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 Gaëlle Josse

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kenavo
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MessageSujet: Gaëlle Josse   Sam 8 Jan 2011 - 8:28





Gaëlle Josse est née en 1960. Après des études de droit, de journalisme, de psychologie et quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris comme rédactrice dans un magazine. Elle vit en région parisienne. Elle a publié des poèmes dans de nombreuses revues et est l’auteure de plusieurs recueils de poésie.
Les heures silencieuses est son premier roman.


son site

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kenavo
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Sam 8 Jan 2011 - 8:46


Les heures silencieuses
Citation :
Présentation de l'éditeur
"A l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps." Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits... Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son coeur, explorant les replis les plus secrets de l'âme

Je m'appelle Magdalena Van Beyeren. C'est moi, de dos, sur le tableau.
Premières phrases de ce roman et nous voilà témoin d'une "rencontre": Gaëlle Josse qui a vu ce tableau du peintre Emmanuel De Witte et s'est imaginée la vie, et, plus, les pensées de cette femme qu'on voit sur cette image.
En forme de journal intime elle donne une voix à cette inconue et s'est convaincant. On se retrouve à Delft au temps de Vermeer (qui est d'ailleurs aussi cité avec des tableaux à lui).

Autant que j'aime si un auteur se prend d'un personnage réel et en écrit une biographie romancée, autant j'adore cet exploit de donner des mots à une peinture. D'emmener le lecteur à l'intérieur de cette maison, de cette société où les femmes avaient des sorts tout autre que de nos jours.

Pari réussi, belle écriture et mise en scène très réussie. Un très bon moment de lecture.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Sam 8 Jan 2011 - 9:00

Interview de Gaëlle Josse


Y-a-t-il un "vrai" tableau à l’origine de ce roman ?

Absolument, et c’est à partir de ce tableau que tout a commencé, c’est celui qui figure d’ailleurs sur la couverture ! Je l’ai tout d’abord découvert dans un livre, et il m’a tellement intriguée que je suis allée à Rotterdam, au musée Boymans le voir en « en vrai ». C’est donc une vraie rencontre !

Il s’agit d’une peinture d’Emmanuel de Witte, un peintre hollandais du 17ème, qui m’avait impressionnée par son atmosphère très mystérieuse créée par la présence de cette femme, qui est devenue Magdalena dans le livre, montrée de dos dans une vaste chambre à son virginal, sorte de clavecin.

Il donne aussi à voir, sur la gauche du tableau, un homme couché dans une alcôve, on devine à peine le visage, avec ses vêtements et son épée sont posés sur un siège.

Il ne s’agissait pas d’un plaisir esthétique, mais de vraies questions que me posait le tableau : pourquoi se faire représenter au milieu de toutes ses richesses, mais en dissimulant son visage, et pourquoi cet homme au lit, dans cette sorte présence/absence ?

L’épée d’un côté et les bruits du monde qu’elle apporte ; la musique de l’autre, avec des questions plus intimes, plus intérieures. Que se passait-il entre ces deux univers, séparés par cette enfilade de pièces et ce sol dallé ? Et de quelle scène la servante représentée dans une des pièces est-elle le témoin ?

Je crois qu’à un moment, Magdalena est réellement descendue de son cadre, elle m’a prise par la main, entraînée dans le tableau, et m’a confié son histoire. Et pour être tout à fait honnête, j’ajouterais que j’ai dû, de mon côté, lui faire part de quelques-unes de mes intranquillités...Nous sommes quittes !


source et suite


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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Sam 8 Jan 2011 - 9:20

J'aime beaucoup l'idée de donner une "vraie" vie à un tableau.

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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Ven 14 Jan 2011 - 20:03

Que faire d'autre ? Je note, bien sûr ! content

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mimi54
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Lun 25 Juil 2011 - 15:49

« A ce moment là, j’ai décidé que l’on m’y verrait de dos. Car à ne plus être désirée, ai-je encore un visage ? »

Qu’il fut doux, le temps passé en compagnie de Magdalena. Dans un langage exquis, et raffiné, en totale adéquation avec son milieu social, Magdalena se confie librement et se dévoile aussi spontanément qu’elle se met en retrait sur la toile que M.De Witte doit exécuter.
Cette épouse de notable de Delft nous invite dans l’intimité de son boudoir, et de sa vie.
Ses joies, ses peines, ses désirs secrets, ses inquiétudes de mère, ses fiertés….Avec une plume délicate, légère, Gaëlle Josse réussit, en peu de pages, à mettre en mots toute l’atmosphère de la bourgeoisie de l’époque.
Ce monologue est émouvant. Le détail de l’écriture, n’est pas sans rappeler la peinture hollandaise que j’aime tant, la peinture des atmosphères, des intérieurs, la peinture de l’intime.
Je ne peux en dire plus, si ce n’est de lire ce petit bijou. Vous ne le regretterez pas.


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topocl
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Sam 17 Mar 2012 - 17:57

Les heures silencieuses

Delft, 1667. Une femme, Magdalena Van Beyeren


Une femme résignée confie sa vie à son journal. C'est la femme du tableau qui orne la couverture : elle y est représentée de dos comme elle l’a choisi, car c'est comme cela à cette époque, une femme, bien qu’ aimée, n'est qu'un petit élément dans la vie fastueuse d’un riche armateur, et, même si elle est appréciée pour son intelligence, sa personnalité importe peu. Elle nous parle de la vie à Delft, les bateaux sus, le commerce, les serviteurs. Et de son passé : les joies qu'elle a su cueillir, les douleurs qu'il a pu dépasser, mais que, les unes comme les autres, elle a vécues seule, car dans le couple, le respect l'emporte sur les épanchements. Ce n'est pas une vie malheureuse, c'est une vie plutôt heureuse de cette époque.

Gaëlle Josse nous offre un récit assez sombre, paisible et cristallin, et sous le propos respectable, se discerne une passion et des emportements qui ne demanderaient qu'à s'épanouir. Récit bref, car une vie, c'est bien cela, des jours heureux, un sens du devoir qui fait taire les jours malheureux, une grande solitude qui se cache derrière le faste. Et l’on découvre que cette femme, que l'on croyait à l'aube de la vieillesse, n'a que 36 ans…

Citation :
L'ordre, la mesure et le travail sont des remparts contre les embarras de l'existence. C'est ce qu'on nous apprend dès l'enfance. Vanité de croire cela. Chaque jour qui passe me rappelle, si besoin était, que la conduite d'une vie n'est en rien semblable à celle d'un stock d'épices ou de porcelaine.
Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empêcher la mer de nous submerger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments. Elles restent toujours à consolider ou à refaire. Le cœur des hommes est d’une moindre résistance, je le crains
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kenavo
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Mer 28 Mar 2012 - 15:05


Nos vies désaccordées
Citation :
Présentation de l'éditeur
"Avec Sophie, j'ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n'ai été aussi désarmé qu'aujourd'hui, ni plus serein peut-être." François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu'il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver. Confronté à un univers
inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, jusqu'au basculement. La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver?

Parfois des livres doivent être lu jusqu’à la dernière page pour « diffuser » tout leur charme.
En cours de route, je dois avouer, j’étais cette fois-ci moins happée par l’auteur que dans son roman d’avant. Mais 130 pages ne se refusent pas et j’étais quand même assez intéressée de voir le crescendo.
Mon ignorance point de vue indices musicales en est surtout la cause de la non-compréhension des premières pages. Gaëlle Josse a changé de registre, ce n’est pas à un tableau réel dont elle inspire la vie, mais à une relation existante : Clara et Robert Schumann.
Mais ce n’est pas une histoire 1 :1, elle prend quelques ingrédients de leur vie pour les mélanger et les présenter sous une forme nouvelle.. et tout à fait charmante et valable.


Aimer comme on écrit une icône. On l’écrit avec du temps, du temps infini, avec des couleurs comme du rouge, de l’orange, du brun, avec des traces d’or et infiniment d’amour.
On l’écrit pour se souvenir d’un amour plus fort que le poids des jours, plus fort que ces fragments de mosaïque que nous tentons de rassembler afin que nos vies rencontrent un jour leur visage. Il s’y mêle toutes les larmes et le souvenir des musiques oubliées.
Ecrire une icône à l’image de qu’on ne connait pas, de ce qui demeure plus grand et plus aimant que nous. On l’écrit en écoutant le silence, le vent, les feuilles, et en oubliant la rumeur.
En interrogeant un regard grave qui murmure de croire encore alors que la nuit s’avance.
On l’écrit en se souvenant de la trace des pas minuscules de ceux qui nous ont précédés dans le labyrinthe, à la poursuite d’un rêve qui s’envole, dans l’offrande d’une poussière colorée, les laissant désolés autant qu’éblouis.



Clara Schumann – en tant que muse – au pied du tombeau de son mari, cimetière à Bonn


Je décerne le prix de la couverture la plus moche de l’année 2012 à ce livre (et c’est bien pour 2012, il ne pourra pas venir pire au cours de l’année diablotin

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MessageSujet: Les heures silencieuses   Jeu 29 Mar 2012 - 18:06

J'avais bien aimé "Les heures silencieuses". Je ne connaissais pas l'auteur et j'ai seulement découvert le fil après. Raconter une histoire de femme dans le Delft de Vermeer...: bien réussie en ce qui concerne les possibilités et impossibilités dans ce moment historique; bien racontée avec une langue adaptée, fluide mais peut-être même trop proche d'une vivion d'aujourd'hui, d'une langue qui me seblait pas de l'époque?!

Mais si enfin j'ai pas donné un max d'étoiles, c'est pour un sentiment de déjà-vu que seulement un autre a su m'éclairer sans hésitation: mais oui, on retrouve en partie des ingrédients de "La fille au boucle d'oreille" de Trcy Chevalier, n'est-ce pas.
Une peinture, une figure de femme entre épanouissement et repression, le Delft du XVIIème siècle...

Ceci n'empêche pas que beaucoup y trouveront un bon roman!
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Lun 25 Juin 2012 - 21:42

Nos vies désaccordées

Un auteur est toujours « attendu au tournant » après un premier roman bien accueilli par les lecteurs. Ce fut le cas, en ce qui me concerne, pour Les heures silencieuses où la plume de Gaëlle Josse m’avait enchantée. Je ne me suis pas fait prier pour repartir à l’aventure avec son second ouvrage.
Gaëlle Josse change complètement d’univers, d’époque, et, choisit, cette fois, de se mettre dans la peau d’un pianiste reconnu sur les traces d’une femme aimée. L’auteur tente de mettre en parallèle Clara et Robert Schumann, en diffusant ici où là des éléments incitant le lecteur à écouter Schumann au cours de la lecture (ce que j’ai fait bien volontiers, et avec délectation), mais…cela reste assez lointain, et quelque peu frustrant.
La plume de Gaëlle Josse est toujours aussi belle, aussi fine. La musique diffuse harmonieusement au fil des pages. Cependant, je reconnais avoir été un peu moins séduite par ce nouvel opus. Les personnages, plus nombreux, me semblent un peu moins travaillés, un peu plus dans le flou. En revanche, elle semble aller plus loin dans l’intime de nos vies ; ces attitudes que l’on prend, ces mots que l’on dit ou ne dit pas, nos petites ou grandes lâchetés…
La personnalité de François Vallier explique en partie un accueil un peu moins enthousiaste de ma part. « Quand j’y songe, je me dis que je n’aimerais pas trop rencontrer un type comme moi. » Moi non plus !!!
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Lun 8 Avr 2013 - 10:02


Noces de neige
Citation :
Présentation de l’éditeur
Elles sont des centaines à rêver d'une autre vie. Mais pour Irina, rêver ne suffit pas. De Moscou, le Riviera Express doit la conduire à Nice, jusqu'à Enzo. Elle est prête à saisir sa chance. N'importe quelle chance. Mais sait-on vraiment ce qui nous attend ? Irina n'a jamais entendu parler d'Anna Alexandrovna, jeune aristocrate russe, ni de son long voyage en train, en sens inverse, de la côte d'Azur à Saint-Pétersbourg, un huis clos où les événements tragiques se succèdent. Qui s'en souvient ? Un siècle les sépare, et pourtant leurs histoires sont liées à jamais.

Le troisième livre de Gaëlle Josse et décidemment elle n’a pas arrêté de m’enchanter. Elle se renouvelle à chaque fois. En tant que lecteur faut s’aventurier à chaque fois dans un autre univers avec elle et son talent est de la sorte qui arrive à réussir l’exploit.

En chapitres alternants entre mars 1881 et mars 2012 on embarque dans ce train qui réunit Nice et la Russie.

Ecriture habile qui arrive à capter le lecteur et des histoires qui se révèlent avec beaucoup de finesse. Sans manquer la petite histoire à la fin pour nouer les deux vies des protagonistes.

Auteur à suivre…

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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Mar 9 Sep 2014 - 11:51


Le dernier gardien d’Ellis Island
Citation :
Présentation de l’éditeur
New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d'Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l'immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l'épouse aimée, et Nella, l'immigrante sarde porteuse d'un étrange passé.
Un moment de vérité où il fait l'expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d'événements tragiques. Même s'il sait que l'homme n'est pas maître de son destin, il tente d'en saisir le sens jusqu'au vertige.
A travers ce récit résonne une histoire d'exil, de transgression, de passion amoureuse d'un homme face à ses choix les plus terribles.

Gaëlle Josse a visité Ellis Island en 2012. Le centre est devenu entretemps un musée… et bien qu’elle n’ait aucune idée d’écrire sur ce sujet, cette histoire s’est imposée en elle…
Et quel bonheur pour le lecteur !

Depuis ses débuts je suis cette auteure et je la retrouve toujours avec autant de plaisir. Le sujet d’Ellis Island était pour moi un intérêt en plus.

Quand elle dit (dans une interview dont je donne le lien à la fin de mon commentaire) que les murs d’Ellis Island semblent avoir absorbé les voix de toutes les personnes qui sont passées par là, elle ajoute avec ce roman un visage à cet endroit.



Ici, même l’idée de Dieu ne parvenait pas à réunir les hommes. Je ne sais s’il se taisait, ou bien si nous ne savions pas l’entendre.


Liste d’arrivants de l’Italie, 1900

Les immigrants, dans le chaudron d’Ellis, dans ces fonts batismaux gigantesques, ressortaient sous forme de citoyens américains, libres et égaux, priés de travailler dur, de parler anglais et d’utiliser des dollars en lieu et place de lires, de zlotys ou de roubles. Il est pourtant illusoire de penser que les hommes et les femmes qui œuvrent à la bonne marche de cette entreprise ne sont que des pièces anonymes et substituables, et qu’à trop vouloir oublier ce qui appartient en propre à chacun, c’est un peu de notre âme que nous laissons en chemin.


Pendant quarante-cinq années – j’ai eu le temps de les compter -, j’ai vu passer ces hommes, ces femmes, ces enfants, dignes et égarés dans leurs vêtements les plus convenables, dans leur suer, leur fatigue, leurs regards perdus, essayant de comprendre une langue dont ils ne savaient pas un mot, avec leurs rêves posés là au milieu de leurs bagages. Des malles, des cantines, des paniers, des valises, des sacs, des tais, des couvertures, et à l’intérieur tout ce qui reste d’une vie d’avant, celle qu’ils ont quittée, et qu’ils doivent, pour ne pas l’oublier, garder dans un lieu fermé au plus profond de leur cœur afin de ne pas céder au déchirement des séparations, à la douleur de se souvenir des visages qu’ils ne reverront jamais. Il faut avancer, s’adapter à une autre vie, à une autre langue, à d’autres gestes, à d’autres habitudes, à d’autres nourritures, à un autre climat. Apprendre, apprendre vite et ne pas s retourner. Je ne sais pas si pour la plupart d’entre eux le rêve s’est accompli, ou s’ils ont brutalement été jetés dans un quotidien qui valait à peine celui qu’ils avaient fui. Trop tard pour y penser, leur exil est sans retour.


on peut voir une vidéo avec l'auteur qui présente son livre sur le site de l'éditeur

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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Sam 10 Jan 2015 - 14:41

Le dernier gardien d'Ellis Island

1954. Alors que les autorités décident de fermer Ellis Island, un homme qui y a fait toute sa carrière professionnelle se souvient.
C'est un court roman  bien écrit, quoique sans brio, qui mêle  l'histoire individuelle de cet homme et l'hasardeuse  destinée de tous les immigrants rêvant de l'Amérique, terre promise.  
Splendide sujet, libre assez plaisant , mais dont j'ai trouvé l'aspect documentaire assez survolé et platement pédagogique. Quant à l'histoire personnelle du gardien, c'est malheureusement trop souvent l'aspect mélodramatique qui occupe ma première place. au détriment du questionnement sur le rôle réel de l'Américain face aux migrants, terre d'accueil au filtrage impitoyable, la responsabilité des hommes travaillant à ce centre de tri et leurs petits aménagements avec la probité.

Des photos d'AF Sherman dont Gaëlle  Josse explique toute ambiguïté dans son livre:


Femme venant de l'ancien royaume de Ruthenia (à l'emplacement de l'actuelle Ukraine et du nord-est de la Roumanie), sans date.


Hongroise


Passager clandestin allemand


Jakob Mittelstadt et sa famille, russe allemand, le 9 mai 1905. Admis pour aller à Kullen, Dakota du Nord.
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Dim 17 Jan 2016 - 17:42

-Le dernier gardien d'Ellis Island-



Le récit se passe en 1954, à Ellis Island, quelques jours avant la fermeture de ce centre d'immigration dont John Mitchell, le narrateur, est son directeur. Cet homme intègre et scrupuleux, resté seul à bord, se retourne sur son passé et rédige alors les souvenirs qui le hantent: Ces femmes et ces hommes qu'il a vu passer pleins d'espoirs, abandonnant leur passé derrière eux, et lachés le plus souvent dans la précarité. Certains qu'il a dû refouler pour ne pas déroger aux règles très strictes, et d'autres qu'il a aidés, outrepassant ses fonctions, parfois mû par des sentiments troubles.

Un roman écrit dans un style sobre qui nous révèle l'histoire de cet homme solitaire, coincé entre morale et devoir, meurtri par la perte de son épouse et enfermé dans sa bulle, et qui se retrouve face à ses doutes et ses secrets, à ses remords aussi. L'ambiance est forcément austère, et le sujet bien que poignant, ne se prête pas aux débordements, mais j'ai tout de même ressenti une certaine lassitude, un manque de passion, et trop de non dits pour que cette histoire m'emporte. D'ailleurs j'ai mis beaucoup de temps à en faire son résumé, et à l'heure qu'il est, il ne me reste qu'un souvenir diffus. Ce n'était peut être pas la bonne période pour le lire, ceci dit!

.
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   Dim 17 Jan 2016 - 17:55

Comme moi tu es restée un peu sur ta faim, donc....
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MessageSujet: Re: Gaëlle Josse   

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Gaëlle Josse
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