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 Karel Capek [République tchèque]

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eXPie
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Lun 8 Oct 2012 - 23:17


Le Dossier Makropoulos. (Věc Makropulos, 1922). Comédie en trois actes. Traduit du tchèque par Michel Chasteau. 95 pages. Editions de l'Aube (le volume comporte également R.U.R. et la Maladie Blanche, deux pièces qui ont été rééditées récemment).
Dans son avant-propos, Čapek parle d'une nouvelle - dont il n'avait pu lire qu'un résumé - de G.B.Shaw, Back to Mathusalem, qui traite de la longévité.
Citation :
"Autant que je puisse en juger, monsieur Shaw verrait, dans la possibilité de vivre plusieurs centaines d'années, l'idéal de la condition humaine, une sorte de paradis à venir. Le lecteur se rendra compte de lui-même que dans la comédie qu'il va lire, ce problème de la « longévité » est abordé en fin de compte de façon tout à fait différente, et représente en fin de compte une condition aussi peu idéale que souhaitable. Il est bien difficile de dire quelle est, de ces deux opinions, la plus valable. Dans un cas comme dans l'autre, il manque, hélas, à ces deux théories d'être fondées sur une expérience personnelle." (pages 109-110).

Nous sommes dans le bureau d'un avocat. Vitek, son aide, fait du classement.
Gregor, un client, attend le résultat de son affaire, qui est jugée au tribunal. C'est une affaire familiale à plus d'un titre : pour lui, Gregor, mais aussi pour l'avocat, car ce litige s'éternise depuis plus de quatre-vingt-dix ans ! Il se transmet de génération en génération dans la famille de l'avocat.
Juste au moment où l'affaire Makropoulos semble tirer à sa fin, où un jugement définitif va être rendu, un nouvel élément va tout chambouler. Cet élément, c'est Emilia Marty, la célèbre cantatrice, qui vient demander des informations sur ce procès Gregor. Or, elle a elle aussi des renseignements très précis, inédits, comme s'ils étaient de première main... que cherche-t-elle ?

C'est une bien étrange femme, Emilia Marty. Son chant est incroyable, et son physique, sa présence, font tourner les têtes :
Citation :
"GREGOR - Oui, je perds la tête. Je n'ai jamais perdu la tête comme en ce moment. C'est effrayant, le pouvoir que vous avez de déchaîner, de pousser un être sensé hors de ses limites, comme un clairon qui sonne la charge. Avec-vous jamais vu couler le sang ? C'est un spectacle qui peut entraîner l'homme jusqu'à la démence ! Eh bien c'est cela, c'est cela que j'ai ressenti en vous voyant pour la première fois. Il y a quelque chose de terrible en vous, quelque chose de terriblement incompréhensible. Vous devez avoir beaucoup vécu, n'est-ce pas ? Ah ! Je ne comprends pas que personne ne vous ait encore assassinée !" (pages 134-135)

On a vite compris ce qu'il en est, d'autant plus que si on aime un petit peu l'opéra, on connaît l'Affaire Makropoulos (1926), de Janacek (la traduction "Le Dossier" au lieu de "L'Affaire" est une tentative de restitution d'un jeu de mots en tchèque, comme l'explique le traducteur dans une Note sur la traduction du livre).

"[...]Věc Makropulos risque de frapper l'auditeur par son écriture austère, soumise au dialogue extrêmement dense préservé par Janacek ; sa science de la « parole chantée » y éclate cependant à nouveau, permettant à ces échanges rapides, martelés, agressifs, prosaïques, elliptiques et expressionnistes, de susciter des personnages vivants et identifiables, grâce à la variété rythmique et thématique du discours vocal, ainsi qu'à la partie orchestrale qui opte cette fois pour un pointillisme acerbe. L'ouverture, pleine d'angoisse et d'agitation, juxtapose des épisodes contrastés, où la fébrilité des cuivres, des vents et des cordes graves s'oppose au chant des violons". (Piotr Kaminski, Mille et un Opéras).

Même si le lecteur a vite deviné ce qu'il en était, ou peut-être à cause de cela, la pièce est amusante : les autres protagonistes sont en effet un peu lents à comprendre, eux, créant un effet burlesque. C'est logique : nous sommes face à une pièce de théâtre, alors que les personnages, eux, sont supposés vivre dans la vie réelle, et ce genre de choses n'arrive généralement pas dans la vraie vie.

On trouve quelques réflexions pas inintéressantes sur le thème de la longévité (c'est Čapek lui-même qui parle du thème de sa pièce dans son avant-propos), sur la vision que l'on peut avoir de l'Histoire selon qu'on l'a vécue ou pas...
Citation :
"VITEK(indigné) - Mais permettez, on n'a pas le droit de dire des choses pareilles. Ce... ce n'est pas une affirmation historique ! Danton... Danton n'avait pas les dents gâtées. Vous ne pouvez pas le prouver ! Et quand bien même, qu'est-ce que cela changerait ? Rien du tout !
EMILIA - Comment, ça ne changerait rien ? Mais c'est dégoûtant !
VITEK - Non ! Avec tout le respect que je vous dois, je ne peux pas permettre... Danton ! Comment peut-on oser dire des choses pareilles ? Si l'on vous écoutait, il n'y aurait plus rien de grand dans l'Histoire !
EMILIA - Il n'y a rien de grand dans l'Histoire.
VITEK - Que voulez-vous dire ?
EMILIA - Il n'y a jamais rien eu de grand dans l'Histoire. Je le sais." (page 149).


Ce n'est certes pas la meilleure oeuvre de Čapek, mais elle est très plaisante et amusante (c'est officiellement une comédie, mais il y a comme d'habitude un fond sombre), parfois fascinante, avec un sujet quand même très sérieux (mais spéculatif) : "longue vie : chance ou calamité ?"


On notera un "rabattre les oreilles" (page 147) au lieu de "rebattre", bien sûr.


Dernière édition par eXPie le Lun 9 Juin 2014 - 22:01, édité 1 fois
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shanidar
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Mar 9 Oct 2012 - 10:17

ayant lu également les deux autres pièces dans cette édition de L'Aube, je me demandais si les versions Minos/La Différence étaient très différentes (ou juste des rééditions de textes épuisés)...

quant au Dossier Makropoulos, c'est une pièce qui flirte avec le vaudeville, très enjouée (j'aime beaucoup le personnage d'Emilia Marty à la fois femme de tête et un peu putassière) et qui pose la question de l'éternité : qu'en ferions nous ? avec une réponse plus pessimiste qu'omptimiste (a contrario de Shaw).

je vais voir si je peux me procurer un DVD de l'opera de Janacek...

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eXPie
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Mar 9 Oct 2012 - 19:25

shanidar a écrit:
ayant lu également les deux autres pièces dans cette édition de L'Aube, je me demandais si les versions Minos/La Différence étaient très différentes (ou juste des rééditions de textes épuisés)...
je vais voir si je peux me procurer un DVD de l'opera de Janacek...
A part des préfaces de quelques pages (qui remplace celle de Jan Rubes présente dans la version grand format avec les trois pièces, le texte est le même.
Je me demande si Makropoulos sera réédité. C'est devenu impossible de se le procurer autrement que dans cette version grand format, elle-même plus trouvable... sauf en bibliothèque (ou en occaz', ici ou là)...

Oui, Emilia Marty, à la fois blasée, mais qui a envie de vivre, mais qui dit en même temps que vivre longtemps est un cauchemar... Elle est multiple.

L'opéra ne se finit pas tout à fait de la même façon (mais c'est un détail).
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Arabella
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Mar 16 Oct 2012 - 21:56

kenavo a écrit:

Voyage vers le Nord
Citation :
Présentation de l'éditeur
En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l’écrivain tchèque Karel Capek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l’Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges, myriade d’îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d’un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Capek pressent la fin d’une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos.

En faisant des recherches pour ses pièces de théâtre, j’ai vu qu’il existait un livre de cet auteur paru chez cette maison d’édition qui m’est chère depuis un bon moment et voyant le sujet, je ne pouvais pas résister à la tentation.

Et je ressors d’un voyage tout à fait charmant !

En période de bruits de bottes il a besoin de croire à la paix, la bonté de l’homme et surtout dans la beauté de la nature. Sans qu’il y a ait des réflexions concernant la situation politique, il arrive à mettre ici et là des petites remarques qui montre qu’il n’oublie pas le danger qui est en train d’envahir l’Europe

Citation :
… bien qu’il s’agisse d’une race parfaite, personne ici n’a développé de théorie raciale.

Mais ce sont surtout ses descriptions de la nature qui remplissent ce livre tout à fait extraordinaire. Et l’éditeur a bien fait d’accompagner son récit avec 170 illustrations faites par l’auteur. Tout cela en fait de ce livre un voyage parfait… et intemporel dans sa beauté des mots

/ / / / /


Je vous invite de visiter la page de l’éditeur, consacré à ce livre, où on ne peut non seulement feuilleter les premières pages mais aussi écouter une émission de 22 minutes sur France Inter qui a pour sujet cet auteur et ce livre en particulier.


Un très joli voyage en compagnie de Karel Capek. Les pages les plus belles (et les plus nombreuses) concernent la Norvège. La "croisière" sur un petit bateau chargé à bloc de diverses marchandises est très drôle et tendre à la fois. Les descriptions des paysages sont très poétiques et touchantes, les dessins apportant un grand plus pour s'imaginer les choses. C'est un vrai livre d'écrivain, avec un style, une écriture.
Très jolie découverte.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Dim 5 Mai 2013 - 17:56

La guerre des Salamandres

Dans la première partie nous suivons le capitaine van Toch dans un de ses voyages, dans le Pacifique. Irascible, têtu, il pense tout savoir. Mais il va découvrir dans l'île de Tana Masa quelques chose d'inimaginable, une espèce de salamandres, étrangement intelligentes. Le vieux capitaine va s'y attacher, et vouloir les aider. En échange de perles qu'elles pêchent, il leur apporte des couteaux et autres ustensiles pour les aider à se défendre contre les requins, à construire des digues...Et leur apprend les rudiments du langage. Et les dissémine en douce dans d'autres îles dans des conditions favorables pour leur développement. Une société va prendre en main leur sort, et tout en perfectionnant leur maîtrise de la technique, vendre leur force de travail dans l'eau, les transformant en esclaves, indispensables au fonctionnement de la société humaine. Les choses suivant leur cours, un jour les esclaves se révoltent et menacent leurs maîtres dans son existence même.

Le résumé ne peut pas réellement rendre compte de l'inventivité de ce livre, qui joue sur beaucoup de registres. Une description truculente de personnages, le capitaine van Toch en tout premier lieu. Une sorte de livre fantastique dans la première partie, avec la découverte des salamandres. Et puis la mise à nue de mécanismes totalitaires, mais aussi une logique mercantile que l'on trouve plus que d'actualité. S'en est d'ailleurs presque effrayant, un certain nombre de réactions, de même que la façon de transformer la réalité, dans la presse par exemple, pour la faire correspondre à certains schémas sonne plus vraie que nature. C'est très drôle d'ailleurs pas moments, mais par moments pas du tout. Cette manière dont les choses échappent à tout contrôle, et aillent jusqu'à la catastrophe prévisible sans possibilité de stopper la folle machine en route, est d'une justesse terrifiante.

Une lecture surprenante et très riche.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Dim 5 Mai 2013 - 18:33

Et pour une fois qu'une salamandre n'est pas qu'un idiot tatouage sur la cheville d'une midinette de bord de piscine !

ça pourrait bien me changer de mes habitudes comme j'aime ce livre, je note dans un coin de ma tête !

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Dim 5 Mai 2013 - 19:26

C'est sûr que c'est un livre différent, surprenant à plus d'un titre. Très moderne en fait, dans la façon de jouer avec les codes du roman, tout en les démontant.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Lun 31 Mar 2014 - 22:50

- Voyage vers le Nord (Cesta na sever). Illustrations de Karel Čapek. Préface de Cees Nooteboom (traduite par Isabelle Rosselin). Traduit du tchèque par Benoît Meunier en 2010. 284 pages.

Dans son introduction, Cees Nooteboom écrit :
"Quand Voyage vers le Nord paraît à New York en 1939, Karel Čapek est mort depuis un an déjà, brisé par ce qui se déroule dans son pays après la trahison à Munich des grandes nations d'Europe occidentale, qui ont signé avec Hitler les accords scellant le sort de la Tchécoslovaquie. [...]
Le lecteur ingénu de New York s'aperçoit-il de quoi que ce soit en ouvrant le carnet de voyage de Karel Čapek en Norvège ? [...] À vrai dire, non : on sent ici et là, seulement si on le sait, une très légère allusion à un monde malveillant qui doit exister ailleurs, mais certainement pas à bord du Håkon Adalstein, le bateau qui longe la côte norvégienne en direction du cap Nord. On ne le sent pas d'avantage dans les chapitres d'introduction qui présentent une image plutôt paradisiaque du Danemark, pays de cocagne, de la Suède, carrée dans son fauteuil, très loin du cruel reste du monde, d'une Norvège presque rêvée, provoquant l'homme tout de regard qu'il est et le poussant à des descriptions merveilleuses, éblouissantes, de la nature
[...]" (pages 9-11)

Le texte est accompagné des beaux petits dessins de l'auteur.

Au début, Čapek dit avoir déjà fait un voyage dans le Nord :
Citation :
"ses ports, ses escales ont pour noms Kierkegaard, Jacobsens, Stringberg, Hamsun, etc. ; c'est toute la carte de Scandinavie qu'il me faudrait couvrir des noms de Brandes et Gjellerup, Geijerstam, Lagerlöf et Heidenstam, Garborg, Ibsen, Bjørrnson, Lie, Kielland, Duun, Undset et Dieu sait qui encore ; Per Hallström, pourquoi pas. [...] Mais tout cela ne fut guère utile, et un jour, il faut bien s'en aller admirer certains endroits de cette terre, ceux où l'on se sent chez soi ; alors on s'émerveille, on hésite entre deux éblouissements : on avait déjà vu cela, ou bien on n'aurait jamais pu se l'imaginer. C'est bien en cela que la grande littérature est étrange : elle est ce qu'une nation a de plus national, mais la langue qu'elle parle est intelligible et familière à tous. Aucune diplomatie, aucune société des nations n'est aussi universelle que la littérature. Or, les hommes n'y accordent que trop peu d'importance ; et voilà pourquoi ils peuvent encore se haïr ou se sentir étrangers les uns les autres.
Et puis il y a un autre voyage, un autre pèlerinage dans le Nord, qui n'a qu'une seule direction : ce Nord où l'on trouve des bouleaux, des forêts, où pousse l'herbe et scintillent d'innombrables étendues d'eau bienheureuse ; où le froid est argenté, le brouillard plein de rosée et la beauté plus tendre et plus grave que toute autre ; nous aussi, nous sommes déjà ce Nord doux et froid, car nous en portons au plus profond de notre âme une parcelle que même une insolation prise pendant les moissons ne peut faire fondre [...] " (pages 18-20)
On sent clairement des allusions à la situation internationale...

Et c'est parti ! On passe de l'Allemagne au Danemark.
Citation :
"Un petit pays, de ce vert clair qu'on utilise pour colorer les plaines sur les cartes ; des prés verts et de verts pâturages mouchetés de petits troupeaux [...]
il y a par ici une montagne, paraît-il, on lui a même donné un nom : le Himmelbjerg [littéralement : « montagne du Ciel », explique une note] : l'un de mes amis la cherchait en voiture, et comme il ne la trouvait pas, il demanda à des autochtones où elle se trouvait, lesquels lui ont dit qu'il l'avait déjà franchie plusieurs fois. Mais ce n'est pas bien grave ; au moins, on voit loin, d'ailleurs, en se hissant sur la pointe des pieds, on doit même apercevoir la mer. Rien à dire, c'est un tout petit pays, quoiqu'il compte plus de cinq cents îles ; c'est une petite tranche de pain, mais bien beurrée." (page 26).



Puis, c'est la Suède.
Citation :
"Du granit noir, des bouleaux blancs, des fermes rouges et des forêts noires : pour que la première impression soit complète, il ne manque plus que les lacs argentés. Ils scintillent par intermittence parmi les forêts, de tailles et de formes variables : ici une petite mare noire sur un lit de tourbe : là une longue lame d'argent qui s'enfonce à perte de vue dans la masse sombre de la forêt ; des lacs entourés de saules argentés, reflétant un ciel clair, et parsemés de nymphéas et de nénuphars [...]" (page 53).



Et on arrive en Norvège pour embarquer à bord du Håkon Adalstein. Il paraît bien petit, le bateau qu'on est en train de charger ; la femme de Karel Čapek s'en inquiète auprès du capitaine.
Citation :
Kaptein, lui demande avec anxiété l'âme inquiète qui m'accompagne aussi bien sur le chemin de la vie que sur la route du Nord, kaptein, ce bateau, il est vraiment tout petit, non ? »
Le kaptein rayonne. « Jaaa, grommelle-t-il avec reconnaissance. Un petit bateau, madame. Un bateau très douillet. »
Douillet, c'est le mot ; on était en train de charger à bord des sacs de ciment. « Et, kaptein, ce bateau, il n'est pas un peu vieux ? »
« Ne-e-ei, dit le kaptein, rassurant. Un bateau très récent. Complètement rénové. »
« Et quand a-t-il été rénové ? »
Le kaptein réfléchit un instant. « Mille neuf cent deux, dit-il. C'est un bon bateau. »
« Et quel âge a-t-il, au juste ?»
« Ja, soupire le kaptein. Soixante-deux ans, madame. »
L'âme inquiète n'a qu'un battement de paupières. « Et il peut transporter autant de briques et de ciment ? Il ne va pas couler ? »
« Ne-e-ei, assure le kaptein. Nous allons aussi charger trois cent sacs de farine. [...] Et nous prendrons encore deux cents tonnes de ballast. Ja
« Pourquoi ? »
« Pour que le bateau ne chavire pas, madame. »
« Ah, parce qu'il peut chavirer, votre bateau ? »
« Neei. »
« Et il peut entrer en collision avec un autre bateau ? »
« Neei. Sauf s'il y a du brouillard.»
« Il y en a souvent en été, du brouillard, par ici ? »
« O ja. Du brouillard, ça arrive. Jaa. » Le kaptein clignait de ses yeux bleus avec affabilité sous ses sourcils en brosse ; à mon avis, s'il porte ces brosses, c'est pour ne pas avoir à ses protéger les yeux de la main quand il guette un récif." (pages 123-124)



Et on longe la côte, direction : le Nord !

Encore un très bon et très beau livre de Čapek, dans un genre bien différent de ses autres livres.
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Lun 31 Mar 2014 - 22:55

intense reflexion Il me semblait que tu l'avais lu il y a déjà un bon moment ?

Et qu'attends tu pour La guerre des Salamandres ?

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Lun 31 Mar 2014 - 22:58

Arabella a écrit:
intense reflexion Il me semblait que tu l'avais lu il y a déjà un bon moment ?
Oui, tout à fait.
Mais comme exceptionnellement j'étais dans quatre ou cinq livres à la fois (et donc, pas forcément finis), j'en ai profité pour faire baisser ma PAC (Pile A Commenter).
Et c'était un grand plaisir de replonger dans ce Čapek !

Arabella a écrit:
Et qu'attends tu pour La guerre des Salamandres ?
Un petit moment de libre... Il est dans ma PAL. Et puis bientôt il ne me restera plus de Čapek à lire pale
Il faut que j'y aille avec parcimonie...
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Mar 1 Avr 2014 - 9:13

Et bien j'ai bien envie de voir comme il voit ces pays du Nord que j'ai tellement envie de visiter! Je le note.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Mar 1 Avr 2014 - 16:15

Pour avoir ouvert le fil de Capek, je me sens à la fois satisfait et déçu.

Satisfait qu' il ait attiré l' attention qu' il mérite largement en tant qu' écrivain et qu' on ait abordé

l' aspect SF que je ne connais pas.

Mais déçu que l' attention se soit surtout focalisée sur cet aspect-là, alors que Capek  a laissé une

oeuvre diverse et réussie.
A l' exception du Voyage vers le Nord,  L' Année du jardinier et La vie et l' oeuvre du compositeur
Foltyn dont certains ont parlé.

J' espère qu' on découvrira aussi ses romans et nouvelles. A commencer par Hordubal qui m' a laissé un grand souvenir et puis Une vie ordinaire, Le Météore et les Récits apoccryphes.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Lun 12 Mai 2014 - 23:13

     
Quelques couvertures : l'édition française Cambourakis ; l'édition américaine Bantam, 1955 ; une édition tchèque de 1986.

- La Guerre des salamandres (Válka s Mloky, 1936). Traduit du tchèque par Claudia Ancelot. Editions Cambourakis, 381 pages.

Le titre du roman est un peu trompeur : le lecteur s'attend à ce que la guerre occupe une grande partie du livre, mais ce n'est pas tout à fait cela.
Il n'empêche qu'on sait que quelque chose va mal tourner (au cas où on en douterait, bien sûr). Mais comment ?
Au début, on fait connaissance avec le capitaine J. Van Toch, qui s'exprime un peu comme le kaptein de Voyage vers le Nord.
Alors qu'il est du côté de Tana Masa, une île un peu à l'ouest de Sumatra, notre bon capitaine entend parler d'une zone où résident des diables... c'est du moins ce que disent les autochtones, les Bataks. J. Van Toch, sous couvert de faire du commerce, cherche à se procurer des perles pour le compte de sa compagnie. Il se renseigne auprès de l'agent commercial du coin.
Citation :
"- Et comment sont-ils, ces diables de mer ?
Le métis de Cubain et de Portugais haussa les épaules :
- C'est des diables, Monsieur. J'en ai vu un, une fois, c'est-à-dire la tête. Je rentrais de Cap Haarlem... et tout à coup j'ai vu une espèce de caboche sortir de l'eau.
- Et alors ? Ça ressemble à quoi ?
- Une citrouille, comme celle d'un Batak, mais complètement chauve.
- Et ce n'était pas tout simplement un Batak ?
- Non, Monsieur. C'est comme je vous l'ai dit. Aucun Batak n'irait se mettre dans l'eau à cet endroit-là. Et puis... ça me clignait de l'oeil avec les paupières d'en bas, Monsieur." (page 14)

Ces étranges salamandres vont devenir l'objet de curiosité, scientifique et commerciale.
C'est l'argent qui mène le monde. Les salamandres sont-elles intelligentes ? La question mérite-t-elle d'être posée à partir du moment où la réponse risque de nuire à l'économie, et donc au progrès mondial ?
Voici ce que dit un rapport à propos d'une salamandre type :
Citation :
"Il n'est pas question de pensée indépendante. [...] Elle s'intéresse aux mêmes sujets que l'Anglais moyen et réagit d'une manière analogue, c'est-à-dire selon les idées reçues. Sa vie intellectuelle, dans la mesure où elle en a une, se compose de conceptions et d'opinions courantes à l'heure actuelle." (page 134)

C'est souvent très drôle, d'un humour sarcastique. On voit les Anglais hypocrites, les Américains qui réagissent comme souvent un peu vite ("Plus tard, on limita les populaires autodafés de salamandres en ne les autorisant que le dimanche et sous la surveillance des pompiers.", page 241) ; les Allemands qui louent la pureté de la race de leurs salamandres, qui évolue "vers un type racial différent et supérieur, qu'il convenait de placer au-dessus de toutes les autres salamandres" (page 299). Le livre date de 1936...
Mais la logique économique (et humaine ?) qui conduit au pire n'est bien sûr pas propre à une époque.

L'histoire est souvent étonnante, on ne sait jamais où elle va nous mener ; la forme est originale : le roman, dans sa deuxième partie, est parsemé de coupures de presse, d'extraits de rapports, de tracts (parfois dans des langues incompréhensibles).
Excellent.

Il est fortement déconseillé de lire la quatrième de couverture, qui spoile effroyablement.
Apparemment (imdb ne le mentionne pas), le livre a été difficilement adapté en film, s'il faut en croire (et si j'ai compris) le site http://kultura.idnes.cz/z-capkovy-valky-s-mloky-je-konecne-film-nemci-ho-podporili-cesi-ne-pyp-/filmvideo.aspx?c=A111216_132920_filmvideo_tt
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MessageSujet: L'année du jardinier    Mer 30 Juil 2014 - 7:31

L'année du jardinier

Originale : Zahradníkův rok (Tchèque, 1929)
Avec des illustrations de son frère Joseph Čapek

Traduction : Joseph Gagnaire

CONTENUS/COMMENTAIRES :
"Doublé d'un amoureux passionné de jardins, cet almanach, Čapek l'a publié en 1929. (…) Sa lecture est foisonnante de poésie et d'émotions. De quoi combler tous les jardiniers expérimentés ou débutants. Car ce n'est pas de conseils qu'il est question ici. Mais bien de sensations, d'odeurs, d'amour des plantes. Dans le jardin de Capek, on ne s'ennuie jamais. Mieux, on s'amuse. L'auteur sait se moquer de lui et donc de nous... Pour preuve : les dessins de son frère qui illustrent malicieusement son propos. De Janvier à Décembre, Čapek nous propose une véritable promenade au paradis. Passionnant. " Week End, l'Express (Bruxelles)

« Le véritable jardinage ne comporte aucune activité méditative. Čapek, son dernier grand théoricien, savait bien, lui, de quoi il retournait : le vrai jardinier n'est pas celui qui cultive les fleurs, mais celui qui travaille la terre. Les rosiers sont faits pour les dilettantes. Lui n'a d'yeux que pour ce que le profane ne voit pas ; ses secrets sont enfouis dans la composition de son incroyable humus dont il connaît, seul, la formule chimique. Capek sait d'ailleurs reconnaître l'authentique jardinier entre mille, à sa curieuse physionomie. Ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière, sa tête, elle, pend quelque part entre les genoux. Et hormis le soir, au moment de l'arrosage, il mesure rarement plus d'un mètre de hauteur… » -Joël Jégouzo-- -- Urbuz.com
(Source : Descriptions du produit, amazon.fr)

REMARQUES :
Le livre consiste de douze chapites, consacrés aux mois de l’année et où l’auteur va parler d’une façon à la fois réaliste, mais avant tout plein d’humour, du jardinier enthousiaste. Là, il prendra en focus le jardinier de fleurs, pas le maraîcher ou le paysan d’arbres fruitiers. Ce sont ses occupations typiques, liées aux saisons, les aventures, souffrances, enthousiasmes qu’il vise. Et bien sûr le narrateur fait lui-même partie de cette étrange tranche spéciale de la population que présente les jardiniers. Donc, se montrer avec un regard d’humour, voir un peu de moquerie, deviendra jamais méchant, mais au contraire un signe d’amour, une grande capacité de pouvoir rire des particularités des jardiniers. Avant ou entre ces chapitres sur les mois, on trouvera encore des chapitres thématiques sur diverses activités.

Donc, pour moi un melange quasi idéale entre une belle capacité d’observation sur le jardinage, certaines activités fort néccessaires un moment donné de l’année (Čapek doit avoir des connaissances bien élaborées sur ce sujet!), ET, d’un autre coté, un si grand sens d’humour et d’autodérision que le tout devient une déclaration d’amour. Et derrière ces deux volets se dessinent discrètement et sans s’imposer même une forme de sagesse !

Les illustrations si simples mais très parlantes du frère de l’auteur, Joseph, augmentent encore le bonheur !

Est-ce qu’il peut y avoir un meilleur cadeau pour soi ou tout amateur du jardinage, drôle, littéraire et profond ? Donc, récommandation spéciale aux jardiniers du monde entier !
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colimasson
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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   Ven 1 Aoû 2014 - 11:42

J'aimerais pouvoir me libérer du temps et de la disponibilité d'esprit pour cet auteur... surtout avec cet ouvrage...
Merci pour ton commentaire Tom Leo.

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MessageSujet: Re: Karel Capek [République tchèque]   

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Karel Capek [République tchèque]
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