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 Giovanni Papini [Italie]

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colimasson
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MessageSujet: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 13:32


Citation :
Sorte de Poe italien, Giovanni Papini a marqué ses contemporains dont Luis Borges qui disait que l'auteur avait été 'injustement oublié'. Le petit Giovanni vit une enfance paisible et modeste entre un père artisan pétri d'athéisme et une mère catholique pratiquante. Il devient professeur mais tourne vite le dos à cette vie bien réglée pour tenir une librairie. Attiré par l'édition, il fonde le magazine Il Leonardo avec Giuseppe Pezzolini et Enrico Corraldini. En 1903, il commence à publier ses premières nouvelles 'Un quotidien tragique', 'Le Pilote aveugle', 'Le Crépuscule des philosophes'. Cette dernière déclenche une polémique, car ce Giovanni aux cheveux fous y déclare la mort des philosophes ! Shopenhauer, Nietzsche et Hegel s'étranglent. Considéré comme un des pères de la pensée moderne, excluant Dieu et maître, il fonde un autre magazine, Anima, dans lequel il fait passer ses idées révolutionnaires, allant même jusqu'à affirmer l'homosexualité supposée entre Jésus Christ et un de ses apôtres. En 1917 sort son premier recueil de poèmes, 'Opera prima'. Annonçant le nouveau catholicisme romain, il publie une biographie de Jésus Christ, 'Storia di Christo'. Quelques poèmes plus tard, il publie la satire 'Gog' et un essai 'Dante toujours en vie' en 1933. Après la Seconde Guerre mondiale, il se retire dans un monastère franciscain emportant avec lui avec ses convictions antisémites et raciales. Ironie du sort, la droite catholique prit sa défense après la guerre.
Source : EVENE

« Si les écrivains ne lisaient pas et si les lecteurs n’écrivaient pas tout irait mieux ! »


«Il y en a qui ne disent rien, mais le disent bien ; il y en a d'autres qui disent beaucoup, mais le disent mal. Les pires sont ceux qui ne disent rien et le disent mal.»

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colimasson
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 13:33

Gog (1931) de Giovanni Papini


Je ne pourrais pas parler de ce livre en restant raisonnable!
A la fois roman, journal de bord, essai, uchronie, incluant des passages poétiques et des dialogues complètement barrés dans le fond mais d’une classe inégalable dans la forme, ce livre ne cesse de se renouveler à chaque nouvelle lecture !

Giovanni Papini nous avertit dans la préface : [/b]Gog[/b] est tiré du journal de bord d’un patient de clinique psychiatrique, rencontré alors qu’il allait rendre visite à un de ces amis. Intrigué par la teneur de ses écrits, par la virulence de ses jugements, par la grande diversité des personnes et des pays qu’il a rencontrés au cours de sa vie de milliardaire désœuvré, Giovanni Papini a voulu en faire profiter ses lecteurs. S’attardant davantage sur l’originalité des opinions de Gog, aucun jugement de valeur ne sera porté sur ce récit. Au lecteur de séparer le bon grain de l’ivraie, à moins que le lecteur, comme moi, ne trouve rien à jeter !

Les opinions les plus loufoques finissent même par persuader le lecteur, tant Gog sait se montrer convaincant. Au cours de ses rencontres, il arrive toujours à présenter chacun de ses interlocuteurs sous un jour nouveau, le plaçant, par l’intermédiaire des répercussions de ses actes ou de ses pensées sur l’humanité, du côté du bien ou du côté du mal, mais rarement à l’endroit attendu. Gandhi, Freud, Wells, Edison ? Tous des pourris ! Gandhi a voulu virer les Anglais hors de l’Inde pour s’être trop inspiré des idées anglaises, Freud a créé la psychanalyse parce qu’il n’a jamais réussi dans la littérature, Wells a profité d’un engouement pour la prophétie pour mieux vendre ses bouquins, et Edison était un vieil homme qui s’ennuyait et qui n’a rien trouvé de mieux que de bricoler pour se passer le temps, devenant par la même occasion le pionner de l’électricité.

« Vous voulez savoir pourquoi nous désirons renvoyer les Anglais de l’Inde ? La raison en est très simple : ce sont les anglais eux-mêmes qui m’ont inspiré cette idée purement européenne. […] Je me suis avisé qu’aucun peuple d’Europe ne supporterait d’être administré ni commandé par des hommes d’un autre peuple. Et c’est surtout chez les Anglais que ce sens de la dignité et de l’indépendance nationales est très développé. Je ne veux plus d’Anglais chez nous justement parce que je ressemble trop aux Anglais. Les vieux Hindous se souciaient peu de ce qui se passait sur terre, et bien moins encore de politique. Plongés dans la contemplation de l’Atman, du Brahman, de l’Absolu, ils ne désiraient rien que de se fondre dans l’Âme unique de l’univers. […] La culture anglaise et, en général, la culture de l’Occident, importée ici par l’effet de la conquête, a changé la conception que nous avions de la vie. Je dis « nous » pour parler des intellectuels, car la masse reste encore réfractaire, et pour des siècles, au message de liberté politique que l’Europe nous envoie. Le premier Hindou qui s’imprégna totalement des idées occidentales, ce fut moi, et je suis devenu le guide des Hindous, justement parce que je suis le moins Hindou qu’aucun de mes frères. »
Une visite à Gandhi

La culture prend aussi un sacré coup dans l’aile ! Gog, en vieux blasé qui ne réussit plus à s’émerveiller de rien, invite une pléthore d’artistes novateurs, aussi bien dans le domaine de la sculpture, de la musique ou de la poésie. Au feu les vieux livres de littérature, qui ressassent les histoires loufoques et grotesques de personnages aussi décérébrés que leurs lecteurs ! La sculpture, la poésie et toutes les autres formes d’art ont été tellement exploitées au cours des siècles passés que Gog désespère encore de pouvoir trouver une quelconque forme d’innovation dans ces domaines, et il convie, dans l’espoir de se démentir, des poètes qui combinent toutes les langues ou qui résument leurs écrits à un titre, des musiciens qui organisent des concertos silencieux et des sculpteurs de l’éphémère.

« Toute la musique tend au silence et sa puissance est toute dans les pauses qui séparent les sons. Les vieux compositeurs ont encore besoin de ces soutiens harmoniques pour dégager le silence de son mystère. Mais j’ai trouvé la façon de supprimer l’encombrement superflu des notes, et je présente le silence à son état de pureté originelle. […]Le Bolivien monta sur la scène et donna le signal de l’ouverture en frappant son pupitre d’une longue baguette blanche. Personne ne bougea, on n’entendit aucun son. Seul le chef d’orchestre s’agitait, levant les yeux en l’air comme s’il écoutait une mélodie sensible pour lui seul, puis il se tournait de droite et de gauche, fixant ses musiciens spectraux et leur visages de cire, indiquant de sa baguette, tantôt un pianissimo, tantôt un presto, avec de légers sursauts des flancs qui faisaient penser à un fantôme à l’agonie. Quarante yeux de porcelaine le fixaient dans une commune expression de haine impuissante.»
Musiciens

« Je ne vais jamais visiter d’atelier d’artiste : parce que je m’y ennuie, parce que je ne sais que dire, parce qu’on y trouve presque toujours les mêmes choses ; parce que l’on ne voit jamais en moi qu’une machine à signer des chèques, un mécène sans compétence et facile à tromper. »
La sculpture nouvelle

Gog s’en prend également à la civilisation, à ses villes monstrueuses, construites à l’emporte-pièce et sans aucun respect pour la moindre harmonie. Gog en vient à rêver au milieu de vieilles ruines, il se moque des monuments dont les hommes font la louange et il rêve de pouvoir modeler la terre selon son envie, défaisant les monts pour en reconstruire de nouveaux et teignant les mers de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. La démesure de Gog est sans égal !

« Un architecte ne peut plus concevoir un temple ou un palais à soi, destiné à s’insérer dans des complexes anciens, mais seulement une masse compacte de constructions, inspirée par un concept unitaire et révolutionnaire. Que diriez-vous d’un poète moderne qui voudrait introduire un de ses vers dans un chant de l’Iliade ou une scène de son invention au milieu d’un acte de Shakespeare ? C’est pourtant une absurdité de ce genre que l’on demande aux architectes modernes, et que ceux-ci exécutent lâchement. » Villes ultranouvelles

« Quand je me trouvai pour la première fois au pied de la tour Eiffel, je ne pus m’empêcher de rire. Cette ridicule cage de fer rouillé qui semble un joujou d’in-génieur abandonné auprès d’un pauvre petit fleuve, était-ce là vraiment la construction la plus élevée de la terre ? C’est à vous faire honte d’être un homme et d’être né dans ce siècle. »
Tout petit petit

Gog hait les hommes ! Il collectionne des monstres pour pallier à sa solitude, et rêve de recouvrir le visage de ses semblables de masques, pour ne plus avoir à subir leur figure outrancière à longueur de journée. Il imagine pour eux une nouvelle religion qui leur conviendrait à merveille et à laquelle ils seraient définitivement fidèles : l’Egôlatrie, consistant au culte de sa propre personne, et une nouvelle forme de gouvernement, la Pédocratie, le règne de la chair fraiche et inculte.

« La religion nouvelle et définitive que je propose aux hommes est l’Egôlatrie. Chacun s’adorera soi-même, chacun aura son Dieu personnel : soi-même. La Réforme protestante se flattait de faire de tout comme un prêtre : plus d’intermédiaire entre la créature et le Créateur ! Moi, je fais un pas en avant : plus d’intermédiaire entre l’adorateur et l’adoré. Chacun est à soi-même son Dieu. On combine de cette façon les avantages du polythéisme et ceux du monothéisme. Chaque homme aura un seul Dieu, mais il y aura autant de Dieux que d’hommes. Et les scissions ne seront pas à craindre parce que les égôlatres, tout e étant d’accord sur le principe fondamental de la nouvelle religion, ne tomberont jamais, et pour des raisons évidentes, dans la folie d’adorer un Dieu étranger, c’est-à-dire un autre être, leur semblable. »
L’Egôlatrie

Gog est un homme désabusé. Son argent ne lui procure aucun plaisir, et tous les hommes qu’il a pu rencontrer au cours de son existence l’ont déçu, d’une manière ou d’une autre. Son point de vue sur tous les phénomènes historiques et culturels du 19e et 20e siècle est d’une originalité frappante. Je doute que vous trouviez les propos de Gog ailleurs que dans ce livre, et chaque page constitue un émerveillement nouveau pour l’originalité d’une pensée qui se veut sans concessions.
Giovanni Papini, à travers Gog, tient sans doute à dénoncer toute l’absurdité d’une époque, et il y parvient royalement en tournant en dérision tous les évènements d’un siècle, incontestablement nommés « progrès », pour leur redonner leur juste valeur : celle de gestes insignifiants voués à disparaître aussi rapidement et aussi totalement que l’humanité et la Terre en elles-mêmes.

« J’ai essayé l’opium : il me rend idiot ; tous les alcools : ils me transforment en un fou répugnant ; la cocaïne : elle abrutit et abrège la vie. Le haschisch et l’éther sont bons pour les petits décadents attardés. La danse est un abêtissement qui fait suer. Le jeu, dès que j’ai perdu deux ou trois millions, me dégoûte : une émotion trop commune et trop coûteuse. Dans les music-halls, on ne voit que les habituels pelotons de girls toutes peintes, toutes déshabillées, toutes odieuses, toutes pareilles. Le cinéma est un opprobre réservé aux classes populaires. »
Amusements

Mais Gog n’est pas un nihiliste et un misanthrope total. Il faut lire le livre jusqu’à son dernier chapitre pour réaliser qu’à travers toutes les critiques acerbes qu’il adresse à l’humanité, Gog n’est rien d’autre qu’un homme à la recherche des valeurs réelles qui animent une existence. Si Gog détruit toutes les réalisations de son époque –époque immorale et dépravée- ce n’est que pour mieux faire ressurgir les valeurs simples et naturelles d’une humanité qui n’aurait pas été pervertie par la science –cette ennemie éternelle de Gog.

Citation :
« Quiconque a lu mes livres, surtout les derniers, s’apercevra qu’il ne peut rien y avoir de commun entre moi et Gog. Mais dans ce demi-sauvage cynique, sadique, maniaque, hyperbolique, j’ai vu une sorte de symbole de la civilisation cosmopolite, fausse et bestiale –selon moi- et je l’exhibe à mes lecteurs d’aujourd’hui, dans la même intention qui animait les Spartiates montrant à leurs fils un ilote abominablement ivre. »
Giovanni Papini

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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 13:41

D'autres extraits formidables...

Les masques :

« Pourquoi se contenter d’un visage qui, souvent, est une humiliation pour nous et une offense pour les autres ? Chacun devrait pouvoir choisir la physionomie qui lui plaît davantage et celle qui s’accorde le mieux avec son état d’âme. […] Si l’adoption du masque était généralisée, il me semble qu’elle aurait de nombreux avantages : 1° Avantage hygiénique. Protection de l’épiderme du visage. 2° Avantage esthétique. Un masque fait sur commande serait toujours plus beau qu’un visage naturel et il épargnerait la vue de tant de physionomies idiotes ou difformes. 3° Avantage moral. La nécessité de simuler –c’est-à-dire d’accommoder notre visage à des sentiments que nous n’éprouvons généralement pas –serait très réduite, limitée à la parole seulement. On pourrait faire une visite à un ami dans le malheur sans avoir besoin de feindre, sur les traits du visage, une douleur qu’on ne sent pas. 4° Avantage éducatif. L’usage prolongé du même masque –comme le démontre Max Beerbohm dans son Happy Hypocrite – finit par modeler le visage de chair qu’il recouvre et même par transformer le caractère de celui qui le porte. […] Un homme qui garderait dix ans sur son visage le masque de Raphaël, et qui vivrait au milieu de chefs-d’œuvre, à Rome, par exemple, deviendrait, sans effort, un grand peintre. Pourquoi ne fonderait-on pas, en prenant ces principes pour base, un institut pour la fabrication des talents ? »

Le cannibale repenti :

« Pour moi, qui déteste les hommes en général, le simple aspect d’un anthropophage est réconfortant. En regardant Nsoumbo, je pensais avec une satisfaction sarcastique, que ce ventre plissé de vieillards avait servi de sépulcre à une phalange d’hommes, égaux en nombre aux héros des Thermopyles. Si chacun de nous, dans le cours de sa vie, consommait le même nombre de ses semblables, les théories de Malthus se trouveraient réfutées d’une façon aussi économique que pratique. Trois cents hommes représentent bien, pour le moins, deux cent quintaux de viande saine et friande. »

Procès aux innocents :

« Les prétendus innocents forment un dangereux réservoir d’où sortent peu à peu les malfaiteurs les plus vils. Nous devons cesser de ne regarder que les actes extérieurs –simples conséquences matérielles d’un certain état d’âme- pour veiller, au contraire, à la conduite, aux opinions, au genre d’existence, aux sentiments et aux habitudes de tous les citoyens. Personne sur la terre, si on l’examine au-dedans comme au-dehors, ne peut être réputé innocent. Faire le procès d’un soi-disant innocent signifie que souvent nous sauver, lui et nous, du crime qu’il pourrait commettre demain. »

Visite à Freud :

« Homme de lettres par instinct et médecin par la force des choses, je conçus l’idée de transformer ne littérature une branche de la médecine –la psychiatrie. Ainsi, tout en faisant figure de savant, je fus et je reste poète et romancier : la psychanalyse n’est autre chose que la transposition d’une vocation littéraire dans le domaine de la psychologie et de la pathologie. […] Je m’aperçus bien vite que les confessions de mes malades constituaient un précieux répertoire de « documents humains ». Je faisais ainsi un travail identique à celui de Zola, mais tandis que lui utilisait ces documents pour en tirer des romans, j’étais contraint de tout garder pour moi. Ce fut alors que la poésie décadente attira mon attention sur la ressemblance qui existe entre le rêve et l’œuvre d’art, et sur l’importance du langage symbolique. La psychanalyse était née –non point, comme on l’a dit, des suggestions de Brener ou des tentatives de Schopenhauer et de Nietzsche, mais de la transposition, dans le domaine scientifique, des écoles littéraires qui me sont chères. »



Contre le ciel :

« Mais ce que je hais le plus férocement, c’est le ciel supérieur, le firmament. […] Ce n’est pas que l’infini m’écrase, non : il me dégoûte et me rebute ; la terre ne suffisait-elle pas à me faire l’humiliation de ma petitesse ? Le défi dont le ciel étoilé m’accable est démesuré, arrogant, honteux. Qu’ont à faire avec moi ces millions de soleils qui apparaissent à mes yeux comme les atomes errants de la lumière électrique ? Que me veulent-ils ? De quoi me servent-ils ? Et pourquoi ces feux millénaires reviennent-ils chaque soir insulter dans ce recoin sombre la brièveté de mes jours ? Le ciel m’est une injure perpétuelle et insupportable. Les étoiles ne me connaissent pas ; et que pourrais-je, moi, faire d’elles ou contre elles ? Quand j’appris combien de milliers d’années de lumière les séparent de moi, et combien de siècles il faut à leur clarté pour atteindre la terre, je n’ai fait que mouler ma rage dans une forme arithmétique. »

Une visite à Edison :

« […]Vous devez savoir que j’ai conçu plusieurs de ces joujoux basés sur l’électricité, que les hommes, éternels enfants, appellent pompeusement de « grandes inventions ». Ce n’est pas que j’en aie honte : d’une manière ou d’une autre, il nous faut bien passer le temps et faire usage du peu d’astuce que nous avons dans la cervelle –l’astuce inemployée nous cause de l’ennui. D’ailleurs, certains de ces joujoux peuvent être utiles dans les basses pratiques de la vie commune, je veux dire de la vie matérielle et quotidienne. Mais vous comprenez bien que fixer les sons sur un disque, que grossir les voix et perfectionner les lampes électriques ou la radio, ne signifie nullement améliorer l’existence humaine non plus qu’accroître le bonheur, ni se rapprocher des secrets de l’Univers. Maintenant que je suis vieux, je m’aperçois que je n’ai consacré toute ma vie qu’à des choses d’importance négligeable. Que l’homme puisse mieux y voir pour danser ou pour flirter, qu’il lui soit donné de réentendre à son gré la dernière chanson de Broadway ou le dernier discours du candidat républicain, cela ne change rien à notre impuissance fondamentale ni aux peines auxquelles nous sommes condamnés depuis l’origine. »

Philomanie :

« Qu’avez-vous gagné […] à suivre la raison et à faire usage de l’intelligence ? La vérité n’est pas atteinte, l’homme est toujours plus malheureux, et la philosophie qui, selon ces vieux filous de Grecs, devait couronner le savoir, se débat dans les contradictions, ou confesse son impuissance. Certes, les deux malfaiteurs qu’on rencontre aux origines de la philosophie furent punis, Socrate par le poison et Platon par l’esclavage –mais pas assez rudement. Ce sont eux qui, par leur enseignement pestilentiel, ont empoisonné, ou mis dans les fers, les quatre-vingt générations qui les ont suivis. Le monstrueux Socrate s’est vengé de la cigüe athénienne en intoxiquant de sa dialectique, et pour vingt-quatre siècles, les passifs Européens. On en voit les résultats. L’exercice de la raison, aussi obstiné que stérile, a conduit au scepticisme, au nihilisme, au spleen, au désespoir. Les rares vérités qu’on a pu entrevoir par cette méthode ont engendré la terreur. Dans les temps modernes, les philosophes les plus lucides se sont, en dernier ressort, réfugiés dans la folie : Rousseau, Comte et Nietzsche sont morts fous. C’est une chance qu’ils ont eue et qui leur a permis de renouveler la pensée occidentale grâce à des idées plus fécondes et plus téméraires. »



Caccavone :

« Que veut dire exister ? Durer, être conscient. Mais vous savez qu’à chaque instant notre personnalité, physique et morale, change, passe, se transforme. Vous n’êtes plus ce que vous étiez il y a une heure : un autre Gog est né, le vieux Gog est mort. Et il en sera ainsi jusqu’à la destruction totale qui, par rapport à l’immensité infinie du temps, est toute proche, imminente. Du reste, avons-nous vraiment conscience de nous-mêmes ? Jamais, en aucune façon. Dès que je me propose d’observer l’état actuel de ma conscience, j’y ajoute, par le fait même que j’y porte mon attention, quelque chose qui ne s’y trouvait pas d’abord : c’est dire que je la déforme, que je la transforme en un état complètement différent, et que ce qui était le présent devient instantanément le passé, donc quelque chose de mort, d’insaisissable, d’inconnaissable. »

Un cent de coeurs :

« […] J’ai maintenant, ici, […] une des collections les plus originales qui soient au monde. / Aux deux parois latérales, sur des rayons de sapin, sont alignés cent bocaux de cristal où l’on voit palpiter cent cœurs d’un rouge sombre. Dans la solution qui leur conserve leur activité musculaire et que l’assistant renouvelle chaque jour, les cent cœurs se contractent en un rythme irrégulier et fatigué, mais continuel. Cent moteurs de chair qui travaillent à vide, séparés des appareils qu’ils animaient. / Cet éternel battement cardiaque, sans but ni raison, m’attire puissamment et fait naître en moi d’étranges pensées. Séduit par la ressemblance, il me plaît d’imaginer que je tiens ici cent cœurs d’hommes, cent cœurs qui lancèrent le sang dans cent corps chauds et vivants, cent cœurs qui ont souffert, qui se sont réjouis, que la peur étreignait de ses paralysies et que l’amour accélérait. Ils ont encore un simulacre de vie, mais pour eux seuls ; les voilà délivrés de ceux qu’ils ont servis ; et ils palpitent gratuitement, pour rien, pour personne, simplement pour mon plaisir, à moi qui n’ai jamais pu souffrir les pâmoisons déliquescentes des poètes et des romanciers sur le « cœur ». / Ce symbole idéal de toutes les imbécilités sentimentales, de toutes les éjaculations pathétiques, le voici, là, réduit à sa matérialité mécanique, là, dans ces bocaux ridicules. Les corps auxquels appartenaient ces cœurs sont morts, les âmes sont évanouies ; mais, noirâtre, ce muscle en forme de poire continue stupidement à palpiter sous verre, comme si quelque chose de noble et de beau correspondait encore à ses battements. »

Avec tout ça, si vous n'êtes pas convaincu... Razz

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colimasson
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 13:43

La note de Benoît Virot, qui a réédité Gog chez Attila :

« Gog est une démonstration par l’absurde de l’absurde du quotidien, du progrès et du struggle for life. Poussant le système jusqu’à ses extrémités, il est un logicien, un visionnaire, un prophète. Et ce, jusqu’au grotesque : il est contre la modernité, certes, mais aussi contre le ciel, la terre, l’Histoire, la célébrité, les villes, la littérature et la bonne santé. Qu’il nous soit permis de lire ce roman comme une farce : une farce tragique, dont la misanthropie riante ne déparerait pas l’Anthologie de l’humour noir. Prophète abrutisseur pour qui la condition humaine est une malédiction, fasciné par les assassins en série, son héros s’illustre dans la démesure. Et c’est ainsi que Gog est grand ! »



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krys
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 13:57

ton enthousiasme est réjouissant Coli, ça fait envie dentsblanches
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Constance
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 17:38

Cet écrivain entre tout à fait dans le genre d'auteur qui attire mon attention par leur anticonformisme ... je suis allée lire ce qu'en disait "Le matricule des anges" et, après ta présentation (bravo pour le travail ! bravo ) et la leur (sa mise à l'index par l'Eglise catholique démontre à quel point il était dérangeant Very Happy ), j'ajoute cet ouvrage sur ma liste ... oui

Sinon, je ne voudrais pas faire de délit de faciès, mais la photo de Papini que tu as choisie pourrait figurer dans un fichier de grands criminels ... Very Happy
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odrey
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 19:03

Constance a écrit:


Sinon, je ne voudrais pas faire de délit de faciès, mais la photo de Papini que tu as choisie pourrait figurer dans un fichier de grands criminels ... Very Happy

C'est vrai, il fait peur.

Coli, bravo pour ton commentaire. Une part de moi te déteste 1) parce que tu viens de me faire rajouter un titre à ma looooongue lal qui n'avait vraiment pas besoin de ça, 2) parce que tu me files des complexes.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 9 Mai 2011 - 21:57

Constance a écrit:


Sinon, je ne voudrais pas faire de délit de faciès, mais la photo de Papini que tu as choisie pourrait figurer dans un fichier de grands criminels ... Very Happy

Mwahaha ! Laughing
J'ai choisi cette photo exprès ! diablotin
Mais peut-être trouves-tu celle-ci plus rassurante ?

Spoiler:
 

odrey a écrit:


Coli, bravo pour ton commentaire. Une part de moi te déteste 1) parce que tu viens de me faire rajouter un titre à ma looooongue lal qui n'avait vraiment pas besoin de ça, 2) parce que tu me files des complexes.

1- C'est une très bonne idée ! Very Happy
2- Impossible ! Wink

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Marie
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Mar 10 Mai 2011 - 2:04

Ah, oui, bravo Colimasson!!
heu, la deuxième photo n'est guère mieux Very Happy

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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Mar 10 Mai 2011 - 22:01

Moi aussi, je trouve que la première était meilleure !
Elle avait au moins le mérite d'être drôle... Razz

J'ai commandé récemment La vie de personne pour poursuivre ma découverte des oeuvres de cet écrivain...



Citation :

Pourquoi se fatiguer à relater une vie sans éclat ? N est-ce pas se rabaisser au pathétique des héros et adresser des louanges imméritées à l existence ? Voilà pourquoi Papini le provocateur se propose d écrire, en 1912, une Vie de Personne, dédiée à Personne et qui se fout bien des règles du monde.Esthète bavard, agitateur volubile, il nous raconte un morceau de notre vie qui nous échappe ; ce moment qui dépasse la mémoire et commence par l acte d amour : « Moi je me rappelle avoir été germe barbotant dans le sperme des testicules paternels et je me rappelle avoir eu depuis lors une volonté extrême de vie et de liberté. » Et effectivement, ce gamète enragé s installe dans le ventre de sa mère pour prospérer sans égard pour elle.Ce voyage intra-utérin offrira à l embryon l opportunité de clamer sa haine envers ses géniteurs, son insatiable et absurde désir de vivre ; avant d éclore enfin, de s affranchir par la naissance ce premier sanglot qui ne s arrête jamais.

Intéressant non ? Razz

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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Dim 18 Sep 2011 - 15:40

La vie de personne


Dans ce court récit de 47 pages, Giovanni Papini relève le pari audacieux d’écrire la biographie de personne. Parce qu’aucune vie ne mérite que l’on n’en parle et parce que la réalisation de la biographie de quelqu’un s’avère déjà être une tâche épuisante, Giovanni Papini décide d’écrire la biographie de personne. Mépris de l’humanité et mégalomanie, qui participent à l’élaboration d’une telle œuvre, s’inscrivent déjà dans la préface sous la forme d’une anti-dédicace adressée à Vannicola, l’ami de Papini :


« Excuse-moi et pardonne-moi avec ton cœur généreux de bénédictin alcoolique […] »


Le tout se poursuit avec la biographie de personne en question.
Mais qui est donc personne, cet être qui ne devrait logiquement plus exister sitôt qu’on l’a nommé ? Avec Giovanni Papini, ce qui semblait tout d’abord être un mystère sera vite résolu et prendra les formes les plus étonnantes dont il a le secret.
Personne est l’être qui se situe entre notre première et notre deuxième naissance, selon une théorie élaborée par Papini et que nous retrouvons sous ces mots :


« Il existe donc, pour chaque homme, trois naissances qu’il faut tenir séparées : la naissance pour la mère ; la naissance pour le monde et la naissance pour nous-mêmes. Les deux naissances qui comptent vraiment sont la première et la dernière et c’est peut-être pour cette raison que les hommes tiennent compte seulement de la deuxième. »


Personne, c’est donc l’être qui évolue de l’embryon au fœtus dans le ventre de sa mère. Parce que nous ne gardons aucune mémoire de cette étape de notre vie, Giovanni Papini se propose de la réinventer, avec la violence et la cruauté que l’on n’apposerait jamais à cette condition.
Dès les premiers instants de son existence, l’embryon est un être de haine et de mépris. Haine pour sa mère avec qui il se bat dans l’appropriation des ressources vitales, et mépris pour son père, ce personnage libidineux qui s’allonge régulièrement sur sa mère pour satisfaire ses pulsions sexuelles, sans même se préoccuper de son enfant qui attend dans l’utérus.


« Je commençai la guerre éternelle entre le fils et la mère. Je voulais entreprendre sans délai la vengeance méthodique de moi-même. Elle, s’offrant sans résistance ni retenue, était la principale responsable de ma vie future et elle seule, pour le moment, devait en sentir le poids, devait payer pour elle. Elle cherchait à se renfermer en elle-même, dans sa vie personnelle –elle tentait de ne pas se donner, de ne pas se gâcher. La troublait la pensée du corps déformé, du gonflement humiliant, du déchirement atroce, des veilles et des soins nécessaires pour mériter le nom de mère. »


Déjà, en guerre contre tous avant même d’être sur Terre, l’élan destructeur de Papini se retrouve dans les pensées qu’il attribue à Personne : la possibilité d’un accomplissement personnel ne peut se faire qu’au détriment d’autrui. Exister n’est pas permis sans le nécessaire phagocytage de l’autre. Toujours aussi cynique et misanthrope, Giovanni Papini trouve le talent d’étendre sa haine des autres au monde embryonnaire.


« Terrible est cette guerre quotidienne entre la mère et le fils, entre la créatrice et la créature, entre ce qui ne veut pas être et ce qui veut être. La mère ne t’aime pas encore et toi tu ne peux pas aimer la mère ; ce qui est bon pour toi est nuisible pour elle ; ce qui te renforce l’affaiblit ; ton commencement peut être sa fin. Tu es comme un parasite qui la suce ; comme un cancer qui la ronge, comme un poids qui l’épuise. Elle a peur de toi et tu ne peux avoir pitié d’elle. Et quand elle se libérera tu l’entendras hurler d’épouvante et toi, à ce moment-là, tu devras peut-être la tuer pour avoir voulu venir au monde trop vite. La paix n’est plus possible : nous sommes deux. »


Les mots utilisés par Giovanni Papini pour décrire la croissance du futur homme dans le monde intra-utérin prolongent ce dégoût. Tout n’est que sangs, grosseurs, malformations, douleur… jusqu’à la deuxième naissance, celle qui met l’enfant au monde. Ici cesse le récit de Giovanni Papini, estimant que la suite des évènements ne relève plus de la vie de Personne, mais au contraire de la vie de Tout-le-Monde, de la vie telle qu’on la subit tout en croyant l’avoir choisie. Par mépris pour cette existence commune et sans aucune originalité, Giovanni Papini baisse les armes et cesse de raconter. La vie de Tout-le-monde ne nécessite pas d’être écrite : nous la connaissons, c’est la nôtre et celle des autres. Dans un dégoût sans fin pour ce que certains considèrent comme étant les principaux accomplissements humains, Giovanni Papini rappelle à son lecteur que ce qui fait sa fierté ne trouve aucune répercussion dans le monde absurde dans lequel nous vivons. Nous volons de prisons en prisons, avant de trouver la mort libératrice.


« Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d’une cellule à une autre, et c’est dans ces passages que nous respirons assez de ciel pour supporter les hivers infinis de la solitude sans porte de sortie. »

Conclusion déprimante, sauf pour le cœur endurci de Giovanni Papini, qui se réjouit au contraire de la cruauté sans limite qui fait la caractéristique de ses œuvres.
Et pour moi, un plaisir toujours aussi grand à retrouver la verve cynique et glaciale de ce grand écrivain…


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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 10 Oct 2011 - 9:46



Le miroir qui fuit

Sombres et noires sont les onze nouvelles qui peuplent ce recueil dont l'idée du suicide semble être le dénominateur commun. Féroces et vertigineux sont les thèmes invoqués par l'auteur : nous sommes dans le trouble du récit fantastique, à la croisée des chemins entre le romantisme échevelé de Poe et la sécheresse scientifique de Borgès. Nous sommes proche de l'absurde d'un Krzyzanowski et projeté dans un maëlstrom angoissant, troublant. Papini reprend les topoï presque éculés du genre fantastique : le double, le rêve, le questionnement sur l'identité, la réalité absurde, le léger décalage entre cauchemar et vie réelle ; mais Papini devient maître de son sujet grâce à deux éléments qui le rendent uniques : la poésie et le rythme.

Poésie d'une prose qui se lit presque comme une partition musicale, chaque mot trouvant sa grâce et son amplitude dans une narration qui chante, passe parfois par des instants d'exquis abandon et d'autre fois par des stridences, des écarts de tons imprévisibles et audacieux. Rythme des textes aussi, parfois, la phrase part au grand-galop, précipitant le lecteur dans un halètement bizarre, une cadence impromptue, un implaccable staccato et puis la chevauchée retombe, Papini prend le temps de ciseler une émotion, d'inclure une réflexion, une ouverture vers d'autres créateurs (sont cités Stendhal, Goethe, Diderot, Beethoven et l'on ne s'étonnera pas de les trouver ici conviés) et l'on reprend son souffle, attentif à une certaine forme de mélancolie noire, d'humeur bilieuse, de spleen envahissant. Sans compter les morsures, les violences, la noirceur d'une prose sanguine, rouge écarlate, sans concession.

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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Lun 10 Oct 2011 - 22:04

Raaaaah il me le faut !
Merci pour ce beau commentaire Shanidar !

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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Ven 4 Nov 2011 - 17:13

Gog

Je rejoins Coli dans tout ce qu'elle a dit ! Les passages cités font partie de mes préférées, et notamment les rencontres avec les personnes célèbres. Ford, mais surtout Gandhi : on mesure la portée de tels propos à l'époque !!

Mais... eh oui, il y a un mais... c'est qu'après 100-120 pages, on a l'impression de toujours lire la même chose. J'ai eu l'impression d'une exercice de style dans lequel se complaît l'auteur, ce qui est lassant au bout d'un moment. Papini prend un sujet, le développe sur deux pages, rend le contenu et l'idée ridicule, et finit par une petite pirouette humoristique ou satirique. Donc, si j'ai aimé le contenu des réflexions de Papini, j'ai trouvé la forme trop répétitive.

Coli, c'est quoi ce fouet ??? Non, Coli, noooooooooonnnnnnnnnnnnnnn :apeur:
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MessageSujet: Re: Giovanni Papini [Italie]   Ven 4 Nov 2011 - 22:07

Onuphrius a écrit:
Gog

Je rejoins Coli dans tout ce qu'elle a dit ! Les passages cités font partie de mes préférées, et notamment les rencontres avec les personnes célèbres. Ford, mais surtout Gandhi : on mesure la portée de tels propos à l'époque !!

Mais... eh oui, il y a un mais... c'est qu'après 100-120 pages, on a l'impression de toujours lire la même chose. J'ai eu l'impression d'une exercice de style dans lequel se complaît l'auteur, ce qui est lassant au bout d'un moment. Papini prend un sujet, le développe sur deux pages, rend le contenu et l'idée ridicule, et finit par une petite pirouette humoristique ou satirique. Donc, si j'ai aimé le contenu des réflexions de Papini, j'ai trouvé la forme trop répétitive.

Coli, c'est quoi ce fouet ??? Non, Coli, noooooooooonnnnnnnnnnnnnnn :apeur:

mdr2

N'empêche, t'as pas tout à fait tort. C'est vrai que Papini ne renouvelle pas tellement la forme de développement de ses sujets. Mais s'il avait fait quelque chose de différent à chaque fois, est-ce que cela n'aurait pas été perturbant également ? jemetate
Comme le style d'un auteur de roman "classique" reste le même du début jusqu'à la fin, pourquoi Papini devrait-il varier la forme de chacun de ses récits ? S'ils sont regroupés dans un même livre, c'est qu'il existe une cohérence entre eux.
Et puis, quand c'est bon, ce n'est pas un problème que la répétition soit présente, bien au contraire.

En fait Onu, je te soupçonne de n'avoir pas vraiment aimé... humeur (et me voici trèèèèèès vilaine maintenant !)

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