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 Kawabata Yasunari

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troglodyte
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MessageSujet: Kawabata Yasunari   Lun 4 Juin 2007 - 23:07


(1899-1972)

"Tout en intercalant dans la narration des hésitations et des ruptures,
sa technique consiste à faire briller un instant,
tel un éclair,
une phrase inquiétante."
. . C'est ainsi qu'en parlait Mishima, qui l'avait bien connu.

. . Quant à moi, qui ne l'ai connu, qui n'entend pas le japonais, qui n'ai lu que quelques-unes de ses oeuvres, comment oserais-je disserter à son sujet ? Le meilleur service que je puisse lui rendre est de simplement relayer sa prose traduite dans l'espoir de vous faire partager l'attirance que j'ai envers son art étrange de figer le temps, en bleu.

Bibliographie

Citation :
cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement

1916 - Récits de la paume de la main : Pages 1, 14
1921 - L'Adolescent
1926 - Les Servantes d'auberge (Les Servantes d'auberge, Illusions de cristal, Le Pourvoyeur de cadavres , Une page folle) : Pages 8, 12
1926 - La Danseuse d'Izu : Pages 4, 10, 14
1930 - Chronique d'Asakusa
1933 - La Beauté tôt vouée à se défaire : Pages 5, 9, 17
1935 - Pays de neige : Pages 1, 2, 5, 6,16, 19
1942 - Nuée d'oiseaux blancs : Pages 3, 5,  6, 12, 16, 17
1949 - Le Grondement de la montagne : Pages 7, 9
1954 - Le maître ou le tournoi de go : Pages 1, 13, 16, 17
1955 - Le Lac : Pages  7, 8, 15, 17
1960 - Les belles Endormies : Pages 1, 8, 11, 12, 13, 17, 18,
1962 - Kyôto : Pages 1, 2, 6, 7, 8, 10
1963 - Le Bras : Pages 5, 9
1964-1968 : Les pissenlits : Pages 17, 19,
1965 - Tristesse et beauté : Pages 9, 16
1997 - Kawabata-Mishima, correspondance 1945-1970

Citation :
Mise à jour le 03/03/15, page 19


Aki no ame
Pluie d'automne
1962
(tiré du recueil de nouvelles
Récits de la paume de la main)

. . Au fond des yeux m'apparaissait la vision d'une pluie de feu sur des montagnes aux couleurs de l'automne.
. . Plutôt que des montagnes, peut-être valait-il mieux parler de la vallée tant celle-ci était profonde, les sommets qui surplombaient les deux rives se dressant, impitoyables. Pour apercevoir le ciel au-dessus des monts, il fallait lever les yeux droit au-dessus de sa tête comme pour regarder au zénith. Le ciel, encore bleu, laissait pourtant deviner la venue du soir.
. . La même nuance se retrouvait dans les pierres blanches du courant. Etait-ce en raison de la quiétude des feuillages d'automne qui, des hauteurs, m'enveloppait et m'imprégnait que déjà je pressentais la nuit ? La rivière dans la vallée était d'un indigo profond, un indigo qui ne reflétait pas le feuillage d'automne, et lorsque mes yeux, intrigués, s'en étaient avisés, j'avais vu cette pluie de feu tomber sur les flots sombres.
. . Non, ce n'était pas une pluie de feu, une pluie d'étincelles, juste un petit groupe de flammèches qui scintillaient au-dessus de l'eau. Mais, à n'en pas douter, il en pleuvait, car chacune de ces flammèches tombait dans l'eau indigo puis disparaissait. Simplement, tandis qu'elles glissaient entre les sommets, les feuillages d'automne masquaient la couleur du feu. Qu'en était-il sur les sommets ? De petits groupes de flammèches tombaient avec une vitesse inattendue. Peut-être parce que ces flammes se déplaçaient, il me semblait qu'un ciel étroit s'écoulait comme une rivière entre les berges que formaient les sommets eux-mêmes.
. . J'avais eu cette vison la nuit, en somnolant à moitié dans le train express qui me menait à Kyôto.
. . Je m'y rendais pour retrouver, dans un hôtel, l'une des deux fillettes présentes dans le souvenir que je gardais d'un séjour effectué à l'hôpital pour me faire opérer d'un calcul biliaire.
. . L'une d'elles était un bébé né dépourvu du canal cholédoque qui évacue la bile, et comme les enfants atteints de ce mal ne vivent qu'un an environ, on l'avait opérée pour relier par un canal artificiel le foie et la vésicule biliaire. Dans le couloir, je m'étais approché de sa mère qui la tenait dans ses bras.
- Félicitations ! C'est une jolie enfant ! avais-je dit en regardant le bébé.
- Merci. Nous attendons que l'on vienne nous chercher de la maison, car il paraît qu'elle n'en a plus pour longtemps, aujourd'hui, demain peut-être, me répondit doucement la mère.
. . L'enfant dormait paisiblement, la poitrine légèrement bombée sous son kimono au motif de camélias, sans doute à cause des bandages qu'elle portait depuis l'opération.
. . Si j'avais tenu ces propos irréfléchis à l'égard de la mère, c'était à cause de ce relâchement des sentiments qui liait les uns aux autres les malades hospitalisés ; mais dans cette clinique chirurgicale se faisaient soigner de nombreux enfants cardiaques, certains qui chahutaient dans le couloir avant leur opération, d'autres qui s'amusaient à monter et descendre dans l'ascenseur, et je m'étais surpris à leur adresser la parole. Ces enfants avaient entre cinq et sept ou huit ans. Pour soigner des déficiences cardiaques congénitales, il fallait opérer tôt, et, à moins de subir ces interventions, ces enfants couraient tous le risque de mourir jeunes.
. . L'une de ces enfants avait particulièrement attiré mon attention. Quand je prenais l'ascenseur, elle s'y trouvait presque à chaque fois. Cette fillette d'environ cinq ans était accroupie, silencieuse, dans un coin de la cabine, dissimulée par les jambes des adultes. Elle avait un regard dur qui étincelait avec violence, et serrait des lèvres à l'expression inflexible. Je m'étais enquis d'elle auprès de ma garde-malade qui m'apprit que la fillette passait ainsi tous les jours deux ou même trois heures seule dans l'ascenseur. Elle gardait d'ailleurs le même air, lorsque, assise sur un canapé du couloir, elle restait aussi obstinément silencieuse. J'avais beau lui adresser la parole, elle ne se départait pas d'une totale indifférence. "Elle deviendra quelqu'un", avais-je dit à ma garde-malade.
. . Un jour, elle disparut de ma vue.
- Elle a du être opérée, elle aussi. Comment va-t-elle ? demandai-je à ma garde-malade.
- Non, elle est sortie avant l'intervention. En voyant mourir son voisin de lit, elle s'est mise à répéter : "Je veux pas, je rentre, je veux pas, je rentre", et il n'y a rien eu à faire.
- Tiens donc... Mais ne risque-t-elle pas de mourir jeune ?
. . Je me rendais à Kyôto pour voir cette fillette, maintenant à la fleur de l'âge.

. . Le bruit de la pluie qui battait les fenêtres de mon wagon me tira de mon demi-sommeil et j'ouvris les yeux. La vision disparut. Tout en me mettant à somnoler, je m'étais rendu compte que la pluie commençait à battre les vitres, mais sans doute pluie et vent avaient-ils redoublé de violence. Les gouttes qui heurtaient la fenêtre glissaient à l'oblique sur les vitres en gardant leur forme. Certaines traversaient ainsi la fenêtre d'un bout à l'autre. Et, en s'écoulant, elles s'arrêtaient un instant pour repartir, s'arrêter à nouveau, repartir. Je percevais peu à peu leur mouvement comme un rythme. Dans le groupe des gouttes, certaines dépassaient celles qui les précédaient, celles du haut se faufilaient sous celles du bas, et tandis qu'elles s'écoulaient, dessinant un entrelacs complexe, une musique commençait à naître.
. . La vision de la pluie de feu sur les montagnes d'automne était silencieuse, dépourvue de bruits, mais sans doute était-elle suscitée par la musique que composait ces gouttes, heurtant la vitre avant de s'écouler.
. . J'étais invité par un marchand de kimonos à une présentation de tenues de Nouvel An qui devait avoir lieu le surlendemain dans le grand salon d'un hôtel de Kyôto, et parmi les mannequins figurait une certaine Ritsuko Beppu. Je n'avais pas oublié le nom de la fillette mais j'ignorais qu'elle était devenue mannequin. Plus que les érables écarlates de Kyôto, j'étais venu revoir Ritsuko.
. . Le lendemain, il plut encore sans interruption, et je regardai la télévision dans le hall du quatrième étage. Ce lieu servait de salon d'attente devant des salles de banquets, si bien que les invités de deux ou même trois mariages s'y bousculaient et que je vis passer une mariée en kimono de cérémonie. Je me retournai en outre pour regarder derrière moi de jeunes couples, parmi les premiers dans l'ordre de passage, sortir de la salle de cérémonie et se faire photographier.
. . Le patron du magasin de kimonos vint me saluer. Je demandai si Ritsuko Beppu était là. Il me désigna du regard une femme toute proche. Debout devant une fenêtre brouillée par la pluie, Ritsuko regardait, avec des yeux toujours aussi durs, les jeunes mariés se faire photographier. Elle serrait les lèvres. J'avais envie de lui adresser la parole, de demander à cette jeune fille qui, ayant survécu, se tenait debout là, si grande, si belle, si elle se souvenait de moi, si je lui revenais en mémoire, mais j'hésitai.
- Elle doit porter demain à la présentation une tenue de mariée, alors... , murmura à mon oreille le marchand de kimonos.



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coline
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Lun 4 Juin 2007 - 23:24

troglodyte a écrit:


. . Quant à moi, qui ne l'ai connu, qui n'entend pas le japonais, qui n'ai lu que quelques-unes de ses oeuvres, comment oserais-je disserter à son sujet ? Le meilleur service que je puisse lui rendre est de simplement relayer sa prose traduite dans l'espoir de vous faire partager l'attirance que j'ai envers son art étrange de figer le temps, en bleu.

[/color]

Merci beaucoup Troglo, ce texte de Kawabata Yasunari est magnifique...
C'est bien l'auteur des Belles endormies?
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Lun 4 Juin 2007 - 23:27

Oui ma chère Arverne, c'est bien lui !
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coline
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Lun 4 Juin 2007 - 23:30

troglodyte a écrit:
Oui ma chère Arverne, c'est bien lui !

:)
Tu connais cette version illustrée par Frédéric Clément? Wink

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Marie
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mar 5 Juin 2007 - 4:49

Citation :
. . C'est ainsi qu'en parlait Mishima, qui l'avait bien connu.
J'ai lu la correspondance échangée entre 1945 et 1970 par ces deux écrivains ( Albin Michel, traduit du japonais et annoté par Dominique Palmé, préface de Diane de Margerie).
Surtout parce que m'interessaient leurs suicides à deux ans d'intervalle, alors que Kawabata n'avait pas ,lui, caché ses réticences au sujet du suicide. En fait, ils n'en parlent pas,dans ces lettres, tout juste trouve t-on une lettre de Mishima datée du 4 août 1969 demandant à Kawabata d'assurer l'honneur de sa famille après sa mort: " Cela m'est égal que l'on se moque de moi de mon vivant, mais l'idée qu'on puisse rire de mes enfants après ma mort m'est insupportable . Sûr que vous êtes la seule personne à pouvoir les préserver de cela, je m'en remets donc entièrement à vous pour l'avenir."
Cette lettre a été lue par Kawabata aux obsèques de Mishima.

Dans ce livre, on trouve également en appendice, la Lettre de Yukio Mishima recommandant Monsieur Yasunari Kawabata pour le prix Nobel de littérature 1961.
Elle est assez jolie, alors je la recopie:


Les oeuvres de M. Kawabata allient la délicatesse à la fermeté, l'élégance à la conscience des tréfonds de la nature humaine; leur clarté recèle une insondable tristesse, elles sont modernes quoique directement inspirées de la philosophie solitaire des moines du Japon du Moyen-Age.
La manière dont l'écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise;
son style sans pareil est capable , avec une promptitude infaillible, d'aller droit au coeur d'un sujet pour en exprimer la substance- qu'il s'agisse de l'innocence d'une très jeune fille ou de l'effrayante misanthropie du grand âge. Une concision extrème- la concision chargée de sens des symbolistes- le cantonne dans des oeuvres courtes qui, en dépit de cette brièveté, englobent tous les aspects de la nature humaine.
Pour beaucoup d'écrivains du Japon moderne, les impératifs de la tradition et le désir de créer une littérature nouvelle se sont révélés quasi inconciliables. M. Kawabata pourtant, avec son intuition de poète, a dépassé cette contradiction pour parvenir à une synthèse.
Dans tous ses écrits, depuis son plus jeune âge jusqu'à nos jours, se retrouve comme une obsession le même thème: celui du contraste entre la solitude fondamentale de l'homme et cette inaltérable beauté que l'on saisit par intermittence dans les fulgurations de l'amour ,de même qu'un éclair peut soudain révéler , au coeur de la nuit, les branches d'un arbre en pleine floraison.

C'est un honneur pour moi de recommander celui qui, plus que tout autre écrivain japonais, présente véritablement les qualités requises pour le prix Nobel de littérature.

Yukio Mishima
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mar 5 Juin 2007 - 9:35

Merci à Troglodyte pour ce superbe passage (dont on a très envie de connaître le dénouement) d'une nouvelle de cet auteur que j'avoue n'avoir jamais lu (honte à moi !Embarassed )

De l'écriture dentelle pour reprendre la très joile expression d'Harmonuit ..
A la fois subtile et vibrant , une sensibilité frémissante comme le dit merveilleusement Mishima.

Merci encore à vous trois d'avoir soulevé un peu ma couche d'ignorance impardonnable devant ces petites pépites!
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mar 5 Juin 2007 - 22:42

. . Coline : je ne connais pas cette édition illustrée.
. . Marie : le passage : Dans tous ses écrits, depuis son plus jeune âge jusqu'à nos jours, se retrouve comme une obsession le même thème : celui du contraste entre la solitude fondamentale de l'homme et cette inaltérable beauté que l'on saisit par intermittence dans les fulgurations de l'amour, de même qu'un éclair peut soudain révéler, au coeur de la nuit, les branches d'un arbre en pleine floraison est admirable et prouve que derrière le Mishima romancier pouvant paraître superficiel se cachait un Mishima penseur génial.
. . Aériale : c'est la nouvelle en entier que j'ai posté :lol!:
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troglodyte
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 6 Juin 2007 - 19:07

. . Lire un texte de Kawabata est entrer dans une sphère tendre, un peu molle et douillette. Les sons y sont estompés, on a d'air pour respirer que le minimum. On ne voit pas la paroi de la sphère mais on sent son existence.
. . Parfois une porte s'ouvre : la sortie ? Non, après avoir parcouru un couloir on comprend qu'on est toujours dans la sphère. On est dans le ventre d'une mère inconnue, mystérieuse mais non vulnérante.
. . On n'est pas encore né et on ne naîtra pas. Le texte s'achèvera, nous laissant là où on était en y entrant, en l'état de questionneur non angoissé. Non angoissé car toujours l'auteur nous place devant la mort, voire même dans la mort : il nous donne un avant-goût de notre propre mort et un arrière-goût de notre vie prénatale.
. . Ces personnages, sont-ils vivants ou fantosmes ? Ces flammèches que l'on rêvasse sont nées des gouttes de pluie sur la fenestre du train, et pourtant ce sont les sons qu'émettent ces mêmes gouttes qui nous réveillent, donc qui anéantissent les flammèches...
. . Comme sur le dessin du yin et du yang, où du yin est dans le yang et vice-versa, la mannequin dans l'hôtel se tient "devant une fenêtre brouillée par la pluie" tandis que le narrateur dans le train regardait lui aussi une fenêtre brouillée par la pluie. La fenêtre de l'hôtel est rapidement mentionnée, on lui tourne le dos probablement, tandis que celle du train donne à voir un paysage immense dans lequel on entre en rêve. Et ces gouttes de pluie sur la fenêtre du train, qui "en s'écoulant [...] s'arrêtaient un instant pour repartir, s'arrêter à nouveau, repartir", ne sont-elles pas ces enfants "qui s'amusaient à monter et descendre dans l'ascenseur", et ces gouttes bien particulières qui "traversaient ainsi la fenêtre d'un bout à l'autre" ne sont-elles pas à l'image de cette jeune femme qui, sans opération chirurgicale, vit durant quinze ans peut-être, transposition du temps que met la goutte à traverser la fenêtre d'un bout à l'autre ?
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 6 Juin 2007 - 19:25

Super Troglo!...
Ca y est...Kawabata est inscrit dans ma LAL... :)
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 8:48

troglodyte a écrit:
. . Lire un texte de Kawabata est entrer dans une sphère tendre, un peu molle et douillette. Les sons y sont estompés, on a d'air pour respirer que le minimum. On ne voit pas la paroi de la sphère mais on sent son existence.
. . Parfois une porte s'ouvre : la sortie ? Non, après avoir parcouru un couloir on comprend qu'on est toujours dans la sphère. On est dans le ventre d'une mère inconnue, mystérieuse mais non vulnérante.
. . On n'est pas encore né et on ne naîtra pas. Le texte s'achèvera, nous laissant là où on était en y entrant, en l'état de questionneur non angoissé. Non angoissé car toujours l'auteur nous place devant la mort, voire même dans la mort : il nous donne un avant-goût de notre propre mort et un arrière-goût de notre vie prénatale.
. . Ces personnages, sont-ils vivants ou fantosmes ? Ces flammèches que l'on rêvasse sont nées des gouttes de pluie sur la fenestre du train, et pourtant ce sont les sons qu'émettent ces mêmes gouttes qui nous réveillent, donc qui anéantissent les flammèches...
. . Comme sur le dessin du yin et du yang, où du yin est dans le yang et vice-versa, la mannequin dans l'hôtel se tient "devant une fenêtre brouillée par la pluie" tandis que le narrateur dans le train regardait lui aussi une fenêtre brouillée par la pluie. La fenêtre de l'hôtel est rapidement mentionnée, on lui tourne le dos probablement, tandis que celle du train donne à voir un paysage immense dans lequel on entre en rêve. Et ces gouttes de pluie sur la fenêtre du train, qui "en s'écoulant [...] s'arrêtaient un instant pour repartir, s'arrêter à nouveau, repartir", ne sont-elles pas ces enfants "qui s'amusaient à monter et descendre dans l'ascenseur", et ces gouttes bien particulières qui "traversaient ainsi la fenêtre d'un bout à l'autre" ne sont-elles pas à l'image de cette jeune femme qui, sans opération chirurgicale, vit durant quinze ans peut-être, transposition du temps que met la goutte à traverser la fenêtre d'un bout à l'autre ?

Je ne saurai mieux exprimer mes sensations à la lecture de Pays de Neige - moi qui ne savais comment dire mon ressenti : merci à Troglo, il m'allège la tache !

Je vais juste rajouter quelques mots :

J'avais un peu peur de trouver dans ce livre un côté trop desuet, trop de place à une écriture contemplative et philosophique, à des métaphores obscures... et finalement rien de celà... et en même temps.
En fait, ce livre se lit très bien, l'écriture en est très agréable et assez simple, l'histoire est à la fois douce, mélancolique, et légère.
Mais plus j'avançais dans ma lecture plus je m'accrochais aux personnages et à leur être, plus je me disais qu'il allait sûrement falloir qu'un jour je me penche à nouveau sur cet ouvrage.
C'est comme si en lisant on soulevait de fines feuilles de soie, sous lesquelles, à chaque fois, se révèlent de nouvelles sensations. Les feuilles s'envolent, légères et pures, nous laissant une impression agréable et rafraîchissante, pendant que le sens entre en nous avec finesse.

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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 10:36

J'ai lu "Pays de neige" il y a 2 ans....même sensations que Queenie.
La neige est d'une douceur infinie et les images qui en naissent d'une grande splendeur: le minimalisme est grandiose parfois drunken
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 18:07

Je n'ai lu que Les belles endormies de lui et j'ai beaucoup aimé, ce style épuré et poétique, alors que le sujet est quand même relativement choquant.
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 18:19

Chatperlipopette a écrit:
J'ai lu "Pays de neige" il y a 2 ans....même sensations que Queenie.
La neige est d'une douceur infinie et les images qui en naissent d'une grande splendeur: le minimalisme est grandiose parfois drunken

Je l'avais noté après lecommentaire de Troglo...Je suis bien contente que ce fil soit remonté pour me le rappeler ...Merci à vous!...Ca y est...je l'ai commandé cet après-midi... drunken
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 19:10

Tiens, comme aujourd'hui je suis allée fouiner sur Incipit.blog j'ai vu qu'ils avaient aussi enregistré Le Maître ou le Tournoi de Go.
C'est aussi un roman de Kawabata à découvrir, qui se lit tout en suivant une partie de go (toutes les planches en sont reproduites).


J'ai eu un peu de mal avec cet auteur quand je l'ai découvert avec Pays de Neige justement, à l'adolescence. J'avais trouvé son écriture particulièrement hermétique, et la psychologie des personnages incompréhensible.
Quelques années plus tard, j'ai retenté l'expérience avec Le lac et cette fois-ci j'y ai été sensible.

Mon préféré de Kawabata est Kyoto, l'ancienne capitale, un roman sur des soeurs jumelles séparées, qui vivent dans des milieux très différents, avec de belles évocations des saisons. J'y pense toujours quand vient l'automne. Une citation:

La montagne n'était pas plus haute qu'elle n'était vraiment profonde. Aussi, même au sommet, levant les yeux, pouvait-on distinguer un à un les troncs dans leur alignement parfait. Ces cryptomères serviraient pour des constructions dans la tradition de l'art du thé, et ne serait-on pas tenté de dire que les lignes même de la forêt en étaient comme une préfiguration.


Dernière édition par le Mer 31 Oct 2007 - 19:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   Mer 31 Oct 2007 - 19:15

je le note pour le chiner auprès de ma bibliothèque Very Happy
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari   

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