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 Nâzim Hikmet

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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 31 Mai 2011 - 17:59






Légende des légendes


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane et moi.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane et moi.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane et moi.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Notre image apparaît dans l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane, moi et puis le chat.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat et puis le soleil.
Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil, et puis notre vie.
Notre image apparaît dans l'eau :
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.


Nous sommes au bord de l'eau,
le chat s'en ira le premier,
dans l'eau se perdra son image
Et puis je m'en irai, moi,
dans l'eau se perdra mon image.
Et puis s'en ira le platane;
dans l'eau se perdra son image.
Et puis l'eau s'en ira,
le soleil restera,
puis à son tour il s'en ira.


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
L'eau est fraîche,
le platane est immense,
moi j'écris des vers,
le chat somnole,
nous vivons Dieu merci,
le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.


Varsovie, 7 mars 1958



(Extrait de Poèmes lyriques, in Il neige dans la nuit et autres poèmes /NRF poésie Gallimard)

Illustration : "L'allée des platanes" de Jean-François Raffaelli
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colimasson
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mer 1 Juin 2011 - 21:53

Ce poème est très triste, il me touche beaucoup.
Merci Constance de me l'avoir fait découvrir Wink

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Ven 3 Juin 2011 - 12:33

colimasson a écrit:
Ce poème est très triste, il me touche beaucoup.
Merci Constance de me l'avoir fait découvrir Wink


Une triste comptine pour adultes ... Crying or Very sad
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Orientale
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Ven 3 Juin 2011 - 12:53

Felicitations, Constance, pour le fil sur Nazim Hikmet - je le connais des mon enfance. Lorsque j'etais a l'ecole, on nous a fait apprendre sa poesie sur la petite fille morte que je n'ai pas oubliee.

Je l'ai trouvee en francais sur http://www.lepost.f:

C'est moi qui frappe aux portes,
Aux portes, l'une après l'autre.



Je suis invisible à vos yeux.
Les morts sont invisibles.

Morte à Hiroshima
Il y a plus de dix ans


Je suis une petite fille de sept ans.
Les enfants morts ne grandissent pas.


Mes cheveux tout d'abord ont pris feu,
Mes yeux ont brulé, se sont calcinés.



Soudain je fus réduite en une poignée

de cendres,


Mes cendres se sont éparpillées

au vent.




Pour ce qui est de moi,
Je ne vous demande rien


Il ne saurait manger, même des bonbons,
L'enfant qui comme du papier a brûlé.

Je frappe à votre porte, oncle, tante
Une signature

Que l'on ne tue pas les enfants
Et qu'ils puissent aussi manger des bonbons.

1955
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Sam 4 Juin 2011 - 0:10

Effectivement, ce poème est absolument magnifique, Orientale ... mais si douloureux ... Crying or Very sad
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 19 Juil 2011 - 15:32







L'optimiste



Enfant il n'a pas arraché les ailes des mouches
attaché des boites de conserve à la queue des chats
ni emprisonné les cafards dans les boites d'allumettes
ou détruit des fourmilières
il a grandi
et toutes ces choses on les lui fit
j'étais à son chevet quand il mourut
récite un poème, dit-il
sur le soleil et sur la mer
sur les cuves atomiques et les lunes artificielles
sur la grandeur de l'humanité.


6 décembre 1958



(Extrait de Poèmes lyriques, in Il neige dans la nuit et autres poèmes/ NRF Poésie Gallimard)

Illustration : L'enfant malade (1923) de Salvador Dali
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colimasson
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 19 Juil 2011 - 21:56

Merci pour ce superbe poème Constance, et pour l'illustration de Dali qui convient à merveille.

La plupart des textes de Nazim Hikmet ont l'air d'être empreints d'une tristesse optimiste, et c'est finalement beaucoup plus bouleversant qu'un excès de pathos.

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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Sam 27 Aoû 2011 - 11:59

colimasson a écrit:
Merci pour ce superbe poème Constance, et pour l'illustration de Dali qui convient à merveille.

La plupart des textes de Nazim Hikmet ont l'air d'être empreints d'une tristesse optimiste, et c'est finalement beaucoup plus bouleversant qu'un excès de pathos.



Ses longs séjours en prison l'ont très certainement contraint à revenir à l'essentiel, sans le lyrisme exacerbé des grandes âmes qui n'ont vécu que la seule souffrance existentielle ... "être ou ne pas être" ... sourire
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Jeu 12 Jan 2012 - 15:12





La grande nostalgie


Le voyage se fait sur un cargo de charbon,
y a-t-il encore un quai où l'on ne se soit pas bagarré,
y a-t-il encore une tristesse qui n'ait pas été chantée,
l'horizon aperçu chaque matin
n'est-il pas dépassé chaque soir ?
Frôlant la mer
les étoiles n'ont-elles pas défilé ?
Et chaque matin à l'aube,
n'est-ce pas l'éclat de la grande nostalgie
qui brille sur l'eau qui passe ?
Départs ...
Départs ...



(1946 ou 1947)

(Extrait de Poèmes lyriques/ NRF/ Poésie Gallimard)

Illustration : Cargo suédois au Radoub (huile sur bois, 1948) de Gustave Singier
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 14 Fév 2012 - 18:11







Aux écrivains d'Asie
et d'Afrique



1


Mes frères
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied
Tout comme les vôtres, là-bas.
Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Tout comme chez vous là-bas.


En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire ni écrire
Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons.
Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
Tout comme chez vous, là-bas.



2


Mes frères,
couplés au boeuf décharné, nos poèmes
doivent pouvoir labourer la terre,
pénétrer jusqu'au genou
dans les marais des rizières,
poser toutes les questions,
rassembler toutes les lumières.
Telles des bornes kilométriques, nos poèmes
doivent distinguer avant tout le monde
l'ennemi qui approche,
battre le tam-tam dans la jungle.
Et jusqu'à ce qu'il ne reste plus sur terre
un seul captif, un seul prisonnier,
ni dans le ciel, un seul nuage atomisé,
tout ce qu'ils possèdent,
leur intelligence et leur pensée, toute leur vie,
pour la grande liberté, nos poèmes.


22 janvier 1962, Moscou

(Extrait de "Poèmes lyriques", in "Il neige dans la nuit et autres poèmes"/NRF/ Poésie/ Gallimard)
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Sam 10 Aoû 2013 - 11:09

.

Le pêcheur japonais



Le pêcheur japonais que tua le nuage
sur la mer, était un jeune homme.
Cette chanson, je l'aie entendue sur
les lèvres de ses amis dans le Pacifique,
par une soirée toute jaune.





Nous avons pris du poisson. Qui en mange meurt.
Pas d'un seul coup, mais peu à peu.
Ses chairs pourrissent, se décomposent.
Nous avons pris du poisson. Qui en mange meurt.
Qui touche à notre main meurt.
Cette main baignée de sel et de soleil
fidèle, laborieuse.
Qui touche à notre main meurt.
Pas d'un seul coup, mais peu à peu.
Ses chairs pourrissent, se décomposent.
Qui touche à notre main meurt ...
Ma belle aux yeux d'amande, oublie-moi.
Ce bateau est un cercueil noir
Qui s'y embarque meurt.
Le nuage est passé au-dessus de nos têtes ...
Ma belle aux yeux d'amande, oublie-moi.
Ne m'entoure pas de tes bras, ma rose.
De moi à toi passerait la mort.
Ma belle aux yeux d'amande, oublie-moi.
Ce bateau est un cercueil noir.
Ma belle aux yeux d'amande, oublie-moi.
Plus pourri que l'oeuf pourri
serait l'enfant que tu aurais de moi.
Ce bateau est un cercueil noir.
Cette mer est une mer morte.
Ah les hommes, où êtes-vous ?
Où êtes-vous ?


1956


(Extrait de "Poèmes lyriques, in "Il neige dans la nuit et autres poèmes/ NRF/ Poésie/ Gallimard)
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coline
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Sam 10 Aoû 2013 - 11:17

Constance, sache que si je ne dis jamais rien lorsque tu postes des poèmes (que dire?), je les lis tous parce que j'ai besoin de poésie presque autant que de l'air que je respire. content


Dernière édition par coline le Dim 11 Aoû 2013 - 0:15, édité 1 fois
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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Sam 10 Aoû 2013 - 21:21

Concernant la poésie, j'agis de même, en le silence de l'émotion ... nous sommes sur la même longueur d'ondes, Coline. sourire 
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colimasson
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 13 Aoû 2013 - 12:55

Poème très étrange... je l'aime beaucoup, comme les autres qui sont présents sur ce fil.
A mettre dans mes priorités à lire en matière de poésie... (après Fernando Pessoa peut-être, dont j'ai enfin recueilli un volume ?)

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Constance
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MessageSujet: Re: Nâzim Hikmet    Mar 13 Aoû 2013 - 13:37

colimasson a écrit:
Poème très étrange... je l'aime beaucoup, comme les autres qui sont présents sur ce fil.
A mettre dans mes priorités à lire en matière de poésie... (après Fernando Pessoa peut-être, dont j'ai enfin recueilli un volume ?)
Dans ce poème, Hikmet évoque les tragiques conséquences du largage de la bombe atomique sur Hiroshima.
Mais la terrifiante actualité de Fukushima ...
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