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 Emile Verhaeren

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animal
Tête de Peluche


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MessageSujet: Emile Verhaeren   Dim 26 Déc 2010 - 22:11


Emile Verhaeren

Émile Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge flamand, d'expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain.

Emile grandit dans une famille aisée francophone. Après des études au collège jésuite Sainte-Barbe, il fait son droit à l'université de Louvain et, en 1881, travaille comme stagiaire délaissant vite le droit pour la critique d'Art - des études sur Rembrandt, Rubens, Ensor et Khnopff - et la poésie. Son premier recueil, 'Les Flamandes' (1883), célébration naturaliste de la Belgique sensuelle, fait scandale, suivi par 'Les Moines' (1886), célébrant la Belgique mystique. Emile passe ensuite par une grave crise, suite au décès de ses parents, composant trois recueils sombres, 'Les soirs' (1887), 'Les Débâcles' (1888) et 'Les Flambeaux noirs' (1888-'91), où rodent la mort et la folie. En 1891, son mariage avec la peintre Marthe Massin, apaise ses angoisses. Il dédie 'Les Heures claires' (1896), 'Les Heures d'après-midi' (1905) et 'Les Heures du soir' (1911) à l'amour intime. Emile Verhaeren dépeint avec lyrisme les campagnes et la naissance des grandes villes dans ses célèbres recueils 'Les Campagnes hallucinées' (1893) et 'Les Villes tentaculaires' (1895). D'un expressionnisme puissant, la poésie de Verhaeren se caractérise par un goût pour l'image, une métrique rythmée et une liberté dans la versification. Il écrit également trois pièces de théâtre très poétiques. Influencé par le symbolisme, mais ne faisant partie d'aucun courant, Verhaeren a inspiré le futurisme et l'unanimisme. La Première Guerre lui inspire indignation et pessimisme.

Emile Verhaeren, écoeuré par l'invasion de la Belgique, pays neutre, s'engage à collecter des fonds pour les mutilés de guerre belges. Dans ce but, il se rend à Rouen, où il meurt accidentellement en se faisant écraser par un train.


mix de www.evene.fr et de www.wikipedia.org

sans doute légère la présentation, mais je connais malheureusement mal le bonhomme et fait avec ce que je trouve. si je le connais mal pourquoi lui ouvrir un fil ? parce que quand je lis ces trop brefs résumés de vie je me dis que c'est intéressant et puis j'ai lu quelques poèmes de ci et de là et que dans ma bibliothèque un recueil avec Les Campagnes hallucinées et Les Villes tentaculaires m'a parlé aussi. ce qui reste rare avec la poésie drôle de bête.

alors reprenons ce qui a pu passé sur le forum :

Au Nord

Deux vieux marins des mers du Nord
S’en revenaient, un soir d’automne,
De la Sicile et de ses îles souveraines,
Avec un peuple de Sirènes,
A bord.

Joyeux d’orgueil, ils regagnaient leur fiord,
Parmi les brumes mensongères,
Joyeux d’orgueil, ils regagnaient le Nord
Sous un vent morne et monotone,
Un soir de tristesse et d’automne.
De la rive, les gens du port
Les regardaient, sans faire un signe :
Aux cordages le long des mâts,
Les Sirènes, couvertes d’or,
Tordaient, comme des vignes,
Les lignes
Sinueuses de leurs corps.
Et les gens se taisaient, ne sachant pas
Ce qui venait de l’océan, là-bas,
A travers brumes ;
Le navire voguait comme un panier d’argent
Rempli de chair, de fruits et d’or bougeant
Qui s’avançait, porté sur des ailes d’écume.

Les Sirènes chantaient
Dans les cordages du navire,
Les bras tendus en lyres,
Les seins levés comme des feux ;
Les Sirènes chantaient
Devant le soir houleux,
Qui fauchait sur la mer les lumières diurnes ;
Les Sirènes chantaient,
Le corps serré autour des mâts,
Mais les hommes du port, frustes et taciturnes,
Ne les entendaient pas.

Ils ne reconnurent ni leurs amis
- Les deux marins - ni le navire de leur pays,
Ni les focs, ni les voiles
Dont ils avaient cousu la toile ;
Ils ne comprirent rien à ce grand songe
Qui enchantait la mer de ses voyages,
Puisqu’il n’était pas le même mensonge
Qu’on enseignait dans leur village ;
Et le navire auprès du bord
Passa, les alléchant vers sa merveille,
Sans que personne, entre les treilles,
Ne recueillît les fruits de chair et l’or.


un autre quelque part je pense ?

et

Viens lentement t'asseoir

Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire :
Voici le firmament plus net et translucide
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside ;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.
Mais tu n'as peur, oh ! simple coeur,
Mais tu n'as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.


et nous y reviendrons...

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 27 Déc 2010 - 11:41

J'aime beaucoup ce poète.

Merci de le faire connaître Animal! bisous
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swallow
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 27 Déc 2010 - 11:59

Tu as très bien fait, Animal d´ouvrir ce fil sur Verhaeren. Un de mes poètes préférés aussi
Je ne sais pas si nous avons d´autres poèmes de lui sur les fils de poésie déjà ouverts sur le Forum.
Il faudra tout regrouper ici et completer.
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bix229
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 27 Déc 2010 - 15:30

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant novembre ;
Sur la bruyère, infiniment, Voici le vent
Qui se déchire et et se démembre
En souffles lourds battant les bourgs :
Voici le vent,
Le vent sauvage de novembre.

Ce poème, je l' ai épinglé il y a longtemps et j' ai associé l' auteur au vent de novembre...
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 27 Déc 2010 - 19:01

bix229 a écrit:
Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant novembre ;
Sur la bruyère, infiniment, Voici le vent
Qui se déchire et et se démembre
En souffles lourds battant les bourgs :
Voici le vent,
Le vent sauvage de novembre.

Ce poème, je l' ai épinglé il y a longtemps et j' ai associé l' auteur au vent de novembre...

Magnifique...

coeur
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animal
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 27 Déc 2010 - 21:33

peut-être que dans ce qui me plait (et le rend accessible ?) il y a l'aspect puissamment narratif... qui est fortement lié à la construction du sens par une progression (qui n'est pas que narrative, c'est aussi ou d'abord, un paysage et une atmosphère). quelque part il ne ruine pas ou ne fait pas semblant de ruiner les évidences du langage. et il n'oublie pas non plus de se plier à l'effet final que l'on associe souvent au texte court.

trois exemples, pour illustrer ces très possibles bêtises de panda (et désolé pour le moral...) :


La mort

Avec ses larges corbillards
Ornés de plumes majuscules,
Par les matins, dans les brouillards,
La mort circule.

Parée et noire et opulente,
Tambours voilés, musiques lentes,
Avec ses larges corbillards,
Flanqués de quatre lampadaires,
La Mort s'étale et s'exagère.

Pareils aux nocturnes trésors,
Les gros cercueils écussonnés
- Larmes d'argent et blasons d'or -
Ecoutent l'heure éclatante des glas
Que les cloches jettent, là-bas :
L'heure qui tombe, avec des bonds
Et des sanglots, sur les maisons,
L'heure qui meurt sur les demeures,
Avec des bonds et des sanglots de plomb.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense
OÙ des anges, tenant des faulx et des cleps
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béan
De hautes voix d'enfants
jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s'en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S'en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d'usure et d'ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s'exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières'.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l'on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d'ombre, où quelques cierg
Pauvres flammes, brÛlent, devant la Vieri

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu'aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu'elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l'égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s'arrête sur les paliers
OÙ l'on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr'ouverte,

Des gens laissant l'espoir tomber,
Inerte.

Et dans la pluie indéfinie,
Une petite église de banlieue,
Très maigrement, tinte un adieu,
Sur la bière de sapin blanc
Qui se rapproche, avec des gens dolents,
Par les routes, silencieusement.

Telle la Mort journalière et logique
Qui fait son ceuvre et la marque de croix
Et d'adieux mornes et de voix
Criant vers l'inconnu les espoirs liturgiques.

Mais d'autres fois, c'est la Mort grande et sa
Avec son aile au loin ramante,
Vers les villes de l'épouvante.

Un ciel étrange et roux brûle la terre moite
Des tours noires s'étirent droites
Telles des bras, dans la terreur des cré
Les nuits tombent comme épaissies,
Les nuits lourdes, les nuits moisies,
OÙ, dans l'air gras et la chaleur rancie,
Tombereaux pleins, la Mort circule.

Ample et géante comme l'ombre,
Du haut en bas des maisons sombres,
On l'écoute glisser, rapide et haletante.

La peur du jour qui vient, la peur de toute attente,
La peur de tout instant qui se décoche,
Persécute les coeurs, partout,
Et redresse, soudain, en leur sueur, debout
Ceux qui, vers le minuit, songent au matin
Les hôpitaux gonflés de maladies,
Avec les yeux fiévreux de leurs fenêtres roug
Regardent le ciel trouble, oÙ rien ne bouge
Ni ne répond aux détresses grandies.

Les égouts roulent le poison
Et les acides et les chlores,
Couleur de nacre et de phosphore,
Vainement tuent sa floraison.

De gros bourdons résonnent
Pour tout le monde, pour personne
Les églises barricadent leur seuil,
Devant la masse des cercueils.

Et l'on entend, en galops éperdus,
La mort passer et les bières que l'on transporte
Aux nécropoles, dont les portes,
Ni nuit ni jour, ne ferment plus.

Tragique et noire et légendaire,
Les pieds gluants, les gestes fous,
La Mort balaie en un grand trou
La ville entière au cimetière.




Les mendiants

Les jours d'hiver quand le froid serre
Le bourg, le clos, le bois, la fange,
Poteaux de haine et de misère,
Par l'infini de la campagne,
Les mendiants ont l'air de fous.

Dans le matin, lourds de leur nuit,
Ils s'enfoncent au creux des routes,
Avec leur pain trempé de pluie
Et leur chapeau comme la suie
Et leurs grands dos comme des voûtes
Et leurs pas lents rythmant l'ennui ;
Midi les arrête dans les fossés
Pour leur repas ou leur sieste ;
On les dirait immensément lassés
Et résignés aux mêmes gestes ;
Pourtant, au seuil des fermes solitaires,
Ils surgissent, parfois, tels des filous,
Le soir, dans la brusque lumière
D'une porte ouverte tout à coup.

Les mendiants ont l'air de fous.
Ils s'avancent, par l'âpreté
Et la stérilité du paysage,
Qu'ils reflètent, au fond des yeux
Tristes de leur visage ;
Avec leurs hardes et leurs loques
Et leur marche qui les disloque,
L'été, parmi les champs nouveaux,
Ils épouvantent les oiseaux ;
Et maintenant que Décembre sur les bruyères
S'acharne et mord
Et gèle, au fond des bières,
Les morts,
Un à un, ils s'immobilisent
Sur des chemins d'église,
Mornes, têtus et droits,
Les mendiants, comme des croix.

Avec leur dos comme un fardeau
Et leur chapeau comme la suie,
Ils habitent les carrefours
Du vent et de la pluie.

Ils sont le monotone pas
- Celui qui vient et qui s'en va
Toujours le même et jamais las -
De l'horizon vers l'horizon.
Ils sont l'angoisse et le mystère
Et leurs bâtons sont les battants
Des cloches de misère
Qui sonnent à mort sur la terre.

Aussi, lorsqu'ils tombent enfin,
Séchés de soif, troués de faim,
Et se terrent comme des loups,
Au fond d'un trou,
Ceux qui s'en viennent,
Après les besognes quotidiennes,
Ensevelir à la hâte leur corps
Ont peur de regarder en face
L'éternelle menace
Qui luit sous leur paupière, encor.


Le Fléau

La Mort a bu du sang
Au cabaret des Trois Cercueils.

La Mort a mis sur le comptoir
Un écu noir,
- « C'est pour les cierges et pour les deuils. »

Des gens s'en sont allés
Tout lentement
Chercher le sacrement.
On a vu cheminer le prêtre
Et les enfants de chœur,
Vers les maisons de l'affre et du malheur
Dont on fermait toutes les fenêtres

La Mort a bu du sang.
Elle en est soûle.
- « Notre Mère la Mort, pitié ! pitié !
Ne bois ton verre qu'a moitié,
Notre Mère la Mort, c'est nous les mères,
C'est nous les vieilles à manteaux,
Avec nos cœurs, avec nos maux,
Qui marmonnons du désespoir
En chapelets interminables ;
Notre Mère la Mort, pitié ! pitié !
C'est nous les béquillantes et minables
Vieilles, tannées
Par la misère et les années
Nos corps sont prêts pour tes tombeaux,
Nos seins sont prêts pour tes couteaux. »

- La Mort, dites, les bonnes gens,
La Mort est soûle :
Sa tête oscille et roule
Comme une boule.

La Mort a bu du sang
Comme un vin frais et bienfaisant ;
La Mort a mis sur le comptoir
Un écu noir,
Elle en voudra pour ses argents
Au cabaret des pauvres gens.

- « Notre-Dame la Mort, c'est nous les vieux des guerres
Tumultuaires ;
Notre-Dame des drapeaux noirs
Et des débâcles dans les soirs,
Notre-Dame des glaives et des balles
Et des crosses contre les dalles.
Toi, notre vierge et notre orgueil,
Toujours si fière et droite, au seuil
Du palais d'or de nos grands rêves ;
Notre-Dame la Mort, toi, qui te lèves
Au battant de nos tambours,
Obéissant - et qui, toujours,
Nous enseigna l'audace et le courage,
Notre-Dame la Mort, cesse ta rage
Et daigne enfin nous voir et nous entendre
Puisqu'ils n'ont point appris, nos fils, à se défendre. »

- La Mort, dites, les vieux verbeux,
La mort est soûle,
Comme un flacon qui roule
Sur la pente des chemins creux.
La Mort n'a pas besoin
De votre mort au bout du monde,
C'est au pays qu'elle enfonce la bonde
Du tonneau rouge.

- « Dame la Mort, c'est moi la Sainte Vierge
Qui vient en robe d'or chez vous,
Vous supplier à deux genoux
D'avoir pitié des gens de mon village.
Dame la Mort, c'est moi, la Sainte Vierge,
De l'ex-voto, près de la berge,
C'est moi qui fus de mes pleurs inondée
Au Golgotha, dans la Judée,
Sous Hérode, voici mille ans.

Dame la Mort, c'est moi, la Sainte Vierge
Qui fis promesse aux Gens d'ici
De m'en venir crier merci
Dans leurs détresses et leurs peines ;
Dame la Mort, c'est moi la Sainte Vierge.

- La Mort, dites, la bonne Dame,
Se sent au cœur comme une flamme
Qui, de là, monte à son cerveau.
La Mort a soif de sang nouveau.
La Mort est soûle,
Un seul désir comme une houle,
Remplit sa brumeuse pensée.

La Mort n'est point celle qu'on éconduit
Avec un peu de prière et de bruit,
La Mort s'est lentement lassée
D'avoir pitié du désespoir ;
Bonne Vierge des reposoirs,
La Mort est soûle
Et sa fureur, hors des ornières,
Par les chemins des cimetières,
Bondit et roule
Comme une boule. »

- « La Mort, c'est moi, Jésus, le Roi,
Qui te fis grande ainsi que moi
Pour que s'accomplisse la loi
Des choses en ce monde.
La Mort, je suis la manne d'or
Qui s'éparpille du Thabor
Divinement, jusqu'aux confins du monde.
Je suis celui qui fus pasteur,
Chez les humbles, pour le Seigneur ;
Mes mains de gloire et de splendeur
Ont rayonné sur la douleur ;
La Mort, je suis la paix du monde. »

- La Mort, dites, le Seigneur Dieu,
Est assise, près d'un bon feu,
Dans une auberge où le vin coule
Et n'entend rien, tant elle est soûle.
Elle a sa faux et Dieu a son tonnerre.
En attendant, elle aime à boire et le fait voir
A quiconque voudrait s'asseoir,
Côte à côte, devant un verre.

Jésus, les temps sont vieux,
Et chacun boit comme il le peut
Et qu'importent les vêtements sordides
Lorsque le sang nous fait les dents splendides. »

Et la Mort s'est mise à boire, les pieds au feu ;
Elle a même laissé s'en aller Dieu
Sans se lever sur son passage ;
Si bien que ceux qui la voyaient assise
Ont cru leur âme compromise.

Durant des jours et puis des jours encor, la Mort
A fait des dettes et des deuils,
Au cabaret des Trois cercueils ;
Puis, un matin, elle a ferré son cheval d'os,
Mis son bissac au creux du dos
Pour s'en aller à travers la campagne.
De chaque bourg et de chaque village,
Les gens s'en sont venus vers elle avec du vin,
Pour qu'elle n'ait ni soif, ni faim,
Et ne fît halte au coin des routes ;
Les vieux portaient de la viande et du pain,
Les femmes des paniers et des corbeilles
Et les fruits clairs de leur verger,
Et les enfants portaient des miels d'abeilles.

La Mort a cheminé longtemps,
Par le pays des pauvres gens,
Sans trop vouloir, sans trop songer,
La tête soûle
Comme une boule.

Elle portait une loque de manteau roux,
Avec de grands boutons de veste militaire,
Un bicorne piqué d'un plumet réfractaire
Et des bottes jusqu'aux genoux.
Son fantôme de cheval blanc
Cassait un vieux petit trot lent
De bête ayant la goutte
Sur les pierres de la grand'route ;

Et les foules suivaient vers n'importe où
Le grand squelette aimable et soûl
Qui souriait de leur panique
Et qui sans crainte et sans horreur
Voyait se tordre, au creux de sa tunique,
Un trousseau de vers blancs qui lui tétaient le cœur.





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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Jeu 30 Déc 2010 - 16:38

Hors de question de laisser ce fil et de finir l'année sur des poèmes aussi sombres...

Voilà un extrait (choisi!) du très long poème "Les heures claires":

(...)Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,
Sans le savoir, pendant l'enfance :
Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,
Mêmes éclairs de confiance :
Car je te suis lié par l'inconnu
Qui me fixait, jadis au fond des avenues
Par où passait ma vie aventurière,
Et, certes, si j'avais regardé mieux,
J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux
Depuis longtemps en ses paupières.
Le ciel en nuit s'est déplié
Et la lune semble veiller
Sur le silence endormi.
Tout est si pur et clair,
Tout est si pur et si pâle dans l'air
Et sur les lacs du paysage ami,
Qu'elle angoisse, la goutte d'eau
Qui tombe d'un roseau
Et tinte et puis se tait dans l'eau.
Mais j'ai tes mains entre les miennes
Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,
De leurs ferveurs, si doucement ;
Et je te sens si bien en paix de toute chose,
Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,
Ne troublera, fût-ce un moment,
La confiance sainte
Qui dort en nous comme un enfant repose.
Chaque heure, où je pense à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi (...)
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 3 Jan 2011 - 21:19

c'est beau aussi... bien qu'inquiet. ça me motive pour aller lire plus loin cet auteur. mais d'ici là, j'ai attendu que nous ayons franchi le cap...

Les fièvres

La plaine, au loin, est uniforme et morne
Et l'étendue est vide et grise
Et Novembre qui se précise
Bat l'infini, d'une aile grise.

Sous leurs torchis qui se lézardent,
Les chaumières, là-bas, regardent
Comme des bêtes qui ont peur,
Et seuls les grands oiseaux d'espace
Jettent sur les enclos sans fleurs
Le cri des angoisses qui passent.

L'heure est venue où les soirs mous
Pèsent sur les terres gangrenées,
Où les marais visqueux et blancs,
Dans leurs remous,
A longs bras lents,
Brassent les fièvres empoisonnées.

Parfois, comme un hoquet,
Un flot pâteux mine la rive
Et la glaise, comme un paquet,
Tombe dans l'eau de bile et de salive.

Puis tout s'apaise et s'aplanit ;
Des crapauds noirs, à fleur de boue,
Gonflent leur peau que deux yeux trouent ;
Et la lune monstrueuse préside,
Telle l'hostie
De l'inertie.

De la vase profonde et jaune
D'où s'érigent, longues d'une aune,
Les herbes d'eaux,
Des brouillards lents comme des traînes
Déplient leur flottement, parmi les draines ;
On les peut suivre, à travers champs,
Vers les chaumes et les murs blancs ;
Leurs fils subtils de pestilence
Tissent la robe de silence,
Gaze verte, tulle blême,
Avec laquelle, au loin, la fièvre se promène,

La fièvre,
Elle est celle qui marche,
Sournoisement, courbée en arche,
Et personne n'entend son pas.
Si la poterne des fermes ne s'ouvre pas,
Si la fenêtre est close,
Elle pénètre quand même et se repose,
Sur la chaise des vieux que les ans ploient,
Dans les berceaux où les petits larmoient
Et quelquefois elle se couche
Aux lits profonds où l'on fait souche.

Avec ses vieilles mains dans l'âtre encor rougeâtre,
Elle attise les maladies
Non éteintes, mais engourdies ;
Elle se mêle au pain qu'on mange,
A l'eau morne changée en fange ;
Elle monte jusqu'aux greniers,
Dort dans les sacs et les paniers
Où s'entassent mille loques à vendre ;
Puis, un matin, de palier en palier
On écoute son pas sinistre et régulier
Descendre.

Inutiles, vœux et pèlerinages
Et seins où l'on abrite les petits
Et bras en croix vers les images
Des bons anges et des vieux Christs.
Le mal hâve s'est installé dans la demeure.
Il vient, chaque vesprée, à tel moment,
Déchiqueter la plainte et le tourment,
Au régulier tic-tac de l'heure ;
Et l'horloge surgit déjà
Comme quelqu'un qui sonnera,
Lorsque viendra l'instant de la raison finie,
L'agonie.

En attendant, les mois se passent à languir.
Les malades rapetissés,
Leurs genoux lourds, leurs bras cassés,
Avec, en main, leurs chapelets.
Quittant leur lit, s'y recouchant,
Fuyant la mort et la cherchant,
Bégaient et vacillent leurs plaintes,
Pauvres lumières, presque éteintes.

Ils se traînent de chaumière en chaumière
Et d'âtre en âtre,
Se voir et doucement s'apitoyer,
Sur la dîme d'hommes qu'il faut payer,
Atrocement, à leur terre marâtre ;
Des silences profonds coupent les litanies
De leurs misères infinies ;
Et quelquefois, ils se regardent
Au jour douteux de la fenêtre,
Sans rien se dire, avec des pleurs,
Comme s'ils voulaient se reconnaître
Lorsque leurs yeux seront ailleurs.

Ils se sentent de trop autour des tables
Où l'on mange rapidement
Un repas pauvre et lamentable ;
Leur cœur se serre, atrocement,
On les isole et les bêtes les flairent
Et les jurons et les colères
Volent autour de leur tourment.

Aussi, lorsque la nuit, ne dormant pas,
Ils s'agitent entre leurs draps,
Songeant qu'aux alentours, de village en village,
Les brouillards blancs sont en voyage,
Voudraient-ils ouvrir la porte
Pour que d'un coup la fièvre les emporte,
Vers les marais des landes
Où les mousses et les herbes s'étendent
Comme un tissu pourri de muscles et de glandes
Où s'écoute, comme un hoquet,
Un flot pâteux miner la rive,
Où leur corps mort, comme un paquet,
Choirait dans l'eau de bile et de salive.

Mais la lune, là-bas, préside,
Telle l'hostie
De l'inertie.



je dirai bien que ça me fait penser aussi à un Suisse mais...

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Lun 3 Jan 2011 - 21:34

et puis ça tient autant des thématiques que de la manière... un inévitable qui se traduit dans l'environnement et l'individu atteint à travers la communauté (affirmée). Un jeu entre les pluriels et les singuliers indéfinis mais pas tout à fait. et un astre très présent et la très grande proximité domestique... peut-être la perméabilité du dedans au dehors, à un mouvement plus grand du dehors.

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Jeu 12 Avr 2012 - 22:36

Le Bazar

C'est un bazar, au bout des faubourgs rouges :
Étalages toujours montants, toujours accrus,
Tumulte et cris jetés, gestes vifs et bourrus,
Et lettres d'or qui soudain bougent,
En torsades, sur la façade.

C'est un bazar, avec des murs géants
Et des balcons et des sous-sols béants
Et des tympans montés sur des corniches
Et des drapeaux et des affiches
Où deux clowns noirs plument un ange.

On y étale à certains jours,
En de vaines et frivoles boutiques,
Ce que l'humanité des temps antiques
Croyait divinement être l'amour ;
Aussi les dieux et leur beauté
Et l'effrayant aspect de leur éternité
Et leurs yeux d'or et leurs mythes et leurs emblèmes
Et les livres qui les blasphèment.

Toutes ardeurs, tous souvenirs, toutes prières
Sont là, sur des étaux et s'empoussièrent ;
Des mots qui renfermaient l'âme du monde
Et que les prêtres seuls disaient au nom de tous
Sont charriés et ballotés dans la faconde
Des camelots et des voyous.
L'immensité se serre en des armoires
Dérisoires et rayonne de plaies ;
Et le sens même de la gloire
Se définit par des monnaies.

Lettres jusqu'au ciel, lettre en or qui bouge,
C'est un bazar au bout des faubourgs rouges !
La foule et ses flots noirs
S'y bousculent près des comptoirs ;
La foule - oh ses désirs multipliés,
Par centaines et par milliers ! -
Y tourne, y monte, au long des escaliers
Et s'érige folle et sauvage,
En spirale, vers les étages.

Là-haut, c'est la pensée
Immortelle, mais convulsée,
Avec ses triomphes et ses surprises,
Qu'à la hâte on expertise.
Tous ceux dont le cerveau
S'enflamme aux feux des problèmes nouveaux,
Tous les chercheurs qui se fixent pour cible
Le front d'airain de l'impossible
Et le cassent, pour que les découvertes
S'en échappent, ailes ouvertes,
Sont là gauches, fiévreux, distraits,
Dupes des gens qui les renient
Mais utilisent leur génie,
Et font argent de leurs secrets.

Oh les Edens, là-bas, au bout du monde,
Avec des glaciers purs à leurs sommets sacrés,
Que ces voyants des lois profondes
Ont explorés,
Sans se douter qu'ils sont les Dieux.
Oh ! leur ardeur à recréer la vie,
Selon la foi qu'ils ont en eux
Et la douceur et la bonté de leurs grands yeux,
Quand, revenus de l'inconnu
Vers les hommes, d'où ils s'érigent,
On leur vole ce qui leur reste aux mains
De vérité conquise et de destin.

C'est un bazar tout en vertiges
Que bat, continûment, la foule, avec ses houles
Et ses vagues d'argent et d'or ;
C'est un bazar tout en décors,
Avec des tours, avec des rampes de lumières ;
C'est un bazar bâti si haut que, dans la nuit,
Il apparaît la bête et de flamme et de bruit
Qui monte épouvanter le silence stellaire.



C'est effrayant d'actualité non ?

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Sam 1 Sep 2012 - 8:49

(reprise de la motivation du choix pour le portail de septembre : )

De la poésie au portail ? Rien de plus facile. Et puis quelques lectures plus loin (George Oppen dans le tas pour rester dans les poètes), l'envie d'y revenir est un peu plus motivée pour voir comment ça se passe la modernité de la forme, le choix du poème, et l'engagement humain, social à l'approche d'un tournant.

Intéressé par cette écriture de communauté entrevue dans les premières lectures et par la découverte de plus de légèreté (je n'oublie pas l'intervention de Cachemire).

Et : "J'ai pour voisin et compagnon - Un vaste et puissant paysage - Qui change et luit comme un visage - Devant le seuil de ma maison."

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Sam 1 Sep 2012 - 23:45

"Chacun cherche son chat"
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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Sam 8 Sep 2012 - 23:15

On retrouverai bien cette idée de domestique et un rapport de dedans/dehors très simple et très ramifié, et l'activité, l'échange en ombre à travers les noms. c'est le premier que je lis, pris au hasard dans le recueil acquis ce jour. Et ça m'émerveille, ça m'excite et m'apaise en même temps. Absolue fascination.

Le chaland

Sur l'arrière de son bateau,
Le batelier promène
Sa maison naine
Par les canaux.

Elle est joyeuse, et nette, et lisse,
Et glisse
Tranquillement sur le chemin des eaux.
Cloisons rouges et porte verte,
Et frais et blancs rideaux
Aux fenêtres ouvertes.

Et, sur le pont, une cage d'oiseau
Et deux baquets et un tonneau ;
Et le roquet qui vers les gens aboie,
Et dont l'écho renvoie
La colère vaine vers le bateau.

Le batelier promène
Sa maison naine
Sur les canaux
Qui font le tour de la Hollande,
Et de la Flandre et du Brabant.

Il a touché Dordrecht, Anvers et Gand,
Il a passé par Lierre et par Malines,
Et le voici qui s'en revient des landes
Violettes de la Campine.

Il transporte des cargaisons,
Par tas plus hauts que sa maison :
Sacs de pommes vertes et blondes,
Fèves et pois, choux et raiforts,
Et quelquefois des seigles d'or
Qui arrivent du bout du monde.

Il sait par coeur tous les pays
Que traversent l'Escaut, la Lys,
La Dyle et les Deux Nèthes ;
Il fredonne les petits airs de fête
Et les tatillonnes chansons
Qu'entrechoquent, en un tic-tac de sons,
Les carillons.

Quai du Miroir, quai du Refuge,
A Bruges ;
Quai des Bouchers et quai des Tisserands,
A Gand ;
Quai du Rempart de la Byloque,
Quai aux Sabots et quai aux Loques,
Quai des Carmes et quai des Récollets,
Il vous connaît.

Et Mons, Tournay, Condé et Valenciennes
L'ont vu passer, en se courbant le front,
Sous les arches anciennes
De leurs grands ponts ;
Et la Durme, à Tilrode, et la Dendre, à Termonde,
L'ont vu, la voile au clair, faire sa ronde
De l'un à l'autre bout des horizons.

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Sam 22 Sep 2012 - 23:00

J'avance dans la lecture du recueil intitulé Les force tumultueuses et autres poèmes, en fait quelques poèmes de la plupart des recueils de Verhaeren et qui se suivent dans un ordre chronologique. Tronquée l'expérience de découverte est cependant possible et est appuyée par une bien belle préface de Georges Thinès (écrivain et professeur à l'université de Louvain. Les thématiques ne sont pas extrêmement joyeuses, certains poèmes pourraient bien d'ailleurs être considérés comme des scansions sinistres, cependant le mélange de quelques ingrédients rendent ce monde attachant et l'expérience/lecture proprement consistante.

Il y a évidemment l'aspect symbolique et l'atmosphère symboliste sombre et habitée de forces puissantes de la nature et de personnages iconiques et solitaires (la figure du moine est surprenante), de même que le lien entre un particulier et un pluriel ou un générique. Ce va et vient est indissociable du symbolisme mais sa portée communautaire le concrétise fortement, tirant souvent la couverture (l'ombre plutôt) vers les communautés laborieuses de la terre et de la mer, paysans et marins.

Les villes apparaissent donc comme des immensités à tendances surnaturelles, d'un monde qui n'est pas celui de l'homme, du côté astrologique du monde de Verhaeren. Le lien étant compliqué par le double de celui de l'individuel au particulier, le rapport d'échelle et/ou entre intérieur et extérieur.

On remarque aussi des figures de l'auteur comme celle du crapaud qui pleure... la peine de l'auteur plus que celle de l'homme qui prend elle des dimensions plus grandes jusqu'à Si morne! des Débâcles qui approche l'abstraction (organique).

Spoiler:
 

Finalement de son côté de l'océan et quelques années avant, dans sa forme plus classique de rimes et de structures, il n'est pas très éloigné des poésies américaines (que j'ai découvertes récemment), objectivistes. Il n'a pas peur d'appuyer certains effets d'images à dessein presque trop fortes (il ne faut pas oublier cependant le martèlement sourd qui peut les accompagner) et certaines liaisons dans les représentations sont violentes.

Et enfin, ce qui certainement me séduit beaucoup, très vite, c'est un monde qui apparait, une sensation du monde qui tend à être rendue sensible d'une manière complète, enchainée au temps (à moins que l'espoir ne soit dans le passé), avec un homme et ses constantes et tout ce qui change et dépasse. J'aime bien la comparaison avec Ramuz pour ça et pour leurs similitudes de rusticités et de paysages qui ne cachent pas leurs dynamiques volontaires (dont les dynamiques de vision des paysages, la dynamique de la narration). Et avec des poèmes courts, les tentatives de longueurs dégagent cette envie de repousser encore les bords du cadre dans une ivresse de la vision et de la sensation avec une tension dramatique renforcée.

C'est très facile et très prenant cette lecture. J'en suis aux Villages illusoires.

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MessageSujet: Re: Emile Verhaeren   Dim 23 Sep 2012 - 11:10

Extraordinaire, Animal ce "Si morne" .
Moi qui pense qu´il y a une poésie pour illustrer chaque moment, émotion ou épreuve de la vie, celui-ci serait l´étonnant portrait de la dépression.
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