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 Cees Nooteboom [Pays-bas]

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Ven 1 Juin 2007 - 19:15


Biographie de Cees Nooteboom (EVENE):

Lorsque Cees a douze ans, son père est tué lors d'un bombardement. Sa mère se remarie en 1947 avec un homme catholique strict qui envoie Cees dans divers pensionnats religieux, dont il se fait renvoyer. Les conflits avec son beau-père sont tels qu'en 1951, Cees s'installe à Hilversum, y travaille dans la banque après avoir été réformé de l'armée à cause de sa maigreur, et finit ses études secondaires en cours du soir. En 1953 il décide de parcourir l'Europe et utilise cette expérience pour son premier roman 'Philippe et les autres' (1955) , prix Ann Frank. Son premier recueil de poésie sort en 1956, suivi du roman 'Le Chevalier est mort' en 1963. Pour gagner sa vie, Cees écrit pour Elsevier, devient rédacteur du journal Volkskrant, et en 1967, rédacteur Voyages au magazine Avenue. Son prochain roman ne paraît qu'en 1980, 'Rituels'. Le succès est immédiat, également à l'étranger. Son oeuvre inclassable va du roman à la poésie en passant par des essais journalistiques et des chroniques de voyages. La mort et les souvenirs sont des thèmes récurrents, ainsi que les questions d'identité et de destin, la relativité du temps et de l'espace, la frontière entre réalité et fiction. 'Allerzielen' (1998) ('Le Jour des morts', 2001) , est suivi de 'Paradijs Verloren' (2004). Considéré comme l'un des auteurs les plus importants des Pays-Bas, il voit son oeuvre couronné du prestigieux prix littéraire, le P.C. Hooft Prijs. Cees Nooteboom vit entre Amsterdam, Berlin et Ménorque.

Je l'ai découvert en allant sur les blogs: certains blogueurs avaient lu quelques uns de ses romans et m'ont donné envie d'aller voir son écriture et son univers de plus près.
J'ai commencé mon exploration littéraire par un court roman:

"Mokusei!"



Vous allez me dire que les blogs littéraires ont bon dos mais c'est en les visitant que je suis tombée sur le nom de l'écrivain néerlandais Cees Nooteboom. En farfouillant dans les rayons de la médiathèque, j'ai remarqué ce petit roman au titre fleurant bon le japon « Mokusei! ». Ni une ni deux, ledit roman se retrouve dans mon cabas mensuel.

Une rencontre entre un photographe occidental et son modèle qui devient liaison amoureuse puis séparation cruelle.
Le photographe, Arnold Pessers, fasciné par le Japon et sa culture si raffinée et plusieurs fois millénaire, s'aperçoit peu à peu qu'il n'est pas parvenu à comprendre la quintescence de ce pays. L'amour se transforme peu à peu en désamour voire en haine: on brûle souvent facilement ce que l'on a adoré.
Arnold Pessers à la recherche d'un modèle pour réaliser des photos publicitaires: la jeune femme se prénomme Satoko et n'a pas les yeux débridés. Ils partent pour le mont Fuji. Dans une auberge traditionnelle, ils deviendront amants. Leur liaison durera cinq années au cours desquelles, Arnold n'apprend rien de la vie privée de Satoko.

Elle se ferme comme le Japon se ferme, tout en restant avenant, aux étrangers. Elle lui laisse voir ce qu'elle veut bien dévoiler mais pas plus. Une protection de son être intime, de son identité. En effet, qu'a l'occidental comme notion du Japon hormis « une certaine idée du Japon »? Le roman explore ces relations complexes entre le Japon et l'Occident: on ne retient de la période Edo que le fait que les samouraïs écrivaient des haïkus alors qu'ils étaient des combattants sanguinaires et violents.
L'ami diplomate d'Arnold, de Goete, est l'avocat du diable: il est revenu de tout cet engouement pour la pureté esthétique de la calligraphie, de la cuisine, de l'art et ne voit dans les japonais que « une bande de brutes militaristes qui ne tolèrent pas la moindre improvisation.Ce peuple est malade d'obéissance » (p 13). Tandis qu'Arnold ne veut surtout pas qu'on lui déflore son idée du Japon.

Mais, à mesure qu'Arnold côtoie Satoko et ses compatriotes, il perçoit leur retenue, leur courtoisie extrême telle un masque cachant leur vrai moi. Jusque dans l'abandon sensuel, Satoko masque son visage afin que son partenaire ne voit pas ses émotions. Difficile à saisir pour un occidental, difficile à accepter surtout lorsqu'il apprend que Satoko le quitte pour se marier et avoir des enfants. Il veut aussi se marier et avoir des enfants avec elle....mais l'inverse n'est pas vrai, plus exactement n'est pas envisageable du point de vue de Satoko. C'est la déchirure, la douleur de la séparation.
Les promenades solitaires d'Arnold sur les sentiers du Fuji sont alors teintées, subtiles et délicates, du « Mono so aware: le profond sentiment des choses », l'approche esthétique nimbée de tristesse des beautés éphémères de la nature et de la vie humaine. Ce sentiment qui remet chaque chose à sa place afin d'accéder à l'équilibre harmonieux du monde.

En lisant ce roman, court mais très dense dans les émotions ressenties, je me suis rappelé la difficulté parfois que j'ai eu à entrer pleinement dans les codes culturels des films de Miazaki: je me dis souvent qu'il faut être japonais pour saisir toute la subtilité du message transmis. Et je me suis dit que malgré tout mon amour de la littérature et de l'art japonais, je n'ai sans doute qu' « une certaine idée du Japon » c'est à dire la partie infime que ce pays veut bien dévoiler aux autres. Mais cette « certaine idée du japon » est loin d'être frustrante tant que l'on ne se sent pas rejeter. Et, on pourrait inverser ce postulat en pensant que les japonais ne font « une certaine idée de l'Occident »!

Cees Nooteboom a su exprimer, avec retenue et discrétion, sa fascination pour le Japon et « Mokusai! » résonne comme un souvenir indélébile et lumineux : Arnold se refuse à photographier Satoko endormie pour mieux la conserver dans sa mémoire, pour la garder pour lui seul.
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Queenie
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Sam 2 Juin 2007 - 10:11

jpense que ça ferait un cadeau interessant pour une copine. Pourrais-tu me trouver quelques extraits lipop' ?
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Sam 2 Juin 2007 - 11:41

je vais m'y atteler après l'expédition librairie et cadeau fête des mères!
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Sam 2 Juin 2007 - 14:27

Ton commentaire est très convaincant Chaperlipopette...
Je l'ai noté dans mon (nouveau) petit carnet... Wink
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Sam 2 Juin 2007 - 22:24

quelques extraits:
Les premières pages:

"Le photographe, un homme encore jeune au début de la trentaine, très hollandais d'allure, marchait parmi la foule d'une des rues commerçantes de Ginza. Il songeait à la photo qu'il aurait voulu prendre. la soirée s'avançait et il sentait le froid humide des automnes précoces du nord. Un souffle frais, venu sans doute de la mer, mettait dans l'atmosphère une note pourtant bucolique: était-cela qui l'aidait à ne pas s'imprégner de la laideur barbare du décor et préserver la vision de la femme qu'il aurait voulu photographier? Il s'appelait Arnold Pessers, c'était son cinquième séjour au Japon. Et il savait que ce serait le dernier. Il savait aussi que, s'il regardait vraiment autour de lui, il se sentirait envahi d'une haine dont, à son arrivée, il ne se fût pas cru capable. Le Japon, pensait-il, l'avait frustré du Japon. les deux Japons, entre lesquels les Japonais, pour leur part, semblaient évoluer avec tant d'aisance et d'impassibilité - jusqu'au jour où le suicide fracassant et paroxystique d'un Mishima avait pulvérisé cette fiction-, avaient fini par le scinder en deux lui aussi et le partager, comble de banalité, entre amour et haine. Ce pays, ces deux pays, ne seraient jamais les siens. en soi, rien de bien grave; mais voilà que le Japon s'était retourné contre lui avec la force destructrice d'un amour perdu, changeant en haine son amour même."

"Il n'y a pas deux Japons, et surtout pas pour les Japonais. Pour eux, en admettant qu'ils se posent la question, le Japon est indivisible. Tu es venu ici, comme tout le monde, sous de faux prétextes. Oh, tu n'es pas le premier! On a lu un livre de Tanazaki, ou même Shogun, on a vu une exposition d'Hiroshigé, vaguement entendu parler de Zen, et on se figure tout savoir. Vaste malentendu - au sens propre de mot: mal-entendu."
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coline
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Sam 2 Juin 2007 - 22:37

Un petit avant-goût...Merci! :)
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Queenie
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Dim 3 Juin 2007 - 10:11

merci beaucoup lipop' Wink
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kenavo
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Jeu 4 Déc 2008 - 10:57

Après l'arrivée de Marjan, j'avais espéré que j'aurais un peu d'aide pour faire de la 'pub' pour cet auteur néerlandais Wink


La probabilité d'une île
CORINA CIOCÂRLIE
Le Jeudi 05/12/08


Persuadé que l'accoutumance est le plus grand gâcheur de plaisir que la vie nous réserve, Cees Nooteboom rêve d'un «atlas négatif» réunissant les cartes de tous les voyages qu'on n'a jamais faits. En attendant, il a trouvé son île au trésor.

Un jour d'hiver à Amsterdam, Cees Noteboom lit dans El País qu'il fait neuf degrés à Minorque, sa «patrie» d'élection. «Je ne l'ai pas souvent, le mal du pays, mais plutôt la conscience douloureuse d'une double vie. Un ici, et un là-bas». Quand le mal s'aggrave, il ferme les yeux et pense à son jardin. Si les symptômes persistent, il finit par charger dans sa voiture livres, valises et ingrédients de cuisine, sans trop se presser tout de même, car cela dure – mine de rien – depuis quarante ans.

Passé recomposé

«Je suis une tribu nomade de deux personnes», sourit le globe-trotter en évoquant sa transhumance à travers la France, le passage des Pyrénées en direction de l'Aragon, l'escale à Barcelone et l'arrivée, épique, sur l'île de Minorque. Désherbage, ratissage, balayage, bavardage – dès le jour du débarquement annuel, il affronte la rancune née de l'abandon, tout en redécouvrant, avec un zeste de mélancolie et une bonne dose d'humour, les caprices de la tramontana et le charme de la bella sombra, la paresse des lézards et l'accouplement des tortues, ce qui a changé et ne reviendra plus…
Sachant que le passé, même le sien propre, «ne peut que s'inventer», Cees Nooteboom égrène des souvenirs vieux d'un demi-siècle et vivants comme autant de fleurs conservées dans un herbier: leur dessèchement entre les pages du cahier marque cette lenteur infinie qui rend supportable la métamorphose. «1948-2007, les couleurs passent, mais les formes sont restées visibles. À travers le brun du trèfle je vois l'incarnat d'antan…». Premier voyage, premières frontières franchies, en l'occurrence belge et luxembourgeoise, premiers instantanés conservés dans son album sentimental: le donjon de Vianden, une photo d'une fille prénommée Mia et une note de 50 francs du Dr P. Godart, médecin inspecteur à Grevenmacher…
Dans un café à Rome, l'adolescent sans le sou exerce timidement son italien pour expliquer qu'il a très faim: «Sono molto famoso.» Après un moment de stupeur – où tout le monde tâche de deviner quelle est cette célébrité avec un sac à dos de pauvre – le malentendu est éclairci et les hommes accoudés au bar n'en finissent pas de pleurer de rire, tout en lui tendant d'épaisses tartines garnies de saucisson rouge.
Un demi-siècle plus tard, de retour d'un colloque, entre Fidji et Tonga, le romancier mondialement célèbre qu'il est devenu franchit le 180e méridien, ou la ligne de changement des dates, permettant à l'humanité de «dompter» le temps invisible et au voyageur pressé d'arriver à destination… la veille du décollage.
En mettant ses pas dans ceux de Robert Louis Stevenson, Cees Nooteboom finit par découvrir que la chasse au trésor s'arrête le jour où le plein d'images est fait, face à l'océan, sous le vaste ciel étoilé.

Chasse au trésor

Le moment est alors venu de rentrer, pour retrouver «son» île avec «ses» deux palmiers plantés il y a plus de trente ans et qui, tout ce temps, sont restés au même endroit alors que lui «dansait» autour du monde. Le va-et-vient de la mémoire rappelle le barro, ce sable rouge du Sahara entraîné par les gouttes de pluie, loin, très loin, si bien que le blanc méditerranéen des murs chaulés de la maison de Minorque semble avoir un peu saigné. «Tout est connecté à toutes sortes de choses», se dit-il en attendant la tempête, qui finira par ne pas venir ce jour-là mais qui lui fera penser à une femme morte depuis des années, à une pipe de kif, à Homère et à son ancien lycée, aux amis disparus et aux filles bien éduquées qui se lèvent pour vous dans le tram – bref, «à la place qu'avec nos souvenirs, pour parler comme Proust, nous occupons dans le temps, une place infiniment plus grande que celle que nous occupons dans l'espace». Pour ce faire, sourit ce jeune homme de soixante-quinze ans, il suffit «d'avoir vécu et de ne pas encore cesser de le faire».

Cees Nooteboom. «Pluie rouge». Récits traduits du néerlandais par Philippe Noble. Dessins de Jan Vanriet. Actes Sud, 2008. 256 pages



Source: ICI

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Maline
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Dim 15 Nov 2009 - 20:02

Une matinée avec Cees Nooteboom

J’ai eu le plaisir, ce dimanche matin, d’assister à un entretien publique de Cees Nooteboom (CB), écrivain cosmopolite et poète universel. Pendant deux heures il parlait notamment de ses souvenirs autobiographiques, ses voyages, ses écrits. L’homme de 76 ans porte beau, cheveux blancs argentés quelque peu clairsemés, pantalon de velours rouge vif, chemise blanche sans cravate, veste noire.

Né à la Haye en 1933, CB y vit jusqu’à ses 9 ans, mais guère plus de 12 mois à une même adresse. Point de souvenirs de ses jeunes années, ni de sa première rentrée scolaire, ni des ses instituteurs ou de ses petits camarades, mais le 10 mai 1940 reste le premier évènement personnel gravé dans sa mémoire. C’est un bombardement allemand qui impressionne si fortement le jeune garçon que tous ses souvenirs antérieurs s’effacent, ou plus exactement c’est le fracas étourdissant des bombes et l’horizon éclairé par l’aéroport et la ville de Rotterdam en flammes.

Le père de CB, déjà divorcé quand il se marie avec sa mère, quittera celle-ci pour se remarier avec la jeune gouvernante des trois enfants Nooteboom. Après le divorce de ses parents, CB grandit avec son père et ne part qu’à la naissance d’un demi-frère pour vivre avec sa mère. Son père meurt vers la fin de la guerre pendant un bombardement anglais.

Les contacts avec le frère en Italie et le demi-frère en Australie sont endormis pendant de très longues années et restent très épisodiques des nos jours. Sa sœur, son ainée d’une année, vit en Hollande du sud et est une sœur dans tout le sens du terme.

Sous l’influence du second mari de sa mère, un homme très catholique, CB va être éduqué dans des monastères, d’abord pendant 2 ans chez les Franciscains, ensuite chez les Augustins. L’enseignement très strict ne lui convient pas, immanquablement il se fait renvoyer pour cause de mauvaise influence sur les autres élèves. Il n’a donc jamais fini son éducation scolaire. Toutefois CB pense que tout homme peut faire partir de l’élite – tant que c’est celle de l’intelligence – en se formant lui-même. Tout est possible, si on se donne soi-même la volonté de la force d’ouvrir la porte d’entrée.

Contre l’avis de sa mère et les espérances de son beau-père, CB ne devient pas moine, mais à 17 ans commence à travailler dans une banque. C’est là qu’il se met à l’écriture, d’abord la poésie, puis des nouvelles, car il aime fantasmer sur la vie à l’intérieur d’un château où il passe souvent. (La réalité y est tout autre sourire mais ça il ne l’apprendra que des années plus tard quand le hasard le met en présence de la famille du châtelain.)

Au même âge, CB quitte le ménage de sa mère et va habiter une pension. En dehors de la banque et de ses premiers essais d’écriture, CB lit beaucoup. L’écrivain, aujourd’hui, se demande ce qu’il a bien pu comprendre à l’époque à tous ces livres, p. ex. à William Faulkner qu’il vient de relire.

A 21 ans (la majorité d’alors), CB part, sac au dos et en auto-stop, pour son premier grand voyage vers le grand Nord, ensuite la France, l’Italie, l’Espagne. Il en revient avec assez de notes pour entreprendre un premier roman qu’il envoie à un écrivain néerlandais qui le recommande à la petite maison d’édition Querido tenue par deux femmes. « Philippe et les autres » (Phillip en de anderen, roman traduit du néerlandais par Philippe Noble, Éditions Calmann-Lévy, 1992) est publié en 1954 aux Pays-Bas et CB devient ainsi écrivain. Succès immédiat en Hollande où le roman prend un statut de livre culte bien avant « On the Road » de Jack Kerouac (publié en anglais qu’en 1957).

En 1957, CB s’embarque comme matelot sur un bateau à destination du Surinam, ancienne colonie néerlandaise, où vit le père de sa petite amie qu’il espère épouser. Le récit de son séjour au Surinam forme le recueil de nouvelles « Le matelot sans lèvres » à l’exception des histoires plus personnelles avec son futur beau-père. D’ailleurs, celui-ci lui refuse la main de sa fille tout en restant un ami de CB. Les deux jeunes gens vont passer outre l’avis paternel et se marier et divorcer en 1964. Le père avait gardé raison Laughing

Les voyages vont de plus en plus nourrir l’œuvre de CB. Il travaille comme journaliste, écrit essais et reportages. CB raconte comment il vit la ségrégation raciale aux Etats-Unis des années 50, comment il est appelé en 1956 en Hongrie lors de l’insurrection de Budapest, vit mai 1968 à Paris, observa dès 1976 les prémisses au renversement du chah d’Iran ou assistera en 1989 à la chute du mur de Berlin.

Quel est le moteur de cet écrivain nomade ? Pour lui, voyager, c’est se découvrir soi-même tout en appréhendant les cultures étrangères. Il est curieux ; il veut comprendre le système des villes étrangères. Il pourrait vivre toute sa vie dans les maisons des autres. En 8 jours dans un endroit étranger on peut écrire une belle pièce, en trois mois ça devient impossible. Toute ville est plein de secrets, l’écrivain-voyageur sort le matin et parcourt la ville à pied, toujours à pieds, prend des notes et les retravaille le soir dans sa chambre pour n’en retenir que l’essentiel.

Beaucoup d’anecdotes animent cette causerie de CB. Il vit aujourd’hui entre Amsterdam, l’île de Minorque aux Baléares et, plus rarement, Berlin. A Amsterdam il possède une belle maison, pas trop grande, mais doit faire face à une société néerlandaise très compliquée. En Espagne, en tant que citoyen de l’UE, il a le droit de vote aux élections communales. C’est un point parmi d’autres pour s’y sentir à l’aise et pouvoir vraiment bien y travailler. Depuis toujours, il écrit sa poésie et ses romans à la main, au stylo, mais préfère la machine à écrire pour les reportages. Quant à l’ordinateur … aux autres de s’y attacher.

J'ai lu et aimé deux romans de Cees Nooteboom, Le jour des morts et Rituels. J’apprécie beaucoup ses récits de voyages, ses écrits sur l’Europe. Après cette matinée, je devrais chercher à faire connaissance avec sa poésie.
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Dim 15 Nov 2009 - 20:09

Merci pour ce partage Very Happy
un auteur que j'adore et dont j'ai lu pas mal de livres.. mais tout comme pour toi, il me reste sa poésie à découvrir
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Lun 16 Nov 2009 - 21:35

Quelle vie passionante ! Je suis sûre d'après tous vos commentaires que ses livres ne le sont pas moins et soyez sûres que c'est un nom que j'ai bien en tête maintenant ! Merci les tentatrices !

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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Lun 16 Nov 2009 - 22:01

Suite à la causerie de Cees Nooteboom, dont j’avais déjà aimé les romans « Le jour des morts » et « Rituels », j’ai lu ce soir « Mokusei ! ». Il m’a encore une fois enchanté avec ce court roman de moins de 80 pages que Chatperlipopette a déjà présenté au début de ce fil.

Une sourde mais intense histoire d’amour. Une histoire plein d’étrangeté, où être étranger reste un empêchement à l’amour.

Ce livre n’est pas gros, son style sans prétentions touche par son intensité. L’histoire sonne pourtant simple et vrai. C’est comme de la musique de chambre qu’on écoute avec plaisir, la grande symphonie sera pour un autre jour.

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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Lun 16 Nov 2009 - 23:37

Maline a écrit:
Ce livre n’est pas gros, son style sans prétentions touche par son intensité. L’histoire sonne pourtant simple et vrai. C’est comme de la musique de chambre qu’on écoute avec plaisir, la grande symphonie sera pour un autre jour.
Oui, il faudra que je le relise... Je n'avais pas été emballé, à l'époque où je l'avais lu. Ce n'était sans doute pas le bon moment...
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MessageSujet: Tumbas : Tombes de poètes et de penseurs   Mar 19 Jan 2010 - 13:24

Nous avions déjà parlé sur d’autres fils du forum de ce magnifique livre que le couple Cees Nooteboom / Simone Sassen a fait de ses visites de cimetières. Aujourd’hui Pierre Assouline le présente sur son blog « La république des livres » avec les commentaires habituels.
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MessageSujet: Re: Cees Nooteboom [Pays-bas]   Dim 14 Mar 2010 - 9:19

“Rituels” de Cees Nooteboom est une trilogie pas longue, ou l’ecriture est riche et imagee. Le stye elegant et le maniement des mots avec perfection procurent un vrai plaisir au lecteur.
Toute phrase est chargee de sens et je crois qu’une deuxieme lecture me fera decouvrir bien plus de couches metaphysiques que j’ai surement manquees.

Il n’y a pas beaucoup de commun entre les messes de dimanche et la ceremonie du the, mais les deux marquent la vie du personnage principal – Inni Wintrop. Perdu sa foi en Dieu, pret a se detester lui-meme a tout moment de la journee ou de la nuit, prive de toute ambition, amoureux de la princesse namibienne Zita, Inni Wintrop prend la vie comme un club de passion dont il fait partie et d’ou il peut etre rejetesans explications. Pour Inni, il n’y a qu’une seule passion qui vaille et qu’il venere rituellement – les femmes – sa religion, son reve, l’essence de tout ce qui existe.
Il n’y a pas beaucoup de commun entre les messes de dimanche et la ceremonie du the, mais les deux marquent la vie du personnage principal – Inni Wintrop. Perdu sa foi en Dieu, pret a se detester lui-meme a tout moment de la journee ou de la nuit, prive de toute ambition, amoureux de la princesse namibienne Zita, Inni Wintrop prend la vie comme un club de passion dont il fait partie et d’ou il peut etre rejetesans explications. Pour Inni, il n’y a qu’une seule passion qui vaille et qu’il venere rituellement – les femmes – sa religion, son reve, l’essence de tout ce qui existe.
Les personnages ne sont pas nombreux, mais ils abordent de details et cela les rend extremement vivants sur les pages du roman. Il m’a semble tres interessant comment l’auteur modele le personnage d’Inni en ajoutant des details tout le temps.

Cees Nooteboom, dans ses descriptions des evenements, ne se limite pas aux errements perdus d’Inni dans le labyrinthe de ses sentiments. L’auteur peint avec une belle maitrise un Amsterdam vivant, respirant, aspirant tout auc couleurs fortes du temps qui change et de la senation d’un abime infini qui se creuse – la marque d’un revirement bien certain. L’empreinte de l’epoque est comme une plaie dans les ames des survivants, chacun enferme dans son propre monde, emmure derriere des philosophies vieux jeu, cramponne a ses propres rituels inutiles. Ces rieuls remplissent le vide de sens et d’objectifs.

C’est le premier livre de cet auteur que je viens de terminer et je suis bien satisfaite, je suis curieuse de voir comment sont les autres.
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