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 Gabriel Josipovici

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MessageSujet: Gabriel Josipovici    Sam 14 Mai 2011 - 14:08


Gabriel Josipovici Romancier, dramaturge et critique contemporain britannique, Gabriel Josipovici est né en 1940. Son œuvre, traduite dans la majeure partie de l'Europe, comprend notamment une douzaine de romans et trois recueils de nouvelles. Ses écrits ont souvent attiré l'attention de la critique, en particulier pour leur caractère innovant et « expérimental ». Il a reçu le prix Somerset Maugham en 1975. Ont été traduit en français Contre-jour triptyque d’après Pierre Bonnard (Gallimard, 1989) et Deuxième personne à la fenêtre suivi de introduction à Maurice Blanchot (Editions Ulysse Fin de siècle).


Moo Pak
Edition : Quidam éditeur
Collection : Made in Europe
Trad : Bernard Hoepffner

Au cours de leurs marches incessantes à travers parcs et rues de Londres, Jack Toledano raconte à son ami Damien Anderson qu’il travaille depuis des années sur Moo Pak, magnum opus perpétuellement inachevé, dont il échoue à produire ne serait-ce qu’une ligne. Un paradoxe qui n’est que l’une des nombreuses ironies de ce roman dont le thème central est le langage lui-même, symboliquement exprimé au travers de Moor Park, manoir qui au fil du temps a abrité Jonathan Swift, un asile d’aliénés, un centre de décodage durant la Deuxième Guerre mondiale, un institut dédié à l’étude du langage chez les primates et, pour finir, une école où un jeune illettré s’efforce d’écrire « l’istoir de Moo Pak ». Monologue d’un seul paragraphe et palimpseste virtuose, Moo Pak passe en revue les thèmes qui ont préoccupé Gabriel Josipovici ces vingt-cinq dernières années. Un livre conduit avec brio, légèreté et fluidité.

ça ressemble à un bloc assez massif avec les pages remplies bord à bord et sans coupure et c'est absolument vivifiant et stimulant. Déjà, il y a le souffle, un va et vient de la pensée et du ressassement qui s'installe dans l'allongement de ce souffle de la marche et de la discussion. Mais le souffle de la marche, c'est le souffle du mouvement, du vivant. Il sera difficile de dire si la promenade londonienne est pittoresque, mais c'est à mon sens aussi un vrai livre du lieu, du rapport au lieu, de marcheur. Lieux parfois identiques de la marche et pensée qui se construit et se développe en strates. Pensées récurrentes mais qui cheminent autour de constats grinçants sur la vie moderne (une manière de le dire), la culture, la construction d'un état culturel... incisif, intéressant car le paysage anglais n'est pas très différent du nôtre sur plusieurs points avec la place de l'individu, l'obsession pour une forme de douleur suffisante... beaucoup de choses, et de références également. Musicales ou littéraires elles conservent le goût de l'idée propre de l'auteur et ne tiennent pas du catalogue démonstratif. Et puis Gabriel Josipovici joue avec le retournement des certitudes en se situant résolument dans le juste après de ce qui est dit pour s'approcher de son sens (comme d'autres, au moins un, a cherché le juste avant)... et il échafaude à pas sûrs des changements de perspectives en se rapprochant des limites et du fond pour tourner autour du langage, de ses besoins et limites, de la richesse des limites. L'espace devient une condition de la pensée et le temps devient moins linéaire, la machine à laver les idées littéraires dans tout son exercice a dégagé l'ampleur de la qualité (dans un beau sens artisanal) de la démarche.

Très pertinent en plus dans ses observations. Un beau témoignage raisonné et raisonnable d'amour à la littérature encore...

C'est que dans les tours de cette pensée riche en désillusion il y a une énergie pas loin d'être renouvelable pour prendre le contre-pieds de facilités et de visions faciles mais pour donner un mieux, un mieux bien loin de se ramasser les pieds dans le grand jeu d'une nunucherie positiviste, un élan conscient et préservé qui s'appuie sur ce qui lui semble juste et prêt au rien (il y a une attention solide à l'histoire et à l'héritage culturel).

J'ai extrêmement apprécié l'énergie de ce livre, le souffle et le rythme évidents mais indissociables de cet ensemble tenace qui pousse les questions et ébranle par sa construction raffinée une trop grande linéarité, on approche d'un autre instinct. L'objet de mêler l'image et la forme est mis à portée du lecteur alors que cette image même n'est pas statique et n'est surtout pas visuelle mais mentale, une sorte de perspective intellectuelle dynamique (pour dissocier du 'simple' paysage mental).

On ne dira jamais à quel point c'est nécessaire et ça fait du bien ce genre de livre, ça ne résout rien peut-être mais c'est inestimable.

Et quel humour !



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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Sam 14 Mai 2011 - 19:44

J'ai connu cet auteur avec son livre Now (pas traduit en français, si j'ai bien vu), roman entièrement fait par dialogue.. assez fascinant

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Sam 14 Mai 2011 - 22:15

il y aurait de l'espoir pour les traductions, mais en attendant et après son introduction à Maurice Blanchot j'y reviendrai très certainement en version originale.

quelques mots sur le traducteur en passant :

Bernard Hoepffner Né en 1946, Bernard Hoepffner a passé son enfance en Allemagne et son adolescence en France. Il a ensuite vécu en Angleterre où il était restaurateur d’objets d’Extrême-Orient, puis aux Canaries comme agriculteur. De retour en France en 1980, il vit à présent aux Pays-Bas. Depuis 1988, il se consacre exclusivement à l’écriture et à la traduction (anglais/français et français/anglais). Il a notamment traduit en français Mark Twain, Robert Coover, Gilbert Sorrentino, Martin Amis, William Goyen, George Orwell, Robert Burton….

j'ai donc fait la connaissance du livre au Livre (la librairie des petits veinards de par chez moi) puisque étaient invités l'auteur et le traducteur. Auteur qui parle d'ailleurs très bien le français (et qui a vécu aussi en France) ce qui a favorisé encore un peu plus l'échange. en autres autour de ce livre ci qu'il a tout de même écrit il y a quelques années. Rétrospectivement une façon d'entrée dans le livre à l'envers en parlant de l'écriture, de la fin d'une écriture pour l'un et de la fin d'une traduction pour l'autre qui se retrouvent tous deux avec un "livre mort". Ce qui ne les empêche pas de rire. Une présentation de l'auteur aussi qui britannique de situation garde un parcours et des pensées qui le feraient considéré comme "continental" par ses compatriotes, ce qui n'est pas forcément qu'un compliment et suggérerait des articulations différentes... choses à laquelle sont revenues les deux invités plus tard avec cette constatation utile que le parlé et l'écrit sont plus proches en anglais qu'en français avec ce que ça implique pour le rythme et la manière mais aussi un peu plus loin sur cette articulation qu'on peut retrouver dans la littérature (et la pensée ?). Au milieu un autre thème de la culture et de sa place au milieu et d'une marchandisation et de réactions différentes, les très mauvais côté du libéralisme doublés d'automatismes qui ne sont pas seulement ceux de la morale qui va avec mais aussi de celle qui se fait en réaction. Et il n'est pas tendre avec certaines facilités ou certains réflexes. pas tendre mais constructif. En fin de compte pour tout ça lire Moo Pak est plus éclairant que de lire ce trop rapide résumé. héhé.

Et merveilleuse bonne idée de ces deux hommes qui ne se rencontraient en chair et en os que depuis très peu de temps, lire des extraits différents chacun, l'un en anglais et l'autre dans sa traduction. Un texte bien lu s'est facilement très agréable mais là, profiter et de cette scansion qui s'est transmise et de la façon dont elle était habitée par deux personnalité tout de même différentes... c'est exceptionnel. Surtout que le texte n'est pas anodin. Et l'énergie, l'humour, avec une voix plus rauque pour Gabriel Josipovici et toute la vivacité habile de la langue, sa langue, je ne sais. En tout cas la certitude qu'il faut le lire aussi en version originale.

Très très belle et enrichissante soirée avec des personnes qui aiment lire (avec aussi ce plaisir immédiat du texte et de la lecture, de la langue) et qui donnent envie de lire, qui ne sacrifient ni l'exigence ni le plaisir.

c'est vache de faire dans le micro extrait en attendant mieux :

La pire façon de lire, dit-il, est quand on pense qu'on n'a pas assez de temps. La seule façon de lire est de savoir qu'il y a une quantité infinie de temps qui se déploie devant soi, et que si l'on désire ne goûter que quelques phrases par jour, on est libre de le faire.


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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Sam 14 Mai 2011 - 22:20

et avant que je n'oublie, le truc tout bête et simplement dit par le libraire quand j'y suis passé cette après-midi, la fin de ce livre (qui n'est pas un essai et ne présente pas d'intrigue ou d'histoire au sens le plus habituel et qui pourtant en est bien une, à sa manière) est émouvante. et c'est vrai !

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Sam 14 Mai 2011 - 23:44

Ça intrigue, je ne sais pas trop si c'est une lecture qui m'irait (question de rythme, de densité du texte, de solitude explorative de l'extérieur et de soi : impressions que je ressens en lisant ton com').
Peut-être qu'avec des bouts d'extraits, je pourrais mieux saisir. Mais j'imagine, vu ce que tu en dis, que ça ne va pas être évident de couper le texte pour en livrer un petit morceau.
(Un air de Gracq pour Nantes ?)

Je n'arrive pas à voir, du tout, où peut se situer l'humour... : dans le regard qu'il pose sur les autres et ce qui l'entoure ?

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Lun 16 Mai 2011 - 22:31

Il n'est pas vraiment directement dans la blague, c'est dans la posture, et le souffle. Différent de Gracq, en tout cas dans ce livre. Il choisit soigneusement le rapport à l'espace, et au temps, entre durée et chronologie. Pour le temps, c'est assez frappant à recopier ces quelques lignes. L'absence d'impossibilité dans l'enchainement.

Citation :
(...)
Il existe un pays quelque part, dit-il, quelque part entre le cynisme et l'idéalisme, qui attend qu'on l'explore. C'est un immense pays. Incroyablement varié et beau. On se réveille et on pense savoir comment y entrer. Et puis on s'assied à son bureau et la route disparaît. On se retrouve avec les vieux clichés. Les vieux échecs. La dignité humaine, dit-il. Voilà ce qu'il nous faut défendre. Mais y a-t-il quelque chose de plus ridicule qu'un homme qui insiste sur sa dignité ? Non, dit-il, nous ne pouvons la défendre qu'en étant ce que nous sommes, en faisant ce que nous avons à faire et qui est en nous. Il faut que le corps soit épuisé, dit-il, si l'esprit livre ce qu'il a en lui à livrer. Il faut parfois marcher jusqu'à l'épuisement, dit-il, et puis se relever, rentrer chez soi, s'asseoir sur sa chaise et se remettre au travail. Naturellement, dit-il, la plupart du temps cela n'a aucun effet, on est assis sur sa chaise et on est tellement fatigué qu'on finit par s'endormir. Mais au moins ainsi on se donne une possibilité, alors que si on reste chez soi toute la journée il n'y a aucune possibilité. Ce parc est le plus agréable de Londres, dit-il quand nous nous assîmes sur la terrasse avec nos cafés. Ce n'est pas le plus beau, Hyde Park est le plus beau. Ce n'est pas le plus varié, Hampstead Heath est le plus varié. Mais c'est le plus agréable, le plus charmant. Malamud a dit que ce n'était qu'au moment de ses tout derniers livres qu'il s'est mis à écrire sur son propre monde, dit-il, jusqu'alors il avait écrit, sans s'en rendre compte, sur le monde de son père. Mais c'est tout naturel. Nous pensons tous à la vie comme étant la vie qu'ont vécu nos parents, parce que nous sommes tous des imitateurs par nature et nous ne voyons pas ce que les autres n'ont pas vu avant nous, même quand nous l'avons directement sous le nez. Alors, dit-il, à la fin de notre vie, si nous avons de la chance, nous disons tout à coup : Ainsi, ceci est ma vie, ma vie à moi, voilà ce qu'elle a été, voilà ce qu'elle est. Mais même cet aperçu doit provenir de nos parents, dit-il, doit provenir du passé. Je pense aux grands parcs dans les villes comme à des lieux appartenant au monde de mes parents, dit-il, ou même à celui de mes grands-parents, le monde de l'Europe d'avant la Première Guerre mondiale. Nous avons l'impression, dit-il, que si nous parvenons à vivre la vie de nos grands-parents, alors, d'une manière étrange, nous vivons vraiment. Ce qui se passe à notre propre époque ne paraît pas réel, pas réellement réel. Nous sentons que nous devrions en laisser la description aux journalistes qui en rendent compte, ce n'est pas ce que nous pensons être essentiel, durable.
(...)

c'est un très bon et beau livre.

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Jeu 26 Mai 2011 - 22:55

me suis rendu le plaisir, service de trouver le temps aujourd'hui de lire la très courte nouvelle Deuxième personne à la fenêtre qui précède donc l'Introduction à Maurice Blanchot.

c'est une nouvelle très courte et mystérieuse qui est construite sur des fragments récurrents et transformés qui construisent autour et à travers d'un prisme architectural étrange un réussi exercice sur le double et l'identité (les deux mélangés). Très réussi dans l'altérité et la répétition et une subtile et précise mise en relation de l'instantané et du temps qui passe. Ambiance mystérieuse et éthérée avec une progression du récit qui dévoile la réflexion/impression de façon agréable. Un zeste d'urgence et d'impératif, un soupçon d'inquiétude qui ne relève qu'un peu plus l'intérêt pour le texte et l'attention portée à la forme.

Beau, pensé, précis... et agréable, qui pique l'esprit, réveille un peu !

Il ne faut pas trop en dire car c'est court, mais ces répétitions d'idées et de motifs avec un léger glissement sont très équilibrées.

Forcément on suppose arrivé là que le texte est une belle entrée en matière avant d'en venir à Blanchot. Attente...

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Ven 27 Mai 2011 - 22:24

(c'est décidément agréable le beau papier dans les livres).

après réflexion, faisons simples, proposons les premières lignes de la nouvelle :

"Dans la maison," dit mon guide, "il y a dix-sept pièces. Et chaque pièce possède trois fenêtres que l'on peut déplacer à volonté sur les murs ou bien cacher si nécessaire."

Pour la suite il faut demander son chemin aux éditions Virgile...

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Lun 30 Mai 2011 - 22:22

Lire Blanchot ne signifie pas acquérir plus de savoir ni même plus d'intelligence, mais découvrir que notre manière de lire a changé de telle sorte que, par la suite, il est difficile de parler à quelqu'un qui ne serait pas passé par la même expérience. Mais cela se produit avec tout grand auteur (...)

c'est un extrait de cette introduction à Maurice Blanchot et malgré ce constat (qui n'est pas un pivot du texte) Gabriel Josipovici revient avec précision sur la manière de Blanchot d'aborder les auteurs, leur œuvre et l'écriture. Pour se faire il se fonde sur les textes de Blanchot (avec extraits choisis) se rapportant notamment à Proust, Kafka, Beckett ou Mallarmé.

c'est éclairant pour le lecteur de Blanchot, pour le lecteur tout court aussi sans doute, qu'il est lu ou non les (grands auteurs) dont il est question. ça doit forcément être mieux avec, mais le texte de cette introduction est très lisible. On retrouve par affinité une approche qui questionne plus qu'elle ne critique et qui va chercher à éclairer la motivation et la manière, ici de Blanchot tout en revenant sur ces autres auteurs. Parce que ça n'est pas un condensé ou abrégé du livre à venir, il y a un recul et une analyse supplémentaire ou complémentaire et qui apporte d'autre points de réflexion (avec un rapport Blanchot-Valéry par exemple). Aussi court que passionnant.


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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Mar 30 Aoû 2011 - 22:33

en cherchant très peu sur le net, une nouvelle et des images : A Glass of Water

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Mer 31 Aoû 2011 - 8:31

animal a écrit:
en cherchant très peu sur le net, une nouvelle et des images : A Glass of Water
bonjour merci.. j'aime bien et cela donne envie de plus..

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Mer 31 Aoû 2011 - 22:07

animal a écrit:
me suis rendu le plaisir, service de trouver le temps aujourd'hui de lire la très courte nouvelle Deuxième personne à la fenêtre qui précède donc l'Introduction à Maurice Blanchot.

c'est une nouvelle très courte et mystérieuse qui est construite sur des fragments récurrents et transformés qui construisent autour et à travers d'un prisme architectural étrange un réussi exercice sur le double et l'identité (les deux mélangés). Très réussi dans l'altérité et la répétition et une subtile et précise mise en relation de l'instantané et du temps qui passe. Ambiance mystérieuse et éthérée avec une progression du récit qui dévoile la réflexion/impression de façon agréable. Un zeste d'urgence et d'impératif, un soupçon d'inquiétude qui ne relève qu'un peu plus l'intérêt pour le texte et l'attention portée à la forme.

Beau, pensé, précis... et agréable, qui pique l'esprit, réveille un peu !

Il ne faut pas trop en dire car c'est court, mais ces répétitions d'idées et de motifs avec un léger glissement sont très équilibrées.

Forcément on suppose arrivé là que le texte est une belle entrée en matière avant d'en venir à Blanchot. Attente...

c'est marrant, c'est la première nouvelle du recueil que j'ai entamé hier. moment différent, seconde lecture ou vo j'ai cette fois été plus marqué par les répétitions et la simultanéité (on est dedans, dehors, avant, en même temps après... ) qui font tourner le déroulement en une recherche autour d'un vide, à la fois distante et angoissée. ça marche très bien avec une belle économie de moyen et un subtil sens du fantastique.

la suivante s'annonce surprenante avec pour ainsi dire deux textes en parallèle. C'est un effet voyant mais ça a tout l'air de se tenir très très bien !

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Mer 7 Sep 2011 - 22:04

extrait de A changeable report.

Citation :
I remember the man I was. But he is like a puppet. i do not know what kept him going. Perhaps it was nothing except a sense of duty. I see him bustle. He was a great bustler. I sometimes think I am still there. That I still work there, do what I have to do about the house, take orders from him, from the boy now, while she stands simpering by. I hate her for that, for what she let them do to me and for standing by now and doting on that boy.
But I am not there. I know I am not there. I turned my back on them forever and walked out, vowing revenge. Yet I was not interested in revenge. I only wanted to forget them. To start again elsewhere. But I could not. The song would not let me go. It was like a leash he had attached to me when he saw that I was determined to go. I sleep and it comes to me in my dreams.
I wake and it creeps up on me in the daytime. I plotted revenge. I thought I would find my way back there and take up my post with them again. I would steal her handkerchief and poison his mind. He would have killed her for that. Killed her first and the himself. He was capable of it, he went for Andrew the minute he saw him, broke his head and then blamed Toby. They would have taken me back. I know ho she felt about me. I would have played on that feelings. I would have made him kill her and the, in despair, he would have done away with himself.
At other moments I thougt of other, sillier kinds of revenge. I would have them all on an island. I would be able to control the wind and the waves. I would wreck them on my island. The drunken idiots would be pinched and bruised and bitten by spirits, and the others, the others would get their deserts - the whole lot of them. I would frighten them with ghosts made of old sheets. I would lead them into swamps and then reveal myself to them - it would be the silliness of the punishments that would be the most shaming.
Idle thougts. I am surprised that I can remember them. At moments they were there, so strong, so clearly formulated. But I do not think I ever took them seriously. Because it was as if I had lost the ability to act. As if his song had drained me of my will. When it flooded through my head I cried. I cried a lot. There was another music too, unearthly, and fragments of speeches, but not speeches in the ordinary sense. I understood what they said, but not the meaning of the individual words and phrases. It was as though their souls had found words. In such a night, was the refrain. The names of Cressida and of Dido, of Thisbe and of Medea came into it. The floor of heaven like a carpet thick inlaid with patines of bright gold. I remember that. It was like a music I had never heard before and never imagined could exist. And then I was in the dark but it was peaceful, quite different form that other dark, and there was another song, ear no more the heat of the sun, and home art gone and ta'en thy wages. It merged with the other voices, telling of Dido and Medea and Thisbe and Cressida. But when I tried to hear them more clearly, to focus on them better, they faded away and vanished altogether. I went out through a door and instead of the garden I had expected was a desert, dirt, an old newspaper blowing across a filthy street, decaying tenements. I turned back and there was the music again, but now the door was locked and I could not get in. Why do I know nothing about music ? Why have I always feared it? Not just the drunken catches but the pure sweet music of the viols, the pure sweet melancholy songs. I fear them all.

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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Dim 11 Sep 2011 - 14:15

et si je tentais de parler un peu de Heart's Wings & Other Stories une sélection de nouvelles qui recouvre quelques années de travail de l'auteur ? le jour où on ne trouve plus le cœur à parler d'un auteur comme celui là, on peut faire ses valises et éviter de se retourner.

le début de la review du independent :

Citation :
Published soon after his entertaining, erudite and briefly controversial polemic Whatever Happened to Modernism?, Gabriel Josipovici's Heart's Wings & Other Stories arrives with a certain amount of cultural baggage. It's tempting to look at it as a kind of answer to his initial question, and as a broadside against a world made "smaller and meaner" by the Amis, Barnes and McEwan generation. To do so, however, would be reductive. While impossible to read in critical isolation – the stories are steeped in literary and artistic history – this collection deserves not to be tainted by dogma and dispute and instead taken on its own merits.


The 25 stories are arranged broadly chronologically, spanning some four decades of literary chicanery. It is a heady mixture of formal invention, defiance of readerly expectation and deft, subtle writing. These are fictions that do not just repay attentive reading and re-reading, but absolutely demand them. Sentence to sentence, line by line, it's rare to feel on safe footing. Stories stop, viewpoints change, an incident happens without any pre-warning. It's an unsettling effect – and one likely to infuriate as much as it may excite.

suite : independent.co.uk

Oui l'auteur est motivé et pas forcément tendre. que trouve-t-on dans ces nouvelles ? des thèmes classiques de la littérature, même moderne : des histoires de deuil, de famille qui reviennent et souvent les surprises de la nouvelle. Un twist final ou de plus affirmés changements en cours de route. C'est l'autre partie, indissociable, de cette écriture. Une sorte de recherche littéraire affirmée, parfois très voyante (pas de ponctuation, deux histoires parallèles, changement de personnage en cours de phrase). ça pourrait passer pour pénible, seulement le jeu est ouvert et le risque est pris, il est joué d'utiliser et de regarder l'écriture, l'expression pour aller plus loin, pour peut-être parler réellement des thèmes qui sont abordés mélange de solitude, de mélancolie et d'inconséquence. ça semble rester un peu froid, ce n'est pas complaisant (pas d'émotion facile) et ça s'avère émouvant quand il le faut mais surtout stimulant. Il y a dans ces pages assez d'imprévus et de changements pour mettre le lecteur dans un état actif. Et cet état actif a aussi un rapport direct à l'imagination. Et une autre boucle revient sur elle-même. Comme dans Moo Pak le jeu n'apparait pas d'abord comme une démonstration précise mais comme une révérence à... écriture, lecture, art, imaginaire. Le mélange.

Et beaucoup de références (voir l'extrait au post précédent) mais intelligemment utilisées, digérées, ce qui donnera envie d'aller voir plus loin quand on les aperçoit ou ne troublera pas plus la lecture que par l'ombre d'un soupçon si on ne voit rien.

ça démange et ça stimule, ça réveille... l'objet a l'air un peu alien, composite et précis comme il est mais c'est une vraie belle lecture qui apporte quelque chose, qui provoque les tiraillements et les possibilités.

Malheureusement pour le moment c'est sans vf. Avec un espoir peut-être du côté de Bernard Hoepffner pour d'autres traductions (clic de site pour les curieux, ça peut donner des idées).




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MessageSujet: Re: Gabriel Josipovici    Lun 26 Sep 2011 - 8:52

J'ai relu un peu le fil, ça donne quand même bien envie ce livre sur des déambulations dans Londres... je vais me le noter dans un coin ! (Faut ramener Epi sur ce fil, c'est un livre qui pourrait lui plaire, non ?)

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