/1959): Franchissant le bras de mer (irie e koete, avril 1983 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 39 pages).
Sonoé est une jeune fille en lycée.
Citation :
"Elle était partie de chez elle en prétendant que le camp organisé par le comité responsable de la bibliothèque, prévu pour deux nuits et trois jours, s'étendait sur trois nuits et quatre jours [...]". (pages 129-130).
Elle y va en avance. Ainsi, elle pourra passer une journée avec Nirono Minoru, un charmant jeune homme. Mais va-t-il vraiment venir ? Aurait-elle mal compris ? Ou pas ? Ou si ? Ou bien non ? Ou bien peut-être que... va-t-il rompre sa promesse ? Ou pas ? Ou peut-être ?
Pourra-t-elle faire cette chose-là ?
Citation :
"Lorsqu'on approche son nez du tronc, chaque arbre, qu'il s'agisse d'un orme ou d'un gingko, dégage une odeur qui lui est propre. Bien que cette odeur soit totalement différente de celle laissée dans la salle de classe par les garçons après qu'ils ont changé de tenue, Sonoe pensait que l'odeur dégagée par les arbres était semblable à celle cachée au fond du corps de l'autre sexe." (page 138).

C'est vraiment très long - la plus longue nouvelle du recueil). Il décrit peut-être en profondeur la psychologie adolescente, mais ce que cela peut être ennuyeux !

7/ Tanaka Yasuo (né le 12/04/01/956) : Comme avant (Mukashi mitai, février 1987 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 20 pages).
Citation :
"Ça alors ! Et dire qu'on est dimanche matin, quel événement !
Lorsque j'étais descendue à la salle à manger, maman était assise dans son rocking-chair, en train de lire le journal." (page 169).
La narratrice est une jeune femme, "secrétaire particulière du vice-président d'une Consulting Company" (page 170). Son fiancé, Yûichirô, est un journaliste actuellement en déplacement à Manille pour couvrir la situation politique tendue. C'est le portrait d'une jeune fille assez d'une famille assez aisée, bourgeoise, un peu occupée d'elle-même.
Elle aime son fiancé, c'est du moins ce qu'elle pense (ou croit, ou voudrait penser : "Lorsque j'étais avec lui, même sans connaître des moments éblouissants, je pouvais toujours garder un état d'esprit tranquille et détendu", page 185), mais va manger avec son ancien amant, homme à femmes, avec qui, finalement, elle a vécu des moments plus intéressants ("A cette époque, chaque jour était un plaisir", page 184). Elle va se ranger et, pour cela, semble se persuader qu'elle aime son Yûchirô.

Une nouvelle un peu triste, pas complètement marquante, mais pas mauvaise non plus.

8/ Miyamoto Teru (né le 06/03/1947) : Un chemin écrasé de chaleur (astui michi, été 1987 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 23 pages).
Deux amis, le narrateur et Ôsugi, vont manger. Ils discutent du passé.
Citation :
"- Tu te souviens de Satsuki, non ? [...]
Devant son index ainsi tendu, je me suis mis à rire doucement et, bien que j'aie parfaitement compris, je lui ai demandé :
- Satsuki ?
- Oui, la Satsuki du marchand de vélos ! Tu vas pas me dire que c'est tellement flou et lointain que tu t'en souviens pas !" (page 191).
Ah, comment ne s'en souviendrait-il pas de cette fille, une "sang-mêlé nippo-américaine" !

Malgré un petit côté artificiel (pourquoi Ôsugi ne lui a-t-il jamais parlé de tout ce qu'il va lui apprendre ? "Il m'avait souvent parlé de ce restaurant des bas quartiers", page 191, ce qui veut dire qu'il se sont vus ou parlé à de nombreuses reprises) qui permet au lecteur de découvrir tout ensemble le passé lointain et le passé très proche, l'un dans l'autre, c'est quand même une bonne nouvelle qui "fait revivre avec éclat les sonorités exubérantes du parler d'Ôsaka" (postface, page 270).
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Mar 14 Fév 2012 - 22:32

9/ Kita Morio (né le 01/05/1927) : Kamikôchi (Kamikôchi, mai 1988 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 30 pages).
C'est visiblement un texte autobiographique. Le père du narrateur est un écrivain connu de tanka. Dans la vie quotidienne, il est désagréable, colérique. Son fils n'a jamais rien lu de lui. Son père a quitté sa mère, sans qu'il sache pourquoi.
Citation :
"Ces poèmes de sa première période provoquèrent en moi une émotion qui me submergea." (page 219).
Il se met lui-même à écrire des petits poèmes.
On est pendant la guerre. Le narrateur est étudiant, il va assister à la cérémonie d'entrée à l'"Ecole supérieure", puis se présenter à Tôkyô, convoqué par l'armée. Auparavant, il se rend à Kamikôchi, vallée connue pour ses beaux paysages (voir ici).
C'est un peu long. Il marche, collectionne les insectes, et en oublie sa volonté enfantine de se sacrifier héroïquement pour le peuple japonais.

C'est un texte qui brasse de nombreux thèmes de thèmes qui ont du potentiel (la guerre lointaine avec ses bombardements / la nature présente, les sentiments enfantins vus à distance par le narrateur adulte, la dualité d'un père écrivain colérique mais auteur de très beaux tanka...), mais finalement se focalise trop sur tout ce que le narrateur fait, où il va, s'il a mal aux pieds, quel sentier il suit, où il arrive, ah, le pont a été emporté paraît-il, il faut suivre la rive gauche de la rivière (pas la droite, hein, la gauche).

10/ Kanai Mieko (née le 03/11/1947) : Couleurs d'eau (Mizu no iro, automne 1992 ; traduit par Jean-Jacques Tschudin ; 20 pages).
Voilà une nouvelle dont il est difficile de parler. Le style est extrêmement prépondérant, les phrases très longues (presque deux pages pour la première), très travaillées.
Une femme s'est suicidée, elle s'est noyée.
Citation :
"[...] sur le pont en dos d'âne ainsi que tout le long du parapet - des piliers de granit rectangulaires dressés comme des pierres tombales entre lesquels on a fixé des barres de fer - qui entoure les douves, il y a beaucoup de monde qui se penche en avant, vers un espace en demi-cercle où s'est formé un attroupement, là, de l'autre côté du parapet, le sol est plein d'eau et couvert par endroits d'algues boueuses, brunes ou d'un vert sombre presque noir, mais comme on ne voit rien, nous nous accroupissons et nous pouvons apercevoir, entre les jambes du groupe de adultes, la suicidée étendue sur le sol mouillé : son sous-kimono en tissu rouge orné d'arabesques blanches de fleurs et d'herbes automnales, noué à la taille d'un cordon rose, est complètement détrempé, et ses longs cheveux restent, comme des algues dégoulinant d'eau, collé sur son cou et sur son visage blanchâtre, un visage légèrement tourné de profil qui semble dur comme de l'asphalte sec, alors que ses bras et ses jambes reposent bien alignés le long du corps." (page 255).

C'est indéniablement bien écrit. On aimerait lire d'autres textes de cet auteur. Les textes volontairement - et ostensiblement - très travaillés ne sont finalement pas très courants dans ce qui est traduit chez nous.

En conclusion, un recueil globalement pas inintéressant, mais vraiment inégal.

On constate que les textes les plus réussis sont généralement ceux écrits par des auteurs déjà bien connus chez nous (Dazai, Ôé, Miyamoto Teru) ou réputés (Ishihara Shinrarô). Et que Kanai Mieko semble être une auteure intéressante (ce qui tombe bien : il paraîtrait qu'un livre de Kanai Mieko, Le livre de mots, sortirait en français...)
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Ven 21 Déc 2012 - 22:23


En couverture : Estampe d'Utamaro, détail.

Le Secret de la petite chambre. Deux récits érotiques traduits du japonais en 1994 par Elisabeth Suetsugu et Jacques Lalloz. Picquier Poche. 134 pages. Introduction de Hiroshi Suetsugu.
Ce livre contient deux nouvelles érotiques : Le Secret de la petite chambre (attribuée à Nagai Kafu) et La Fille au Chapeau rouge (Akutagawa ?).
"Les deux textes qu'on va lire contrastent à plusieurs égards." (introduction, page 7). Le lieu, mais aussi notamment le style. Là, en français, ça n'est pas évident. "[...] si Le Secret de la petite chambre est écrit en une langue extrêmement raffinée et composé avec une grande habileté, sa haute tenue s'accompagnant d'un style délibérément archaïque, dans La Fille au chapeau rouge, c'est l'observation qui prend le pas sur le style : fioriture et outrance sont écartées au profit d'une description qui se veut sans fard et qui se soumet aux exigences temporelles qu'impose sa forme de journal." (page 7).

1/ Le Secret de la petite chambre (de la plume fantaisie de Kinpu Sanjin) (Yojôhan fusuma no shitabari) a été publié pour la première fois en 1940. Il est attribué à Nagai Kafû. 23 pages.
Le narrateur, Kinpu Sanjin, trouve par hasard un texte écrit par un "audacieux pinceau" et qui commence par :
Citation :
"« ... La soif de plaisir que tout un chacun porte en soi est inextinguible et ne trouve de fin qu'avec la mort. [...] Je n'ai fait qu'aller d'une femme à l'autre, les belles se sont succédé sans que jamais lassitude me gagne, et me voici, ayant gravi la moitié de l'échelle de la vie, que dis-je, une année déjà, deux même se sont écoulées depuis que j'ai dépassé la cinquantaine. [...] Et je reste confondu devant mon impuissance à renoncer à la volupté." (page 21).
A vingt ans, lorsqu'il voyait "s'amuser des vieillards de quarante ou cinquante ans, me venaient involontairement aux lèvres les mots : « Vieux dégoûtants ! Sagouins !», car si la passion et la jeunesse peuvent excuser bien des fautes, que dire de ceux qui, parvenus à l'âge de faire la part des choses, se servent des femmes comme de jouets dont ils s'amusent sans éprouver de honte, malgré la répugnance qu'ils leur inspirent, grâce à la puissance que leur confère l'argent ?" (page 22).

Citation :
"Je me souviens du temps où O-Sode, ma femme, s'appelait encore Sodeko, car elle était alors geisha. Agée de vingt-trois ou vingt-quatre ans, elle était en plein épanouissement, et j'avais remarqué qu'elle était bien en chair, tout en étant petite et menue. Sans lui laisser seulement le temps de se défendre, j'avais réussi à l'amener à passer la nuit avec moi." (page 25).
Suivent douze pages très explicites.

Ce récit est le portrait, ou plutôt la confession, d'un homme qui ne peut se contenter, comme il le dit, des trois repas assurés chez lui, et qui se paye le luxe de consommer ailleurs.
Citation :
"Si l'on admet cet état de fait, elle [sa femme] n'aura nul besoin d'éprouver de la jalousie à l'égard des autres femmes." (page 38).
C'est un petit texte pas inintéressant, mais la scène de coucherie - malgré la sorte de combat tactico-psychologique entre le narrateur aguerri et Sodeko - est quand même un peu longue...


Dernière édition par eXPie le Ven 21 Déc 2012 - 22:25, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Ven 21 Déc 2012 - 22:23

2/ La Fille au Chapeau rouge (Akaï bôshi no onna). Ce texte est traditionnellement attribué à Akutagawa. 90 pages.
L'histoire commence "Le jeudi soir, sous les arbres du Tiergarten".
Citation :
"Il y a quelques jours que j'étais arrivé ici, à Berlin, en provenance directe de Paris. Indifférent au dénuement et aux privations auxquels l'Allemagne de l'après-guerre était alors en proie, j'occupais mes journées à visiter les monuments historiques et les musées, en jouant de l'obligeance d'amis à qui la ville était familière." (page 45).
Un jour, quittant ses amis, il va se promener tout seul.
Citation :
"J'avais l'humeur à décliner même la société de mes aimables guides que mon idée inquiétait, et à rester seul." (page 45).
Il regarde les femmes, et certaines lui rendent bien son regard... Mais comment communiquer avec elles ?
En effet, il ne connaît pas un traître mot d'allemand (page 48, ce qui est démenti à la page 53, lorsqu'il dit avoir pris la précaution d'acquérir les rudiments de cette langue... curieuse contradiction).
Il tente de parler français, mais il sent que cela peut être mal perçu... d'ailleurs, à un moment, dans un hôtel, il voit une affiche rédigée en français "« Les Français et les Italiens ne sont pas autorisés à fréquenter ces lieux. »" (page 110)
Citation :
"Et c'est d'un regard de convoitise que je balayais la foule depuis quelques minutes.
C'est alors précisément que je distinguai une passante, à petite distance de l'endroit où j'étais. Une femme coiffée d'un chapeau rouge et en robe bleu foncé, la taille si menue qu'on eût pu la prendre pour une Japonaise. A peine l'eus-je aperçue que je me mis à marcher dans son sillage ainsi que par l'effet de quelque aimantation." (page 49).

On apprend que, dans l'Allemagne en crise de l'époque, les Japonais (notamment) avec leurs yens sont les rois du monde : le jour du début de la nouvelle, un petit yen équivalait à quelque chose comme 15 millions de marks... reste bien sûr à savoir ce qu'on peut acheter avec.
Citation :
"[...] il s'avère qu'en effet, l'immense majorité de nos compatriotes qui étudient ici - qu'ils touchent une bourse de l'Etat ou séjournent à leurs frais - ne sont pas en manque de femme. Par les temps qui courent, les jeunes filles bien elles-mêmes, plutôt que de recevoir un salaire de misère dans quelque magasin ou usine, préfèrent apparemment se mettre avec un Japonais enrichi par la guerre." (pages 80-81).
Comme le dit un de ses amis, un peu ivre à ce moment-là :
Citation :
"Eh bien, te rends-tu compte, c'est à la guerre qu'on doit tout cela !" (page 80).

Bien sûr, il y a les inévitables et très descriptives scènes de coucherie (pas toujours couché, d'ailleurs), mais cette nouvelle a un vrai intérêt, et est finalement marquante, grâce aux problèmes qui se posent au narrateur non germanophone (comment sauver les apparences au restaurant lorsqu'il y invite sa conquête, avec qui il ne se comprend pas ?), au fait que le narrateur veut respecter les convenances vis-à-vis de ses compatriotes Japonais qui vivent à Berlin (et ils sont nombreux !), et donc de manière générale grâce au contexte, à tout ce que l'on voit de sordide dans le Berlin de ces années d'après première-guerre, avec toutes ces jeunes filles qui cherchent à lier connaissance avec des Japonais forcément riches... Dure et triste époque.

Le recueil aurait mérité de s'appeler La Fille au Chapeau rouge, mais c'est sûr que Le Secret de la petite chambre laisse moins de doute quant au contenu.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Sam 22 Déc 2012 - 8:43

n'importe l'approche envers les livres électroniques, je dois quand même constater que je suis agréablement étonnée par le fait que Piquier rend ce texte accessible en version électronique, livre publié en 1998 et du coup dans un rayon chronologique dont les maisons d'éditions n'y touchent guère pour garantir la vente du livre en papier
surtout en vue du problème d'édition épuisée, cet atout joue un bon rôle de garantie d'accessibilité
vous avez deviné juste, je viens de l'héberger dentsblanches

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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 23 Déc 2012 - 10:58

kenavo a écrit:
n'importe l'approche envers les livres électroniques, je dois quand même constater que je suis agréablement étonnée par le fait que Piquier rend ce texte accessible en version électronique, livre publié en 1998 et du coup dans un rayon chronologique dont les maisons d'éditions n'y touchent guère pour garantir la vente du livre en papier
surtout en vue du problème d'édition épuisée, cet atout joue un bon rôle de garantie d'accessibilité
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Dim 23 Déc 2012 - 12:35

C'est ce que je me dis, un jour cette histoire de liseuse pourrait devenir intéressante, si on peut vraiment trouver les livres épuisés, si cela augmente l'offre, que le problème du livre épuisé sans soit objet.

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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:07

Le Club des Gourmets et autres cuisines japonaises. Traduit du japonais par Ryoko Sekiguchi - qui a son fil ici. - et Patrick Honnoré. Illustrations : La Cocotte. P.O.L. 211 pages.

Textes de Arashiyama Kôzaburô, Dazai Osamu, Kitaôji Rosanjin, Masaoka Shiki, MiyazawaKenji, Nagai Kafû, Okamoto Kanoko, Tanizaki Jun'ichirô.


"Récemment, j'ai constaté une chose curieuse : qu'est-ce que ça bouffe alors, dans les romans japonais ! Les personnages mangent. Beaucoup. Souvent. La scène de table, ou plus largement l'acte d'absorber aliments et breuvages, fait figure de motif immanquable dans la fiction moderne et contemporaine." (Ryoko Sekiguchi, Avant-Propos, page 7)
Ce qui est étonnant, et montre donc à quel point le fait de manger est important mais naturel chez les Japonais, c'est qu'elle ne s'en soit pas rendu compte plus tôt. Pour un Français, cela saute aux yeux, parce que cette nourriture nous est exotique : on la remarque donc. C'est d'ailleurs en discutant avec le public venu à des rencontres que Ryoko Sekiguchi en a pris conscience.
Mais la nourriture a beau être importante en France aussi, cela n'est pas pour autant qu'on la trouve en abondance dans notre littérature :
"Il est vrai qu'en comparaison, dans les romans français d'aujourd'hui, les personnages doivent certainement se cacher pour se nourrir car on les voit rarement mettre quelque chose dans leur bouche. Quant à imaginer un écrivain de renom écrire un livre de cuisine... Sans user d'un pseudonyme, j'entends..." (page 8 )

Et c'est bientôt parti pour des aspects très différents de la nourriture dans la littérature : poésie, recettes du XVIII° siècle, récit authentique d'un déjeuner à la Tour d'Argent, considérations sur le saké...

1/ Dazai Osamu : Souvenirs sur le saké. Dazai explique comment il a eu du mal à s'habituer au saké (cela paraît incroyable).
Citation :
"Je finis néanmoins par m'habituer au saké, au prix d'un long, pénible et franchement ridicule périple." (page 12)
Citation :
"D'ailleurs, jadis, boire seul était une chose fort peu élégante. On demandait nécessairement à quelqu'un de vous accompagner pour vous servir à chaque fois. Déclarer qu'il n'y a de vraiment bon saké que bu seul était considéré comme de la dernière vulgarité et les prémices de la débauche. Rien que de descendre un godet cul sec faisait se retourner sur soi des yeux écarquillés, alors se servir soi-même plusieurs verres coup sur coup, cela vous fermait définitivement les portes de la belle société." (pages 12-13).
On apprend aussi
Citation :
"que boire son saké froid était presque considéré à égalité avec les crimes les plus sordides. [...]
Les temps ont bien changé." (page 14).
Dazai mentionne également l'existence d'une technique au nom singulier et à l'efficacité redoutable :
Citation :
"En cas d'extrême besoin, il nous arrive même d'avoir recours à la méthode dire de « la pêche à la daurade avec une crevette », qui consiste à rendre visite à quelqu'un avec deux bouteilles de bière que l'on commence à boire. Cela ne suffisant évidemment pas à se sentir à l'aise, le maître de maison est bien obligé d'ouvrir sa réserve." (page 19).
Après chaque texte, nous avons un commentaire très intéressant de Sekiguchi.
"Parler du saké, c'est révéler sa personnalité et son rapport aux autres et au monde. L'alcool est le dispositif expérimental le plus facile à utiliser pour observer les déformations subjectives du temps, pour décrypter les conversations aussi bien que les non-dits lors des soirées autour de quelque pichet, ou pour une plongée en apnée dans sa solitude..." (page 25).

"[...] dans ce court essai, apparemment anodin, Dazai utilise le dispositif du saké pour contempler sa propre chute avec une certaine distance". (page 25).
"Dans le texte que nous avons traduit, certains détails surprennent même les Japonais d'aujourd'hui : ainsi beaucoup d'entre eux, qui sont habitués à des sakés développés après guerre, tel le ginjô ou le daiginjô qui se servent froid, igrorent sans doute que boire du saké froid était considéré comme le sommet de la vulgarité." (page 26).
Un bon petit texte.


Dernière édition par eXPie le Jeu 9 Mai 2013 - 23:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:08

2/ Okamoto Kanoko (1889-1939) : Sushis
Okamoto Kanoko était romancière, poète et essayiste. "[...] Pendant les quarante-neuf années de sa vie, particulièrement les dix dernières où elle fut surtout romancière, elle écrivit avec une énergie débordante de nombreuses nouvelles sur le thème de la nourriture." (page 57).

Dans la nouvelle présentée, les parents de la jeune Minato tiennent un restaurant de sushis. Minato donne parfois un coup de main. Elle a une certaine attirance pour un homme d'une cinquantaine d'années, le « Professeur ». On va en apprendre plus sur la jeunesse de ce mystérieux homme et son rapport à la nourriture.
Une bonne nouvelle.

3/ Anonyme : Cent curiosités au Tôfu (1782). "Les recettes de l'époque ne sont pas aussi précises et détaillées que celles d'aujourd'hui. Elles proposent plutôt une description globale." (page 61). Sekiguchi parle aussi du caractère ludique du texte. Voyons plutôt cette liste, répartie en plusieurs sections (plats courants ou familiaux, plats simples, plats beaux à voir...), et qui comporte parfois des explications, mais le plus souvent seulement le titre plus ou moins évocateur ou étrange :
Citation :
"1. Tôfu danseur aux bourgeons.
2. Tôfu danseur façon faisan. Dorez le tôfu [coupé en dominos rectangulaires et piqués sur une brochette en bambou]. Accompagnez d'une sauce de soja diluée au saké et portée à ébullition, et de zeste de yuzu râpé.
[...]
6. Tôfu baigneur.[...]
10. Tôfu-éclair.[...]
16. Tôfu sable d'or. Egouttez le tôfu, écrasez-le, incorporez un blanc d'oeuf, étalez sur une planche en bois, saupoudrez de jaune d'oeuf cuit comme un sable d'or, pressez-le bien et chauffez-le à la vapeur. Coupez en carrés. [...]
37. Tôfu apprivoisé. [...]
41. Tôfu à motifs de vagues.
42. Tôfu paysage de plaine [...]
44. Tôfu sous les nuages. [...]"
On trouve également des sections Plats insolites, ou encore Plats insolites et délicieux : Tôfu aux oursins pour végétariens ; Tôfu grillé des six côtés, Tôfu à la lie de saké, Tôfu danseur à la vietnamienne...
"Le livre eut un tel succès que les années suivantes virent la publication de Cent curiosités au tôfu, suite et Cent curiosités au tôfu, encore, sans parler des livres de recettes sur le même modèle qui apparaîtront par la suite (Cent curiosités aux oeufs, à la bergamote, à la daurade, au radis blanc, aux patates douces...)." (page 72).
Amusant : Sekiguchi écrit que, dans la deuxième moitié du XVIII° siècle, apparaît "un yôkai (personnage fantastique, comparable aux fairies britanniques) nommé Tôfu Kozô (le gamin-tôfu). [...] : c'est un garçon qui porte une assiette sur laquelle est posé un morceau de tôfu, et c'est tout ! Il ne fait de mal à personne, il se contente de marcher avec son tôfu." (page 74).
Voici quelques représentations de cet étonnant yôkai :
       
1/ Masayoshi Kitao (1764-1824). ca 1788 ; 2/ Katsukawa Shuntei, 1816. ; 3/ Masasumi Ryūkansaijin : Tôfu kozô (Kyōka Hyaku Monogatari, 1853)
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:09

4/ Kitaôji Rosanjin (1883-1959 ; "A la fois céramiste, calligraphe, peintre, artiste de laque, écrivain, gastronome, excellent cuisinier...", page 81 ) : Sukiyaki et canard, brève impression de la cuisine occidentale.


Kitaôji Rosanjin : Vase argenté avec des lignes en diagonale sculptées et des inclusions d'émail multicolore.

Citation :
"J'avais entendu parler de la cuisine de canard pratiquée en France en long, en large et en travers, et cela bien avant mon départ du Japon. Mais ces propos se limitant pour la plupart à des louanges à sens unique, je doutais quelque peu de leur validité. Ceux qui me parlaient avec admiration des tenants et aboutissants de la situation en France ou aux Etats-Unis ne connaissaient à vrai dire pas grand-chose sur ce qui se pratique au Japon ; autant dire le monde à l'envers.
Dans la mesure où ce sont généralement des Japonais incultes qui séjournent à l'étranger, comment pourraient-ils se montrer capables d'enseigner quoi que ce soit du Japon aux étrangers ? C'est un gâchis pour le pays et tout autant pour les étrangers. Quand on est tout juste capable de faire l'article des gloires nationales, geishas, mont Fuji, et des biches de Nara qui mangent des galettes de riz dans la main des touristes, il n'y a pas de quoi s'étonner que les étrangers n'en connaissent pas davantage sur le Japon. Sans même parler de cuisine japonaise." (pages 75-76).

Kitaôji Rosanjin se retrouve à Paris ; il va à la Tour d'Argent pour manger le fameux canard, "avec Takanori Ogisu, le peintre, son épouse, et Shôhei Ôoka, l'écrivain" (page 77).
Tout ne se passera pas comme d'habitude, Kitaôji Rosanjin mettant son grain de sel dans la recette, à la grande stupéfaction du personnel de la Tour d'Argent...

"Ronsajin Kitaôji réalisa ce qu'il faut bien appeler un Art de la Table total, dans ses restaurants qui n'ouvraient que pour les membres triés sur le volet du « Club des Gourmets », dont il était le fondateur.[...] Perfectionniste acerbe, il était connu pour son franc-parler et ses extravagances à la Grimod de La Reynière [...]" (page 81).

Ce qui est amusant, c'est que Sekiguchi nous donne aussi la version des événements racontée par Ôoka, et qui n'est pas tout à fait la même...

Quelques oeuvres de Takanori Ogisu (Oguiss), qui était présent au fameux repas et faisait office de traducteur (le pauvre) :

              
1/ Coin de rue avec publicité (Paris). 1937. On sent une parenté avec Utrillo. ; 2/ Dorades ; 3/ femme en rouge (1932). 4/ Affiche d'une exposition

5/ Shiki Masaoka (1867-1902) : En attendant le repas et autres essais.
"Son activité de poète de haïku est la plus connue, mais au cours des trente-cinq années de sa courte vie, il fut aussi prolifique dans bien d'autres genres comme le tanka, la poésie en vers libres, la poésie en chinois classique, le roman, la critique et l'essai. [...]
J'ai sélectionné trois textes de la fin de sa vie. Il avait contracté la tuberculose en 1888, et resta alité le plus clair de son temps à partir de 1896, date à laquelle lui fut diagnostiquée une carie vertébrale.
Pourtant, malgré d'atroces souffrances que les analgésiques ne suffisaient pas à apaiser, il ne cessa jamais d'écrire. C'est vraisemblablement dans son désir de « manger » qu'il trouvait une partie de cette force presque surhumaine.
" (pages 91-92).

Citation :
"Par principe, je ne prends jamais de petit déjeuner, et bien que malade, mon quotidien est d'attendre mon déjeuner avec une grande impatience, le ventre vide. Aujourd'hui, le coup de canon de midi a déjà retenti ; et mon repas qui ne vient toujours pas. À mon chevet, ni livre ni écritoire. Et pas une page du journal de ce matin que je n'aie déjà lue. N'ayant rien de mieux à faire, alité la joue dans la main, je contemple le jardin." (page 85)
Il note ses observations, et c'est vraiment bien.

Un extrait de son journal :
Citation :
"« Tout mon univers dans ce lit de deux mètres carrés »" (page 87).

De très bons textes en mode "mineur".

Citation :
"Le goût du kaki en bouche
j'entends la cloche
du temple Hôryûji". (haïku de 1895).
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:09

6/ Anonyme : Deux histoires de champignon (extraites des Contes qui sont maintenant du passé) :
* Conte n°18, tome 28 : Histoire de l'abbé du temple du Mont Mitake, qui point ne fut indisposé en mangeant des champignons vénéneux : un petit conte amusant
* Conte n°28, tome 28 : Histoire des nonnes qui dansaient dans la montagne pour avoir mangé des champignons : un conte assez curieux, le comportement des différents protagonistes étant, comme l'écrit Sekiguchi dans ses intéressants commentaires, "assez énigmatique"...

7/ Arashiyama Kôzaburô : Ventre vide et tête en l'air.
Citation :
"Il n'y a de régime véritable que celui qui mange la faim. Je tiens cet enseignement de Jûzô Itami. [le fameux cinéaste, auteur entre autres de Tampopo]
Je me suis dit : « Mais c'est bien sûr ! » J'ai noté la petite phrase dans mon calepin mental et décidé que dorénavant, chaque fois que j'aurais faim, je mangerais ma faim." (page 103).
Une question se pose : comme la cuisiner, cette faim ?
Citation :
"J'ai réfléchi à plusieurs recettes. Que je vous livre ci-dessous :
* Faim roulée en boulette (à la sauce de soja)
* Tôfu de faim chaud (avec sauce de soja et jus d'agrumes).
* Faim meunière (avec un soupçon d'huile d'olive)
[...]" (page 105).

Mais quel est la goût de la faim ? Est-ce plutôt sucré ou bien salé ?
Un texte sympathique, amusant, il y a de très bonnes choses dedans ("Les plats, ce sont les paroles que dit le chef, recette sorties de son imagination", pages 113-114) mais quand même un petit peu long.


Exemple d'une petite illustration signée La Cocotte.

8/ Miyazawa Kenji (1896-1933) : Matin d'adieu.
On pouvait déjà lire en français un grand nombre de contes de cet auteur.
"Nous avons traduit ici trois poèmes parmi les plus connus qu'il ait composés sur ce moment qui précède la mort de sa petite soeur, qu'il chérissait plus que tout." (page 126)
Il y a l'image d'une crème glacée céleste, mais le rapport de ces poèmes avec le thème du livre est quand même assez lointain. Qu'importe, un peu de poésie est toujours la bienvenue.
Citation :
"Les aiguilles du pin
Voici la jolie branche de pin
sur laquelle j'ai recueilli la neige fondue tout à l'heure
tu plaques tes joues chaudes contre les feuilles vertes
comme pour y plonger
tu laisses les aiguilles végétales de piquer les joues
comme pour t'y jeter
ton geste nous prend de court
ton désir était donc si grand d'aller au bois
quand brûlante de fièvre
les douleurs et les sueurs te faisaient souffrir [...]" (pages 121-122).
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:11

9/ Nagai Kafu : Les Yôkan
Citation :
"Shintarô était l'apprenti du cuisinier au Momiji, un petit restaurant très chic situé dans une ruelle derrière Ginza, quand il faut mobilisé ; il revint deux ans plus tard. Mais avec les rationnements généralisés, l'ambiance du quartier avait bien changé." (page 129).

"Cette nouvelle [...] traite d'une dimension particulière de l'univers culinaire : la cuisine comme marqueur de l'appartenance sociale." (page 140).
C'est une bonne petite nouvelle. Les commentaires apportent beaucoup pour la compréhension des détails signifiants.


10/ Tanizaki Jun'ichirô : Le Club des Gourmets (1919). C'est le texte le plus long du livre (60 pages), et il s'agit d'un inédit : il ne se trouve donc pas dans les deux volumes de La Pléiade (ce qui donne bien envie d'en avoir un troisième...).
Cette nouvelle commence ainsi :
Citation :
"Sans doute, chez les membres du Club des Gourmets, l'amour de la gastronomie ne le cédait-il en rien à l'amour des femmes. Ils formaient une brochette d'oisifs uniquement occupés à jouer, acheter des femmes et se délecter de mots raffinés. La découverte de mets singuliers et de denrées rares leur était une spécialité et une fierté, comme on se vante de savoir dégotter les jolies femmes. Ah, s'ils pouvaient trouver un chef capable de leur créer ces goûts... [...]" (page 145).
Comment parvenir à de nouvelles sensations, de nouveaux raffinements culinaires ?

Le texte est un mélange de sérieux, de perversions... et parfois d'humour, comme dans ce passage où le comte G sent qu'il va pouvoir découvrir des plats auxquels il n'aurait encore jamais goûté :
"Ce qui provoqua en lui cette sorte de frisson d'impatience irrésistible qui assaille le samouraï à la recherche d'une action d'éclat au moment où il se trouve en lancier de tête pour mener l'assaut." (pages 160-161).

On y trouve un éloge de la cuisine chinoise à une époque où les Japonais ne la vantaient pas particulièrement, semble-t-il...
C'est vraiment une très bonne nouvelle.


Il s'agit donc globalement d'un très bon recueil, avec des textes de styles très variés, et toujours intéressants, accompagnés d'explications qui les mettent bien en valeur.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Jeu 9 Mai 2013 - 23:11

Le jeudi 25 avril 2013, au Thé des écrivains (dans le 3° arrondissement de Paris), Ryoko Sekiguchi est venue présenter ce recueil.

Elle a parlé entre autres de Tanizaki, de son amour pour la cuisine chinoise, ce qui était exceptionnel à une époque où les auteurs la traitaient plutôt avec dégoût.
Malgré les deux volumes dans La Pléiade, il reste des textes non traduits, notamment des contes indiens... Tout ce côté, qui n'est pas typiquement japonais, n'est donc pas connu chez nous.

En parlant de Kitaôji Rosanjin et du fameux scandale qu'il avait causé à La Tour d'Argent, elle a mentionné le fait qu'une exposition allait lui être consacrée. Ce sera au Musée Guimet, du 3 juillet au 9 septembre 2013 (voir la page : http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/cuisine-japonaise-rosanjin-kitao-ji ).

Une petite rencontre très sympathique, au cours de laquelle quelques extraits ont été lus :

Patrick Honnoré, co-traducteur des textes ; à droite, de profil, Ryoko Sekiguchi.


A la fin, nous faisons tous honneur au wakamé et au saké.

Et c'est le moment des dédicaces, triples : dessin de la Cocotte, petits mots très gentils de Ryoko Sekiguchi (enfin, peut-être... je ne connais pas le Japonais...) et de Patrick Honnoré.
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MessageSujet: Re: Nouvelles et contes du Japon   Ven 10 Mai 2013 - 11:24

Merci eXPie pour nous faire admirer chacune de ces perles qui sont montés dans ce fil en un superbe collier ...
Il y a de tout : perles naturelles ou de culture, perles de sucre ou perles du Japon ...
Un fil que je vais suivre avec attention dorénavant !

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