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 Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]

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MessageSujet: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeVen 15 Avr 2011 - 12:40

Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Shozo_10

Editions désordres a écrit:
SHOZO NUMA est né en 1926 à Hakata. Il vit à Tokyo.

Yapou, bétail humain a été publié pour la première fois en 1956, sous forme d’épisodes. Le livre a connu depuis de multiples éditions, ayant même été adapté pour divers mangas, et a été vendu à plusieurs millions d’exemplaires. Désordres publiera le deuxième volume de Yapou en 2006.

Wiki a écrit:
Tetsuo Amano (天野 哲夫, Amano Tetsuo?, 19 mars 1926 – 30 novembre 2008) est un écrivain japonais. Il est connu pour avoir déclaré être le mystérieux Shōzō Numa (沼正三, Numa Shōzō?), l’auteur de Yapou, bétail humain (家畜人ヤプー, kachiku-jin yapū?).

Originaire de Fukuoka. Lecteur correcteur aux éditions Shinshiosha (新潮社, Shinshiosha?), Amano Tetsuo est l’auteur de plusieurs romans et a longtemps passé pour être le représentant de Numa Shōzō. Mais en 1982, il affirme être l’un des auteurs de Yapou, bétail humain. Le fait reste cependant contesté mais il apparaît établi qu’il est effectivement l’auteur de la deuxième partie de ce roman et de Mazohisuto M no igon (le testament du masochiste M). La bibliothèque nationale japonaise considère Numa Shōzō et Amano Tetsuo comme une seule et même personne. Amano Tetsuo est l’auteur de plusieurs romans et essais parus sous son nom mais non traduits en français.

Amano Tetsuo est mort à Tōkyō le 30 novembre 2008 à l’âge de 82 ans.

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MessageSujet: Yapou, Bétail humain    Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeSam 16 Avr 2011 - 10:34

Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Yapou010
Yapou, Bétail humain

Un couple mixte (une allemande, Clara et un japonais, Rinichiro) sont amenés par une personne du futur dans le monde tel qu'il sera au XLème siècle : EHS est un monde où les asiatiques servent de meubles, d'animaux, d'accessoires ; les noirs sont des esclaves, des serviteurs, des mères porteuses ; les blancs sont des nobles, des dieux.
A partir de là Shozo Numa construit son oeuvre comme la description d'un univers SM poussé à son paroxysme.
A travers le regard de ces personnages du XXème siècle, le lecteur va pouvoir découvrir les deux aspects de ce monde futuriste et voir doucement l'état d'esprit des amants se transformés peu à peu, pour passer de celui d'amoureux à celui de maître-objet.

Entre SF, sado-masochisme, traité de sociologie : l'oeuvre de Numa est superbe ! Une écriture parfaite qui ne juge pas mais parvient à montrer l'intensité des sensations et des sentiments éprouvés par les êtres soumis et ceux se prenant pour des dieux. Cette métaphore extrapolée du monde SM et de l'état d'infériorité ressenti par un peuple occupé est haletante (et également le complexe d'infériorité et la vénération qu'éprouve souvent les asiatiques face aux occidentaux et à leur peau laiteuse) !! Mais elle montre un aspect souvent oublié : l'amour de la souffrance, de la soumission, de l'avilissiment.
On pourrait parler du syndrôme de Stockcholm, du refus de certains esclaves de prendre leur liberté (sujet traité notamment dans Manderlay, de Lars Von Trier), des clubs SM existants dans le monde entier : Numa décrit tout ça.

Sans idées fascisantes ni jugement moralisateur, encore moins avec condescendance. Et forcément, par cet aspect qu'il met en avant, ce roman en devient dérangeant. Quelques descriptions pourraient choquer par leur contenu, mais l'écriture de Numa reste toujours très soignée, et l'auteur ne cherche pas à provoquer le dégoût, la colère... Il montre comment un esprit peut être façonné, comment un humain peut s'annihiler, et pourquoi il peut aimer celà (consciemment ou non, inconscient ou non)
Parfois, l'auteur a un peu tendance à se répéter (notamment en ce qui concerne les setteen : yapou servant de toilette), mais celà permet au lecteur distrait de toujours recibler les choses.
Le roman est extrèmement scatologique. L'auteur, dans la post face affirme avoir fait l'expérience de l'humiliation et en être devenu dépendant. Etant donné le mystère qui tourne autour de Numa (c'est un pseudo, et personne ne sait réellement qui est le véritable auteur), on peut penser qu'il en rajoute sur ses propres expériences, mais celà n'enlève rien à la force du livre. Cette force qu'il a de parler de désirs déviants encore extrèmement tabous aujourd'hui.

Quant à la partie SF du livre, la description du monde, des progrès technologiques (la manipulation génétique et chirurgicale permettant de transformer un yapou en n'importe quoi : toilette, cheval, sac à main, baignoire... etc tout en le gardant vivant, conscient et heureux de sa condition), la structure socio-politique d'EHS (un monde gouverné par les femmes, les rôles des hommes étant similaire à celui de la femme au foyer japonaise des années 60 - et qui met en exergue le désir de soumission de l'homme par la femme) - tout ce monde est parfaitement décrit par Numa, tout en laissant un espace de liberté au lecteur.

Pour moi, ce roman est une grande réussite, il sonne un peu "rétro" par rapport au système actuel, mais ne semble pas complètement impossible...
Les éditions Désordres prouvent une fois de plus qu'elles ont le goût de la nouvelle littérature, des idées dérangeantes, et de la qualité !
Yapou, bétail humain, est un roman qui devrait être publié en trois parties. Pour l'instant seule la première partie vient d'être publiée en France, alors qu'au Japon cette oeuvre est culte depuis des décennies et a été de nombreuses fois adaptée sous forme de manga !


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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeSam 16 Avr 2011 - 10:36

Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] 97822610
Yapou, Bétail humain (vol. 2)



On retrouve donc Clara et Rinichiro. La jeune femme apprend petit à petit, et le plus facilement du monde, à devenir une noble d'EHS. Intégrée par la famille Jansen, elle découvre toutes les avancées technologiques obtenues par les ehsiens. Rinichiro, Rin, quant à lui, apprend à vouer un culte à Clara, à la considérer comme sa seule chance de paix et de non douleur. Comme un animal il devient dépendant de la bonne humeur de sa maîtresse, heureux quand elle le cajole et craignant les réprimandes à chaque erreur.

Ce deuxième tome de Yapou nous permet de découvrir comment le monde est devenu tel qu'il est. A travers de longs chapitres historiques, le narrateur nous raconte l'histoire du Japon, et de la Terre en général, puis d'EHS.
Il s'amuse également à déformer les mythes et légendes asiatiques (et parfois les occidentales) : en effet, il donne une explication rationnelle aux dieux et à leurs actes pendant le Japon Antique. Tout ce qui a servit de fondement à la société japonaise a été en réalité le fait de nobles d'EHS qui ont traversé le temps et se sont "amusés" à imposer leur puissance sur le peuple japonais.

Dans ce livre, on apprend aussi plus en détails les technologies scientifiques, génétiques et chirurgicales qui permettent la création de meubles viandeux de toutes sortes. Les descriptions et les digressions historiques (notamment pour expliquer d'où vient tel nom, tel adjectif) sont parfois un peu longuettes. On sent que l'auteur a pris un malin plaisir à prendre tout ce qui fait la culture japonaise, et a essayé d'en déformer toutes les bases de manière à mettre en évidence l'avilissement, le phénomène de mimétisme simiesque... etc... Mais il faut reconnaître que ces passages apportent une crédibilité déconcertante au roman : on suit les raisonnements, on les découvre avec stupeur mais on ne les réfute pas.

Il reste tout de même des passages "succulents", comme celui où Rin est attaché par les bras et les jambes, servant de canapé viandeux, et devant prier sans cesse Clara pour ne plus sentir un poids terrible reposer sur son dos.
La découverte de mandragores yapous est ahurissante : imaginez un homme dévorant tel un fruit, les membres fraîchement arrachés d'un nourisson !
Ou encore le cul(te) sans limite des esclaves noirs pour les blancs. Les esclaves considérant les sous vêtements "humains" comme des plats de fins gourmets, qu'ils arrosent de sauce au vomis et accompagnent d'une boisson à l'urine...

Comme pour le précédent tome, Numa décrit avec un talent grandiose les sentiments des yapous et des noirs. On les découvre heureux, jouissant de leurs situations, faisant tout leur possible pour mener au mieux leur mission, leur affectation. Et Rin, qui devrait tenter la rébellion, s'offusquer de voir toutes ses croyances n'avoir été que le fruit du loisir de blanc d'EHS, ne fait rien, attend docilement près de sa maîtresse que celle-ci lui donne une caresse, et commence à voir les blancs comme des dieux.

Un roman vraiment déconcertant. A lire, absolument.


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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeSam 16 Avr 2011 - 13:10

ça me rappelle "Clara ou la pénombre" de Somoza, certaines personnes sont aussi des meubles.
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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeDim 17 Avr 2011 - 1:10

krys a écrit:
ça me rappelle "Clara ou la pénombre" de Somoza, certaines personnes sont aussi des meubles.

Hum.
En fait dans Clara et la pénombre, ce sont surtout des œuvres d'art. Il y a une vraie notion de beau. Dans Yapou, c'est vraiment l'avilissement total, c'est bien plus glacial, plus terrible. Mais c'est vrai que ça peut se rejoindre.

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeDim 17 Avr 2011 - 15:13

Je suis souvent que tu en avais parlé de ces romans. Je note pour plus tard.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeMer 18 Jan 2012 - 20:08

Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Shozo10

tout commence par un syllogisme : Rinichiro est Japonais, tous les Japs sont du bétails humains (des Yapous), Rinichiro est un Yapou. Voilà la démonstration de Clara, femme blanche, allemande, dominatrice, belle, intelligente, brillante, voilà la leçon que cette femme du XXème siècle va apprendre auprès de la noblesse du XLième siècle.

Livre de SF, fable politique, analyse utopique de la science de (presque) demain, pamphlet SM, encyclopédie du XLième siècle et incroyable, ahurissant, dérangeant reflet d'une humanité blanche qui se pense supérieure aux autres, une humanité qui ne fonctionne que par l'avilissement. Ce livre est une construction totale (comme on imagine une oeuvre totale), une création complète d'un univers dans lequel tous les éléments servent à démontrer le syllogisme sus mentionné. Rien n'est laissé au hasard par un écrivain soucieux, attentif, inventif, un écrivain qui échantillonne, catalogue tous les domaines d'un monde, de l'évacuation des déchets, au dressage de cheval, de la domination politique des femmes aux heures passées devant les miroirs par des hommes portant des ceintures de chasteté, de l'habillement hyper sophistiqué d'une noblesse magnifique à la nudité castrée du bétail humain, tout est passé au crible d'une pensée unique.

Yapou est un roman de SF dans lequel la machine, le robot, la technologie sont remplacés par l'humain (une manière comme une autre d'utiliser le surplus humain à des fins d'amélioration de la vie quotidienne), et par la biologie. Il est fascinant de découvrir la manière dont les Yapous sont transformés en meubles, chiottes, chiens, chevaux, baignoires, pygmées, esclaves sexuels, godemichets... On retrouve ici l'obsession pour le bondage d'un Araki, les jeux de manipulations corporelles d'un Bellmer, les dérives raciales de l'idéologie nazie, avec ce que cela comporte de nausée, d'intérêt, d'une forme de fascination morbide. Surtout on s'étonne de la liberté de ton d'une oeuvre publiée en 1956, de sa cruauté, sa sexualité exposée, sa scatologie revendiquée, cependant il n'y a dans ce livre aucune fascination pour la mort, l'idée n'est pas d'exterminer mais d'utiliser à toutes fins utiles des êtres dévalorisés, dont on ferme la bouche avec une fermeture éclair, dont on émascule les rêves par des lavages de cerveau et castre le corps à l'aide de selle castratrice (sorte de cheval d'arçons vivant). Une imagination débordante mais canalisée, un impressionnant appareil idéologique tourné vers la sublimation de la souffrance, un ovni littéraire qui donne quelques frissons.

Deux petits bémols : un style bâclé qui frôle parfois l'infantilisme et une psychologie des personnages réduite à une sensibilité anorexique. Shozo Numa prend le prétexte de la littérature pour exposer ses fantasmes, ses théories, ses projections, les personnages ne sont que des fantoches, car ce qui est raconté, le système inventé, ce qui est démontré est largement plus intéressant que les sentiments de personnages fâlots.

Un roman ébouriffant, unique et intriguant.

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeMer 18 Jan 2012 - 21:47

Je serais bien tentée, mais les petits bémols que tu retiens, shanidar, me font hésiter (j'ai déjà une LAL monstrueuse...)
Toi ou Queenie vous auriez un ou deux petits extraits représentatifs ?

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeJeu 19 Jan 2012 - 9:12

Je vais voir ce que je peux faire pour toi Colimasson, mais je ne crois pas avoir noté des passages. Il faudrait que je relise des bouts.
Mais tu devrais le lire ! (Si tu le trouves, je crois que le 1er tome est épuisé).

Et moi... j'ai toujours le troisième dans ma PAL. Je crois que je vais m'y atteler du coup.

(eXPie, tu devais pas t'y mettre ?)

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeJeu 19 Jan 2012 - 10:36

Trouvé un petit passage (ce livre est toujours plein de digressions explicatives : sur l'Histoire, sur le mode de communication, le mode de fabrication, les coutumes. Mais l'auteur a vraiment réussi à ne pas rendre ces passages denses trop roboratifs, ni trop distincts au point de nous faire perdre le fil de l'histoire en elle-même).

Ce qu'est un setteen et son utilisation. (Âmes sensibles s'abstenir)
Citation :
La forme du setteen standard est extrêmement singulière. On se l'imaginera aisément en se figurant un nain doté d'un sabot inversé d'où partirait un long cou. D'une taille pouvant atteindre un mètre cinquante lorsqu'il étire complètement le cou (en réalité, on le verra jamais dans une telle position) et plus couramment d'un mètre dix (comprenant une tête de vingt centimètre, des jambes de quarante centimètres, un tronc - de la tête aux fesses - de cinquante-cinq centimètres, quarante-neuf centimètres du départ du cou aux fesses, et d'un cou pouvant à lui seul atteindre quarante-cinq centimètres mais restant replié dans son logement en temps normal) avec un tour de bedaine d'un mètre trente. Ses robustes jambes d'à peine quarante centimètres forment deux parties potelées séparées aux genoux, ses pieds sont larges et charnus. Le corps, supporté par ses deux membres, est si replet qu'on pourrait le croire obèse alors que cet état répond à un savant calcul destiné à le garder opérationnel pour un usage consécutif de vingt personnes. Il est en conséquence doté d'un estomac élargi, occupant l'espace libéré par l'ablation du poumon droit. Sa contenance a été poussée à douze vessies (de vesica, unité de mesure de l'estomac setteen).
La transformation des organes internes ne fut pas la condition nécessaire de la mise au point des setteens. En tant que meubles vivants, il fallait évidemment qu'on les raccordât à un circulateur. Leur tranchée artère fut donc modifiée pour qu'elle ne passât plus par la gorge mais reliât directement deux ouvertures - sortes de branchies - situées à la base arrière du cou au poumon gauche. Outre ces aménagements internes, un double sabot gibbosite fut ménagé dans leur dos, cette incurvation symétrique abritant deux dégagements par lesquels le setteen respire et sent. Le but de cette dernière transformation était de réserver leur long cou à la fonction "alimentaire" et d'éviter des encombrements éventuels s'il avait dû également respirer. Les fosses nasales devenues inutiles, il fut possible d'y implanter deux puissants petits séchoirs à basse température.
Les bras sont fins et courts. Les doigts des mains souples et petits, dépourvus d'ongles ainsi que ceux des cunnilingers. L'intérieur du sabot gibbosite offre à leur long cou une place où s'enrouler, la tête reposant au-dessus. Lors de la grosse commission, cette dernière s'incline d'avantage vers l'arrière, s'enfonçant à l'intérieur du sabot pour s'ouvrir largement vers le ciel. Lors de la petite commission, le cou se tend. Cette tête, vulgairement appelée pissotière, si l'on fait abstraction du développement anormal de la partie buccale, a conservé sa paire d'yeux et des narines. Elle est chauve, afin d'éviter certains désagréments pendant l'usage. Quant à la bouche qui, largement ouverte, offrirait un espace d'un diamètre d'environ dix centimètres, elle forme un bol doté de lèvres épaisses et extensibles qui se tendent quand une femme veut uriner. Cette caractéristique, lèvres aspirantes à l'extérieur, absorbantes à l'intérieur, permet ainsi à la bouche d'aspirer intégralement le liquide sans en perdre un goutte et d'éviter la propagation d'odeurs. Elle offre ainsi une parfaite étanchéité pendant l'usage. L'intérieur de la cavité buccale est également vaste. Seules les dents du fond, réservées à la mastication, ont été conservées, les autres ont été arrachées. La langue a un volume remarquable, le double de celle d'un être humain, plus large et plus longue, et, une fois qu'elle a nettoyé la partie concernée, elle se retire pour laisser place à un jet d'air chaud propulsé par les narines qui va assécher méat ou anus. Ce dispositif, à l'oeuvre également dans les pommeaux réservés aux esclaves noirs, a rendu obsolète le papier qui a disparu d'EHS, ainsi que le mot "toilettes".
[...]

Ce setteen était déjà âgé de trente-huit ans. Il avait cette forme étrange depuis qu'il était né au centre principal d'élevage yapou de la planète Aporto. Il avait en effet subi dès sa naissance une opération chirurgicale destiné à le remodeler à dessein. Puis, plus âgé, il avait subi une ablation du poumon droit pour permettre l'extension de son estomac. Ayant toujours vécu entouré de compagnons semblables à lui, il n'avait pas conscience d'avoir une forme particulière. Il passa son enfance à jouer avec ses lèvres-ventouse. Il entra à l'école à l'âge de trois ans. Il jouissait encore pleinement de son corps puisqu'il n'avait pas été raccordé au circulateur.
C'est ici que son maître, un esclave noir (que l'on appelle dans le système éducatif en vigueur sur la planète Aporto un "dompteur de corps et d'esprit") commença par lui enseigner la langue yapounaise et à prier devant les statues des dieux blancs. Je dois préciser que ce catéchisme et la dévotion envers ces divinités ne concernaient pas l'ensemble du corps des dieux blancs mais leurs seules parties inférieures et orifices respectifs. L'anatomie des dieux, qu'ils fussent hommes ou femmes, différait de ce point de vue, puisqu'on remarquât certaines différences de couleur entre les poils des deux espèces, qui allaient du blond au brun. Après avoir appris à se prosterner devant eux, agenouillé sur le sol, il fut autorisé à les embrasser. Ce faisant, il finit par être capable de distinguer leurs odeurs particulières, à apprécier la particularité de chaque arôme, quoiqu'ignorant la nature des odeurs.
Il avait suivi dès l'âge de six ans le programme d'enseignement élémentaire commun. Cela faisait maintenant trente-deux ans mais il se souvenait encore vivement de l'émotion qui l'avait envahi lorsque son maître lui avait parlé des Évangile : "Les dieux blancs vivent dans un autre monde - le monde du ciel, au-delà de cette planète. Toi qui as prié devant leur statue pendant trois ans, les dieux décideront un jour d'exaucer ta prière et de t'inviter à les rejoindre. Ils te donneront à sentir cette odeur que tu as appris à aimer et qu'à présent tu vénères, ils t'offriront des mets délicats et des boissons raffinés. Ce jour viendra bientôt car tu as été choisi. Étudie pour être prêt le moment venu..."
La connaissance de l'existence des dieux blancs, la prise de conscience de son rôle de setteen élu parmi l'ensemble du bétail, le pressentiment de la gloire d'être destiné au service des dieux... voilà ce qui avait ébranlé notre setteen.
On lui enseignait la religion, les sciences et la technique. Le cours de religion était un enseignement basé sur l'albinisme. Outre la récitation des louanges dédiées aux actes de oschick et de ungk, le cours de sciences dispensait des connaissances sur la vie quotidienne des dieux. Un setteen étant de fait destiné à vivre dans les demeures des Blancs en compagnie d'autres meubles viandeux - ses petits camarades, qui étaient tous des êtres vivants comme lui (il y avait certes des meubles inertes) -, il eût été fort ennuyeux qu'il ignorât leur nom et leurs fonctions. Les mœurs et habitudes alimentaires ou vestimentaires des dieux lui étaient expliquées de façon générale tant que son affectation à un appartement particulier n'était pas décidée. Selon la volonté des dieux, il pourrait en effet se retrouver officiant dans une écurie, une salle de réception ou un théâtre, voire un terrain de golf, en tant que O.S.C. (toilettes publiques, abréviation de Outdoor Setteen's Closet), bref, on lui enseignait tout ce qu'il devait savoir pour faire bonne figure en toute occasion. Les cours techniques comportaient un enseignement musical destiné à former son appareil acoustique et l'apprentissage des bonnes manières à table.
[...]

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeJeu 19 Jan 2012 - 11:16

je confirme que le premier tome est épuisé

extrait pages 30-31 :

- Je vais prendre celui-ci. Il a l'air robuste. Son pedigree est excellent !

- Entendu. Veuillez patienter une dizaine de jours.

C'est aini que le destin du nain fut scellé. Si à sa sortie de la yapounerie, on lui avait demandé ce qu'il ressentait à la perspective de devenir le cunnilinger d'une jeue épousée, il n'aurait pas manqué d'être saisi d'effroi, mais pour le technicien qui allait s'occuper de son cas, tout sentimentalisme étai hors de propos. La vie du Yapou n'était pour lui que de la matière première destinée à la fabrication d'un cunnilinger. Après l'avoir castré, il le passerait au réducteur (voir chapitre IX, paragraphe 3) afin de diminuer sa taille de moitié. Trempé dans une solution adéquate, il perdrait ensuite toute pilosité. Une fois édentées, ses mâchoires seraient rabotés car il était nécessaire de réduire la largeur du menton afin de satisfaire les exigences de la jeune épousée qui voulait pouvoir l'utiliser sans trop avoir à écarter les cuisses. L'espace occupé par la langue était amplement suffisant pour recevoir la langue-pénis dont on le doterait. Chair érectile, le pénis aurait été prélevé avant la réduction et y serait réimplanté. Dans les phases d'érection, la partie hors lèvres, autrement dit la partie susceptible de pénétrer le corps de la jeune épousée, devrait faire une longueur de dix-neuf centimètres. Enfin, comme les liqueurs émises par le sexe pendant la caresse ne devrait rigoureusement pas se répandre ni quitter la cavité bucchale du cunnilinger, il serai nécessaire de greffer sur les parois internes des lèvres un tissu spongieux et absorbant : l'opération ne présentait aucune difficulté, grâce aux techniques de culture artificielle de derme. Vu de l'extérieur, le visage donnerait seulement l'impression d'être pourvu de lèvres plus charnues que la moyenne. Enfin, les lèvres seraient closes par un hymen. Les yeux scellés par des globes en cristal réduiraient la vision à environ vingt dioptries. Le câble n'autoriserait qu'une mobilité limitée mais il fallait seulement qu'il fût capable de discerner le bas-ventre de sa maîtresse. On le débarrasserait de so système auditif, lequel serait rendu superflu par la fonction télépathe. On amputerait les oreilles et le nez afin de satisfaire au même objectif que l'épilation totale de la tête, autrement dit que la peau de la partie de la tête s'enfonçant entre les cuisses de la jeune épousée fût la plus douce et soyeuse possible, afin que cette dernière n'éprouvât pas à l'usage la moindre gêne ni ne ressentît le moindre déplaisir. Ce détail trahissait la prévenance du technicien. La reptation étant le mode habituel de déplacement du repose-pieds viandeux, il ne serait pas nécessaire qu'il pût se dresser, aussi l'amputerait-on des deux jambes. Deux niches seraient créées là où les pieds de Pauline se logeraient. Pour cela, l'épaisseur de la chair sur le dos serait étoffée par injection de stéroïdes, chair dans laquelle serait moulée la forme des pieds de Pauline. Ainsi préparé, le Yapou se verrait ensuite doté de la fonction télépathe. On procéderait selon la méthode déjà expliquée, c'est-à-dire que l'urine de Pauline (on conservait toujours des échantillons) serait mélangée au lait du Yapou...

Sens du détails, précisions techniques, détachement professionnel font de cette transformation d'un être humain en objet sexuel et de confort une invention quasiment 'acceptable', sorte de tour de magie qui va ensorceler Clara, la jeune allemande du XXème siècle, fascinée malgré elle par cette manière tellemet pratique d'utiliser des êtres devenus simple marchandise utilitaire.

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MessageSujet: Re: Numa Shozo [Amano Tetsuo ?]   Numa Shozo [Amano Tetsuo ?] Icon_minitimeJeu 19 Jan 2012 - 21:53

Merci pour vos extraits !

Je vois que Numa Shozo joue franc jeu dans ses descriptions et n'y va pas de main morte, mais je n'aime pas trop l'écriture, ça me semble laborieux et justement trop fourmillant de détails.

Le tome 1, épuisé ? C'est une rareté alors !

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