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 Tanizaki Junichirô

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troglodyte
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MessageSujet: Tanizaki Junichirô    Lun 28 Mai 2007 - 22:59


(1886-1965)

. . Venant de comprendre que l'habillage graphique de ce forum s'inspire des shôji*, comment ne pas mentionner l'Eloge de l'ombre ?
Maître Tanizaki nous y révèle :
Citation :
. . Souvent il m'arrive de m'arrêter devant un shôji pour contempler la surface du papier, éclairée sans être pour autant éblouissante ; dans les salles immenses des monastères, par exemple, la clarté est atténuée, en raison de la distance qui les sépare du jardin, à un point tel que leur pénombre blafarde est sensiblement la même été comme hiver, par beau temps aussi bien que par temps couvert, matin, midi ou soir. Les recoins ombrés qui se forment dans chaque compartiment du cadre des shôji, à armature serrée, semblent autant de traînées poussiéreuses et feraient croire à une imprégnation du papier, immuable de toute éternité. A ces moments-là, j'en viens à douter de la réalité de cette lumière de rêve, et je cligne des yeux. Car elle me fait l'effet d'une brume légère qui émousserait mes facultés visuelles.
* shôji : cloison mobile constituée par une armature de lattes en quadrillage serré, sur laquelle on colle un papier blanc épais qui laisse passer la lumière, mais non le regard.

Citation :
Bibliographie/Index (Cliquez sur les chiffres pour accéder directement aux pages)

1910 - Le Tatouage
1910 - Le Ki-lin
1910 à 1936 – Le secret Pages 4
1910 à 1936 – Terreur Pages 4
1910 à 1936 – La Haine Pages 4
1910 à 1936 - Le goût des orties Pages 5
1911 – Les jeunes garçons Pages 4
1915 - Le meurtre d'O-Tsuya
1917 à 1926 - L'Affaire du Yanagiyu et autres récits étranges
1918 à 1936 - Le Chat, son maître et ses deux maîtresses Pages 3
1919 - Le Pied de Fumiko
1921 - Puisque je l'aime
1922 - L'Eternelle idole
1925 - Un Amour insensé Pages 1, 3
1928 - Svastika Pages 2, 3
1929 - Le Goût des orties
1930 - De la paresse
1931/1932 - La Vie secrète du Seigneur de Musashi
1932 - Le Coupeur de roseaux Pages 1, 2
1932/1933 - Deux Amours cruelles (Shunkin, Ashikari) Pages 4
1933 - Eloge de l'ombre Pages 1
1935 - Autour du pot
1943 à 1961 – Le pont flottant des songes Pages 4
1948 - Quatre sœurs (ou Bruine de neige) Pages 1, 3, 5
1956 - Années d'enfance
1956 - La Clef (La Confession impudique) Pages 2, 3
1961 - Journal d'un vieux fou Pages 2
1962 - Nostalgie de Kyôto , dans Le Vase de Béryl


Citation :
arrêté à la page 5 le 02/01/2012
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Marie
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 6 Juin 2007 - 1:50

Dans ce livre, que j'ai retrouvé après fouille approfondie dans les différentes strates de ma bibliothèque.....il me semblait qu'il y avait un long exposé sur la beauté des "lieux d'aisance" japonais!

Petits extraits:

Chaque fois que, dans un monastère de Kyôto ou de Nara ,l'on me montre le chemin des lieux d'aisance construits à la manière de jadis, semi obscurs et pourtant d'une propreté méticuleuse, je ressens intensément la qualité rare de l'architecture japonaise. Un pavillon de thé est un endroit plaisant, je le veux bien, mais des lieux d'aisance de style japonais, voilà qui est conçu véritablement pour la paix de l'esprit...

En vérité, ces lieux conviennent au cri des insectes, au chant des oiseaux, aux nuits de lune aussi; c'est l'endroit le mieux fait pour goûter la poignante mélancolie des choses en chacune des quatre saisons et les anciens poètes de haïkaï ont dû trouver là des thèmes innombrables....

etc, suivent d'intenses réflexions sur l'importance du bois pour la cuvette de chasse d'eau . En fait, l'idéal aurait été ,pour Tanizaki, une de ces cuvettes "en fleur de liseron" faite de bois et remplie d'aiguilles de cryptomère bien vertes .
Qu'il n'a pas eu, trop compliqué et cher, mais on retrouve le goût du détail et du raffinement typiquement japonais......

traduit du japonais par René Sieffert
Publications orientalistes de France
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coline
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 6 Juin 2007 - 12:51

Marie a écrit:
c'est l'endroit le mieux fait pour goûter la poignante mélancolie des choses en chacune des quatre saisons

Je n'y aurais pas pensé...mais puisque Tanizaki le dit... :)
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eXPie
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Dim 25 Mai 2008 - 21:36

Petite présentation Tanizakienne :

Né en 1886 dans une famille aisée, son horizon s'assombrit lors de la ruine de son père. Il travaille alors pour poursuivre ses études, qu'il finit par abandonner (il est renvoyé de l'Université en 1911 car il ne pouvait plus payer les frais de scolarité) pour se consacrer à la littérature. Il publie des textes dans des revues, notamment une nouvelle qui le rendra célèbre, Le Tatouage (1910). Tout d'abord fasciné par la culture occidentale, ses textes sont emplis de bizarreries et d'extravagances provocantes. Par la suite, il sera de plus en plus influencé par la culture japonaise ; cette fracture dans son oeuvre coïncide avec son déménagement pour Kyôto, suite au séisme de Tôkyô de 1923.
Ses textes comporteront néanmoins encore des éléments provocateurs : fétichisme (du pied), domination... mais la provocation peut aussi provenir de l'omission, comme dans Bruine de Neige (également connu sous le titre de Quatre Soeurs) qui, écrit de 1937 à 1941, est totalement indifférent aux efforts de mobilisation patriotique de l'époque.
Un des thèmes de prédilection de Tanizaki est la fascination de la beauté féminine, qui peut amener l'homme à n'importe quel avilissement, à devenir volontairement esclave d'une ravissante créature qui se transformera ainsi en femme dominatrice.


Un amour insensé (Chijin no ai, 1924, 276 pages, Editions Folio, traduit par Marc Mécréant).

Le premier roman de Tanizaki.

Le narrateur, un ingénieur d'une trentaine d'années rencontre une très jeune femme, serveuse de quinze ans, Naomi.
Elle le fascine parce qu'elle ressemble à une Occidentale (et plus exactement à Mary Pickford). Il la prend sous sa protection, et, tel un Pygmalion, l'éduque, veut en faire une femme "bien". Puis il l'épouse malgré (ou à cause) de la grande différence d'âge. Mais son caractère n'est pas exactement celui qu'il eût souhaité : elle est très attirée par tout ce qui est occidental (tout comme le narrateur, mais bien plus), le cinéma (avec les stars hollywoodiennes), la musique, l'anglais, mais aussi la façon de s'habiller, de danser, de penser, de se conduire. Elle est indépendante, jolie, superficielle, et mène son homme par le bout du nez... Le narrateur a une relation ambigüe avec elle. On pourrait dire qu'il aime son corps mais pas son esprit.
Citation :
"Dès lors, je n'arrêtai plus de retourner danser avec Naomi. Chaque fois, j'étais écoeuré par ses défauts et, sur le chemin du retour, m'abandonnais à un sentiment de répulsion. Mais cela ne durait jamais bien longtemps et, en l'espace d'une nuit, mon coeur oscillait sans cesse de l'amour à la haine, aussi changeant que la prunelle d'un chat."(p.126).
Il se laisse dominer avec plaisir :
Citation :
"Eût-elle été une renarde, avec un corps aussi ensorcelant, que j'aurais souhaité malgré tout, et avec joie, me laisser ensorceler." (page 147)
Citation :
"Je dois ici confesser l'indignité de ce qu'on appelle un homme. Pour ne rien dire de la journée, une fois la nuit venue elle triomphait régulièrement de moi. Triomphait de moi... je devrais plutôt dire que l'animal en moi se laissait subjuguer par elle." (page 193).
Se rebellera-t-il, ou continuera-il à penser qu'"elle ne trouverait pas d'autre homme capable de faire d'elle tout le cas que je faisais moi, et de lui passer toutes ses volontés - elle le savait pertinemment" (p.211) ? Comment évoluent leurs relations très conflictuelles ? C'est ce que le lecteur peut suivre dans cette "chronique d'un amour conjugal".
Excellent.

A noter que l'édition de la Pléiade, outre une notice très intéressante, corrige des détails : par exemple "Mac Sennett" (page 37) redevient Mack Sennett.
J'ai lu les deux versions, côté à côté, pour m'en rendre compte.
Non, c'est même pas vrai.


Dernière édition par eXPie le Dim 25 Mai 2008 - 23:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Dim 25 Mai 2008 - 21:46

Bruine de Neige (Sasame yuki, 1948, 694 pages, La Pléiade, Oeuvres, volume II, traduit par Marc Mécréant). Ce roman a également été traduit sous le titre Quatre Soeurs par Georges Renondeau en 1964 (Folio, 889 pages).

Les citations sont extraites de la version Pléiade (pour une comparaison des traductions... euh... sur mon site) dont la traduction est nettement meilleure que celle de Folio, qui accuse un peu son âge. Pourtant, tout ça, c'est Gallimard...

Pour une fois, Tanizaki se départ de sa provocation... à un détail près, qui va amener les autorités à suspendre la parution de l'ouvrage - s'étalant finalement de 1943 à 1948 - qui sortait par livraison dans une revue :
Citation :
"Alors que la situation militaire est des plus préoccupantes, ce roman détaille à longueur de lignes l'existence de femmes faibles et caractérisées par un inadmissible individualisme. Nous ne pouvons désormais accepter une telle publication, qui révèle de surcroît une attitude d'une totale inconvenance de la part d'une revue qui s'en tient à une position d'observateur passif face à l'effort de guerre" (La Pléiade, notice, page 1391).


L'histoire est d'une simplicité incroyable pour un roman de Tanizaki, surtout pour un texte de cette taille : il s'agit de la recherche d'un "mari convenable" (page 507 du tome II La Pléiade ; on pourrait presque écrire "un garçon convenable", pour reprendre le titre du roman de Vikram Seth) pour Yukiko, la troisième des quatre soeurs Makioka. Ses deux aînées sont déjà mariées. Il est indispensable qu'elle se marie pour que la petite dernière - Taeko, une jeune fille très indépendante - puisse à son tour se marier... Tout ce petit monde appartient au milieu de la vieille bourgeoise du Kensai, une bourgeoisie aisée, ou plutôt qui l'a été mais qui est maintenant sur le déclin. Les quatre soeurs font très jeunes, le temps ne semble pas prendre prise sur elles même si, du fait des dimensions de l'ouvrage, insensiblement, les choses peuvent changer...
Les soeurs sont très différentes de caractère, allant d'une certaine limpidité (Sachiko, qui est en quelque sorte le personnage principal) à une grande opacité (Yukiko, dont on a toujours une vue "extérieure"), en passant par une créature très tanizakienne, Taeko. La soeur aînée, Tsuruko, est quant à elle un personnage plus secondaire.


Les autorités nippones du début des années 1940 n'avaient pas tout à fait tort en interdisant le roman : en effet, la guerre y est évoquée, mais en arrière-plan, sans aucun appel héroïque à un effort de guerre ; elle a bien des impacts, mais comme un effet d'irisation sur la bulle de savon dans laquelle vivent les soeurs, un univers influencé par la culture occidentale, mais baignant dans les traditions japonaises qui rythment les saisons : chasse aux lucioles, ou bien promenades parmi les cerisiers en fleurs, comme dans le passage suivant

Citation :
Aussi lorsque dans l'après-midi du second jour ils revenaient de Saga, elles choisissaient l'instant crépusculaire où le soleil printanier allait se coucher et où se fait plus vif le regret de ce qui finit, pour, traînant leurs pieds fatigués de leur demi-journée de promenade, errer sous les fleurs de l'enclos sacré. Devant chaque cerisier ou presque - celui de la rive de l'étang, celui qui veille à l'entrée du pont, celui qui marque un coude de l'allée, ceux qui frangent la galerie couverte -, elles faisaient halte, soupiraient, prodiguaient les élans d'une tendresse infinie ; même après leur retour à Ashiya et tout au long de l'année jusqu'au printemps suivant, elles pouvaient fermer les yeux, elles retrouvaient toujours au revers de leurs paupières closes le dessin des branches et la couleur des fleurs de chacun des arbres.
(page 108-109)

Les années passent ainsi, les guerres lointaines se précisent ; des catastrophes naturelles surviennent... et la quête du mari convenable continue.

Outre cette ligne directrice, on retrouve quelques thèmes déjà exposés dans les romans précédents de Tanizaki, notamment celui de la femme manipulatrice... :
Citation :
[...] pour elle, elle s'accommoderait très bien d'un homme sans goûts raffinés ni subtilité d'esprit ; elle n'avait rien contre les êtres frustes et remuants ; au contraire, un compagnon moins relevé qu'elle serait facile à manier, et elle n'aurait pas besoin de prendre des gants avec lui [...] (page 356)
... ainsi que le thème associé : la jeunette mariée avec un homme nettement plus âgé qu'elle et qui le mène - ou tente de le mener - par le bout du nez.
Le texte est parfois empreint d'humour comme, par exemple, au terme d'un long et goûteux passage gastronomique (partie II, chapitre XXX) qui doit certainement beaucoup plaire à Kawakami Hiromi :
Citation :
« Que se passe-t-il, Ki ?
- Mais cette bête remue encore ! » [...]
De plus, si elle aimait largement autant que la brème de mer les sushi aux langoustines dont le patron était si fier, ceux qu'il appelait ses "sushi danseurs" parce que, même sectionnées, les chairs vivantes en tressaillaient encore, elle ne les absorbait qu'une fois assurée qu'elles ne bougeaient plus du tout, tant elle se sentait mal à l'aise aussi longtemps qu'elle les voyait s'agiter.
«Mais c'est justement ça qui en fait le prix ! [...] »(page 384)

Pour qui aime la culture japonaise et sait prendre son temps, Bruine de Neige est un vrai chef-d'oeuvre, une oeuvre majeure de la littérature japonaise ; par contre, si vous aimez les trucs qui bougent dans tous les sens à chaque page, si vous cherchez des perversions et des excès en tous genres, passez votre chemin, rien de tel là-dedans !

Un chef-d'oeuvre, c'est bien, mais un chef-d'oeuvre de 900 pages, c'est encore mieux !
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Arabella
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Lun 26 Mai 2008 - 7:45

J'ai recu les deux volumes de la Pléiade à Noël et je n'ai pas encore eu le temps de les lire, mais dès que j'ai fini tous les Kawabata, ce qui ne saurait tarder je m'y mets.

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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Lun 26 Mai 2008 - 13:03

A noter, si tu veux être exaustive, que le roman Svastika n'a pas été repris dans la Pléiade... alors qu'il est disponible chez Folio. Un peu dommage, quand même.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Lun 26 Mai 2008 - 18:57

En effet, c'est dommage. Merci pour l'information.

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swallow
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MessageSujet: ELOGE DE L´OMBRE   Jeu 28 Aoû 2008 - 12:12

Avec ma manie infantile de toujours me demander "pourquoi"- tu te souviendras sûrement Coline, comment une fois et sur un autre Forum, on avait (vainement) essayé de me mettre au pas, m´expliquant que je devrais me méfier, me défaire de cette mauvaise habitude de vouloir tout comprendre, car analyser et tout décortiquer si minutieusement pourrait bien me mener à l´anéantissement de la poésie, du mystère et des non-dit des personnages et des romans que je disais aimer et je pouvais donner l´impression de me livrer à la dissection d´êtres chers, etc...Je ne continue pas le tableau, voilà Barajas et l´ADN qui revient dans mon esprit...
Je veux en savoir plus sur le raffinement japonais ( culture, peinture, décoration, gastronomie, etc). Que fait l´art asiatique pour me fasciner à ce point?
J´avance...Söseki m´avait déjá mis sur la bonne voie avec son oreiller d´herbes, et puis Tanizaki Yunichiro ( que nous presenta un beau jour Troglo) me donne plein de clefs, afin de comprendre depuis ma perspectrive occidentale, en quoi consiste l´esthétique asiatique.
ÉLOGE DE L´OMBRE.
"Mais pourquoi cette propension à rechercher le beau dans l´obscur se manifeste-t-elle avec tant de force chez les Orientaux seulement? L´Occident lui aussi, il n´y a pas si longtemps ignorait l´électricité, le gaz, le pétrole, mais, pour autant que je sache, il n´a jamais pourtant éprouvé la tentation de se délecter de l´ombre."
Quelle peut-être l´origine d´une différence aussi radicale dans les goûts? Tout bien pesé, c´est parce que nous autres, Orientaux, nous cherchons à nous accomoder des limites qui nous sont imposées, que nous nous sommes de tout temps contentés de notre condition présente: nous n´éprouvons par conséquent nulle répulsion á l´egard de ce qui est obscur, nous nous y résignons comme à l´inevitable: si la lumière est pauvre, et bien qu´elle le soit! Mieux, nous nous enfonçons avec délice dans les ténèbres et nous leur découvrons une beauté qui leur est propre.
Les Occidentaux, par contre, toujours à l´affût du progrès, s´agitent sans cesse à la poursuite d´un état meilleur que le présent. Toujours à la recherche d´une clarté plus vive, ils se sont evertués, passant de la bougie à la lampe à pétrole, du pétrole au bec de gaz, du gaz à l´éclairage électrique, à traquer le moindre recoin, l´ultime refuge de l´ombre.

L´auteur termine son livre avec des annotations sur l´engagement évident du pays, vers le modernisme, l´industrialisation, issus de la culture occidentale. Il cherche, imagine des moyens qui seraient capables de compenser les degâts: les lettres et les arts semblent l´unique réponse. Et il y contribue indiscutablement, avec" L´eloge de l´ombre".
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Jeu 28 Aoû 2008 - 12:18

Tiens, justement je l'ai commandé ce livre! Je vais me régaler je sens!
Je me suis aussi acheté La clef qui s'annonce particulier mais intéressant.
4ème de couverture:
Un respectable professeur d'université, à l'âge du démon de midi, ne parvient plus à satisfaire sa jeune femme dotée d'un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s'aperçoit que la jalousie est un incomparable stimulant. Chacun des deux époux tient un journal, sachant très bien que l'autre le lit en cachette... Un roman audacieux sur un sujet délicat.

Je posterai mes commentaires une fois les deux oeuvres lues.


Dernière édition par The Valuk le Dim 12 Oct 2008 - 13:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Jeu 4 Sep 2008 - 22:36

Eloge de l'ombre:

Roman extrêmement court, je ne m'y attendais pas. Fini en une petite soirée... Comme son nom l'indique il s'agit de l'apologie d'une certaine noirceur issue de la culture orientale (et spécifiquement japonaise bien sûr).
Cela est illustré à travers une myriade d'exemple triviaux de la vie quotidienne, comme les toilettes, la cuisine, l'architecture et j'en passe. L'auteur montre comment les détails qui marquent les ustensiles les plus insignifiants d'une civilisation traduisent une certaine philosophie chez cette dernière.
Ainsi le Japon a su s'accommoder des contraintes de la nature en y trouvant de la beauté, contrairement à l'Occident qui persiste à toujours tout vouloir contrôler, embellir, falsifier... Tanizaki regrette par la même occasion l'inéluctable chute du Japon vers les travers occidentaux qu'il trouve bien pratiques, comme nous tous, mais qu'il condamne néanmoins en y réfléchissant...

C'est en définitive davantage une réflexion, un essai, qu'un roman. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire et suis prêt à continuer l'aventure avec La clef, dans un tout autre registre!


Dernière édition par The Valuk le Ven 26 Déc 2008 - 14:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 22 Oct 2008 - 8:12

Quatre soeurs


Nous sommes dans les années 30, au Japon, dans la région de Kobe, Tanizaki nous présente quatre soeurs, Tsourou ko, Satchi ko, Youki ko et Tae ko Makioka issues d'une famille bourgeoise très connue (mais en perte de prestige), aux destins bien différents: les deux aînées sont mariées et leur avenir est tout tracé alors que celui des cadettes est loin de l'être.

Entre tradition et modernité, le lecteur suit les heurs et malheurs de ces femmes au rythme des cerisiers en fleurs et de la saison des pluies. Lentement, finement, une photographie du Japon s'esquisse sous les mots subtils et d'une grande poésie de Tanizaki. Ce dernier prend son temps pour exposer les situations, les scènes et parfois c'est du théâtre Nô qui se joue entre les lignes. Doucement le Japon s'ouvre à l'Occident et adopte ses conduites révolutionnaires: les vêtements qui libèrent les mouvements des hommes et des femmes, la nourriture et surtout les moeurs. En effet, la benjamine de la famille, célibataire et fantasque aux yeux de ses soeurs (elle travaille non pour s'occuper mais pour gagner sa vie et devenir indépendante!), créée d'extraordinaires poupées, prend des cours de couture européenne, souhaiterait se rendre en France pour se perfectionner et surtout mène une vie sentimentale bien agitée, défrayant la chronique et faisant peser sur Youki ko, la troisième soeur toujours célibataire, un lourd fardeau, celui des rencontres matrimoniales qui invariablement échouent! Pourtant Youki ko a la beauté et la sensibilité typiquement japonaises dotées d'une éducation traditionnelle des plus raffinée.
La chronique familiale tourne autour des rencontres organisées tant par la maison aînée, celle de la famille de Tsourou ko, que par la maison cadette, celle de Satchi ko. Le lent ballet des repas chaperonnés, des conversations, des enquêtes menées par les familles respectives, est une peinture souvent humoristique mais aussi d'une grande émotion: le regard occidental du lecteur ne peut l'empêcher d'avoir le coeur serré lorsque Youki ko est emmenée pour être jaugée. Peu à peu, les rencontres se répétant, il en arrive cependant à se demander si Youki ko ne provoque pas, sans en avoir l'air, les réponses négatives. A-t-elle vraiment envie de devenir une épouse exemplaire dans la plus pure tradition japonaise? Ne désire-t-elle pas rester solitaire plutôt que de subir un mariage arrangé? Son attachement envers sa nièce, Etsou ko, semble la combler, de même que sa vie auprès de sa soeur Satchi ko. Youki ko est un des personnages les plus complexes du roman malgré son apparent effacement, sa fragilité et son étrange transparence qui n'en est pas une: est-elle attachée au prestige ancien de sa famille au point de refuser les différents partis qui se présentent à elle et ne sont que mésalliance à ses yeux?
Tae ko, la plus jeune et la moins conformiste (alors qu'elle excelle dans les danses traditionnelles), navigue entre deux prétendants: le benjamin d'une famille de joaillers qui lui a été dévolu depuis longtemps et qu'elle ne peut épouser avant que Youki ko ne soit mariée, selon la coutume, et un photographe issu d'un milieu des plus modestes. Le premier fréquente le quartier des plaisirs et les geishas, et insouciant dilapide son argent en jouissant de toutes les joyeuses distractions proposées à tout homme de sa classe sociale; le second sait ce que le labeur signifie et n'hésite pas à risquer sa vie pour sauver celle de Tae ko lors des grandes inondations. Le premier la harcèle alors qu'elle n'a qu'un seul souhait, celui de rompre leur engagement; le second parvient à l'émouvoir par ses attentions et sa tendresse mais est happé par la mort. Pour finir,Tae ko atteint les sommets de l'inconvenance et de la déchéance en attendant un enfant hors mariage! Le comble pour les Makioka, famille prestigieuse malgré les aléas de leurs finances.
Ce qui est fascinant dans ce roman fleuve, c'est le brio avec lequel Tanizaki parvient à tenir en haleine son lecteur avec une chronique familiale où l'action est loin d'être trépidante. Tout tient dans les atmosphères (les petits poèmes écrits par Teinosuke et Satchi ko suite à la visite des cerisiers en fleurs de Kyôtô, échos sensuels de leur union), les personnages secondaires attachants tels que les enfants des voisins allemands, porte ouverte sur l'Occident et ses coutumes (la scène de l'enlacement du couple après l'angoisse des inondations stupéfie et interpelle Satchi ko!) ou encore la servante O Harou, incorrigible bavarde mais indispensable auxilliaire du quotidien. Le lecteur se laisse transporter dans les trains électriques reliant Osaka à Tokyo, en compagnie des bagages des soeurs, savoure le spectacle des danses ou du théâtre Kabouki, les dîners au restaurant où de succulents sushis sont servis et se trouve sous l'empire du charme immatériel des cerisiers en fleurs!
Tanizaki ne chante pas le regret de l'ancien Japon qui disparaît à mesure que la modernité gagne ce dernier mais laisse percer la douleur et la déception de voir son pays accéder à l'ère moderne en se niant et en minimisant sa culture et sa capacité à apporter des richesses au monde occidental: le sentiment d'infériorité du Japon transparaît dans la confiance moindre accordée aux médicaments japonais (notamment pour le béribéri dont souffrent les soeurs Makioka) qui ne tiennent pas la comparaison avec les produits pharmaceutiques allemands.
"Quatre soeurs" est un roman à découvrir, à lire avec patience et à déguster lentement comme on déguste un Oolong délectable. Le lecteur féru de culture et de littérature japonaises ne pourra qu'y succomber!


Un extrait


"(...) un matin où Satchi ko était entrée dans le cabinet de travail de Teinosuke pour en faire le rangement comme d'ahbitude, elle remarqua une feuille de papier demeurée sur sa table. Dans la marge, à côté de quelques lignes tracées à la hâte, elle découvrit ce poème écrit au crayon:
A Saga par un jour d'avril
S'assemblent de jolies femmes aux beaux atours:
Les cerisiers de la capitale sont en fleurs.
(...)
Je regarde les fleurs de Heian s'envoler.
Ces pétales qui nous laissent le regret d'un printemps qui s'en va,
Je les conserverai en secret dans ma manche.
Satchi ko écrivit son poème au crayon dans la marge à la suite de celui de son mari (...) d'autres vers étaient écrits à la suite des siens (...):
Que je puisse conserver en secret au moins un pétale
Dans la manche du kimono pour voir les fleurs,
En souvenir du printemps qui passe."
(p 310)
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 22 Oct 2008 - 8:16

J'ai retrouvé un court avis sur
Le coupeur de roseaux


Ce court roman entraîne le lecteur dans la découverte du monde des sensations du Japon traditionnel.
Le narrateur se promène, la nuit de la fête de la lune, autour d'un ancien palais impérial, le long d'un fleuve bordé de champs de roseaux.
Des poèmes classiques lui reviennent en mémoire dont un, en particulier, scandant le rythme de la promenade et des réminescences:
"Je regarde dans le lointain,
Le pied des montagnes est enveloppé de brumes.
Rivière Minase!
Pourquoi avoir préféré
Les soirs d'automne?"

Et nous voilà plongés dans l'univers captivant des empereurs disparus, des quartiers de plaisirs, des geishas...
La pleine lune est propice aux rêveries, à la poésie, à l'imagination. Les roseaux chantent sous le vent d'automne et soudain une rencontre...
Le lecteur lit alors une histoire d'amour aussi pure que dérangeante. Une question s'insinue au fil des lignes: où se situe la frontière entre la vénération d'un amour épuré et la perversité de l'inaccessible amour?
Les roseaux ondulent et nous emportent....
Une lecture à l'atmosphère apaisante et mystérieuse.
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 22 Oct 2008 - 8:19

J'ai les deux volumes de la Pléiade et je me dis après tes belles critiques Chappy, que décidement il faut que je m'y mette honte

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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    Mer 22 Oct 2008 - 11:48

Intéressant. Je suis justement en train de lire La clef qui est une subtile correspondance entre un mari et sa femme à travers leur journal intime. Chacun soupçonne l'autre de le lire sans en avoir toutefois la certitude. Je posterai mon avis bientôt. Very Happy
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MessageSujet: Re: Tanizaki Junichirô    

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Tanizaki Junichirô
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