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 Ossip Mandelstam

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bix229
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Dim 20 Mai 2012 - 15:51

C' est vrai : pas commode de parler de ce livre où le narrateur affiche un détachement certain par rapport à lui-meme. D' autre part, il y a en arrière fonds l' aspect historique de la Russie de 1905 à 1926 et la sociologie d' une ville, Saint Petersbourg où voisinent une bourgeoisie huppée et un milieu juif en voie d' aculturation.

Tout un milieu saisi à un moment où il va disparaitre.

"Je n' ai jamais envie de parler de moi-meme, mais de suivre mon siècle, le bruit et l' espace du temps. Ma mémoire est hostile à tout ce qui m' est personnel."

Mais il y aura quelqu' un qui parlera quand meme d' Ossip Mandelstam après sa mort. Sa femme Nadejda. Un témoignage à la fois précieux et précis, sur lui et la poésie de son époque. Lire Nadejda Mandelstam c' est lire un prolongement de l'oeuvre du poète. Et les difficultés d' écrire et meme, seulement de vivre à cette époque écrasante où Staline décidait de tout.
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bix229
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MessageSujet: ..   Dim 20 Mai 2012 - 19:13

Portrait d' un homme politique russe des années 20 et vu par Mandelstam.

Iouli Matveitch

Le temps que Iouli Matveitch monte au quatrième, on aurait pu faire plusieurs fois l' aller et retour jusque chez le portier. On le soutenait par le bras, on soufflait à chaque palier; arrivé dans l' entrée, il attendait qu' on lui otat sa pelisse. Petit, la jambe courte, la pelisse surannée, lui descendant jusqu' au talon, un lourd bonnet sur la tete, il continuait à haleter jusqu' à ce qu' on l' eut débarrassé de ses torrides castors, après quoi il s 'asseyait sur le divan, ses petites jambes tendues droit devant lui comme celles d' un enfant.

Son apparition annonçait toujours un conseil de famille ou l' apaisement de quelque grabuge domestique. Finalement chaque famille est un Etat. Il aimait les désordres familiaux comme tout homme d' Etat aime les traverses politiques : il était lui-mème sans famille, et ila avait choisi la notre come champ d' activité, la trouvant exceptionnellement difficile et compliquée.

Chaque fois que se montrait sa tete ministérielle qui rappelait à s' en tordre celle de Bismarck, son crane tendre et nu comme celui d' un bébé, si l' on excepte trois poils à son sommet, nous autres, les enfants, nous exultions. Lorsqu' on lui posait une question, il émettait un son de poitrine bizarre et indéterminé, comme tiré d' une trompette par un musicien malhabile...

Ce Bismarck d' un autre foyer, sans enfants, ce pinnipède désarmé m' inspirait une compassion profonde.

La Rage littéraire, p. 72
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animal
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Dim 20 Mai 2012 - 22:01

c'est donc un extrait aussi du Bruit du temps, une autre traduction en fait. En effet j'ai lu la nouvelle édition publiée par Le Bruit du temps justement (détail : ici).

Je vais d'ailleurs revenir très brièvement sur la chance (une autre) d'assister à une présentation de ce texte, et de l'auteur par son traducteur Jean-Claude Schneider. Un homme dont j'ai beaucoup apprécié la préparation car il suivait des notes et un plan précis en ponctuant son récit de la vie de Mandelstam et de son écriture par de larges extraits, choisis. La réserve et la concentration sur ce plan, pour ne pas en oublier, le sentiment du besoin de ne pas dévier et de ne pas omettre était fort, n'ont pas du tout masqué l'attachement et la force du rapport au texte et à l'auteur (dont il continue la traduction de la prose). Si des références ont manqué pour recoller tous les morceaux, j'ai été sensible à l'intensité discrète du sérieux de cette entreprise. L'autre texte le plus évoqué est l'Entretien sur Dante et parmi les mots qui sont revenus a propos de Mandelstam il y avait humour et obscurité, une obscurité choisie du sens. Ce qui ne veut pas dire que ça ne doit rien vouloir dire, loin s'en faut, mais peut-être comme une mer qui se retire, il y a un possible qui se révèle avant d'être recouvert à nouveau. C'était aussi autour de cette préoccupation du sens que sont venues les anecdotes de rencontre avec et de traduction de Paul Celan.

Parallèlement à ce destin assez tragique, lentement tragique mais condensé si on peut dire, il est mal aisé de sentir complètement l'attachement au sens avec une rupture ( ?) avec une poésie et une littérature d'habitude mais une rupture pour rejoindre plus loin, et sans certitudes ? Par contre la précision presque maladive, inquiète du moins et existentielle...

J'ai beaucoup de reconnaissance pour cette manière de donner accès à une œuvre, à plusieurs en fait, qui n'est pas tout à fait se mettre retrait mais d'ouvrir l'espace pour ce dont il est question.

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Marko
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Mer 30 Juil 2014 - 0:37





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Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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shanidar
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Sam 29 Aoû 2015 - 19:53

Voyage en Arménie

Publié en 1933 alors que Mandelstam fuit le régime soviétique qui veut l'emprisonner, Voyage en Arménie éblouit par la beauté de cette plume hors du commun et d'un amour des hommes et des Arméniens en particulier qui fait chavirer. Il ne s'agit pas exactement d'un récit de voyage mais de quelques notes éparses (et parfois très distantes de l'Arménie) qui s'égrènent exactement comme de légères notes de musique sur une partition dont le lyrisme et la poésie s'accompagnent d'un humour attachant et d'une distanciation pleine de chaleur (!!). La surprise survient dès les premiers mots et constitue un véritable apprentissage de la langue, renouvelée, élégante et magique. Il y a un charme fou à découvrir ce très court livre (88 pages) dont on rêverait de voir les petites phrases se poursuivre à l'infini d'une rencontre qui n'aurait pas d'attente, qui n'aurait aucun but autre que le bercement des mots, le halètement des silences, l'intelligence du propos.

Pour l'humour :
Citation :

Je ne sais ce qu'il en est pour autrui, mais pour moi, le charme d'une femme s'accroît si c'est une jeune voyageuse qui a passé en mission scientifique cinq jours sur la banquette dure du train de Tachkent, qui se débrouille bien en latin de Linné, sait où se situer lors d'une discussion entre lamarckistes et épigénéticiens, et n'est indifférente ni au soja, ni au coton ni à l'hypocondrie.

Pour la poésie [à propos de la ville de Soukhoumi] :

Citation :
La ville est entièrement rectiligne, plate, et aspire au son de la marche funèbre de Chopin un grand arc de mer, gonflant sa balnéaire poitrine coloniale.
Elle s'étale en bas comme une boîte, avec, déposé sur le velours, son compas qui vient de décrire la baie, de tracer les arcades sourcilières des collines, et s'est refermé.

et pour le plaisir :

Citation :
Je regardais s'ouvrir et se refermer l'accordéon des rides mécréantes de votre front ; sans doute le côté le plus spirituel de votre aspect physique. Ces petites rides, comme gravées par un bonnet d'astrakan, réagissaient à chaque phrase importante et arpentaient votre front, chancelant, courant ou crânant. Il y avait en vous, cher ami, quelque chose de tartaro-godounovien.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Sam 29 Aoû 2015 - 20:15

je note Shanidar tes extraits ouvrent la tentation !

merci

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shanidar
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Sam 29 Aoû 2015 - 20:19

C'est un livre trop court ! Avec pas mal de digressions sur la peinture impressionniste , le darwinisme, les esquisses de Linné... parfois certaines phrases semblent totalement dénuées de sens, mais les lire fait du bien... Une lecture très forte pour moi !

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shanidar
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Mar 6 Oct 2015 - 21:07

Le timbre égyptien

Après le très beau et réjouissant Voyage en Arménie, j'avais envie de poursuivre ma rencontre avec la prose de Mandelstam et j'ai donc emprunté Le timbre égyptien… Il s'agit d'un court récit qui ressemble plus à un collage cubiste ou une farce dadaïste qu'à une vraie histoire avec un début, un milieu, une fin. L'ensemble se lit un peu comme on déroule un parchemin à moitié illisible dont quelques images jaillissent comme des instants magiques et d'autres restent dans les limbes d'une incompréhension parfois exaltante parfois totalement absconse. Mais au fond peu importe qu'on ne sache pas vraiment pourquoi Parnok court après sa jaquette tant qu'on peut lire un sourire au coin des lèvres et une larme au bord de la paupière le récit de Pétersbourg juste après la révolution de 1917. Il paraît même presque logique que tout soit si illogique dans une ville qui vient de traverser une révolution et dont la population continue à investir périodiquement les rues. Alors même si l'ensemble paraît bien touffu, le récit tout fou qui évoque tour à tour des images de Chagall et de Braque reste un de ces petits plaisirs solitaires dont on a bien du mal à expliquer pourquoi ils offrent tant de bonheur.

Citation :
J'aime les dentistes pour leur amour de l'art, pour leur large horizon, pour leur patience pleine de certitude. J'aime, moi, pauvre pécheur, le bourdonnement de la roulette -cette humble petite sœur terrestre de l'aéroplane- qui creuse elle aussi l'azur de sa minuscule extrémité conique.

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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Mar 6 Oct 2015 - 21:16

Il me semble qu'il traîne dans ma PAL. dentsblanches

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shanidar
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Mar 6 Oct 2015 - 21:22

C'est très court (à peine 90 pages) mais très déroutant et je pense qu'il faut envisager de nombreuses relectures (ludiques, attentives, imaginaires) pour prendre vraiment conscience de l'ampleur du chantier...

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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Sam 10 Sep 2016 - 7:52

Je viens de lire Ossip Mandelstam et Les cahiers de Voronej. Je l'avais déjà mentionné sur le fil des lectures du mois, mais je n'ai pas d'autre conseil que vous inciter à le lire. il s'agit d'un de ses recueils les plus aboutis, si pas le plus abouti. L'écriture y est si mature.

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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MessageSujet: Re: Ossip Mandelstam   Sam 10 Sep 2016 - 8:15

Je vous recopie un extrait après avoir mûri mon hésitation et oscillation entre les coulées poétiques :

Ossip Mandelstam, Les Cahiers de Voronej, 2005 (1999), Harpo& a écrit:
12 II 1937, Fin du deuxième cahier

Je suis dans la fosse aux lions et ma force s'abîme,
Je tombe plus bas, plus bas, toujours plus bas
Sous une pluie qui fermente de sons,
Plus forte que rugissements, plus puissante que les cinq Livres.

Comme ton appel est proche, proche -
Avant les commandements de la tribu et d'abord -
L'enfilage des perles marines,
Les doux paniers de Tahiti...

Approche voix profonde, combe,
Continent du chant qui châtie!
Le visage des filles doux et sauvage
Ne vaut pas - aïeule - ton petit doigt.

Mon temps n'est pas encore limité :
J'accompagnais l'extase universelle,
Comme un jeu d'orgue fredonné
Accompagne une voix de femme.

_________________
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De Gaulle, citant Nietzsche

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