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 Antoine Volodine

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toma
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MessageSujet: Antoine Volodine   Lun 28 Mar 2011 - 22:40



Antoine Volodine

Après des études de lettres, Antoine Volodine enseigne le russe pendant quinze ans et se consacre à l'écriture et à la traduction à partir de 1987. Il commence à publier des romans dans la collection « Présence du futur » des éditions Denoël, tout en déclarant que ses livres n’appartiennent pas au registre de la science-fiction. Il publiera ensuite aux Éditions de Minuit, puis chez Gallimard et aux Éditions du Seuil.

Dès ses premiers livres, il construit avec constance un édifice romanesque à plusieurs voix qu'il nomme « post-exotisme ». Il se place délibérément à l'écart des courants littéraires contemporains et se réclame à la fois du réalisme magique et d'une littérature internationaliste, engagée, où se croisent l'onirisme et la politique. Les thèmes de ses ouvrages sont marqués par une réflexion sur l'histoire du XXe siècle, sur les génocides et l'échec des révolutions. Dans un décor souvent ruiniforme ou carcéral, les personnages sont des rescapés hantés par le passé, cherchant à fuir leur misère affective en inventant des univers féeriques ou des espaces parallèles. Profondément attiré par les cultures asiatiques, et en particulier par le chamanisme et le bouddhisme, Antoine Volodine met volontiers en scène des hommes et des femmes qui errent dans le monde d'après la mort, dans le Bardo tibétain du Bardo Thödol, ou voyagent de rêve en rêve, à la recherche de l'âme sœur ou d'un territoire utopique.

L’originalité des écrits d’Antoine Volodine a souvent conduit la critique à le présenter comme inclassable. La catégorie littéraire nouvelle dont il se réclame, le « post-exotisme », permet toutefois d’aborder son œuvre sans se perdre dans des systèmes de classifications intenables. Ce terme, qui à l’origine se voulait une simple marque d’indépendance, correspond bien aujourd’hui à un projet concret : donner à lire « une littérature étrangère écrite en français », « une littérature de l’ailleurs qui va vers l’ailleurs ». Antoine Volodine a signé une quinzaine de livres et s’est présenté comme « porte-parole » du post-exotisme et de ses « divers » écrivains. En effet, à la fin des années 1990, d’autres signatures sont venues s’ajouter à celle d’Antoine Volodine. Plusieurs parmi celles qui sont citées dans Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze ont publié des livres : Elli Kronauer et Manuela Draeger à l'École des Loisirs et, en mai 2008, Lutz Bassmann aux éditions Verdier. Mais, à la façon de Fernando Pessoa, quoique avec cette différence essentielle qu'est la collectivisation, absente du modèle lusitanien, il s'agit là d'une série d'hétéronymes, sous lesquels se cache un seul et même écrivain, d'abord connu sous le pseudonyme d'Antoine Volodine. (wikipedia)

Je ne connais que les livres écrits sous le nom d'Antoine Volodine. Pour ceux qui ne le connaissent pas, je conseillerais de commencer peut-être par "Le Port intérieur", "Dondog" ou "Bardo or not Bardo". Dans tous les cas, il fait parti des quelques véritables écrivains de la littérature française...

Bibliographie


1985 Biographie comparée de Jorian Murgrave, Page 2,
1986 Un Navire de nulle part, Page 2,
1986 Rituel du mépris, Page 2,
1988 Des enfers fabuleux

(Ces quatre premiers titres sont réédités par Denoël en un seul volume en 2003 dans la collection « Des heures durant ».)

1990 Lisbonne, dernière marge
1991 Alto Solo
1994 Le Nom des singes
1996 Le Port intérieur, Page 1
1997 Nuit blanche en Balkhyrie
1998 Vue sur l'ossuaire
1998 Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze
1999 Des anges mineurs
2002 Dondog, Page 1
2003 Vociférations
2004 Bardo or not Bardo , Page 2,
2006 Nos animaux préférés : Entrevoûtes
2007 Songes de Mevlido, Page 2
2009 Macau, avec les photographies d'Olivier Aubert
2010 Écrivains
2014 Terminus radieux
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Arabella
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mar 29 Mar 2011 - 6:23

En ce qui me concerne je suis complètement hermétique à l'univers et l'écriture de Volodine.

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toma
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 30 Mar 2011 - 9:56

je crois que ça dépend par quel livre on l'aborde... Ils sont plus ou moins confus et il faut savoir se raccrocher aux branches pour garder le fil ; c'est aussi ce qui fait son intérêt. Il fait parti de ceux qui cherche et qui trouve parfois... et plus souvent que d'autres...
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 30 Mar 2011 - 10:15

je ne connais pas Volodine, je le glisse dans ma tête en idée de lecture, mais je me demandais s'il était proche de l'univers d'Olivier Cadiot ?

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 30 Mar 2011 - 18:31

toma a écrit:
je crois que ça dépend par quel livre on l'aborde... Ils sont plus ou moins confus et il faut savoir se raccrocher aux branches pour garder le fil ; c'est aussi ce qui fait son intérêt. Il fait parti de ceux qui cherche et qui trouve parfois... et plus souvent que d'autres...

J'avais tenté Le songe de Mevlido, mais l'ennui fut le plus fort très vite, pourtant j'abandonne rarement un livre, mais là je n'ai pu découvrir vraiment rien qui m'accroche dans celui-ci.

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 30 Mar 2011 - 21:39

Je n'ai jamais lu Cadiot Shanidar, mais de ce que j'en sais, ils sont assez éloignés l'un de l'autre. J'ai beau y réfléchir, je ne vois personne de comparable à Volodine... il est beaucoup de choses à la fois. Là, j'aurai besoin d'aide... Arabella te répondrait : "à un Lexomil!"
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 30 Mar 2011 - 21:53

toma a écrit:
J'ai beau y réfléchir, je ne vois personne de comparable à Volodine... il est beaucoup de choses à la fois. Là, j'aurai besoin d'aide... Arabella te répondrait : "à un Lexomil!"

Je n'ai jamais essayé de Lexomil, alors je ne peux pas faire la comparaison. rire

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Jeu 31 Mar 2011 - 11:36

toma a écrit:
Je n'ai jamais lu Cadiot Shanidar, mais de ce que j'en sais, ils sont assez éloignés l'un de l'autre. J'ai beau y réfléchir, je ne vois personne de comparable à Volodine... il est beaucoup de choses à la fois. Là, j'aurai besoin d'aide... Arabella te répondrait : "à un Lexomil!"

hé hé merci Toma, je vais donc aller emprunter un des livres que tu recommandes à la médiathèque. Je n'ai rien contre Cadiot mais ce n'est pas un auteur qui se lit, il s'agit d'un auteur qui s'écoute. Wink

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Jeu 31 Mar 2011 - 13:54

oui, j'ai vu qu'il a travaillé avec rodolphe burger qui a travaillé avec bashung... ça me parle...
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Lun 2 Mai 2011 - 11:17

Le Port Intérieur

On commence à lire ce livre à un premier degré qui consiste à mettre en scène un couple en fuite, rattrapé quelques années plus tard par un tueur envoyé par le Parti, appelé également Paradis. Roman d'espionnage ? Oui et non. Le couple est formé par Gloria (agent secret) et Breughel (l'écrivain) et là on commence à dériver vers un deuxième degré de lecture. De la fiction première, le lecteur atteint sans même y prendre garde une autre dimension et la question s'impose : sommes-nous en train de lire un roman sur ces trois personnages, ou sommes-nous dans le roman qu'écrit Breughel à propos de ces trois personnages. A la fois narrateur et narré, le personnage de Breughel parviendra même a endossé le rôle de son traqueur, le dénommé Kotter, en un jeu d'une subtilité rare.


Car il ne faudrait pas croire que Volodine écrit un énième livre pour atomiser le roman classique, il ne détourne pas le roman d'espionnage (son livre en est un, totalement), il ne torture pas la narration pour en faire sortir une Nouvelle fiction,. Nous ne sommes pas dans les univers hyper structuré et quelque fois caricaturaux d'un Claude Simon ou d'un Robbe-Grillet (deux auteurs que j'admire par ailleurs). Non, Volodine est un tendre, un insinuant, un habile joueur qui déplace très légèrement, très lentement le point de vue, ne bousculant pas le lecteur et le laissant se glisser dans l'aventure comme il l'entend.

On croit savoir que le narrateur s'il dit 'je' ne peut pas apparaitre en même temps comme un personnage du roman, or pour Volodine : 'je' est Breughel, plus fort encore, Breughel est Kotter, ce qui est théoriquement impossible, le poursuivi ne peut pas être en même temps le poursuivant, le chassé, le chasseur, la proie, le lasso. Et pourtant...

Ajouté à cela le lieu de l'action : Macau, ville entre trois monde, la Chine(nouvelle colonie), le Portugal (ancienne colonie) et le capitalisme (tourisme et bidonvilles se cotoyant dans la moiteur de l'air). Seulement voilà, nous ne sommes pas vraiment à Macau, un léger décalage, une petite sur-fiction nous fait flirter avec la science-fiction. Par les rêves de Gloria, écrits par Breughel, nous découvrons tout un monde de guerre et de violence. On pense à la relecture passionnante de Bilal avec N.Y dans la trilogie Le sommeil du Monstre. On y reconnait N. Y mais légèrement décalé, décadent, guerrier, planant, phantasme d'un futur où hommes et machines, hommes et animaux se mélangent pour ne plus former que des espèces hybrides. Avec Volodine nous ne sommes pas loin de cet univers étouffant, maussade, épuisant, morbide.

Mais ce livre n'est pas plombant car l'écriture est belle, poétique, dense. Je ne m'attendais pas à cette légèreté, à certaines fulgurances amoureuses, sensuelles, ou violentes, viscérales. Le lecteur est imprégné par l'odeur de la ville, sa moiteur, son humidité inerte, son indifférence à l'étranger. On fait corps avec Breughel et c'est peut-être là qu'est la beauté du texte, cette manipulation qui implique le lecteur, une implication évidente, implaccable, un questionnement sur sa place dans le texte, son regard, sa position, questionnement sur l'endroit d'où il regarde. Une lecture active sans être difficile. Jeu subtil sur les codes narratifs et sur la langue.

Volodine emploie fréquemment la rupture. Il coupe ses phrases, renonce à les achever. J'ai craint le tic de langage qui ne conduit à rien et qui trop utilisé tombe dans l'inanité. Il n'en est rien. La rupture est l'image même du personnage, il a fuit, il a coupé les ponts avec le monde occidental, il est cassé, brisé comme la phrase.

La mémoire invalide. Elle ne réussit pas à.
Ce n'est pourtant pas faute d'efforts. Des heures perdues, des milliers. Les mots chinois sont là, à petite distance, très peu farouches, mais, dès qu'on en a capturé un, il s'évade. Il suffit de. Un clignement de la conscience, une demi-heure de torpeur, et déjà le fugitif a rejoint la rue bruyante, la masse où tous les caractères sont inconnus, à apprendre ou à réapprendre.

On comprend que Breughel en parlant de la langue parle aussi de lui-même, lui qui voudrait se perdre, être happé par le monde qui l'environne. Disparaitre. Et tout s'illumine avec cette justification, qui fait de la rupture non plus un exercice de style mais une sorte d'hommage :

En cantonnais, que ce soit dans les spectacles d'opéra ou dans la rue, on entend souvent certaines syllabes se suspendre en point d'orgue au milieu des propositions, comme si le locuteur frappé d'hébétude refusait brusquement d'articuler le reste du mot ou de la phrase.

Volodine pour écrire ce roman a obtenu de la Villa Médicis la possibilité de séjourner à Macau, la véracité du propos n'en est que plus troublante. Car la rupture dit aussi la langue perdue, celle qui ne peut plus s'exprimer, elle désigne l'indicible (du sentiment amoureux, de la peur, du secret).

Livre gigogne, roman schizophrène, plongée totale dans le matériau de la création, Le Port intérieur est aussi un beau roman d'amour, une folle évasion dans une ville imbibée, un hommage à Macau et ses habitantes, un détournement des sens.

Très belle découverte.

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Lun 23 Mai 2011 - 8:21

merci et félicitation pour ce commentaire Shanidar, on y retrouve bien l'esprit du livre. Personnellement, je suis incapable de parler d'un livre de Volodine ; j'aurai besoin de 3 semaines pour pondre 10 lignes...

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mar 17 Jan 2012 - 21:17

Vous saviez que Volodine signait des livres sous pseudonymes ? En tout cas, il vient de publier sous le pseudo de Lutz Bassmann : Danse avec Nathan Golshem. - Verdier

"Roman d' amour infiniment tendre, lumineux, construit en courts chapitres, ce livre est une nouvelle, superbe variation romanesque, une des voix du choeur poignant qu s' élève tout entière de cet écrivain plus que singulier, dont l' imaginaire tragique et terriblement cohérent se déploie à travers des images puissantes, porteuses d' émotions directes et intenses"...

Nathalie Crom, Télérama

Et ça continue comme ça dans l' éloge... Allez, c' est pour toi, Toma !
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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mar 17 Jan 2012 - 23:09

il me semble que Marko a lu un livre de poésie de Volodine signé sous pseudo ?... Haïkus de prison de Lutz Bassman.

En tout cas cet auteur est vraiment atypique dans le paysage littéraire français, une écriture magique, une réflexion poussée sur la forme narrative, une volonté de sortir de l'univers franco-français (un item sur la page wikipedia de l'auteur renvoie à Ecrire en français une littérature étrangère) (article à lire sur le site des éditions Verdier). Une écriture qui sort des références culturelles classiques, pousse la porte d'autres mondes, d'autres frontières, jouant avec les genres, mélangeant les figures, sans jamais tomber dans le technique, l'illisible ou l'incompréhensible.

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 18 Jan 2012 - 1:58

Oui Bix, j'attrape ! Tu as réveillé ma curiosité en tout cas, je vais me renseigner.

Effectivement Shanidar, je crois qu'avec Richard Millet (qui lui, est très franco-français), ils sont les "meilleurs" écrivains-stylistes français contemporains. Mais, probable que je fasse des impasses, je ne suis pas un gros lecteur.

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MessageSujet: Re: Antoine Volodine   Mer 6 Mar 2013 - 13:12

Dondog

Fantastique.
Je suis incapable de comprendre, ni d'expliquer pourquoi les romans de Volodine ont tant de charme, tant de puissance, tant d'importance à mes yeux. Je n'arrive pas à dire ce qui me plait tant en eux, mais incontestablement cet auteur éveille en moi une forme de jubilation rare.

Dondog est l'histoire d'un homme qui va mourir et qui sort d'un camp de prisonnier dans lequel il a passé la plus grande partie de son existence. Un homme qui a cru à la révolution mondiale, qui a été trahi, qui a connu les pogroms et la peur.

Dondog est un livre sur la vengeance, sur les camps, sur le racisme, sur le nettoyage ethnique, sur l'extermination d'un peuple et sur la manière dont ce peuple et les bourreaux gardent une part de leur humanité. Insoutenable ? Oui et non. En instaurant la distance de ce qu'il nomme ici féérie et ailleurs post-exotisme, Volodine parvient à tenir à distance son récit en y mêlant la réalité la plus flasque aux rêves et à l'amour les plus audacieux. Grâce au filtre de la narration, le lecteur se trouve dans un lieu atypique, presque impensable, sorte de cloaque putride d'où l'humidité fait naitre d'ignobles champignons et où les hommes se battent pour échapper à leur destin de blattes. Cette lutte, pleine d'abandon et de conviction est sans doute l'élément essentiel qui rend les personnages humains, bien trop humains (à la fois sauvages et sensibles, beaux et affreux, sales et angéliques…).

Dondog est également un livre qui parle de la vie et de la mort, de l'esprit vivant prenant en charge l'esprit des morts. Un livre sur la puissance des chamanes, sur leur capacité à voir le temps, à pressentir l'avenir, à passer de l'état de vivant à celui de mort pour revenir protéger les vivants. Un livre qui vient des limbes et qui oscille entre réalisme magique et atomisation des temps, des lieux, des états.

Dondog est un livre d'odeurs, de chairs, de lieux étranges, sordides, quartiers humides de villes modernes, dominées par la mafia, protégées par les chamanes qui du fond des caves tambourinent sans relâche.

Dondog est un livre de poésie et de chants, un livre qui resplendit d'humanité et de l'amour des mots, de la langue, de l'art de la narration.

Un très grand plaisir de lecture à peine obscurci par la dernière partie du roman légèrement moins puissante que l'ensemble de ce récit fabuleux (parce que tissé de fables, de rites et de magie).

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