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 Maxim Leo [Histoire d'un Allemand de l'Est]

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animal
Tête de Peluche
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MessageSujet: Maxim Leo [Histoire d'un Allemand de l'Est]   Dim 23 Jan 2011 - 18:39


Maxim LEO, journaliste au Berliner Zeitung, est né à Berlin (Est) en 1970. Il a étudié les sciences politiques à Berlin et à Paris. En 2002, il a reçu le Prix franco-allemand du journalisme, et en 2006, le Prix Theodor Wolf. En 2009, il a publié Haltet euer Herz bereit (Blessing), l’histoire de sa propre famille, qui concentre la plupart des éléments fédérateurs des générations qui se sont succédées en RDA : l’espoir et la foi des pères fondateurs, le désenchantement de leurs enfants qui n’ont pas voulu partager leur rêve de ce socialisme-là, le soulagement de leurs petits-enfants quand s’achève ce chapitre de l’histoire allemande.
source

Histoire d'un Allemand de l'Est, traduction de Olivier Mannoni, paru chez Actes Sud, ISBN : 978-2-7427-9272-6

A partir de ses souvenirs mais aussi d'interviews et de documents de sa famille : journaux personnels, dossiers divers, dossiers de la Stasi et avec quelques photos Maxim Leo dresse son portrait d'allemand de l'est devenu allemand tout court à 19 ans quand le mur est tombé. Une grande importance est donnée à deux grands pères Gerhard et Werner, l'un a été héros de la résistance en France, le second athlètes aux JO a vécu sans grand trouble la venue du nazisme puis est devenu soldat avant d'être fait prisonnier en France. Gerhard était déjà communiste avant la guerre, Werner le devient, les deux ainsi que leurs familles respectives font partie de l'Allemagne de l'Est, de Berlin Est. Avec leurs histoires personnelles et leur famille.

Deux figures fortes que l'auteur découvre finalement pas préservées de toutes formes de doutes et animées derrière certaines contradiction par une volonté d'utilité et d'espoir d'un monde meilleur. Ce qui est aussi le cas de sa mère Anne (journaliste) et un peu autrement de son père Wolf (artiste) tous les deux d'une génération au format de l'est si on doit emprunter un cliché réducteur.

Par ce cheminement on a plusieurs exemples d'engagements politiques et ou personnels à travers un prisme proche de celui de la vie quotidienne et familiale. Il y a du "trouver sa place" (expatriés en France avant la guerre), des choix concrets et des choix par défauts au milieu des circonstances : la guerre et deux dictatures... avec quelques similitudes. L'occasion d'une plongée assez détaillée dans une vision de Berlin Est, derrière l'image très énigmatique qu'elle présente et surtout cette marque imprimée sur des familles coupées en deux. Et le pouvoir paranoïaque, un contrôle tentaculaire et écrasant (où les protections personnelles jouent un grand rôle) de l'information et de l'expression de la pensée. Sans forcément remettre en cause le fondement justifié ou justifiable d'un état présenté aussi comme une (petite) utopie.

Si la vision des plusieurs systèmes vécus est importante (et la vision de leurs systèmes de valeurs affichés) la réflexion se porte naturellement en parallèle vers une relativisation du système en question pour se concentrer sur la vie dans un système avec les façons d'y adhérer, d'y contribuer ou de le rejeter ou d'essayer de le rendre meilleur. Engagements personnels et politiques. Comment la démarche individuel peut-être la même dans un contexte différent.

Et une histoire familiale une redécouverte de la famille, la levée de certaines ombres, un pas derrière des silences.

Très intéressant et qui fournit des points de repères non négligeables sur notre petit monde tout actuel et sur ce voisinage historique et géographique. On doit pouvoir discuter d'une partie de la forme mais le tour d'horizon est complet et précis et ça serait vraiment bête de passer à côté à plus forte raison peut-être pour celles et ceux qui sentent un manque d'images et de points de vues sur tout ce bloc historique mais pas seulement, sur une idée de politisation. (exemple : ma génération ?)

Citation :
Je m'étonne moi-même, à vrai dire. J'ignore comment tout cela est arrivé, comment l'homme de l'Est a disparu en moi. Comment je suis devenu un habitant de l'Ouest. C'est certainement le fruit d'un processus rampant, analogue à ces maladies tropicales hautement contagieuses qui mettent des années à se propager dans le corps sans se faire remarquer et finissent par prendre le pouvoir. Les temps nouveaux ont transformé ma rue ; ils m'ont changé, moi aussi. Je n'ai pas eu à me déplacer : c'est l'Ouest qui est venu à moi. Il a fait ma conquête à domicile, dans mon environnement familier. Il m'a facilité le départ dans une nouvelle vie. J'ai une épouse qui vient de France et deux enfants qui ignorent totalement qu'il y a eu un jour un mur à Berlin. J'ai un emploi bien payé dans un journal, et mon souci principal du moment est de savoir si nous devrions poser du parquet ou du carrelage dans notre cuisine. Je n'ai plus besoin de donner le change, je n'ai pas à m'engager, aucun point de vue de classe ne m'est nécessaire. La politique peut-être un sujet de discussion si l'on ne trouve rien de mieux. Ce n'est pas la société, c'est moi qui suis devenu le thème principal de mon existence. Mon bonheur, mon boulot, mes projets.

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Maxim Leo [Histoire d'un Allemand de l'Est]   Dim 23 Jan 2011 - 18:48

Merci pour ce commentaire Animal.

Je confirme, un livre très intéressant sur ce destin de devenir "allemand tout court" après avoir grandi dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Mon amie Katrin de Dresde a beaucoup aimé et n'est pas très différente dans ses questionnements et son besoin de repositionnement politico-culturel.
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Madame B.
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MessageSujet: Re: Maxim Leo [Histoire d'un Allemand de l'Est]   Dim 23 Jan 2011 - 19:18

Merci pour ce commentaire, Animal. Ce livre me semblait en effet intéressant.
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animal
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MessageSujet: Re: Maxim Leo [Histoire d'un Allemand de l'Est]   Dim 23 Jan 2011 - 20:19

pour compléter une présentation et interview de la Gazette de Berlin

Citation :
Il est des destins à cheval sur deux époques, deux mondes. Il en va aussi parfois de certaines familles. Maxim Leo, chroniqueur truculent et talentueux au Berliner Zeitung se penche sur l’histoire de sa famille sur six décennies. Une famille singulière dans un pays (ou deux ?) et une époque qui ne l’est pas moins. Si l’Allemagne ou même Berlin semble parfois être un résumé géopolitique (Fascisme, Shoa, Stalinisme, fin de la guerre froide) de la deuxième moitié du 20ème Siècle, cette famille est au cœur du Maelstrom. Quand l’histoire intime croise la grande Histoire. Des destins empreints d’un certain tropisme franco-allemand : du grand-père juif allemand résistant en France, en passant par un « dépucelage idéologique » de l’auteur à 16 ans à travers un voyage en Provence, jusqu’aux enfants franco-allemands qui grandissent aujourd’hui à Prenzlauer Berg. De l’inéluctable atavisme…

(...)

La Gazette : L‘écriture de ce livre a changé beaucoup de choses dans votre vie ?

Maxim Leo : Je crois bien que c’était une chose importante. A différents niveaux, tout d’abord en tant que membre de cette famille, que j’ai abordé d’une nouvelle façon, très intense. En général c’est une opportunité géniale de pouvoir se pencher si longtemps sur sa famille de cette façon. Cela a quelque chose de thérapeutique. Quand on sait d’où on vient, quand on se pose beaucoup de questions, que l’on ne se serait pas posé autrement et on comprend beaucoup de choses. On vit moins dans l’illusion, d’être individualiste et d'être plein de choses que l'on a décidé. A travers une pareille démarche, on traite de sa famille et on constate que l’on est le maillon d’une chaîne.


La Gazette : C’est une découverte agréable ou plutôt déplaisante?

Maxim Leo : C’est, je crois, un peu comme une désillusion, mais c’est aussi salutaire. D’abord on relativise, on ne considère plus tout aussi important et puis on ne se sent plus complètement responsable de ce que l’on est.

Quand on lit dans le journal intime de son grand-père, que l’on a jamais connu, qu’il a toujours nagé en plongée sur une dizaine de mètres quand il s’est baigné avant de nager normalement ensuite…On a une forme de choc : je fais exactement toujours la même chose, et j’ai vu deux fois ça dans ma vie. Ensuite ça devient clair, tu ne peux pas te protéger des gens, tu peux rompre le contact, mais même au-delà de la génération de ton père, des choses sont transmises par le code génétique ou autrement et dont tu ne peux te débarrasser, cela fait simplement partie de toi.

C’est une expérience d’humilité, de vérité. Enfin pour ceux qui tiennent au fait de s'être créés eux-mêmes, c’est bien sûr une prise de conscience bouleversante. Mais je trouvais en réalité très bien que l'on puisse se persuader d’être le maître de son propre destin, mais ce n’est pas vrai bien sûr. Bien entendu, on peut nier ce sentiment jusqu’à une certain point et faire exactement le contraire de ce qui s’inscrirait dans une histoire presque pré-écrite, mais étant donné que je ne trouve pas si repoussants ces gens que j’ai rencontré, ç a va pour moi. (rires)

Et puis c’était aussi pour moi en tant que défi d'écriture une importante étape, d’avoir écrit ce livre, comme une petite borne franchie…

(...)


clic d'interview : www.lagazettedeberlin.de

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