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 Ilarie Voronca

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 13 Juil 2011 - 19:08

dommage que le nouveau né , ne puisse parler, de l'avant naissance, que cela reste dans son inconscient.

mais ce secret est à imaginer et le poète le conte !

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Constance
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Lun 18 Juil 2011 - 18:01

Bédoulène a écrit:
dommage que le nouveau né , ne puisse parler, de l'avant naissance, que cela reste dans son inconscient.

mais ce secret est à imaginer et le poète le conte !



Grâce aux progrès de l'échographie, pendant le sommeil paradoxal (phase du rêve), on peut observer les mouvements des yeux et des doigts du foetus dès la deuxième moitié de la gestation, mais l'image onirique n'est pas "encore" enrégistrable ... l'enrégistrement simultané du sommeil de la mère et de la mère indiquant qu'il n'y a pas d'influence réciproque, le foetus rêverait indépendamment de sa mère, Bédoulène ... sourire
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Constance
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Jeu 11 Aoû 2011 - 20:44








C’est quelque chose de lumineux, de doux, que je veux
vous annoncer,
A vous tous, hommes d’aujourd’hui et de demain.
C’est pour cela qu’une fois encore j’ai pris les instruments
du poète
Car c’est au poète de dire la justice de l’avenir.


Il vient un temps nouveau. Voilà ce dont
Quelques-uns seulement ont eu vent. On eût dit une voile
Qui apparaissait loin au-dessus de l’océan. Un navire
Chargé de tout ce qui manquait aux hommes : du pain,
et une grande bonté, un grand amour.


Cette joie de coeur de battre non pas pour lui
Mais pour le corps et l’esprit tout entier. Cette joie
Du poète d’écrire non pas pour lui, mais pour
une foule généreuse,
Cette joie de l’homme de retrouver ses semblables.



Voilà donc ce que je veux vous annoncer:
Le ciel, le printemps, les vacances dont on parlait dans
les anciens
Poèmes, seront pour tous dorénavant. Et la beauté,
L’espérance, rendues aux hommes comme la vue
aux aveugles.





(Extrait de La poésie commune (1936), in Poèmes choisis / Seghers)

Illustration : Portrait d'Ilarie Voronca (1924) par Victor Brauner
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Sam 13 Aoû 2011 - 7:54

merci pour l'espérance !

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bix229
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Sam 13 Aoû 2011 - 16:20

Je lis que le poème est daté de 1936. Le Front Populaire, les congés payés, époque d' espérance

et qui avait bien commençé...

Cette espérance, beaucoup la partageaient, Voronca et pas mal d' écrvains et d' artistes venus

d' Europe et d' ailleurs.

Mais la Guerre d' Espagne allait les anéantir...
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Constance
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 17 Aoû 2011 - 16:46

bix229 a écrit:
Je lis que le poème est daté de 1936. Le Front Populaire, les congés payés, époque d' espérance

et qui avait bien commençé...

Cette espérance, beaucoup la partageaient, Voronca et pas mal d' écrvains et d' artistes venus

d' Europe et d' ailleurs.

Mais la Guerre d' Espagne allait les anéantir...



Certes, surtout chez les intellectuels, la guerre d'Espagne a largement entamé l'enthousiasme né de 1936, mais ce qui a sonné le glas des espérances du peuple français, c'est surtout la guerre de 39-45 qui ne s'est pas déclenchée sans l'assentiment, voire le soutien, du patronat français ...
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Constance
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 28 Déc 2011 - 19:03









Parfois mes mains.



Parfois mes mains rencontrent d'autres mains
Qui se blottissent dans les miennes
Comme dans un nid retrouvé. Parfois
C'est une face qui jette sa lumière sur ma face.


Ou bien je sens tout près la mer comme une haleine,
Je cours en m'essoufflant vers elle. Je la vois
S'envolant comme une cigogne vers d'autres climats.
Sur la grève les algues sont comme les signatures des touristes.


Dois-je arrêter ma course au bord de ce voyage ?
Le vent déploie le bruit des villes comme une voile.
Au retour, le regard est trop large pour mes yeux
Comme une bague qui tombe de la main d'un convalescent.


Mais les rues, les maisons sont aussi des coquillages
Que la mer et l'oubli ont laissé dans ces lieux
Retenir ces contours, ces couleurs de passage,
Et cette vapeur qui donne l'illusion des cieux.




(Extrait de Poèmes inédits in Poèmes choisis/ Seghers)

Illustration : "Le fantôme de Vermeer de Delft qui peut être employé comme une table" (1934) de Salvador Dali


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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Jeu 29 Déc 2011 - 9:03

contente de te retrouver avec Voronca Constance !

merci pour ces mains qui voient si clair !

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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Jeu 29 Déc 2011 - 20:19

Bédoulène. bisous
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Ven 27 Jan 2012 - 14:01





La présence d’un mort


Parfois on reconnaît la présence d’un mort.
Il n’a ni mains ni visage. Il est ce brouillard
Qui enveloppe doucement les maisons, les objets, les visiteurs
Réunis là. Il est peut-être cette lumière qui filtre de la chambre à côté.

Ni signes. Ni voix. Mais un espoir indéfini.
Qui annonce un monde meilleur. Cette présence
D’un mort bienveillant comme un nom qu’on voudrait dire
Mais qu’on a oublié. Ou comme une écriture secrète
qu’on ne sait plus faire réapparaître.

Non, il n’a que faire de nos sens. Invisible? Visible ?
Mais il nous oblige à parler bas. Il nous approche
Les uns des autres. « N’ayez pas peur ». Il se tient là
Avec cette bonté immense dont il voudrait nous faire part.

Au lieu de l’oreille qui entend voudrais-tu être la chose entendue
Et au lieu de l’œil qui voit, ce contour qui est vu ?
Non pas le sens, mais l’arôme. Non pas
La bouche, mais ce goût amer ou doux, ce goût d’herbes.

Il n’y a rien dans cette paume. Il n’y a rien
Sous ce front. Non, il n’y a rien sous l’écorce
De ces pieds immobiles. Le vivant, le mort
Sont ailleurs. Ils ne sont jamais là, où nous croyons les voir.

Une brume douce. Une aube qui se lève.
Et ce moment qui s’enfuit. Et cet appel
Faible d’un oiseau. Très tard quand il fait jour
On se rend compte qu’il a été là comme une aurore déjà lointaine.

« Rien de changé ? » Les miroirs, les objets nous retrouvent
« Quelques cheveux gris aux tempes » mais ce n’est rien. Un sourire plus triste.
Et néanmoins le visage a gardé une empreinte
Comme sur les feuilles, une première rosée à peine visible.

C’est ainsi que parfois dans la rue il arrive
Que l’on sente avoir rencontré quelqu’un. On le cherche
Du regard au-dessus de la foule. Il n’y a personne. Et pourtant
On est sûr qu’un ami est là. Et l’on éprouve tout à coup
une gêne, une tristesse indéfinissable.

Qu’avait-il à nous dire, ce mort cher ? Quel navire
Perdu loin sur les mers ? Quels peuples
Nous faisaient signe par sa voix ? Mais les mailles
De nos paroles furent trop larges pour retenir son silence.

Cette fumée qui plane au-dessus de nos têtes. Ce vol
Comme un bruit qui s’efface. Et les ombres amicales
Et ces hymnes pour saluer une terre libre.
Cette douce protection, sans paroles, d’un mort.

Ne sont-ce pas les murs qui s’étendent comme des ailes ?
N’est-ce pas cette chambre qui se donne au brouillard ?
Et l’homme jeune sur l’épaule duquel le vieillard s’appuie
Et le temps nouveau qui mène vers l’amour tous les mots anciens.

Nous allons tout à l’heure nous mêler nous aussi aux brumes,
Au bruissement imperceptible de ce fantôme vaste,
Et nous serons nous-mêmes la présence d’un mort
Qui veillera près des hommes, heureux, de l’avenir.


(Extrait de "La poésie commune")

Illustration : Ilarie Voronca (1920) par Victor Brauner
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 10 Avr 2013 - 12:29




Courtoisie de la fatigue



Saluons l'arbre, ô homme vertical,
Ses feuilles ; ses cheveux au vent de la vie
Mais l'homme couché est plus près de la terre
Qui ne confie ses secrets qu'à l'oreille.


C'est pendant l'orage que l'arbre se plie
Vers le sol, mais les nuages déchaînés
L'empêchent d'entendre la voix de la terre, et quand la foudre
Fait de lui un être horizontal il est trop tard.


Le songe ne visite pas le téméraire, l'homme debout,
Et la mort demande une grande douceur. L'allongé
Connait la noble courtoisie de la fatigue,
Son corps est l'ornement à la mesure de la terre.


Quels sont donc ces bûchers, ces foulent qui se ruent,
Ces bras, ces capitaines, tendus comme les mâts ?
O conquérants aveugles que l'on accueille ainsi,
L'orgueil leur fait à tous oublier la terre.


Mais les multitudes au repos, dominicales
Formes étendues au bord du fleuve,
La tête comme un coquillage, remplie de l'écho
Qui vient des couches profondes où sont les ossements.


Les voici prêtes aux visions, les voici calmes.
Le sommeil leur confie ses flûtes de cendre
Car elles savent que ni la mer énorme ni la flamme
Ne pourrait les soustraire aux ordres de la terre.


Vous rêveurs, vous hommes horizontaux qui attendez
La femme à la beauté immuable, la mort,
Salut à vous, couchés dans le sable ou la boue,
Vous, gloire des navires au fond des océans.


Bientôt en vos bouches pleines de terre les paroles
Seront ces touffes d'herbes transplantées avec le sol
Quand les racines fines trouveront vos ancêtres
Et les clés d'os ouvrant la porte des nuages.



(Poèmes inédits/ Seghers)
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 10 Avr 2013 - 15:06

La tête comme un coquillage, remplie de l'écho
Qui vient des couches profondes où sont les ossements.

...............................................................

Bientôt en vos bouches pleines de terre les paroles
Seront ces touffes d'herbes transplantées avec le sol
Quand les racines fines trouveront vos ancêtres
Et les clés d'os ouvrant la porte des nuages.


la boucle est close !

merci Constance


_________________
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Mer 10 Avr 2013 - 16:11

Ecrivez aux éditeurs pour qu' on le réédite, Voronca !

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Jeu 11 Avr 2013 - 10:34

Bédoulène a écrit:
La tête comme un coquillage, remplie de l'écho
Qui vient des couches profondes où sont les ossements.

...............................................................

Bientôt en vos bouches pleines de terre les paroles
Seront ces touffes d'herbes transplantées avec le sol
Quand les racines fines trouveront vos ancêtres
Et les clés d'os ouvrant la porte des nuages.


la boucle est close !

merci Constance



Un doux et lumineux Memento mori, Bédoulène. sourire


bix229 a écrit:
Ecrivez aux éditeurs pour qu' on le réédite, Voronca !


Pour ceux qui découvrent Voronca, il leur faudra hélas se contenter de l'ouvrage de Christophe Dauphin "Ilarie Voronca, le poète intégral, essai suivi d’un large choix de textes et de poèmes", aux éditions Rafael de Surtis/Editinter, 2011.
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Ven 12 Avr 2013 - 14:20



Il est devant la porte ou devant la fenêtre.
Mais l'a-t-on reconnu ? Il est venu peut-être
Pour entendre nos voix et regarder nos yeux.
Ces routes de la nuit mènent vers ses grands yeux.
Il voudrait nous parler aussi ; mais nulle larme
Ne lui est de secours. La mer brûle ses armes
Et ses navires, ses aurores, ses couchants.
Nous sommes là plusieurs à écouter son chant
Et son souffle pareil aux orages de sable. Et tout devient plus beau.
Nul contour haïssable,
Nulle faim, nulle soif, pour tenir son amour.
D'où revient-il ? Du Nord ? De l'Ouest ? Tous les jours
Il rôdait là. Mais nul ne l'a su ...
Nulle part un regret, dont il n'eût pas souffert :
L'injustice, les lois méchantes, dans ses vers
Passèrent comme la chenille par la feuille.
Et tu y es aussi, lecteur, que tu le veuilles
Ou non. Le sauras-tu ? Il te faudrait encor
Te détacher de toi, tel un vaisseau des bords
De l'océan. Ouvre ce livre. Mais peut-être
Une ombre te fera deviner aux fenêtres
Ou dans la chambre ainsi qu'un souffle (auras-tu peur ?)
Ce voyant, ce proscrit, ce triste voyageur.
Il me faudra ici te quitter ombre, frère,
Je laisserai ces mots, ces chants inachevés.
Le souffle est là tout près qui mélange les terres
Et nos regards, nos mains et nos sommeils.
Je vais
Sans savoir où. Et toi, aussi, ombre, pareille
Au souvenir, oiseau qui dans l'air se dissout
Le soir est là tel un vaisseau qui appareille
Nous séparant de tout ce qu'une fois fut « nous ».


(Extrait de Permis de Séjour, 1935)
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MessageSujet: Re: Ilarie Voronca    Aujourd'hui à 18:11

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