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 Roger Kowalski

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Constance
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MessageSujet: Roger Kowalski    Sam 2 Avr 2011 - 14:28

Roger Kowalski (1934-1975)



Citation :
Roger Kowalski est né à Lyon, d’une mère allemande et d’un père polonais installés quelques années plus tôt dans la région. Lecteur des romantiques allemands, de Rilke et de Trakl, mais aussi de Julien Gracq et de Saint-John Perse, il publie son premier recueil en 1960. Régisseur d’immeubles, il a fondé une galerie d’art en 1974 à Lyon. Souffrant d’une maladie cardiaque, il meurt en septembre 1975. L’ensemble de ses recueils a été réuni en 2000 par les éditions Le Cherche Midi.
Un prix Roger Kowalski a été créé par la ville de Lyon en 1984. (Poezibao)





A propos de la parution de ses poésies complètes :


Citation :
Roger Kowalski dissimulait à peine, derrière son élégance naturelle, l'enfant et ses sortilèges, qu'il n'avait jamais cessé d'être. Il a pris discrètement congé en 1975 : quarante et un an de vie, à peine un peu plus qu'Apollinaire.

À lire la poésie de Kowalski, nous flottons entre le conte de fées, le rêve éveillé ou le récit tendre et cruel parfois. Dans des poèmes en prose superbes et ciselés, où passe le souvenir d'un Aloysius Bertrand, d'un Nerval ou d'un Rilke, le poète invente des oiseaux et des ombres, des mystères et des arbres, des feux brefs et des nuits d'exil.

Grâce à Colette Kowalski et au poète François Montmaneix, ces poèmes ont pu être réunis pour constituer ce volume de Poésies complètes, publié avec le concours du Centre National du Livre.(Le cherche midi éditeur)


Dernière édition par Constance le Sam 2 Avr 2011 - 14:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Sam 2 Avr 2011 - 14:30





Je ferai ici un poème


Je ferai ici le poème de la bougie consumée, de la pluie que
nous attendions et qui ne tomba point; et j'évoquerai
l'apparence de Bérénice même, dont le visage ne m'est point connu;

Etait-ce le nom d'un vaisseau de haut bord, Le dernier cri
des oiseaux qui venaient de Septembre et ne s'attardaient point
au dessus de notre demeure ?

Un chien jaune aboyait derrière la métairie; nous venions
de quitter nos travaux pour cette randonnée vers l'auberge à la
croisée des vents,

et vous me contiez une histoire qui me rappela le dit de la
vieille Jeanne, celui de Margoton et la solitude aux approches de
l'hiver, entre les livres et le tabac parfumé.



Illustration : Karsten Kirchner (Cittadella)


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Constance
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Jeu 7 Avr 2011 - 9:53





Ce soir-là


Ce soir-là, en des temps plus anciens que l'enfance, ce soir-là alors
que la nuit était imminente, je vis votre visage, et tel, et si profond,


à ce point vous, bien aimée, que je rencontrerai seulement bien plus
tard, si divinement secret entre la branche qui frôlait les vitres


et les doigts serrant la plume, que les feux soudains s'allumèrent dans
mes forêts, coururent jusqu'à la frontière occidentale,


bondirent, par dessus les rivières, les étangs, flaques de tardives
pluies, me lièrent enfin pour jamais à l'arbre inquiet de votre sang.



(Toile "Rooted and grounded", de Glen Tarnowski)



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Constance
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Ven 15 Avr 2011 - 10:15






La statue


Il avait dormi cette nuit-là sur les genoux d'une froide
statue de marbre et d'une grandeur qui l'avait surpris. Il
erra. Dans ce visage sur lui penché il entreprit un voyage
dont il ne reviendra pas de sitôt. Parvenu derrière la
lourde paupière il connut le découragement, mais une
voix se fit entendre : « Que vous êtes léger ! » C'est à
grands coups, et douloureux, qu'il creva la paroi : loin
devant lui verdoyait un empire oublié.



(Extrait de "Le ban", in Poésies complètes/ Le cherche midi éditeur)

Illustration : Sapho assise de James Drapier
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Constance
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Lun 2 Mai 2011 - 17:36






Les ombres



Il descendit parmi les ombres; celles qui erraient n'étaient pas les moins aimables;
les immobiles, il s'en détournait avec effroi; ombres entre les coudriers, phantasmes derrière les aulnes;
une d'elles portait une aigrette de feu, ses paupières baissées paraissaient intérieurement illuminées;
elle ne bougeait pas. A peine un tressaillement des lèvres, parfois,
comme un qui va pleurer et fait encore un dernier effort
qui se prolonge mais c'en est trop soudain.
Il vit bientôt que les larmes libératrices ne pouvaient pas naître
et qu'éternellement ces lèvres trembleraient d'un impossible sanglot.



(Extrait de "Le ban", in Poésies complètes / Le cherche midi éditeur)

Illustration : La femme absente (1942) d'Yves Tanguy







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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Lun 2 Mai 2011 - 21:17

A la vue de son portrait, avant d'avoir lu la citation, j'ai pensé que ce poète avait un visage romantique.

ces poèmes aussi, merci Constance.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Jeu 19 Mai 2011 - 9:30

Baudelaire aurait apprécié ton tréma, Bédoulène ... sourire











Oiseau violet emplumé



Une eau sur la grande main du songe, l'aboiement
derrière les arbres; noire, nuit noire et la rose déplie ses
feux.

Une parole bientôt achevée; le champ, l'odeur des
lilas, la muraille battue d'un vent contraire.

Nulle image, ombre des grands fonds, passe de la pitié.

Je suis parti, mes os font un poids léger sur la neige.




(Extrait de "Gardienne des entrailles", in Poésies complètes / Le cherche midi éditeur)

Illustration : "Nuit humide" (1916) de George Wesley Bellows



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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Sam 28 Mai 2011 - 16:53







Il y avait une grande mousse ...



Il y avait une grande mousse à la muraille; et c'était
ton visage; le même gris doré de tes prunelles, et le même
cours du sang;


moire vive, ô blés éclatants, lueurs de mer, vergers
qu'envahissent les très tendrement agiles lierres; le rire et
la haute lumière du vent !


Forêt, rumeur qui ne commence ni ne cesse, toute
semblable au respir qui soulève un très jeune sein, tu cries
doucement;


ni l'oiseau de pierre, ni le fleuve immobile, ni le tertre
velu, ni l'armoise à ta bouche odorante, mais l'eau, la
naissance de l'eau.




(Extrait de "La pierre milliaire", in Poésies complètes / Le cherche midi éditeur)

Illustration : "Vision of a face" de Salvador Dali



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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Sam 28 Mai 2011 - 22:42

l'impression que les mots s'envolent dans des bulles

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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Dim 29 Mai 2011 - 11:28

Bédoulène a écrit:
l'impression que les mots s'envolent dans des bulles


Ce poète nous est venu d'une planète mystérieuse où les mots et les pensées flottent, comme suspendus dans l'atmosphère terrestre ... oui
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Ven 3 Juin 2011 - 12:17








Tu m'écoutes. la nuit touche à son terme; je veille.
La haute flèche dévie à l'est.


Odeur du sang, pluies chargées de rires et de cris; que sommes-nous désormais si la neige nous devance ?

Et toi, d'un reste d'ombre lentement envahie,
garde-moi pour un temps encore,


Ne dis rien; nous ne connaissons plus notre chemin si
ce n'est le bonheur de qui porte un plumage à ton ventre
arraché.




(Extrait de "Les pierres d'attente", in Poésies complètes / Le cherche midi éditeur)

Illustration : "Lit bleu" (1929) d'Yves Tanguy
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Jeu 16 Juin 2011 - 9:47





La haute mer



Nous avions fait notre âme à l'image du parfum de
sel, tout effrayée d'un galop qui venait de l'ouest, et
douce d'un songe qui nous déchira; il se fait tard.


L'oiseau de mer grandit à nos yeux, une odeur de bête
mortelle envahira cette part de la nuit qui ne nous
abandonne point et fait en nous sa bauge.


Parfaite saveur de ton âme où j'existe et meurs, où je
m'achève et recommence;

de même nous inquiéta la haute mer.



(Extrait de "les hautres erres", in Poésies complètes/ Le cherche midi éditeur)

Illustration : "L'idole" (1965) de René Magritte
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Jeu 14 Juil 2011 - 20:11








Le rêve



Cette nuit-là, un songe d'une singulière vivacité l'avait ocupé de sorte qu'au réveil il s'en souvînt et voulut dormir encore.
Il y avait eu sur de vastes terrasses une clarté lunaire et l'astre était si bas que les ombres s'allongeaient démesurément.
Une ample cohorte d'oiseaux étincelants et mous l'environnait depuis qu'il avait bougé;
leurs cercles autour de lui s'amenuisaient; il n'osait pas fuir et l'idée ne lui en était pas venue.
Une honte l'accabla lorsqu'il dut lutter. Jamais honte n'avait été si profonde, ni d'un fini aussi merveilleux.


(Extrait de Le ban, in Poésies complètes)

Illustration : "Le jeune garçon et la lune" (1906-1907) d'Edward Hopper
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Mar 3 Jan 2012 - 12:59






Les rêveurs



Il s'élevait au-dessus de la ville une falaise noire d'une
si prodigieuse hauteur qu'elle se perdait dans les brumes
durables. Une ouverture au pied de la roche donnait sur
d'interminables galeries; quelques escaliers taillés dans la
pierre se multipliaient soudain, aboutissaient à une
énorme salle d'où repartaient de multiples corridors
reliés entre eux par des conduits secondaires et non
moins chargés de repentirs. Mais au bout de tout cela,
l'on se heurtait inévitablement à un mur. Et en effet, du
dehors, un regard attentif sur la falaise eût découvert que
la paroi était, en manière de colombarium, percée de
maintes ouvertures profondes. Qu'on se fût emparé
d'un rêveur, et l'on ne s'en privait jamais, il était aussitôt
maîtrisé, ficelé, entraîné tout au long des corridors.
L'on creusait alors jusqu'au vide; l'on déposait le rêveur sur le
sol et derrière lui édifiait une définitive maçonnerie de
façon à constituer une sorte de grotte.
Il y avait alors en vérité quelque mérite à rêver.



(Extrait de "Les hautes erres")

Illustration : Dessin de Victor Hugo
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MessageSujet: Re: Roger Kowalski    Sam 28 Jan 2012 - 13:28






Le ban


Les grands impurs furent chassés de la ville ; quelques-uns étaient soupçonnés
parce qu'ils n'aimaient point ouvrir la bouche ; il en était même qui n'avaient
jamais pensé qu'il leur fût nécessaire de dire mot et dont on ignorait la voix ;
d'autres ne sortaient jamais de chez eux les jours de réjouissance publique ;
ils étaient objets de scandale ;
un plus petit nombre estimait décent de publier des ouvrages que personne n'ouvrait ;
ils ne s'en affectaient pas, c'était dans l'ordre, leur attitude soulevait une réprobation universelle.
Tel fut le sort des grands impurs ; ils partirent avec indifférence ;
l'un d'eux seulement parut s'amuser du cours des choses ;
il était jeune, un peu naïf encore : l'indifférence n'était cependant pas loin.



(Extrait de Le Ban, in Poésies complètes)

Illustration : Etats d'âme II/Les Adieux (fin 1911, début 1912) d'Umberto Boccioni
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